Bonjour à tous ! Me voilà de retour pour un nouveau chapitre :)

Merci pour vos mots doux, vos follows et vos favorites. Je suis contente que cette histoire plaise car je n'ai pas trop l'habitude d'écrire sur des personnages principaux du livre et j'avais peur de faire quelque chose de trop décalé. J'adore l'univers de Rowling tel qu'il est et je ne voudrais surtout pas le dénaturer !

Ecchymause A l'inverse de toi, je me sens plus à l'aise sur des écrits "légers" (comme mon autre fic) donc écrire sur un thème sombre comme ça est un vrai défi pour moi. En tout cas je suis ravie que ça te plaise, et merci de prendre le temps de me laisser un petit mot :)

Kcaraetmoi Merci beaucoup, je ne pouvais pas rêver meilleur compliment ::) Je tiens énormément au réalisme de l'univers (même si je suis bien obligée de remanier à ma sauce pour les besoins de l'histoire) donc ça me fait plaisir que ça sonne juste.

jo310 Que de mots doux, merci, ça fait super plaisir de voir que l'histoire et aussi mon style peuvent plaire :) Surtout que j'ai tenté un style différent pour cette histoire, donc tant mieux si ça colle ! Effectivement Drago a bien besoin d'une petite étincelle pour l'animer, j'espère que la suite te plaira autant ;)

Lotucias Je suis contente de voir que le point de vue de Drago ne fait pas fuir les lecteurs :) J'espère que tu seras tout autant conquise par la suite !

Snow Merci pour ta review, je suis contente de voir que la suite a été à la hauteur, et j'espère que ce chapitre-ci le sera aussi :)

J'aimerais aussi vous préciser que le NaNo étant terminé, je risque d'être plus irrégulière pour la publication. Le prochain chapitre sera posté au plus tard pendant les fêtes de fin d'année, mais pas d'inquiétude à avoir si je vous semble moins présente :)

Bonne lecture à tous, et j'attends vos avis ;)


PARTIE TROIS : DOULEUR (3)

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2 novembre 1998, magie influencée.

Il y avait de l'électricité dans l'air, si palpable que Drago était presque tenté d'en approcher les doigts pour la sentir traverser son corps et anesthésier son cœur. Mais elle n'était qu'une illusion de l'esprit, celle qui est formée par l'imagination quand deux personnes aux ressentiments forts se font face et ne veulent pas céder. Il y avait Théo qui devait affronter une nouvelle fois les conséquences d'actions qu'il se reconnaissait pas, et la poupée si belle que la voir en colère était presque douloureux. Ils se faisaient face en position de duel, pris pour l'exemple par le professeur Flitwick pour exécuter un sort. Le sortilège Confinius était redoutable : correctement exécuté, l'ennemi pensait l'espace de quelques secondes avoir affaire à un allié. La baisse de sa garde devait permettre la fuite, ou plus probablement une attaque réussie. Drago songea qu'ils n'avaient pas peur, ces professeur, de les préparer davantage aux duels meurtriers. Peut-être avaient-ils peur, peut-être, que tout cela n'était pas encore totalement terminé malgré ce qui était martelé haut et fort. Et si Il revenait d'entre les morts ? Ce ne serait pas la première fois.

- Confinius !

Il y eut un petit éclair rosâtre en provenance de la baguette de Parvati qui toucha Théo pile à l'emplacement de son cœur. Sa baguette se baissa, son corps s'avança, sa main se tendit. Il semblait vouloir attraper Parvati Patil, ou quelque chose dans l'air qu'aucun d'entre eux ne pouvait voir. La surprise de la situation était atténuée par l'ignorance : ils ne savaient pas bien ce que le sortilège était censé faire. Mais ils remarquèrent tous l'embarras de Flitwick, désarçonné par cette magie qui se montrait plus imprévisible que jamais. Les sentiments des élèves n'avaient jamais été aussi vifs, jamais ils n'avaient autant influencés sur leurs dons de sorciers.

- Bien bien, maintenant je vous prie de faire des paires. Miss Patil vous irez avec Monsieur Malefoy, et Monsieur Nott avec Miss Granger, dit-il pour régler le problème qui s'annonçait sous ses yeux.

Les élèves s'exécutèrent de bonne grâce. Ces cours de sortilèges étaient l'occasion idéale pour exorciser leur haine et leur colère en toute impunité. Drago voyait briller dans unes yeux de Parvati une lueur féroce, celle du Lion n'abandonnant jamais. Elle le détestait comme il le détestait tous. Elle voyait le monstre caché dans la peau d'homme, elle voyait le meurtrier caché sous les traits de la jeunesse. La haine imprégnait tout son corps et même sa baguette. Un duel compliqué s'annonçait pour Drago. Il devait rester dans la réalité et ne pas être happé dans des souvenirs meurtriers...

Puis le professeur Flitwick donna le signal de départ et la salle se retrouva remplie de sortilèges traduisant une haine sans limite.

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4 novembre 1998, rejet.

