Il fait sombre, où suis-je ? Suis-je redevenue épée ? Non. Non je ne pense pas. Je ressens des choses. J'entends des sons. Des hurlements pour être précise. Des hurlements d'agonies et de terreurs. Je sens aussi. Je respire l'odeur du sang et de la mort. Je peux savoir que je suis couverte d'un liquide poisseux. Du sang sans doute. J'en ai dans la bouche. Ce goût métallique qu'on ne peut oublier. Mais pourquoi ne vois-je pas ? Je ressens tout, j'agis mais ce n'est pas vraiment moi. J'ai l'impression d'être déchirée de l'intérieur. Comme si des millions d'aiguilles sortaient de moi. Ou d'épées. Ça fait mal. J'ouvre les yeux. Je les avais fermés. Je n'avais même pas remarqué que c'était pour cela que je ne voyais pas.

Ame ouvrit les yeux et découvrit son carnage. Tous les marines étaient morts. Et ce n'était vraiment pas beau à voir. Ils avaient été déchiqueter de la pire manière qui soit. La demoiselle se demanda comment elle avait pu faire ça. Elle en était horrifiée. Il petit sifflement de surprise la fit se retourner brusquement, son épée toujours en main.

« Et bien miss Ame, je m'attendais à quelque chose de spectaculaire mais pas à ce point. Tu es bien au dessus de mes espérances. Allez vient, retournons au submersible. Shachi et Penguin ont dû te prendre des vêtements et ils doivent être rentré à cette heure-ci. Tu vas te changer et te laver de tout ce sang. Après nous discuterons. Tu dois apprendre à maîtriser tout ça. »

Elle ne put qu'hocher la tête et le suivre, toute tremblante. Comment avait-elle fait ça ? Était-elle un monstre ? Et surtout pourquoi le brun l'avait-il mise dans une telle situation ? Sa dernière question avait une réponse toute trouvée : pour déclencher ses pouvoirs. Mais elle ne pouvait s'empêcher de trouver ça inhumain.

Le brun lui jubilait. Il avait sous la main une arme véritablement puissante et destructrice. Ne restait plus qu'à lui apprendre à gérer tout ça et elle serait imbattable. Il en avait la certitude. Mais il devait d'abord faire quelque chose pour son esprit vraisemblablement brisé par toutes ses années de malédiction.

Tous deux perdus dans leurs pensées respectives, ils ne virent pas le flash de l'appareil photo qui photographia la demoiselle.

De retour au sous-marin, ils virent effectivement Shachi et Penguin qui discutaient joyeusement sur le pont, attendant le retour de leur capitaine et nouvelle camarade. Lorsqu'ils les virent arriver, ils se précipitèrent vers eux, les noyant de question sur le sang maintenant séché qui recouvrait la demoiselle. D'un geste de la main, le brun les fit taire, en leur assurant qu'elle allait bien. Puis récupérant les vêtements nouvellement acheté, il amena Ame jusqu'à sa salle de bain. Il la laissa ensuite se laver et s'habiller toute seule pendant qu'il s'asseyait à son bureau pour noter dans un carnet les progrès de la jeune femme.

Une fois propre Ame s'arrêta devant le miroir avant de s'habiller. Depuis une semaine qu'elle avait repris une forme humaine, elle faisait ça tous les soirs en sortant de la douche, regardant ce corps ressemblant en tout point à un corps humain. La seule différence entre aujourd'hui et les autres fois : les blessures, qui s'étaient remises à saigner légèrement, qu'elle s'était faite en se battant aujourd'hui. Elle se souvenait qu'autrefois elle en comptait un grand nombre et qu'elle en était fière. Ses lèvres s'étirèrent en un fin sourire nostalgique. Peut-être redeviendrait-elle un jour comme elle était avant, elle n'en savait rien, mais au fond d'elle même l'espérait de tout cœur.

Une fois habillée de ses nouveaux vêtements, elle rejoignit le brun et s'assit en face de lui. Elle leva timidement les yeux et le regarda. Il l'observa un moment avant de lui faire signe d'approcher. Puis, tout en soignant ses blessures, il prit la parole.

« Tu as des compétences martiales impressionnantes. Je pensais qu'après plusieurs centaines d'années tu serais rouillée, je me suis trompé. Tu te débrouilles bien. Très bien même. Mais maintenant, parlons de ce que tu as fais après. »

Ame ressortit du bureau de Law totalement bouleversée par ce qu'il venait de lui apprendre. Était-elle vraiment un monstre ? Avait-elle vraiment fait ça ? Jusqu'où pouvait-elle aller ? Toutes ses questions sans réponses tournaient dans sa tête à l'étourdir. Elle ressentait le brusque besoin de sortir prendre l'air. Ce qu'elle fit en se rendant sur le pont du sous-marin. Le soleil commençait à se coucher. Se postant face à la mer, elle le regarda tranquillement aller se cacher derrière l'immensité de l'océan.

