Le Fils du Moldu

Disclaimer : Tous les personnages appartiennent à J.K. Rowling. Sauf ceux que j'ai inventés.

Genre: Drama/Angst

Personnages principaux : Eileen Prince, Tobias et Severus Rogue

Rating : T. Quelques scènes de violence.

Note d'Auteur : Un grand merci à tous ceux qui ont pris sur leur temps pour m'écrire une review. Suite à l'une d'entre elles, j'ai décidé de détailler mes O.C. et d'écrire un résumé succinct à chaque chapitre.

Résumé : Juillet 1959. Eileen Prince, enceinte, part de chez elle en claquant la porte pour s'installer chez son fiancé moldu, Tobias Rogue. Sur le chemin qui la conduit vers le village de ce dernier, elle repense à sa triste vie passée et aux récents évènements qui en ont bouleversé le cours. Par exemple ce jour de janvier 1959 où elle a rencontré Tobias. Un jour certes heureux mais aussi terrifiant, tant Eileen était persuadé que le Monstre la retrouverait et la punirait pour avoir aidé un Moldu.

Personnages O.C. :

John et Altaïr Prince, parents d'Eileen (leur troisième enfant)

frères et soeurs d'Eileen par ordre de naissance, de l'aînée à la benjamine :

Aglaé, épouse d'Abraxas Malefoy et mère de Lucius Malefoy

Richard, époux de Cassiopeia Wright (O.C.) et père d'Elizabeth Prince (O.C.)

Severus, célibataire

Metis, médicomage, fiancée de Ralph Johnson, médicomage (O.C.)

elfes de maison :

Diggy, elfe des Malefoy, mère de Dobby

Blabby, elfe des Prince

Sobby, elfe de Richard et Cassiopeia Prince, frère de Blabby


Tous mes remerciements à ma β – lectrice, Zazaone.


I.3 Cauchemar :

" Non, non, arrête ! " hurla une voix dans la tête d'Eileen. "N'y pense pas ! N'y pense plus !".

La respiration rapide, la jeune femme s'arrêta sur le bord de la route puis, trahie par ses jambes, s'écroula sur le rebord du talus. Le corps secoué de spasmes, elle se blottit dans l'herbe et essuya de la main son front moite.

" Surtout pense à Tobias ! " continua la voix. " Pense à ton enfant ! Ne pense plus à cette journée ! Ne pense pas à…! "

La jeune femme lutta pour vider son esprit de toute pensée.

Vain combat.

Des bribes de souvenirs l'assaillirent : Aglaé qui hurlait, furieuse de son arrivée prématurée ; un Lucius endormi et grognon ; Lucius à cheval sur son mini-balai ; les cris de Dobby poursuivi par l'enfant ; les torches renversées par son neveu ; le début d'incendie ; son sortilège réflexe pour l'éteindre ; l'ombre qui envahit la pièce…

" Non pas l'ombre…" hurla la voix.

Dans un sursaut, Eileen rejoignit le présent et l'éclatante route ensoleillée. C'était à elle, à cette rassurante lumière qu'elle devait s'accrocher…

Maintenant respirer. Fermer les yeux. Oublier ce poids qui écrasait sa poitrine… Oublier ces boyaux tordus… ces oreilles sifflantes… Résister à cette terreur qui s'insinuait dans ses veines et infectait cœur, poumons, ventre, nerfs et cerveau. Répéter, répéter et répéter encore "Le Monstre ne reviendra plus".

Recroquevillée sur l'herbe, la jeune femme murmura quelques minutes ce mantra. Un peu apaisée, elle tendit le visage, avide de soleil, impatiente de revivre les sensations éprouvées un quart d'heure plus tôt, époque si proche et si lointaine où elle s'était crue invincible.

Des larmes glissèrent entre ses paupières toujours closes. Comment le Monstre, qu'elle savait disparu, pouvait-il encore tant hanter sa conscience ? Elle qui croyait l'avoir définitivement vaincu… avait-il marqué son esprit à vie comme, quinze ans plus tôt, il avait marqué son corps ?

