Bill
Je tire furieusement mes rideaux et cours me remettre au lit. J'ignore quel jour on est et je m'en fou. Probablement lundi, sinon mon réveille-matin ne m'aurait pas cassé les oreilles il y a de cela cinq minutes. Alors si on est bien lundi, tant pis. Moi, je dors.
- « Putain connard ! Debout ! »
Cette horrible voix bien trop connue me tire de mon sommeil et des mains m'agrippent pour me secouer violemment. Je m'arme d'un coussin et le balance en pleine tronche de mon agresseur, ne voulant que le calme pour dormir paisiblement. Mais on n'est pas du même avis.
- « Bill, tu m'énerves vraiment là. T'es un vrai petit con, tu le sais ? Je te déteste ! »
- « Calme toi sale merde ! » je grogne d'exaspération, enfouissant ma tête dans mon oreiller.
- « Toi, tu m'parles autrement. »
Ma couverture disparaît subitement et révèle mon corps nu. J'entends l'autre con soupirer derrière moi. Il m'ordonne de me lever et sort de ma chambre en claquant ma porte. Je jette un coup d'œil à mon réveille-matin : il est treize heures. Au point où j'en suis, si j'avais cours aujourd'hui, c'est plus la peine d'y aller.
Je me lève péniblement et ramasse ma couverture pour la remettre sur mon lit. J'attrape un boxer – que je crois propre – à quelque part dans un coin de ma chambre et cours à la douche.
Maintenant (presque) parfaitement éveillé et propre, je vais à la cuisine et me cherche un truc à bouffer. Mon agresseur de tout à l'heure est assis à table et mange avec un air boudeur, me lançant un regard plus qu'agressif.
- « Quoi ? » je lui demande en affrontant son regard.
- « T'es rentré à quelle heure hier soir ? »
- « Euh… je suis rentré ce matin » je lui avoue en rigolant légèrement.
- « Bill ! T'es pas possible comme petit frère ! »
Je le dévisage.
- « Et toi comme tuteur t'es pas terrible hein. »
Il soupire, se lève et va mettre son assiette dans l'évier. Je me colle contre lui et passe mes bras autour de son torse. Il grogne et me repousse, cherchant à sortir de la pièce. Mais je le garde contre moi et l'en empêche.
- « Qu'est-ce que tu veux ! Fous-moi la paix ! »
- « Fais-moi à manger… »
- « Oh non ! »
Il me pousse contre le comptoir et se sauve, mais je m'accroche dans son dos et commence à le harceler.
- « Toi, tu vas au lycée et moi, je retourne bosser. Achète-toi un sandwich sur la route, j'ai pas le temps de jouer à la nounou avec toi ! »
- « T'as vu l'heure ? » je m'indigne en le relâchant.
- « Quoi ? »
- « Ça sert plus à rien d'y aller. »
Il prend même pas la peine de me répondre et part s'enfermer dans les toilettes pour quelques minutes. Lorsqu'il en ressort, je suis avachis sur le canapé et je le regarde ramasser ses trucs un peu partout dans l'appart'.
- « Bon, si tu restes ici cet après-midi, tu ranges ta chambre, ok ? »
- « Oh Jeremy ! Sois cool… »
- « Tu fais la vaisselle… »
- « MEURS ! »
- « Et tu vas acheter du lait, s'il te plait. »
Je m'empare du coussin qui se trouvait à mes pieds et lui lance dessus. Mais il ne semble apparemment pas d'humeur puisqu'il le repose sagement sur le fauteuil, soupirant d'exaspération.
- « Je peux pas, j'ai pas d'argent ! »
Il fouille dans ses poches et me tend un billet de cinq dollars.
- « Tu n'achètes rien d'autre que du lait et tu me rends la monnaie ! » me prévint-il, connaissant ma dépendance au sucre.
- « Tu rentres à quelle heure ce soir ? » je lui demande en fourrant sagement le billet dans ma poche arrière.