C'est magnifique n'est-ce pas ?

Ame sursauta en entendant une voix dans sa tête. « Qu-qui êtes-vous ? »

Chut, pense, parle dans ta tête si tu préfères. Je suis toi.

La demoiselle se prit la tête dans les mains. Que lui arrivait-il encore ?

Rien de bien grave ne t'inquiète pas. Je reprends. Je suis toi et tu es moi. Rien de bien compliqué tu vois.

Elle ne comprenait plus rien. Qui était cette voix ? Que lui voulait-elle ? Pourquoi elle ?

Je viens de te dire que j'étais toi. Je suis ta partie épée si tu préfères. Tu n'as qu'à m'appeler Hametsu.

Sa partie épée ? Elle entendait la voix de son épée? Mais pourquoi maintenant, après tant d'années passées dans la solitude ?

Parce qu'avant je ne pouvais pas idiote. Maintenant rentre il fait nuit et on va te chercher.

Nuit ? Ame redressa la tête et remarqua qu'effectivement le soleil avait fini sa longue course dans le ciel. Sa sœur la lune venait de prendre sa place, éclairant de sa faible lueur l'immensité salée. La demoiselle fit demi-tour et rentra dans le sous-marin. N'ayant pas faim, puis d'après ce que lui avait expliqué le brun elle n'avait techniquement pas besoin de manger, elle se dirigea directement vers la cabine du capitaine.

Non, pas tout de suite. Cherche la salle d'entraînement dont il t'a parlé tout à l'heure.

Pourquoi ? Pourquoi devait-elle y aller ? À quoi cela rimait-il ? Pourquoi à cette heure-ci ?

Pour t'entraîner banane. Et parce qu'à cette heure-ci il n'y aura personne. Tu dois apprendre à nous maîtriser. C'est impératif !

Ame secoua la tête. Dire qu'elle était fatiguée serait un euphémisme. Elle n'avait qu'une envie se coucher dans le lit qu'elle partageait avec le brun et dormir.

Tu dormiras après. Imagine que tu blesses ton sauveur pendant la nuit à cause de ta non-maîtrise de notre don.

« Non ! » Cette idée la répugnait tellement qu'elle s'était exprimée à voix haute. Elle n'imaginait même pas blesser son sauveur. L'homme qui l'avait sortit de sa malédiction. Elle n'avait beau ne pas l'apprécier beaucoup elle ne pouvait se résoudre à le blesser d'une quelconque manière. Ce fut alors un avec soupire de résignation qu'elle partit à la recherche de cette fameuse salle. Après plusieurs minutes de recherche elle finit par la trouver. Mais elle eut la mauvaise surprise de la trouver occupée. En effet, Law se tenait dans un coin de la salle, torse nu, dégoulinant de transpiration, entrain de faire divers mouvements d'arts-martiaux qu'Ame n'avait jamais vu.

Après le repas, le brun s'était octroyé un petit moment dans la salle d'entraînement pour se défouler un peu. Il ne s'était juste pas attendu à voir débarquer Ame. Il la jaugea du regard avant d'ouvrir la bouche pour lui demander la raison de sa présence ici.

« Je... euh et bien, avant je faisais toujours une séance d'entraînement avant de dormir. Pour rester au meilleur niveau tout le temps.

- Très bien. Je vais te laisser t'échauffer puis tu me montreras ce que tu vaux à mains nues. »

Ame n'eut d'autre choix que de faire quelques mouvements pour s'échauffer avant de venir se placer face au brun qui ne l'avait pas lâché du regard. Commença alors un long combat entre la demoiselle et son capitaine. Ame abandonna en première. Elle n'était pas au mieux de sa forme physique, et était déjà épuisée avant d'entrer ici. Law s'arrêta de bouger et la regarda.

« Tu es plutôt douée, c'est bien. Ça fait ça de moins à gérer. Maintenant vas te reposer, c'est un ordre. »

Ame hocha la tête et ressortit rapidement. Une fois de retour dans la cabine du brun elle se coucha avec plaisir sur le lit et sombra rapidement dans un sommeil profond.

Pauvre idiote. Tu n'as plus qu'à espérer maintenant. Ton cauchemars commence.