Au moins deux mois qu'elle n'avait pas eu de "crise", comme elle appelait pudiquement ces descentes aux enfers parmi les souvenirs. Deux mois qu'elle dormait sans cauchemar et ne rêvait plus du Monstre. Et aujourd'hui, aujourd'hui ce premier jour de liberté… elle avait failli… à nouveau… pourquoi ?

Elle ouvrit les yeux et pleura.

Pas longtemps.

La honte succéda vite au désespoir ; elle n'avait pas le droit. Pas le droit de se montrer faible, son frère Severus serait trop déçu. Que dirait-il s'il savait qu'elle avait sangloté au bord d'une route en s'apitoyant sur son sort ? Alors qu'il l'avait prévenue ? Alors qu'il lui avait dit que ses "crises" ne cesseraient pas du jour au lendemain ? Qu'elles s'espaceraient mais ne disparaîtraient pas avant des années ?

Elle se redressa et s'assit en tailleur. Et après tout ? Elle n'en avait pas eu de "crise" ! Elle avait réussi à se contrôler juste à temps. Alors même qu'elle pensait à cette journée chez Aglaé ! Cette journée bénite et maudite de janvier où elle croyait le Monstre à ses trousses. Et où, blottie dans le canapé de sa soeur, elle avait fait la pire "crise" de sa vie. Non, elle n'avait pas à avoir honte. Mais plutôt à être fière ! Et son frère le serait aussi !

Ragaillardie, Eileen s'allongea sur l'herbe du talus. Chassée par l'étreinte du soleil, l'angoisse refluait hors de son corps.

Soudain l'ombre…

L'astre s'éteignit ; une terreur glacée pénétra par tous les pores la peau d'Eileen et explosa dans sa poitrine et son ventre. " Ce n'est rien, se répéta-t-elle, ce n'est rien ; rien qu'un nuage, un nuage qui obscurcit le soleil. Rien à voir avec… Lui. Reprends-toi. Vite !"

En vain.

Son esprit bascula. Il bascula hors du temps présent et rejoignit les abîmes de la conscience, ce gouffre où rampent les pires souvenirs…

Eileen a treize ans et termine son premier cycle à Poudlard. Le temps est venu de choisir les options de troisième année. Par haine de sa famille, elle décide de choisir Etude des Moldus. Décision risquée, elle le sait. Quasi tous les Serpentard la considèreront comme une traîtresse. Et chercheront à lui faire payer cet affront.

Mais Eileen n'a pas peur.

Grâce à Tom.

Tom Jedusor est un préfet de dix-sept ans ; tous le respectent car il est un puissant sorcier.

Mais ce n'est pour cela qu'Eileen a confiance en lui. Elle a confiance car il est différent.

Comme elle, il se moque de la pureté de sang. Elle le sait : l'année d'avant, Tom a arrêté le Gryffondor, paradoxal héritier de Serpentard, qui avait ouvert la Chambre des Secrets, causant la mort d'une Serdaigle née-Moldue. De plus, il est sang-mêlé et nul ne l'ignore dans l'école ; jamais il n'a caché qu'il avait grandi dans un orphelinat moldu.

Comme elle, il est rejeté à cause de sa naissance. Beaucoup moins qu'elle bien sûr, car ses formidables dons compensent son handicap social. Mais certains Serpentard l'évitent : Aglaé par exemple qui n'approcherait pour rien au monde un sang-mêlé, de peur de ternir la déjà déplorable réputation des Prince. Ce qui n'empêche pas l'aînée d'Eileen de couver Tom des yeux lorsqu'elle pense, à tort, que personne ne la regarde.

Car Tom Jedusor est beau.

Brun, les yeux sombres, les traits fins, il fait chavirer bien des coeurs, d'autant qu'on ne lui connaît aucune petite amie attitrée. Sans doute n'a-t-il pas encore trouvé celle qui sera digne de lui.

Un soir, Eileen s'assure de la présence de Tom, d'Aglaé et de Richard dans la salle commune. Le préfet est assis près de la cheminée. Son frère et sa soeur discutent en compagnie de quelques amis. Alors Eileen ose. Elle déclare à la cantonade qu'elle choisit Etude des Moldus pour l'année suivante.

