«Ce qu'on ne savait pas», achève-t-il en se prenant la tête dans les mains, «c'est que Meredith, un médecin qui est de mèche avec nous, l'avais gavé de sang de vampire la veille».
Je fais les connections toute seule, même si je suis pétée.
«Donc ...ta copine Elena est un vampire».
Il secoue la tête, complètement résigné.
«Ce n'est pas ma copine. C'est mon amie. Et accessoirement, mon ex».
Je hoche la tête lentement.
«Je vois».
Cette histoire n'est décidément pas banale. Les noms se mélangent encore dans ma tête et je n'ai pas eu l'occasion de voir les visages de tous ceux dont j'ai entendu l'histoire : Elena, Caroline, Klaus, Bonnie, Damon.
Tout à coup, je comprends. (Ok, vous pensez : «qu'elle est retardée, cette crétine, c'est évident !». Je vous rappelle encore une fois que je suis torchée, et que ma tête bourdonne très fort, ce qui n'aide pas la concentration.)
«Tu te sens coupable ? Tu penses que c'est à cause de toi qu'Elena est morte ?»
Rien qu'à son silence, je comprends que j'ai visé juste. Je ne m'en suis pas si mal sortie, cette fois.
«Ce n'est pas de ta faute», je lui assure.
Énervé, il abat sa paume sur la table - ce qui fait valser la salière à terre - et lance d'une voix glaciale :
«C'est ce que tout le monde me dit ! Si je ne l'avais pas forcé à choisir entre Stefan et Damon elle serait encore en vie ! Et humaine !».
D'accord. Je parle à un bourrin sans cervelle. Très bien.
«Oui».
Matt a un regard fou, et mon «oui» a l'air de sonner comme le coup de l'épée de Damoclès sur sa jolie tête.
«Au bout du compte», je reprends, «Tu as réussi à la faire choisir. Tu lui as rendu service. Et c'est sa faute si elle a choisit de te sauver avant elle. Pas la tienne. Tu étais inconscient enfin, Matt !»
«Je ne me le pardonnerai jamais», soupire-t-il.
Ce type m'exaspère.
«Les choses arrivent parce qu'elles sont censées arriver», je répond d'une voix sûre. «Tu ne lui aurait pas demandé de choisir si elle ne les avait pas rencontré. Les choses se produisent et l'homme ne peux rien y faire.»
Ses yeux bleus croisent les miens et je le sens se tasser encore un peu.
«Bon. Je ne sais pas ce qui m'arrive ce soir, mais il se trouve que j'ai un élan de générosité alors tu vas prendre une semaine de congé, rester chez toi et penser à autre chose. Appelle-moi si jamais il y a un problème. Et surtout.», je lance en lui cognant la tête, «Met toi bien dans le crâne qu'Elena est responsable de sa propre mort. Vu ?»
J'écris mon numéro sur un bout de papier qui traine dans mon sac à main, lui donne, lui tape gentiment l'épaule et sors du café avec un coucou de la main pour Jeremy.
Il m'envoie un grand sourire. Il est trop chou !
Quand j'arrive chez moi, il est minuit vingt, je me brosse rapidement les dents, me lave la figure et les mains, me fout en pyj et m'affale dans mon grand lit où je m'endors immédiatement.
Ces histoires m'ont décalquée.
Le lendemain, quand j'ouvre les yeux, il est sept heures.
J'ai dormi six heures. Vous ne vous rendez pas compte. Six heures ! C'est énorme pour moi.
De six à douze, je m'applique successivement à un entrainement de kendo, à deux vidages de cartons et je décide quand je regarde l'heure de prendre une douche rapide et de sauter le petit déjeuner.
Et je pars en claquant la porte.
BANG.
Il faut que j'arrête, sinon je vais finir par casser son joli vitrail.
Au Grill, je demande à Jeremy - qui m'envoi un joli sourire - une salade grecque.
«Quoi ? Vous n'avez pas de salade grecque à Mystic Falls ?» je me lamente.
Chou secoue la tête, l'air désolé.
«Il y a quoi comme salades ?» je demande donc.
Jeremy suggère :
«Salade Caesar ?»
Je secoue la tête. S'il veut me refiler son plat le plus dégueulasse, autant mettre le paquet :
«Un double cheese burger frite, alors», je lance, la mine déconfite.
Jeremy ouvre des yeux ronds, puis hausse les sourcils avec une moue a-do-rable et va donner ma commande en cuisine.
Comme j'ai une demi-heure à tuer, j'appelle Tasha.
Ça tombe sur son répondeur.