- « Assez tard pour que tu aies le temps de commencer à faire le dîner. »
Je soupire et me retourne à plat ventre contre le canapé, désespéré par tout ce que j'ai à faire cet après-midi.
- « Bill tu m'énerves quand tu fais ça, tu sais ? » grogne Jeremy en s'approchant.
- « Quoi ? »
- « Je suis désolé de te le dire, mais t'es loin d'être dans les circonstances d'un enfant gâté, ok ? C'est triste, mais tu peux pas être aussi libre que tous tes copains. J'suis pas papa ni papa et même si c'est moi le plus vieux, j'ai besoin de ton aide. Alors arrête de toujours te plaindre et estime toi chanceux d'au moins d'avoir un endroit où vivre et de pas être quelque part en Europe chez une vieille tante que tu connais même pas. »
- « Mais oui c'est bon » je réponds, agacé qu'il me le répète à presque tous les jours.
- « Et j'te préviens : cette année, pas question que tu rates tout tes cours et je t'oblige à te trouver un job, compris ? »
- « Va bosser tu m'énerves ! »
Il ignore ma remarque, m'embrasse sur le front et me glisse un petit « je t'aime » à l'oreille. Malgré que je sois légèrement en rogne contre lui, je lui réponds que je l'aime aussi. Je le regarde partir et, lorsque qu'il referme la porte et que j'l'entends la verrouiller, je m'affale à nouveau sur le canapé, et me tape une sieste.
Je frotte le plancher avec une serviette parce que non, j'sais pas faire la vaisselle sans que l'eau se retrouve par terre et plus dans l'évier. Jamais j'serai homme au foyer !
Si le lycée n'avait pas téléphoné pour dire que j'étais pas en cours (comme si j'avais pas remarqué), je dormirais probablement encore sur le canapé et ce jusqu'à ce que Jeremy revienne et qu'il m'arrache la tête.
La propreté et moi, on s'aime pas. Après donc avoir frotté rapidement le plancher, je remplis l'évier à nouveau, et laisse la vaisselle y tremper. Peut-être qu'avec le temps, la saleté partira. Ma chambre en bordel, maintenant
J'ai trouvé un bonbon, j'en cherche d'autres. J'ai pas vraiment réussis à ranger ma chambre, parce que c'est trop difficile, et que j'aurais besoin d'une pelle mécanique pour sortir tous les déchets qui y trainent. Alors j'ai préféré consommer du sucre.
J'ai dévalé les escaliers. Non mais quand je dis dévaler, c'est vrai. J'avais mal lacé ma chaussure gauche. Le pied droit à pilé sur le lacet de ma chaussure gauche. J'me suis pété la gueule pendant un étage complet. Si seulement l'ascenseur de merde était réparé, aussi.
Je marche donc en direction de chez le laitier. Haha, non. Je vais au supermarché. Avec dix dollars en poche. Je sais, Jeremy m'en avait donné que cinq. Mais j'ai gratté le fond d'un de mes tiroirs et j'ai trouvé des sous !
- « Hey, Bill ! »
Je me retourne, quelqu'un m'appelle. C'est ce con de Loïc. Je soupire et ralentis le pas, laissant traîner mes pieds sur le bitume. Il court jusqu'à moi et m'attrape par le bras pour marcher avec moi. Il m'impose son rythme de fou.
- « Qu'est-ce que tu fous ? » je lui demande en tentant de dégager mon bras.
- « Ben je sèche, comme toi ! T'allais où ? »
- « Acheter du lait. »
- « T'as tout bu le lait ma cochonne ? »
Il éclate de rire parce qu'il se trouve drôle. S'il était pas autant pété je crois qu'il rirait pas. Je plante mon regard dans le sien et examine ses yeux. Ils sont toujours aussi rouges et minuscules.