Huées, sifflements, insultes lui répondent. Aglaé la fixe avec des yeux pleins de haine. Walburga rit et lance " Que peut-on attendre d'autre d'une Prince ? ". Richard lève sa baguette et la dirige vers Eileen. Mais Tom arrête son geste.

- Laisse-la tranquille! avertit-il d'une voix ferme.

Maté, Richard recule et range sa baguette dans sa robe.

- Taisez-vous! ordonne le préfet. Et que personne ne s'en prenne à elle.

Le silence envahit la pièce. Tom pose les yeux sur elle et lui sourit. Les joues d'Eileen s'enflamment de surprise et de plaisir. Malgré son émotion, elle tente un faible sourire en retour. Puis s'enfuit dans sa chambre le coeur battant.

Le lendemain soir, Tom l'aborde devant l'entrée de la salle commune.

- Viens ! dit-il doucement en lui tendant la main.

Son estomac se contracte et elle reste pétrifiée. Comment un aussi beau garçon peut-il s'adresser à elle ?

- Viens ! répète-t-il.

D'un geste doux, il glisse sa paume dans la sienne. Elle sent la chaleur inonder sa poitrine.

- Ne m'attendez pas ! Entrez ! ordonne Tom aux quelques garçons qui l'accompagnent.

Sur-le-champ ils obéissent, énoncent le mot de passe et franchissent la porte de pierre. La scène se déroule vite… pas assez cependant pour empêcher Eileen d'entendre leurs rires étouffés. Elle baisse la tête et rougit : les amis de Tom ne comprennent pas son intérêt pour elle. Ils ont raison… elle est si laide…

- Viens Eileen, ne t'occupe pas d'eux, murmure le préfet, comme s'il avait lu ses pensées.

Il l'entraîne vers l'escalier et ils remontent en direction de la Grande salle. En chemin ils croisent Aglaé qui descend vers la salle commune. Le regard étonné, furieux, puis envieux de son aînée la met en joie.

Tom ne s'arrête pas au rez-de-chaussée, il continue à emprunter escalier sur escalier. Habile, il évite chaque piège, chaque trou ou marche dérobée. Jamais elle ne s'est déplacée si vite dans Poudlard.

- Où m'emmènes-tu ? ose-t-elle d'une voix timide.

- Chez Slughorn. Nous avons une réunion au septième étage. Je pouvais être accompagné par quelqu'un. Ce sera toi.

Elle chez Slughorn ? Elle invitée à ce club d'étudiants brillants ou de famille célèbre ? Elle devant le professeur de Potions, main dans la main avec le célèbre Tom Jedusor ?

Son corps tremble. Comment un tel bonheur est-il possible ? Elle pense à ses parents, à Richard, à Aglaé… elle regrette qu'ils ne puissent la voir. Mais ils sauront, elle leur racontera avec plaisir...

Bientôt Tom quitte l'escalier, s'engage dans un corridor et s'arrête brutalement au milieu.

Surprise, elle lève la tête.

- Regarde-moi Eileen, murmure le préfet.

La voix est douce, tendre ; elle obéit et pose un regard craintif sur le beau visage de Tom : tant de félicité l'affole.

Soudain le préfet lui lâche la main et referme la sienne sur son bras gauche. La prise est ferme, elle sursaute.

- Tu sembles aussi effarouchée qu'un oiseau blessé, chuchote Tom. Excuse-moi Eileen, si je t'ai fait peur. Je ne te ferai pas de mal, je veux juste…

Du bout des doigts, il lui caresse la joue. De nouveau une douce chaleur la submerge et envahit chaque parcelle de son corps.

- Ta peau est plus satinée que du velours.

Son cœur lui manque. Elle ne sait pas. Elle fond de joie mais… cela va trop loin, elle est trop jeune. Elle tente de reculer mais la main qui enserre son bras l'en empêche.

- Reste près de moi Eileen. Je te respecte, je te le jure. Je veux juste… juste admirer tes beaux yeux noirs.

Comment résister à cette voix si chaude ? Elle se rassure et laisse Tom plonger son regard dans le sien.