Drago regardait sa tulipe chantante qui était repliée sur elle même, ses pétales lui servant de bouclier. Elles étaient timides ces tulipes, trop délicates pour entonner un concert de vive voix. Chourave leur avait pourtant promis que le son qu'elles émettaient leur rappellerait les plus beaux jours de leur vie. Drago n'avait même pas le souvenir d'un seul moment heureux. Le désespoir, la honte, la culpabilité, la tristesse, la colère aussi : ce raz-de-marée avait tout emporté en ne laissant que des ruines. Il savait qu'il avait été heureux jadis, mais les détails lui manquaient.

- Nous allons maintenant travailler par petits groupes de deux ou trois s'il vous plait.

Alors ils s'activèrent et s'exécutèrent, se regroupant sans réfléchir, partageant leurs joies et leurs peines comme ils l'avaient toujours fait. Theo était absent, la botanique ce n'était pas son trip, alors Drago resta seul. La même chanson se répétait encore : les groupes laissés libres le laissaient forcément seul. Personne n'avait envie de devoir le côtoyer, personne n'avait envie d'affronter cette envie de le tuer à chaque heure de la journée. Quand ils ne laissaient pas éclater leur colère pour l'insulter, il était plus simple de l'oublier.

- Monsieur Malefoy, raccrochez-vous à un groupe s'il vous plait. Souffla Chourave en s'éloignant, sans doute pour aller chercher le matériel nécessaire dans sa serre personnelle.

Il n'avait aucune envie d'imposer sa présence aux autres, mais il avait encore moins envie de se faire remarquer. Docilement, discrètement, presque comme si il espérait que sa présence ne se remarquerait pas, il s'avança du groupe le plus près. C'était trop rêver que de croire qu'ils le laisseraient faire.

- Tu rêves Malefoy.
- Va crever dans ton coin.

Leur haine était de nouveau violente, ils la brandissaient comme des armes pour empêcher l'ennemi d'avancer. Drago était trop lâche et trop faible pour se défendre; il recula.

- Arrêtez, faites un effort.

Elle était de nouveau là, cette voix claire au timbre si longtemps détesté. Elle était là la Lionne au cœur d'or qui se dressait encore comme une barrière face au déferlement de leur colère. Elle était là, alors qu'elle aurait dû se trouver de l'autre côté. Il n'y avait personne que Drago Malefoy avait fait autant souffrir que Hermione Granger. Tout avait commencé alors qu'ils n'étaient que des enfants mais déjà l'innocence s'était envolée au profit d'une arrogance infondée. Les années avaient accentués un mépris et une haine réciproque mais rien n'était inébranlable quand une guerre ténébreuse survenait.

Drago la regarda. Il ne comprenait pas pourquoi elle tentait de prendre sa défense, pourquoi elle se battait contre ses amis pour quelqu'un qui avait été si fort son ennemi. Il songea aux mots de Dumbledore qui avaient touchés son cœur de gamin, "il faut beaucoup de courage pour affronter ses ennemis, pais encore plus pour affronter ses amis". Le courage était une qualité qu'il n'avait jamais pu lui enlever malgré ses moqueries remplies de créativité.

Il aurait dû être reconnaissant, elle était la douceur qu'il ne méritait pas, le soutien qui n'aurait jamais dû lui être accordé. Mais cette colère contre lui-même était à double tranchant; si fort qu'il se détestait, si fort que tout aide semblait déplacée, si fort qu'il devait faire comprendre que personne ne devait tenter de s'approcher.

- Je n'ai pas besoin de ton aide Granger.

Elle ranimait cet homme qu'il avait été jadis, ou plutôt cet adolescent avant qu'il ne devienne le monstre. Si fier, si digne, si méprisant.

L'attaque la toucha, il en était persuadé.

Elle se détourna, le laissant seul dans ce rejet qui était si mérité qu'il devenait le seul confort acceptable.

Hermione Granger ne devait pas prendre sa défense, il ne le méritait pas.

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8 novembre 1998, n'est pas le plus fou celui qu'on croit.

Il y avait la petite Lovegood, ses jambes dansant dans l'air, son visage exprimant sa rêverie du jour. Elle était l'une des rares à avoir décidé de repasser l'année manquée. Peut-être était-ce car elle était Serdaigle et ne voulait rien rater. Sa douceur et son innocence semblaient presque déplacées dans cet univers qui avait vu tant d'horreurs. Drago s'était souvent moqué d'elle, de ses bijoux en forme de radis, et de ses lunettes invraisemblables, de ses croyances irréelles. Maintenant tout cela lui semblait complètement dérisoire même si Luna Lovegood paraissait encore plus déplacée dans cet univers.

- Toi aussi tu es seul, lança t-elle de sa voix chantante.

La cour était déserte. Il faisait trop froid pour que des élèves s'y glissent, sauf peut-être ceux en quête de solitude. Plus rien n'était glacial pour Drago, à part son cœur.

Il haussa les épaules en guise de réponse. Luna Lovegood était un drôle de phénomène, l'un de ces personnages sans rancune et sans attache. Elle s'adressait à lui comme si il avait été n'importe qui, comme si il avait été du côté des gentils. Sa face de monstre devait lui échapper, mais elle était pourtant trop proche de Potter pour tout ignorer.