- « Non, c'est Jeremy. »
- « Oh, oh d'accord. Et après tu fais quoi ? Parce que tu pourrais venir chez moi, on jouerait à Mario Bros. »
- « Lequel ? »
- « Le deux, j'aime pas le un. »
- « Mais dans le deux il a un gros cul. »
Il hausse les épaules, puis lâche enfin mon bras. Je tourne au coin d'une rue, espérant le semer. Mais il tourne le coin avec moi et me rattrape.
- « Alors tu vas venir ? »
- « De toute façon j'peux pas, Jé m'a puni parce que j'ai encore séché » je mens. « Je vais juste chercher du lait et je rentre. »
- « C'est pas un cool ton frère. »
- « Je sais. Je viendrai que je serai dé-puni. »
Il acquiesce et s'apprête à entrer dans le supermarché avec moi. Mais j'ai pas envie qu'il me colle aux basques. Alors avec un air surpris, je pointe loin devant moi et pousse un cri de stupéfaction. Lui, les cellules pétées, n'y voit que du feu et s'excite déjà.
- « Quoi, quoi!? Qu'est-ce qui a!? »
- « C'est Lilou là-bas! Va lui demander de jouer à Mario Bros avec toi! »
- « Lilou? Je le vois pas, attends… »
- « Mais si… va plus loin, tu vas le voir. »
- « Lilou! Hey, Lilou! Attends-moi, mec! Tu m'avais pas dit que tu séchais aussi ! »
Lorsqu'il est assez loin, je me dépêche d'entrer dans le supermarché et vais me perdre le plus loin possible dans les rangées. Je vais directement chercher des bonbons, prend du lait, et me dépêche de rentrer chez moi. Loïc est peut-être sur le chemin du retour, et j'ai pas envie de le croiser.
Je me suis enfermé dans ma chambre parce qu'elle est toujours en bordel et je veux faire croire à Jeremy que j'y travaille. Comme ça, j'aurais pas besoin de faire le dîner. On aura qu'à manger du Mcdo. En attendant, je mange des bonbons et je réponds aux texto de ma copine hystérique.
- « Bill Kaulitz! »
- « Merde… »
Je cache mon téléphone sous mon oreiller et englouti mon paquet de bonbon. J'ai peut-être oublié de sortir la vaisselle du lavabo. Oupsi…
- « Viens ici petit con! Qu'est-ce que tu fous!? »
Je soupire et sors de ma chambre avec réticence. Il va gueuler, il est pas content le mec. Je me poste timidement devant lui, les mains derrière le dos. Il est fâché. Hm…
- « Tu faisais quoi là? » grogne-t-il.
- « Je range ma chambre parce que j'ai pas fini. »
- « T'as du sucre sur la gueule là… »
Il me dévisage et tend la main vers mon visage et m'essuies peu délicatement la joue.
- « T'as acheté du lait ou t'as tout dépensé en bonbon ? »
- « Mais oui roh… »
Il soupire et se dirige vers sa chambre. Je le suis, j'ai pas envie qu'il soit fâché contre moi parce que dans ces temps-là, c'est vraiment pas marrant. Mon frère est trop sérieux.
- « Tu m'énerve, va chercher du Mcdo. »
YESSSSS.
- « T'as des sous ? »
- « Des sous » soupire-t-il en fouillant dans ses poches.
Je croise les bras et j'attends, me tortillant devant ses yeux. C'est long il m'semble, chercher des sous. Et quand il cherche, c'est pas bon. C'est signe qu'il en a pas, ou peu. Quand il en a, il en ressort direct.
- « T'en as, toi ? »
- « Non, j'ai pas de sous. C'est toi qui m'les donne, papa. »
Il me regarde, l'air fâché. Je rigole légèrement.
- « Alors on a qu'à faire les anorexiques pour ce soir, j'ai pas un rond. »
- « Jeremy, NON! J'vais pas survivre, tu le sais. »
- « Fais-toi chauffer un truc. »
Je soupire et sors de sa chambre. J'ai pas envie de me faire chauffer un restant d'hier. Je vais chercher ma carte de bus dans ma chambre et je prends une veste. Je tombe face à face avec Jeremy dans le couloir en ressortant de ma chambre.