A peine les yeux sombres de Tom fixent-ils les siens qu'elle sent son cerveau s'emballer. A toute vitesse les images se succèdent : disputes familiales, confidences à Metis, hurlements devant divers reptiles conjurés par Richard, déboires scolaires…

Que se passe-t-il ? Pourquoi ces souvenirs ? Et si c'était… lui ? S'il fouillait ses pensées ? Elle se cabre, lutte, tente d'arracher son bras à l'emprise du préfet. L'espace d'une seconde, un éclair rouge traverse les yeux de Tom. Terrifiée, elle redouble d'efforts pour se dégager. Tant et si bien qu'il la lâche.

Elle tourne le dos et s'enfuit.

- Reviens Eileen !

Elle continue à courir.

- Reviens Eileen, je t'en prie.

La voix semble si triste qu'elle s'arrête et se retourne. Il la regarde un moment puis s'approche doucement.

- Que t'ai-je fait Eileen ? J'ai simplement regardé tes yeux, ajoute-t-il d'un ton affligé.

Il continue d'avancer. Elle ne recule pas, trop occupée à scruter ses prunelles à la recherche de la lueur écarlate qui l'a tant effrayée. Mais rien : iris et pupilles sont bruns. A-t-elle rêvé ?

- Que t'ai-je fait Eileen ? répète-t-il.

Il lui sourit. Elle ne sait comment agir. Il semble si doux… et pourtant, cet éclair…

- Eileen, je voulais te dire… ne crois pas Aglaé et Walburga. Je sais ce qu'elles te disent. Mais c'est faux Eileen : tu n'es pas laide. Tu as beaucoup de charme, bien plus que ces deux bécasses.

Beaucoup de charme ? Transportée de bonheur, elle oublie tout. Un garçon, un beau garçon, lui parle de son charme ! De la main elle lisse ses cheveux. Tom avance, se penche et effleure sa bouche avec ses lèvres. Elle sent le rouge monter à ses joues. Elle baisse la tête, la relève et fixe ses yeux. Pas d'images, pas de lueur, elle a tout imaginé.

Il saisit sa main.

- Viens ! Il est temps d'aller chez Slughorn.

Elle se laisse guider. Ils parcourent un quart du corridor et s'arrêtent devant une porte de chêne, une porte qu'elle n'a jamais remarquée auparavant. Mais qui peut se vanter de connaître tout Poudlard ?

Tom ouvre et lui fait signe d'entrer. Elle obéit et l'entend refermer l'issue derrière eux.

Elle s'étonne : la salle aux murs de pierre est vide ; pas de Slughorn ni d'élèves. Ni même de tables ou chaises. Seules une dizaine de torches, fixées dans le roc, décorent la pièce tout en dispensant une puissante lumière.

Elle tourne la tête vers la gauche. Sur la paroi se dessine un portail constitué de deux immenses panneaux de granit. Est-ce une entrée sur une autre pièce ? Intriguée, elle se dirige vers lui, tente de l'ouvrir. En vain. Curieuse, elle pose son oreille dessus et entend de faibles bruits. Des sifflements croit-elle. Mais elle doute, le son est si étouffé.

- Où est Slughorn ? interroge-t-elle. Derrière ce mur je suppose ? Mais pourquoi est-ce que je ne peux pas ouvrir ? Il faut un mot de passe ?

Pas de réponse.

Surprise, elle se retourne et tout son être se fige : adossé au fond de la salle, jambes croisées, Tom la regarde. Un autre Tom. Aux lèvres déformées par un rictus.

- To… Tom, balbutie-t-elle.

- Alors Prince ? Elle te plaît cette pièce ? demande une voix de glace.

Paralysée, elle se tait.

- Qu'est-ce tu croyais Prince ? Tu croyais vraiment que tu me plaisais ?

Un rire aigu résonne dans la salle.

- Tu m'as bien amusé tout à l'heure ! Vraiment stupide ! Tu as avalé tout ce que je disais ! Du charme ? Mais tu en possèdes autant qu'un veracrasse !

