«Le dernier ennemi qui sera détruit, c'est la mort »
- 1er épître aux Corinthiens 15 v.26
Repris par J.K Rowling dans Harry Potter et les reliques de la mort
Relecture et correction : katoru87
Note : Et Ianto entre en scène. Merci à tous, et bonne lecture !
PARTIE 3
Publiée le 21 septembre 2014
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« Je vais mourir ». Cette certitude et le vide abyssal qu'elle semblait ouvrir devant lui était la seule chose que Ianto Jones avait à l'esprit en cet instant. Il ne pouvait penser à rien d'autre. Comment cela allait-il être ? Serait-ce violent ? Serait-ce douloureux ? Il ne parvenait pas à comprendre comment aucun tribut ne s'était encore jamais suicidé avant les jeux. Aurait-on pointé une arme sur sa tête en cet instant qu'il aurait encouragé son détenteur à presser la détente.
En fait, l'absence de suicidés s'expliquait probablement par la surveillance extrêmement discrète mais néanmoins constante dont les tributs faisaient l'objet. Ianto s'en aperçut très vite. Il y avait des employés du Capitole partout dans ce maudit train. Pas des pacificateurs. Mais des Muets ou des techniciens. On ne les laissait jamais vraiment seuls. Et chaque élément du décor, s'aperçut-il, semblait avoir été calculé au millimètre…
Néanmoins, il y avait cette carafe en verre, à quelques centimètres de lui. S'il réussissait à l'exploser du premier coup, en faisant passer ça pour un mouvement de colère, parviendrait-il à subtiliser un éclat assez important pour s'en servir plus tard pour se trancher les veines ? Il observa la carafe intensément. C'était peut-être faisable.
- Hé, Ianto ! Tu m'écoutes ?
La voix de son tout nouveau mentor tira brusquement Ianto de ses projets de suicide, le faisant sursauter.
Jack Harkness lui tapota gentiment le genou.
- Il faut vraiment que tu t'empêches de céder à la panique, mon vieux, lui dit-il d'une voix douce.
Ianto le dévisagea avec méfiance. Avait-il deviné ? Était-ce si évident que ça ? Merde.
Il se sentit soudain bien faible et bien peu de choses, face au héros du district 10. C'était la première fois que Ianto se trouvait en sa présence et il n'en était que plus que mal à l'aise. Harkness était clairement un type qui en imposait, par son physique comme par son attitude.
D'une manière générale, Ianto était toujours mal à l'aise face à des figures d'autorités. Plus jeune, il avait du mal à aligner deux phrases cohérentes devant ses professeurs. On cessait l'école à 17 ans au Dix, parfois même à 16. Alors, depuis plus d'un an, Ianto travaillait pour un exploitant agricole qui le prenait pour un demeuré. C'était un type un peu rustre, pas du genre à prendre des gants. Face à cette attitude bien trop directe, la timidité déjà presque maladive de Ianto s'était renforcée. Interagir avec autrui, même sa mère ou sa sœur, était un défi de tous les jours pour lui. Alors face à Jack Harkness, sérieusement …
Le jeune homme avait encore en tête les images des jeux du seul gagnant encore en vie du Dix. Tout le monde les avait encore en tête dans leur district. La roublardise de Jack, sa gouaille, son héroïsme dans son ferme refus de s'en prendre aux plus faibles alors que cela aurait pu lui coûter la vie. Jack Harkness était de la trempe des gagnants flamboyants. Et lui, Ianto, était juste un looser né.
Retournons donc à cette histoire de carafe…
- Ianto ? reprit Jack.
Franchement, il ne pouvait pas le laisser tranquille ?! Ianto avait envie de lui dire de lâcher l'affaire, qu'il n'y avait rien à faire pour lui et qu'il était déjà mort. Il ne connaissait absolument pas la fille qui avait été tirée au sort juste avant lui. Mais pour ce qu'il en savait, si Jack voulait contribuer à donner un nouveau vainqueur au Dix, il ferait bien mieux de se concentrer sur elle.
Au vu de ses vêtements de bonne qualité et de sa coiffure élaborée, elle devait venir des bons quartiers. Au Dix, la répartition était très manichéenne : il y avait la ville, les « bons » quartiers, où vivaient les tranches aisées de la population, les propriétaires qui avaient des maisons propres, avec salle de bain et toilettes et une chambre pour chaque enfant. Et il y avait les petits hameaux aux alentours, ceux où vivaient les ouvriers agricoles, à la merci d'employeurs plus ou moins bienveillants et de la conjoncture économique. Plus le prix du bétail baissait, plus la main d'œuvre en pâtissait et plus on y mourait de faim.