Crotte.
Mary est à l'Université, je ne peux donc pas la joindre.
«T'a mis ton t-shirt à l'envers, miss», me lance une voix, avec un ton goguenard.
Avant de me retourner, je vérifie et ...merde il a raison. Je fais volte-face, et tombe sur un drôle de personnage.
Tout de noir vêtu, il me fixe comme si j'étais le dernier cookie dans la vitrine de chez Starbucks (on pourra dire le contraire, mais leurs cookies sont excellents). Son sourire est ironique, et tout dans sa posture indique qu'il se fout de l'avis des autres, mais ses yeux sont juste...vides.
Je décide d'être mal élevée.
«Retirez-moi immédiatement ce sourire malin de votre figure», je lance avec dédain. «On ne vous a jamais appris à être excessivement poli envers les dames ?»
J'ai la tête haute. Je lève un sourcil indigné.
Le goujat rigole.
«Oh si. Damon Salvatore, pour vous servir», se présente-t-il, avec un sourire enjôleur.
Il est ridiculement séduisant mais je ne me laisse pas amadouer. Un con est un con, qu'il soit canon ou pas.
Damon, je sais qui c'est. C'est l'amoureux transis de l'histoire de Matt, qui a tout donné pour la belle et stupide Elena, et qui porte systématiquement la chandelle.
Je hoche la tête et tend une main vaguement amicale :
«Ally. Ally Perkins. Mais je ne vous servirai pas».
Au lieu de me la serrer, il rit, me prend tout doucement la main et me dépose un léger baiser au niveau des phalanges.
Ça me décontenance un instant, mais je retire sèchement ma main.
«Je vous en prie, gardez vos manières pour vous».
Il me regarde, étonné.
«Vous êtes une tigresse, vous, Ally ...»
Il a un sourire ravageur. Et des yeux magnifiques. Il est sexe.
Le mec m'interroge du regard, et je comprends qu'il me demande la permission d'être un peu plus familier avec moi.
Je hoche la tête.
«Ally ... Laisse moi deviner ... Alyson ?».
Je lâche un petit rire sarcastique.
«Raté».
Il réessaye.
- Alyzee ?
Je fais la moue.
«Alyzee ? Beurk. Essaie encore».
«Je donne ma langue au chat».
Je lui tape gentiment l'épaule.
«C'est bien».
Et je me retourne. Mon sandwich est près.
Deux secondes plus tard, il est en face de moi.
«Quel est ton prénom ?» me demande-t-il en me regardant dans les yeux.
Ses pupilles se dilatent. «Vampire» est le premier mot qui me vient à l'esprit.
«J'ai bu tellement de verveine ce matin que ça pourrait me ressortir par le nez. Tu vas devoir trouver tout seul, Damon», je lance d'un ton pointu.
Tout à coup, il a l'air très énervé, et je me demande s'il ne va pas me frapper.
Je n'ai jamais rencontré de vampire de ma vie. Damon est le premier. Je ne le connais pas encore mais je sais tout de son amour pour la belle Elena, de la tragédie qu'il vit, et de son histoire passée avec Katherine.
Ça m'est apparu cette nuit. L'équation s'est faite toute seule : Damon et Stefan aimaient tous deux la même femme, et Matt avait fait allusion au fait qu'elle ne pouvait pas porter de bague anti-mort car c'était un sosie.
Un sosie.
À votre avis, pourquoi deux vampires amoureux d'une même femme en 1864 seraient à nouveau amoureux d'une autre femme en 2012 ?
Elena est le sosie de Katherine.
Et Damon le frère impulsif et désespéré des histoires de Tasha.
CQFD.
Donc les histoires que j'entends tous les dimanches soirs depuis un peu plus de trois ans sont réelles et un des protagonistes est sous yeux.
«Je vois qu'apparemment tu es au courant», maugrée-t-il.
Je le regarde un instant, et répond, comme une évidence :
«Effectivement.»
Ses yeux perçants et à priori très en colère me fixent et j'entends distinctement :
«Qu'es-tu venue faire ici ?»
Il me fait peur. Il dégage quelque chose de sombre, et de très menaçant. Ses yeux me lancent des éclairs, ses muscles sont tendus et son visage est fermé.
Je prends mon temps pour répondre.
Pitié un miracle !
If you wanna get with me, there something you gotta know. I like my beat fa-
J'entends la sonnerie de mon téléphone et m'empresse de décrocher.
«Excuse-moi», je lance à un Damon mécontent, avant de coller mon BlackBerry contre mon oreille.
Je décide cependant de rester assise, en face de lui.