Le préfet se redresse. Elle ne peut bouger. La sueur inonde son corps. Ses oreilles bourdonnent. Comme dans un brouillard, elle voit le garçon lever sa baguette, s'avancer… Doucement. A chaque pas son sourire s'élargit. Du fond de ses prunelles jaillit soudain un éclair rouge…

Elle hurle et ses jambes bondissent vers la sortie. Elle se jette sur la porte. Mains tendues. Yeux fermés. Dans un bruit mat elle s'effondre. Une douleur lui déchire le bras. Elle ouvre les yeux : l'issue a disparu.

Un nouveau rire salue cette tentative de fuite.

- Pauvre idiote ! Je contrôle cette pièce Prince et tu n'en sortiras pas. Pas avant que, moi, je ne le permette.

- Au secours ! Au secours ! crie-t-elle en direction du mur où la porte s'est évanouie.

- Tu peux hurler tant que tu veux, la pièce est insonorisée.

- A l'aide ! Sortez-moi de là ! continue-t-elle.

- Et je jure que tu n'as pas fini de hurler sale traîtresse !

Une baguette fouette l'air ; une force la tire vers l'arrière et elle se retrouve au milieu de la salle, à plat-dos sur le sol glacé.

Immobile, elle entend le garçon s'approcher. Son ventre se tord.

- Lève-toi Prince ! ordonne-t-il.

Terrifiée elle obéit ; mais ses jambes refusent de la porter. Elle retombe assise sur les dalles.

- Pitié ! Laisse-moi partir… gémit-elle.

Silence. Elle le supplie du regard.

- Pour… quoi ? réussit-elle à articuler.

- J'effectue mon travail de préfet Prince. Je veille à l'honneur de notre maison et punit ceux qui attentent à l'honneur de Salazar Serpentard. Les traîtres-à-leur-sang comme toi Prince…

Salazar Serpentard ? Traître-à-leur-sang ? Elle ne comprend pas. L'année précédente, Tom a arrêté l'héritier de Serpentard…

- Mais…

- Tu vas payer Prince. Par respect pour notre fondateur, je vais te guérir de ton amour des Moldus.

- Mais tu es un sang-mêlé ! laisse-t-elle échapper.

De suite elle regrette ces mots. Horrifiée, elle voit la bouche du préfet se tordre et ses yeux virer à l'écarlate.

- Tu oses Prince !

De nouveau la baguette fouette l'air. Son corps traverse la pièce et s'écrase sur le mur du fond. Sa tête heurte la pierre et résonne comme un bourdon.

- Ecoute bien Prince ! hurle-t-il. Mon sang est plus pur que le tien ! Plus pur qu'aucun autre !

Il reprend, comme pris de folie :

- Que m'importent mon stupide Moldu de père et ma traînée de mère ! Dans mes veines coule le sang de mes ancêtres. Un sang qui me rend le meilleur sorcier au monde. Un sang devant lequel se prosterneront tous les sang-pur.

Un nouvel éclat de rire s'élève.

- Tes enfants, Prince, s'agenouilleront devant moi ! Tes enfants, tes petits-enfants… Tous tes descendants pour l'éternité !

Elle tâte son cou. Un liquide poisseux enduit ses doigts. Est-ce le choc ? Elle se sent la tête vide, détachée. Elle regarde le préfet s'agiter, comme si elle-même n'appartenait pas à la scène.

- Car Serpentard m'a désigné, moi, comme le gardien de ses valeurs. Il m'a désigné en me donnant le pouvoir de parler et commander à son animal symbole !

- Un animal dont tu as peur Prince ! ajoute-t-il d'une voix redevenue calme.

Il agite sa baguette ; la lumière des torches faiblit, l'ombre envahit la pièce.

Un animal dont… Les sifflements…! D'un coup elle réalise et sort du brouillard. Des cris stridents jaillissent de ses lèvres, avant même que le préfet n'ouvre le portail, avant même que le flot de serpents ne s'en déverse. Des serpents, des centaines de serpents, dressés, la gueule ouverte, crochets exposés, qui la fixent de leurs pupilles fendues.

- Cette peur est indigne d'une Serpentard, Prince.

Tom siffle et les serpents s'approchent d'elle. Quatre, cinq d'entre eux se frottent contre elle, s'enroulent autour de ses jambes, s'insinuent entre sa peau et ses robes. Brisée par la peur elle se tait. Un liquide chaud s'écoule le long de ses jambes. Paralysée, muette, bouche ouverte, elle suit la progression des bêtes aux corps glacés autour de son torse et de ses bras.