- « Tu vas faire quoi? »
- « Je vais chez Burger King. Lilou travaille ce soir. »
- « Tu vas aller leur piquer de la bouffe, en fait? » reformule-t-il.
- « Ouais. »
- « Ben rentre pas trop tard, parce que demain, tu vas en cours. »
- « Je suis ici à 23hrs59, promis. »
Puis je pars en claquant la porte.
Je descends du bus et trébuche dans la bande du trottoir. Quelqu'un d'autre descend du bus et me pousse parce que je suis dans son passage, et je fais un face à face avec un poteau électrique. Ça fait rire des passants, des gens du bus. Tout le monde, sauf moi. Je me redresse, tire ma veste vers le bas et m'éloigne rapidement de cet endroit d'humiliation. Ces gens n'ont aucune pitié pour les malchanceux comme moi.
Le Burger King n'est heureusement pas très loin. En y entrant, je vois mon meilleur ami assis sur le comptoir. Son patron est jamais là, et le restaurant est souvent vide parce qu'il est mal entretenu et les clients le trouvent pas propre. Alors quand Lilou bosse, on lui tient compagnie.
- « Mon amour! Tu m'as manqué! » hurle-t-il en me voyant entrer.
Il se laisse glisser en bas du comptoir et vient me rejoindre. Il est seul, les copains sont pas là et y'a pas un chat. Je m'avance vers lui et le sers brièvement dans mes bras.
- « T'as mangé ? »
- « Non, Jeremy est fauché. Il m'a donné son dernier cinq dollars pour que j'achète du lait. Dépense inutile… »
- « Tu parles! Tu veux un hamburger? »
- « C'est ce que je venais chercher. »
Il me sourit. Il le savait déjà. Je le suis derrière le comptoir et reste avec lui pendant qu'il prépare deux hamburgers. Il doit pas avoir bouffé, lui non plus.
La fille avec qui il bosse ce soir sort soudainement des toilettes, et soupire en me voyant. Elle m'aime pas. Elle trouve que j'suis un parasite. Je le suis, oui, mais en même temps, je suis un peu leur seule clientèle (de la bonne clientèle lorsque j'ai des sous et que je peux payer mon hamburger). Je lui fais un large sourire à m'en fendre les lèvres, et elle me répond en me faisant un fuck.
- « Toujours pas trouvé de refuge pour les sans-abris, Bill? » me demande-t-elle en s'assoyant au comptoir, sortant une revue et une lime à ongle.
- « Non, j'espérais que tu m'donnes des indications pour aller au tiens » je lui réponds en haussant les épaules.
Elle m'ignore. Deux minutes plus tard, Lilou m'annonce que nos hamburgers sont prêts. Au même moment, des clients – qui doivent certainement pas savoir que ce Burger King est pourri, genre des touristes – entrent et retiennent Lilou à la cuisine pour deux hamburgers de plus.
Je vais m'assoir à une table en attendant qu'il me rejoigne, mais j'l'attend pas pour commencer à manger, parce que je meurs de faim. Lorsqu'il me rejoint, j'ai presque terminé et il grogne contre moi parce que je suis impoli de jamais l'attendre.
- « Alors, ta journée? » je lui demande en me léchant les doigts.
- « Vraiment très longue. Pourquoi t'étais pas là ? Sabine n'a pas arrêté de se plaindre! J'ai faillis la flinguer » soupire-t-il.
- « Ahhh, je sais. Cette folle! Elle m'a envoyé des texto d'hystérique genre « t'es chez ta maîtresse? » et moi j'étais genre « ma maîtresse? Depuis quand on peut avoir des maîtresses à dix-sept ans? » J'l'endure plus » je soupire.
Il éclate de rire et je vois l'intérieur de sa bouche, avec toute la bouffe. C'est dégueulasse. Mais j'ai pas besoin de le lui dire.
