Voilà le deuxième chapitre un peu plus tôt que prévu étant donné que je ne suis pas là cette semaine, on fait enfin la rencontre de mes chouchous ! ^^ N'hésitez pas à laisser un petit quelque chose, la meilleure source d'inspiration c'est la review. Merci de lire et bonne lecture !
- Je vais t'emmener chez mes protecteurs, ils sauront traiter ton cas.
Suite au regard inquisiteur de la jeune fille, Karlx complète :
- Tu mènerais à ta perte et à la mienne si nous venions à rester seuls lorsque tu auras faim.
Alors ils marchent. Empruntant de sombres forets où le soleil ne perce que par quelques rayons dont elle se garde bien d'approche. Elle ne pose plus de question même si elle brule d'envie et suit son instinct et Karlx par la même occasion.
Deux lunes se sont déjà succédées lorsqu'ils atteignent une vallée enneigée. Ecartant les feuillages épineux Karlx lui désigne la montagne au loin.
- Nous serons de l'autre coté de ce versant avant la nuit.
L'entreprise lui parait impossible et elle se demande si l'homme n'est pas fou, si elle a eut raison d'emprunter la même route que celui-ci. Puis elle se revient sur ses pensées : il n'y avait pas eu d'autres alternatives que lui.
- Nous manquons de temps, et la neige diminuera nos capacités…
Il tourne son visage vers elle, et un rayon de soleil vient heurter sa peau d'albâtre. Ses pupilles sombres se rétractent sous l'intensité des radiations. Il tend une large main vers elle.
- Me fais-tu confiance ?
La poudreuse vole par fragments éparses autour de leur silhouette, comme un voile opaque. Karlx sourit. « Ce n'était pas si terrible, n'est-ce pas ? ».
- Toujours.
Elle emboite ses doigts avec ceux de sauveur, qui paraissent minuscule comparés aux siens. Il la serre quelques secondes pour la rassurer ou bien est-ce pour la remercier. Son étreinte est glacée. Et ils sautent. Le temps semble se suspendre. Elle peut voir le rocher qui dévale la pente, le brin d'herbe qui se balance au gré du vent, le poisson dans le ruisseau qui jaillit hors de l'eau pour remonter le courant. Elle a le temps de voir le sol se rapprocher, inéluctablement. Cette fois-ci c'est elle qui enserre la main de Karlx si fort qu'elle pense l'avoir brisé. Ses paupières se ferment, une carapace entre sa conscience et le monde extérieur.
Le choc la surprend, ses jambes manquent de la lâcher et elle se retient juste à temps à l'épaule de l'homme. Elle ouvre une paupière, puis une autre. Pas de douleurs, pas d'os brisé.
- Ce n'était pas si terrible, n'est-ce pas ?
Elle sent poindre pour la première fois l'amusement sous sa voix, lui qui n'avait affiché qu'une apathie constante.
- Et maintenant ?
- Maintenant ? Il suffit de courir.
Il disparait soudainement, laissant dans son sillage une ombre odorante. Comment se fait-il qu'il aille aussi vite ? Comment est-ce possible ?
- Karlx ! Karlx !, hurle-t-elle.
Elle sent une peur irrationnelle enserrée sa raison. Alors c'est cela qu'elle redoute ? Rien que la solitude ? Elle ne veut pas perdre sa trace, alors elle courre en suivant le spectre parfumé, le fil d'Ariane qu'elle ne veut pas lâcher.
Ses jambes foulent le sol, s'activent avec aussi vite qu'elle en est capable. Elle voit quelques arbres de la lande défilés, enjambe avec une facilité déconcertante le ruisseau et enfin elle arpente la montée sinueuse qui mène vers le sommet de la montagne. Elle continue, encore et encore. Il n'est plus très loin à présent, l'odeur est plus marquée.
- Tu es plutôt bonne pour pister, même pour une nouveau-née. Tu feras un bon traqueur.
Elle sursaute. Il est appuyé nonchalamment contre la roche, le bras croisés, il ne lui jette même pas un coup d'œil. Le colère gronde au creux de son ventre, remonte le long de sa gorge et explose finalement :
- J'aurais pu mourir dix fois et vous ne vous en seriez même pas rendu compte ! Qu'est-ce qui vous a pris de me laisser seule ?! Vous ne trouvez pas que ma situation est assez délicate comme cela ? Je… Je ne sais pas qui je suis, ou ce que je suis, et vous…Vous me laissez conforter à moi-même alors que je suis perdue !
Tout déversant le flot de reproche, elle tambourine avec ses petits poings contre le torse puissant de Karlx. Il agrippe ses poignets et les maintient difficilement.