Un des serpents atteint son cou, s'enroule autour ; elle ferme les yeux.

- Un seul mot de ma part et il t'étrangle Prince! précise la voix froide.

Nouveau sifflement. L'étau se resserre autour de sa gorge.

- Alors Prince ? Tu aimes toujours les Moldus ?

Elle s'entend hurler :

- Pas une traître! Je hais les Moldus! Je hais les Sang-De-Bourbe! Je vénère Serpentard!

Sur-le-champ la pression sur son cou se relâche et les lianes froides qui ligotaient son corps disparaissent. Recroquevillée à même le sol, souillée par son urine, Eileen tremble et gémit. Sans oser bouger. Sans même oser ouvrir les yeux.

Combien de temps se passe ainsi ? Trois minutes ? Cinq minutes ? Beaucoup moins sans doute. Enfin elle ouvre les yeux et voit Tom. Rictus aux lèvres, il pose sur elle un regard glacial. Elle… masse inerte et chiffonnée à quatre pas de lui.

Immobile, il se tait, dilate ses narines. Il semble jouir. Jouir de son humiliation à elle, celle qui se répand en odeur âcre de sous ses robes. Paradoxalement, elle reprend espoir. Repu, peut-être ce Monstre va-t-il la laisser partir ? D'instinct, elle dirige son regard vers la porte ou, du moins, vers ce qui a été la porte.

Le rire s'élève et lui vrille les tympans.

- Non Prince, tu ne sors pas. La punition n'est pas terminée.

De nouveau la terreur la submerge. Lui redonne des forces. Elle se jette à ses genoux.

- Je t'en supplie... Laisse-moi partir! Je te jure que je serai une bonne Serpentard. Je cracherai sur chaque Moldu, sur chaque Sang-De-Bourbe que je verrai… je ferai tout ce que tu voudras. Je reconnais ta… votre grandeur et me prosterne devant vous.

- Je n'en suis pas si sûr Prince. Seule la peur pourra te maintenir dans le droit chemin. Tu dois connaître le prix à payer pour une trahison.

Il oriente sa baguette vers elle et murmure "endoloris". Des milliards d'aiguilles chauffées à blanc criblent le corps d'Eileen, lacèrent sa peau, ses entrailles, ses poumons. Ses cris deviennent si aigus qu'ils déchirent ses propres tympans.

Un temps infini puis l'atroce douleur cesse. D'un seul coup. Demeurent un mal sourd, un corps à vif. Comme si le sortilège avait arraché sa peau. Pantelante, en sanglots, incapable de bouger, elle reste prostrée sur le sol.

- Lève-toi!

Ses pleurs redoublent.

Toujours impassible, la voix glacée répète son ordre:

- Lève-toi! Ou je recommence!

- Non! s'entend-elle répondre. Je t'en prie! Je vais me lever!

Poussée par la peur, le désespoir, elle lutte contre son corps douloureux, se traîne sur les dalles jusqu'au mur proche, s'agrippe aux parois de la pièce et parvient à se mettre debout.

- Je vois que tu as appris à m'obéir. C'est le premier pas vers la sagesse.

Son sourire s'élargit.

- Maintenant franchissons le deuxième pas…

De nouveau elle le supplie du regard. Il lève sa baguette. Elle hurle. Il la pointe vers lui-même… et disparaît. Elle ne comprend rien. Où est-il ? Sa poitrine la serre, elle suffoque, elle s'effondre le long du mur.

- Endoloris !

Une lumière jaune jaillit de nulle part et la frappe en plein thorax. De nouveau les aiguilles brûlantes la transpercent et elle se tord sur le sol en hurlant.

Encore une fois le maléfice cesse brutalement.

- Je t'avais dit de te lever Prince ! susurre la voix du Monstre.

Elle regarde en face d'elle. Rien.

- Alors Prince ?

Malgré la douleur, elle se met sur les genoux puis se redresse.

A peine est-elle sur ses pieds qu'il apparaît devant elle.