- « Et Phil ? Il a survécu à une journée sans moi? »
- « Euh… devine quoi! »
- « Il est mort? »
- « Mais non » soupire-t-il en me tendant une serviette de papier parce que j'ai de la sauce partout sur la gueule.
Je m'essuie rapidement la bouche et jette la serviette dans son assiette. Il grogne et la met dans la mienne.
- « Alors quoi? Dis. »
- « Y'a un nouveau. »
- « Ah ouais » je réponds seulement, m'en foutant un peu.
- « Écoute ça : j'ai marché sur son lacet, parce que ce con lace pas ses chaussures, je l'ai fait tomber, toutes ses feuilles se sont éparpillées partout dans le couloir, et une blondasse lui a ouvert sa porte de casier en pleine gueule! »
- « Wow » je souffle. « Comment il doit trop s'être senti intégré! »
- « Ben ouais. Mec, il est dans ta classe! Alors je lui ai présenté Phil. Alors Phil a survécu à une journée sans toi. »
Ce connard de nouveau, je le sens déjà pas. S'il essaie de me piquer mes meilleurs amis, je lui coupe les couilles.
- « Et comment il se nomme, le mec ? »
- « Tomas. »
- « Tomas. Tomas qui? Ça fait français comme prénom. Il doit être homo. Ça sonne homo, aussi. Qu'il retourne dans son pays! »
- « Ta gueule l'immigré. »
- « Toi ta gueule, sinon j'te fais bouffer ton drapeau. »
Il lève les yeux au ciel. Il en reparlera plus, parce qu'il sait que j'aime pas en parler. Même moi, je m'en parle pas. J'y pense même pas. Je préfère me dire que j'suis américain, point.
- « Tu m'as toujours pas dis pourquoi t'es pas venu aujourd'hui » remarque-t-il.
- « Je suis rentré vers deux heures du matin et j'ai pas réussis à me lever quand mon réveille a sonné. »
- « Jeremy devait être heureux! »
- « Mmh… tu parles! Il m'a gueulé dessus genre « tu me fais chier, bla bla, si tu recommence comme l'année dernière c'est la fin de ta vie, gna gna gna, trouve toi un job! » que d'la merde quoi. »
- « Ben… pourquoi tu viens pas travailler avec moi? »
- « Parce que j'ai pas envie de travailler, ok? Je suis pas responsable, je veux pas avoir de responsabilités. Et ton job est pourri. Et l'autre vache au comptoir, j'la boufferais! » je dis en la désignant d'un coup de tête.
Lilou soupire et s'avachit contre la banquette. Mais l'autre pétasse se la ramène.
- « Alexis, merde, quand tu fais un dégât, tu dois te ramasser, ok? Je suis pas ta bonne! »
- « Où ça un dégât ? J'ai pas fait de dégât ! »
- « Si, la flaque d'eau, là, dit-elle en pointant un endroit derrière le comptoir. »
- « T'as pissé par terre, Kym? » je lui demande.
- « Toi, meurs, ok? »
- « Tu te trouveras jamais de mec si tu les respecte pas » je soupire, désespéré de son manque de tact.
- « Toi t'es pas un mec qui donne envie d'être respecté, tu comprends? »
Je décide de me taire et de pas répondre à ça, parce qu'avec moi, ça dégénère facilement, et j'ai pas envie de commettre un meurtre. Pas aujourd'hui. J'ai autre chose de plus important à faire.
- « Bon. Tu termines à quelle heure ce soir? » je demande à Lilou.
- « Dans deux heures maximum. Je vais foutre le camp, j'ai pas vraiment envie de passer la soirée ici. Loïc est passé, il veut qu'on aille fumer des joints et jouer à Mario Bros avec lui, tu veux qu'on y aille ? »
Je soupire, au total désespoir.