Les Hunger Games, les jeux de la faim… Ianto pouvait vous en parler de la faim. Surtout depuis ces dernières années, depuis que son père était mort et que sa sœur s'était mariée à un abruti qui la mettait régulièrement dehors, elle et leur marmaille qui ne cessait de s'accroître. Le pire était que le salaire de Ianto était la seule source de revenus stable de la famille. Sa mère, sa sœur et les gosses allaient peut-être crever de faim. Et cette idée n'était franchement pas pour le réconforter.
- Qu'est-ce que tu racontes ? souffla une voix étonnement douce face à lui. Qui est-ce qui va crever de faim ?
Mince… Il avait dû penser tout haut sans s'en rendre compte et Harkness avait entendu. Maintenant, il le dévisageait intensément, clairement en attente d'une réponse.
- Ma famille, consentit à expliquer Ianto. Mon salaire était la seule source de revenus régulière et comme je vais mourir …
Harkness fit une sorte de bond en avant qui fit sursauter le tribut.
- Ecoute-moi bien ! s'exclama son mentor. Et ça vaut aussi pour toi, Esther, dit-il à la camarade d'infortune de Ianto qui était assise dans un fauteuil près d'une fenêtre à l'autre bout de la pièce. Je vous interdis de parler comme ça ! Je vous interdis même de penser comme ça, vous comprenez ? Vous estimer déjà morts et enterrés, c'est la fin de tout. C'est comme si vous vous dessiniez une cible sur le front avant même d'être entré dans l'arène. Il va falloir puiser en vous une chose plus ou moins profondément enfuie chez chaque individu : l'instinct de survie. Éloignez toute idée de la mort. Il ne faut pas seulement vous y efforcer. Il faut le faire. Vous devez vous focaliser tout entier sur un unique but : vivre. Et je sais que vous pouvez le faire. Je le sais mieux que personne.
Il jeta à Ianto un regard transperçant, sous lequel ce dernier se sentit se ratatiner sur place. Puis Jack baissa la voix :
- Qu'est-ce que tu fais comme boulot ?
Ianto le dévisagea. C'était quoi cette question ? Ce n'était pas comme si on avait l'embarras du choix au Dix…
- Je travaillais… Je travaille pour un éleveur. Moutons, vaches.
Jack hocha la tête.
- Et tes parents ?
- Mon père est mort. Ma mère fait des ménages quand elle n'est pas clouée au lit. Et ma sœur…
Seigneur, dire qu'elle était encore enceinte !
- Elle vit avec nous. Elle et ses marmots.
Jack hocha la tête sans rien dire. Quelques instants plus tard, alors qu'Esther avait momentanément quitté la pièce, il dit :
- Tu ne dois te concentrer que sur toi-même, d'accord ? On va travailler ensemble. Et j'ai besoin que tu me fasses une confiance absolue. Dès maintenant. C'est important, Ianto.
Ce dernier n'osait même pas le regarder.
- Est-ce qu'ils auront de quoi tenir le coup jusqu'à la fin des jeux ? poursuivit Jack.
Ianto releva la tête, surpris.
- Ta famille, insista Jack.
Un peu désorienté, Ianto hocha néanmoins la tête.
- Oui, oui, je pense.
- Très bien. Alors tu les oublies. Ecoute-moi ! insista-t-il en voyant l'air indigné du jeune homme. Quoi qu'il advienne, ils seront aidés après les jeux. Par un vainqueur. Est-ce que tu comprends ?
Pour la première fois, Ianto regarda Jack dans les yeux. Il se trouva comme littéralement accroché à son regard.
- Fais-moi confiance, répéta Jack.
Ianto hocha lentement la tête.
De toute façon, quel choix avait-il ? Ce type aurait eu plutôt tendance à lui inspirer une trouille bleue qu'une confiance sans borne mais il y avait quelque chose dans les yeux de Jack… Une sorte de douceur qui contrastait étrangement avec le pli déterminé qu'avait pris sa bouche. A sa place, Ianto aurait sûrement été écœuré d'avoir hérité pour tribut du faible sans talent qu'il était. Mais Jack Harkness n'avait pas l'air de faire le difficile.
Qu'est-ce que ça avait dû être, se demanda soudain Ianto, de se retrouver dans ce train avec pour seule compagnie une autre tribut, Bridget Spears et les autres employés du Capitole ? Cette force qu'il leur demandait de puiser en eux, comment avait-il fait pour la trouver ?
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A suivre ...
PS : N'oubliez pas les journées européennes du patrimoine aujourd'hui ;)