«Tash ?» je fais, bien que j'aie oublié de regarder le correspondant qu'affichait le téléphone.
«Non, c'est ... C'est Matt.»
Je fais des yeux ronds.
«Déjà ? Qu'est ce qu'il y a ?»
«On peut se voir cet après-midi ?»
«Heu ...»
Je regarde un peu partout. Damon fronce les sourcils.
«Oui. Oui, pourquoi pas».
«Quinze heure au Grill ?»
Je jette un coup d'œil à ma montre. Il est 12h45. Je sens que je ne vais pas bouger d'ici aujourd'hui.
«Ça marche. À tout à l'heure.»
Je raccroche, et Damon me lance un regard méprisant.
Mais c'est qu'il commence à me les péter, celui la ! Pour qui il se prend ?
«Je peux savoir pourquoi tu parle à ce crétin ?»
Je le regarde fixement sans rien dire.
«Pour la même raison que la raison pour laquelle je te parle maintenant.»
Sa mâchoire se contracte. Duh, t'as pas rêvé, loulou, je viens de te traiter de crétin.
«Je ne suis vraiment pas d'humeur à rire, ces temps-ci,» dit il en resserrant ses mâchoires. «Alors tu vas me dire tout de suite pourquoi tu es venue à Mystic Falls, comment tu connais notre existences et pourquoi diable tu parles à Matt.»
Son visage est tout sauf avenant. Par contre, la moutarde commence à me monter au nez. Et sérieusement.
«Je ne te connais pas. Si je suis venue ici c'est pour des raisons personnelles et je n'ai rien à te dire. »
Mon ton est froid et mes paroles n'attendent pas de réponses.
Il hausse les sourcils.
«Tu n'arriveras pas à obtenir des réponses si tu continue à être si mal élevé», je continue.
Il se lève d'un coup sec.
«J'ai toujours ce que je veux», me chuchote-t-il à l'oreille, en se penchant.
Je me souviens à temps que c'est la phrase de Katherine.
En un souffle, il a disparait, et personne ne semble avoir remarqué sa présence.
Je cligne des yeux.
Je déjeune seule, et après un milk-shake aux fruits rouges (il fait chaud) je m'empresse d'appeler Tasha.
Elle ne répond toujours pas, et ça m'inquiète.
Avant de retrouver Matt, je sors et cherche la mairie pour avoir quelques informations sur la ville.
À l'intérieur, je vois une femme blonde aux cheveux courts parler avec une autre femme, brune, en tailleur. Elles se font des messes basses et semblent se disputer.
Je me dirige vers la standardiste, lui fait un petit sourire, tendis qu'elle m'invite à m'asseoir.
«Bonjour Mademoiselle, que puis-je faire pour vous ?» me lance-t-elle en rangeant ses papiers, avec un sourire automatique plaqué sur la figure.
Elle est rousse, plutôt jolie.
«Je suis nouvelle en ville, et je voulais me renseigner sur ce qu'il y avait comme activités ici.»
Elle me regarde comme si je lui avais chipé des bonbons.
«Quoi ?» je dis, avec un ton net, et quelque peu mal élevé.
«Si ce n'est pas indiscret, quelle est la raison pour laquelle vous êtes venue vous installer à Mystic Falls ?»
Je la regarde, et j'ai un mouvement de recul.
Pourquoi elle me demande ça ?
«Je fais le tour du monde», j'élude.
Elle hoche la tête, et semble vouloir insister, mais la tronche que je tire doit la dissuader (style : mais t'es qui pour me demander ça, laideron ?).
La réceptionniste me tend un dépliant du bout de ses doigts manucurés et me dit :
«Alors, dans ce coupon vous allez trouver toutes les activités de Mystic Falls : il y a une piscine municipale en plein air, un restaurant gourmet, un collège-lycée, le fameux Mystic Grill, je suppose que vous avez du en entendre parler ?»
Elle me fait un sourire hypocrite.
Je hoche la tête.
«Oui, c'est là ou on peux se bourrer la gueule le soir, j'avais cru comprendre.»
Ses sourcils montent très haut dans ses cheveux et elle pince ses lèvres. Ses airs pseudo-BCBG snob commencent à me faire carrément chier.
Je reprends :
«Mais je suppose que ça ne vous intéresse pas, vous ...»
Ohoh, je suis vraiment irrespectueuse, là.
Elle va répondre quelque chose, mais je la coupe.
«Merci bien. Peut-être qu'on aura l'occasion de se revoir. À bientôt.»
Et j'ai laissé le dépliant.
HA.