- C'était la deuxième leçon Prince : toujours continuer à m'obéir même s'il semble que je ne sois plus là. Comme tu t'en es aperçu, je peux devenir invisible. A chaque instant je pourrais être là à côté de toi, à te surveiller.

D'un geste brusque il saisit le poignet gauche d'Eileen, l'attire vers lui puis remonte la manche de sa robe, exposant son avant-bras. Elle gémit.

- La ferme !

Muette, elle le regarde. Il lève sa baguette dont l'extrémité rougeoie et l'approche de son avant-bras dénudé. La brûlure lui arrache un nouvel hurlement. Il la lâche, elle tombe mais s'empresse de se relever.

- Bien Prince ! Tu as fini par comprendre.

Effrayée, elle observe la lentille noire juste sous la saignée de son coude.

- Belle marque, non, Prince ? N'espère pas l'effacer ! Ce serait dommage d'ailleurs : un si bel aide-mémoire ! Il t'obligera à te souvenir ! A te souvenir de cette punition ! De mes paroles !

Elle se raidit tandis qu'il pointe à nouveau sa baguette vers elle.

- Si jamais tu recommences tes excentricités Prince, je te retrouverai. Où que tu sois! Quand que ce soit ! Alors tu oublies les Moldus, tu renonces à les étudier et tu obéis à tes parents.

La lueur rouge réapparaît dans ses yeux.

- Car je ne serai pas aussi indulgent la prochaine fois.

Il murmure une incantation. De nouveau elle hurle. Mais aucune douleur ne la foudroie. Au contraire, le mal de tête s'estompe. D'un geste machinal, Eileen tâte son cuir chevelu. Plus de plaie, le sang a disparu.

Le Monstre empoigne le haut de sa robe.

- Pas un mot de tout cela Prince! Sinon…

La porte réapparaît. Il met la main sur son épaule, la pousse vers la sortie. Il saisit sa main et la reconduit le long des couloirs, des escaliers. En chemin, ils croisent Dumbledore, le professeur de Métamorphose. La main relâche sa pression, une baguette s'appuie contre ses côtes tandis qu'il lui murmure à l'oreille :

- Ne le regarde pas ! N'essaie pas d'attirer son attention!

Obéissante, Eileen fixe le sol. Elle entend le Monstre parler au sous-directeur.

- Une petite qui s'est perdue, Professeur. Je la ramène à la salle commune.

Où était-elle ? Elle se souvenait… Aglaé… le canapé… le Monstre… il allait la retrouver… il allait la tuer… elle devait fuir ! Eileen se leva brutalement et se retrouva sur la route goudronnée… la route qui menait au village moldu… Quelques secondes pour réaliser et elle se rappela : elle n'était pas chez Aglaé ; elle partait s'installer chez Tobias quand elle avait eu une "crise".

Comme après chacune d'elle, elle tremblait. Titubante, elle retourna s'asseoir sur le talus. Pleura de nouveau. Puis se releva. Pas question de se laisser impressionner par ces souvenirs ! Le Monstre était mort. Depuis des années personne n'avait plus entendu parler de Tom Jedusor : quelqu'un avait dû se dévouer pour le tuer. Et même s'il était toujours vivant, il n'avait aucun moyen de la retrouver, ces six derniers mois en étaient la preuve.

Malgré des jambes encore flageolantes, Eileen reprit son chemin. Calmement. Résolument. Sans plus frissonner.

Qu'importait finalement si elle avait encore des crises ? Maintenant elle le prouvait, elle les maîtrisait. Tant bien que mal, mais elle y parvenait.

Pas comme avant.

Pas comme ce jour de janvier où elle avait rencontré Tobias.

Ce jour où, terrifiée au sortir de sa "crise", elle bondit hors du divan de sa soeur, se précipita vers le jardin du manoir Malefoy et transplana vers la demeure des Prince.

A la recherche d'une protection contre le Monstre.

A la recherche de Metis.


Merci de m'avoir lue jusqu'au bout.

Au prochain chapitre, vous ferez plus ample connaissance avec le fameux frère d'Eileen, Severus, qui donnera son prénom au futur maître des Potions.

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