- Arrête veux-tu ?, sa voix presque tendre. Tu n'as pas idée de la chance que tu as d'être tombé sur moi l'autre jour. Je ne te veux aucun mal, c'est plutôt l'inverse. Regarde si je t'ai laissé suivre ma trace c'est pour que tu te rendes comptes de l'étendue de tes capacités. Es-tu soufflée ? Epuisée ? Non. Et pourtant regardes tout ce que tu as parcouru.
D'un signe de tête, il lui montre la lande qui s'étend, un horizon de terre sèche et de désolation. Elle ne parvient même plus à voir la falaise où ils se trouvaient plus tôt dans la journée. C'est à ce moment qu'elle se rend compte des centaines kilomètres qu'elle a traversé en quelques petites heures. Et elle constate que comme il l'a dit elle ne sent pas le feu de l'effort dans ses jambes, ni même la fatigue l'écrasée.
- Oh mon Dieu, son murmure désordonné ressemble plus à une plainte, je vous supplie d'accepter mon repentir, je vouerai ma vie à racheter mon âme pour les péchés originels que j'ai commis et je jure combien même le meurtre que j'ai honteusement fait était atroce que je n'étais pas moi-même dans ce moment, et je vous pris mon Dieu de me conduire sur la voie de l'expiation et de m'emmener loin des sentiers de l'égarement. Je vous promets que…
Un rire sourd, narquois, l'interrompt. Des petites pierres s'étaient enfoncées dans sa peau lorsqu'elle s'était prosternée à genoux, elle ne saigne pas. Son malheur et cette haine viscérale au creux de son ventre augmentent d'autant plus.
- Tu crois vraiment qu'épier tes péchés et que prier ton Dieu sert à quelque chose à présent ?
- Laissez-moi, laissez-moi…
- Tu sais ce que tu es petite sotte ? Tu es bien assez puissante pour soumettre quiconque à ta volonté et tromper la Mort.
- S'il te plait…
C'est la première fois qu'elle le tutoie, cela sonne étrangement entre eux. Ignorant ces suppliques il s'approche et prend son visage entre ses mains pour la contraire à le regarder. Dans ces yeux à présent aux teintes rougeâtres, une lueur qu'elle traduit en démence infinie.
- Je peux briser la gorge d'humain d'une seule pression, je peux les obliger à me supplier d'un petit coup dans les côtes, je peux me délecter de leur sang comme autrefois tu te délectais des plus grands mets. Et tu sais quoi ? Bientôt tu seras comme moi. Vampire.
Elle ne peut plus se contenir, il y a cette force incontrôlable dans son corps qui a besoin de sortir. Les barrières de la raison flanchent et la force se repend dans son corps. Elle se jette sur lui, empreinte de cette énergie nouvelle, elle vole presque. Il lève un bras fort pour la repousser, ça ne suffit pas. Elancés, alors qu'il tente de s'en extraire et qu'elle taillade son corps, ils ne remarquent pas que l'élan leur a fait quitter le sommet de la montagne. C'est lui qui reçoit la première onde de choc, son dos s'arque contre la roche. Ils roulent, elle enroule ses bras comme une pieuvre autour de sa gorge. Une mèche de ses longs cheveux s'accroche une cavité, elle gémit un peu de voir une partie d'elle lui être arrachée. Elle n'a même pas mal pour se concentrer sur autre chose que cette énergie qui brule en elle et ce corps sous le sien chétive qu'elle voudrait défigurer. Ils atteignent un petit plateau qui les stabilise, il la domine mais d'un jeu de jambes elle renverse la situation. Elle presse ses mains contre la gorge. Des fissures apparaissent sur la joue de Karlx, ça l'effraie un peu.
- Tu ne continueras pas, lance-t-il de façon neutre, comme si la situation de l'impliquait pas.
- Pourquoi ? Qu'est-ce qui m'en empêcherait ?
- Tu ne veux pas te retrouver seule. « Confronté à toi-même » dans ce monde hostile. Tu ne connais rien, ni personne. Et puis je sais bien que tu n'as pas le cran de le faire. Trop sentimentale.
- Je suis capable de vous tuer croyiez-moi !
- Eh bien qu'est-ce que tu attends, suggère-t-il avec un haussement de sourcils.
Elle a envie, oh oui elle en a tellement envie. C'est comme une irritation qui la démange horriblement et tout son esprit est centré sur l'image de ces ongles qui raclent la peau, mais elle ne peut pas le faire ! Et elle est frustrée et c'est encore plus dur de résister. Et ça démange de plus en plus et aimerait se frotter jusqu'au sang !
Sang. Le mot lui provoque un haut-le-cœur.
- Non, pas ici, pas maintenant. Devant son sourire moqueur elle détaille : Je ne suis pas aussi faible que vous le pensez. Et je vous le prouverais bien assez tôt.
Elle le relâche brusquement et s'éloigne comme s'il l'avait brulé. Il époussète sur ses épaules quelques poussières avant de se relever, la surplombant de deux têtes et déjà impassible.