- « Merde non… il m'énerve celui-là ! J'ai pas envie de fumer des joints, j'ai l'air d'un drogué, moi ? Non. Allons plutôt chez Wal-Mart, s'acheter quelques paquets de jujubes! »
- « Quelques ? Bill, j'ai pas envie de t'en payer douze. »
- « Roh, je vais m'en payer, si tu veux pas. Pas généreux… »
- « Avec quel argent ? T'es fauché, je te rappelle ! »
- « Ben on n'a qu'à braquer une banque avant d'aller chez Wal-Mart, je sais pas. C'est pas un problème, ça. Mais j'ai pas envie d'aller chez Loïc. »
Il lève soudainement la tête vers l'entrée. Les mecs sont arrivés. Avec Sabine. J'avais genre, vraiment pas envie de la voir. Elle se jette sur moi et commence à me hurler dessus parce que je réponds plus à ses texto, mais c'est juste à ce moment-là que je réalise que mon téléphone, je l'ai oublié dans ma chambre, sous mon oreiller. Elle veut que j'aille chez elle pour qu'on passe la soirée seuls.
- « J'ai déjà des plans » je marmonne alors qu'elle me pousse pour que je lui fasse une place à côté de moi sur la banquette.
- « Et c'est quoi? »
- « Je braque une banque et ensuite… je vais acheter des jujubes. »
- « Toute la soirée ? »
- « Ouais. Avec Lilou. »
- « Mais j'avais envie que tu viennes dormir chez moi » se plaint-elle.
Je soupire. Je regarde Alexis se lever et aller derrière le comptoir pour faire je ne sais quoi. Phil prend sa place et les autres s'incrustent tout près. J'essaie de trouver une façon de dire poliment à Sabine que ce soir, j'en ai rien à foutre d'elle.
- « Jeremy veut que je rentre tôt. Parce que j'ai séché aujourd'hui et là, il est pas content. Tu comprends? »
- « Arrête de dire des conneries. Tu veux juste te débarrasser de moi » soupire-t-elle.
Je hausse les épaules. Alexis revient, il a retiré son tablier et il a mis sa casquette.
- « Vous venez ? Bill a une banque à braquer. »
Ce soir-là, je suis rentré un peu plus tard que 23h59.
Je souffle gentiment dans l'oreille de mon frère. Il grogne, se retourne dans le lit et roule à l'autre bout pour que je lui foute la paix. Mais je rampe jusqu'à lui et me laisse tomber sur son corps. Il se réveille complètement et me pousse à l'autre bout du lit.
- « Jeremy… fais-moi une place, allez. »
- « Il est quelle heure, là? »
- « 23h30 » je mens.
Il me croit pas. Il se redresse pour regarder l'heure, et soupire en voyant qu'il est 1h du matin. Et il ferme ses yeux en remarquant que je porte toujours mes vêtements de la journée. J'aurais dû mettre foutre en boxer, ça aurait mieux passé. Genre « j'ai fait un cauchemar, j'ai peur ! »
- « Tu viens de rentrer? » soupire-t-il.
- « J'avais pas mon téléphone sur moi, j'ai pas vu l'heure passer! »
- « Va te brosser les dents et couche-toi » dit-il seulement.
Je lui obéis. Jeremy est à bout, il sait plus comment me punir, comment agir avec moi, s'il me donne trop d'ordre, s'il est trop strict ou pas assez. Je le comprends, je serais tout autant perdu que lui, si j'étais à sa place. Mais j'le suis pas, et j'aime pas l'autorité.
- « Tu dors dans ta chambre! » grogne-t-il lorsque je reviens dans son lit.
- « J'arriverai pas à dormir, tout seul » je chigne en me serrant contre lui, me faufilant sous les couvertures.
- « Moi c'est si t'es là, que j'arriverai pas à dormir. »
- « Ben c'est super. Comme ça tu me réveilleras à 7h, ok? Faut que j'aille en cours, que tu dis. »
- « Ok, reste, si c'est la seule façon que j'ai de te faire aller en cours » soupire-t-il.
- « Hm. Bonne nuit! »
- « Ta gueule. »
Je m'endors en cinq minutes, collé contre le dos de mon frère qui lui, endure mes ronflements pour le reste de la nuit. Une chance que je l'ai.