- Un jour tu paieras de ton affront. Viens, ne perdons pas de temps.
Il continu dévaler la pente et elle doit courir pour le rattraper.
Leur voyage dure encore deux jours durant lesquels ils ne croisent aucuns humains, elle soupçonne Karlx que de faire ainsi pour éviter tout débordement. D'ailleurs celui-ci est de plus en plus brusque :
- Dépêche-toi femelle ! Dépêche-toi !
Elle aimerait se confronter à nouveau à lui, et le descendre de son piédestal, lui arracher ce masque de froideur à son égard, mais quand elle voit ses yeux dilatés, plus sombre que les ténèbres, elle sait qu'il n'est pas maitre de lui-même. C'est cette chose, cette force qui a pris possession de lui comme elle auparavant. De même, ça ne devrait pas tarder à recommencer : sa gorge est asséchée.
Bientôt, ils atteignent les plaines blanches de la Russie. Au loin un palais qui semble de glace, dont les tours s'élèvent à la rencontre du ciel, elle frisonne mais pas de froid.
- Ne bouge pas, je vais prévenir les maitres,dit Karlx en s'éloignant.
Ce n'est plus qu'une silhouette confuse, drapée de noir. Immobile, elle laisse le blizzard crée des gelures au bout de ses doigts. En fait, elle ne réalise pas vraiment ce qui lui arrive. Tout est allé trop vite, et elle a beau creuser sa mémoire, chercher dans les tréfonds de ses souvenirs, elle ne trouve rien de consistant, rien d'autre que les yeux rouges et ocre.
Karlx revient bien vite, et lui fait signe de le suivre. Elle n'a pas idée de ce qui l'attend. Plus elle s'approche, plus le palais lui semble intimidant. Elle remarque des fêlures dans la fondation et une partie du toit qui s'est écroulé. Arrivés à la grande porte, Karlx d'un geste de la main lui fait signe d'entrer. Il fait aussi froid qu'à l'extérieur mais au moins les bourrasques s'infiltrent peu. Sur les murs des portraits de rois de jadis, quelques richesses dépareillées, le plus souvent rien d'autre que le mur épuré. Ils atteignent une immense salle qui s'étend tout en longueur, au bout deux trônes qui semblent être fait de cristal.
- Maitre Vladimir, maitre Stefan, chantonne son sauveur dans une courbette.
Elle l'imite et relève la tête. Vladimir et Stefan ne se ressemblent pas. Quand le premier arbore des cheveux clairs, presque blancs, le second se pare d'une chevelure corbeaux. Vladimir n'est pas très grand et plutôt fin. Stefan se démarque par sa haute taille et ses épaules robustes. Néanmoins ils détiennent tout les deux le même charisme fascinant que Karlx, peut-être encore plus, et partagent une voix aux accents prononcés. Ainsi que des pupilles carmin.
Le dernier détail la laisse figée sur place.
Ils sourient, et dans leur sourire elle aperçoit quelque chose de presque anodin, de terriblement malsain bien qu'ils dégagent un sentiment de bienveillance à son encontre.
- Bien le bonsoir mademoiselle.
Vladimir a un lourd accent scandinave qui met en valeur les tonalités de sa voix. Stefan acquise avant de préciser :
- Nous sommes heureux de vous accueillir très chère.
Dès lors elle ressent une onde de sympathie pour les deux slaves, c'était surement le fait qu'ils se montrent si chaleureux alors qu'ils ne la connaissent en rien ou peut-être est-ce leur peau est poudreuse, presque transparente, qui semble plus dur que le marbre.
- Merci, merci de m'accueillir parmi vous.
- Voyons ce n'est rien ! Parlez-nous plutôt de vous chère amie, demande Vladimir.
- Je… C'est-à-dire sans vouloir vous offenser que… je ne me souviens plus.
Elle entortille ses mains dans sa robe difforme, gênée.
- Vraiment ? Voilà un fait peu courant après une transformation… Et comment avez-vous donc trouvé Karlx ?
- Je suis tombé sur elle au détour de l'Alsace, elle a « vu » mon arrivée, s'exclame le concerné avant qu'elle ne puisse esquisser une réponse.
Les deux seigneurs s'entreregarder une infime seconde. Elle voit leur mine intriguée se dessiner peu à peu sur leur magnifique visage, tandis que Stefan lui demande d'approcher. Il pose sa main gantée sous son menton et sous leurs yeux écarlates elle a l'impression d'être mise à nue.
- Une bien belle jeune femme pour tant de mystère, n'est-ce pas ?
Vladimir hoche la tête, ses sourcils cendrés forment une question muette.
- Montre donc lui nos plus beaux appartements, oh et puis laisse-la choisir. Nous ne manquons pas de place !
Les rires mélodieux des vampires se répercutent contre la paroi, créant un écho qui tel un spectre la hante à chacun de ses pas.