- Ils ne t'aiment pas beaucoup, ajouta t-elle.

Ce n'était pas une attaque, elle ne s'incluait même pas dans le prix de lot. Sa gentillesse n'était pas feinte, Lovegood était trop rêveuse pour s'accommoder de l'hypocrisie terrestre.

- Et toi qu'est-ce que tu fais là ?

Il n'avait pas envie de se lancer dans une discussion mais les réflexes revenaient. Luna Lovagood lui parlait comme à un être humain, le monstre s'effaçait. Sa gentillesse ne lui était pas destinée, elle était universelle. En cela elle était plus acceptable.

- Je n'ai pas toujours envie d'affronter leur colère, ça fait des ondes mauvaises pour l'esprit.

Il acquiesça comme si il comprenait ce qu'elle tentait de lui dire. La colère était partout il le savait, mais il la pensait dirigée contre lui et pas créatrice d'une ambiance permanente pour tous. Mais cela avait plus de sens après tout. La rancœur était trop forte pour être dirigée vers un seul endroit, elle était palpable à chaque heure du jour, même dans la solitude.

Elle repartie dans ses rêveries et il s'éloigna.

Il avait toujours su que Luna Lovegood était un peu cinglée, mais il réalisait maintenant que cela faisait d'elle la plus sensée.

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9 novembre 1998, exemplarité insensée.

L'air du cachot de potions était lourd. Le professeur les observait en silence, semblant parfois plus intimidé qu'eux, peut-être car il n'était pas légitime pour le poste. Rogue était un traitre mort, Slughorn avait préféré se retirer de tout ça. McGonagall s'était démenée pour trouver un potionniste à la hauteur d'un enseignement à Poudlard mais le temps avait pressé : finalement c'était le jeune Alfred Vance qui avait été embauché. Il n'avait pas plus de trente-cinq ou quarante ans et la présence d'élèves semblait le mettre mal à l'aise. Heureusement ils étaient tous trop meurtris pour profiter de son inexpérience.

La classe de potions avait toujours été la plus élitiste; ils n'étaient que huit élèves à poursuivre leur cursus dans cette matière. Theo n'était pas là, et les deux Vipères qui l'accompagnaient étaient sauvages et indécises. Drago sentait leurs regards froids, inquisiteurs et repoussants qui se posaient parfois sur lui. Ils étaient solidaires d'une certaine façon, refusant d'être entraînés dans le mouvement de défoulement, mais trop d'accord avec eux pour prendre sa défense. Les Malefoy étaient des traîtres de tous les côtés. Drago n'avait aucun allié.

Le professeur indiqua le nouveau sujet du jour : la potion de détente. Drago observa les consignes s'inscrire au tableau. Groupes de deux personnes.

Les autres s'activèrent, se regroupant par affinités. Drago se retrouva seul. Il avait accepté la fatalité de sa solitude puisqu'elle était entièrement méritée. C'était sa prison personnelle, son châtiment individualisé. Et puis il y eut la voix, encore :

- Malefoy.

Elle n'abandonnait pas, elle était trop fière pour ça. Hermione Granger s'installa à côté de lui, prenant place sur le large banc.

Il avait envie de lui demander pourquoi elle était là, pourquoi elle se montrait gentille, pourquoi elle voulait le défendre, pourquoi elle ne le laissait pas tranquille. Elle plus qu'aucun autre aurait dû comprendre le monstre qu'il était, le danger qu'il représentait. Elle aurait dû avoir le cœur animé par la haine et la colère. Sa sagesse et son détachement exemplaires étaient incompréhensibles.

Cette fois, il était trop las pour la repousser. Trop faible, encore.

Il la salua d'un signe de tête.

La guerre était derrière eux et leurs différends aussi. Granger n'était plus la sale sang-de-bourbe qu'il avait méprisé si fort. Elle était devenue l'héroïne, celle qui serait dans dix ans le modèle pour toutes les petites filles. Son sang n'était pas pur, son arbre généalogique était décalé; et pourtant elle était la meilleure. Il n'avait plus envie de combattre cette fatalité qui remettait en cause un univers entier d'éducation. Il avait désormais accepté l'idée que le talent d'un sorcier ne se mesurait pas au nombre de sorciers présents dans son ascendance. Il avait fallut une guerre pour lui ouvrir les yeux.

- Il faudrait commencer par trier les ingrédients, lança t-elle de sa voix d'impératrice et de reine, celle qui ne laissait pas de place à la réplique.

Sa connaissance était à la fois un avantage et une malédiction. Elle aurait pu réciter un livre par cœur mais cette capacité à engloutir le savoir plus vite qu'un verre de jus de citrouille était dévastatrice pour ses relations sociales. Hermione Granger était une première de la classe bornée et têtue que personne n'affectionnait particulièrement. C'est son amitié avec Potter et Weasley qui l'avait sauvée d'une solitude de souffrances et de moqueries.

Drago s'exécuta. Il avait toujours été très doué pour obéir à ce qu'on lui disait sans réfléchir : sa plus grande qualité, son plus grand défaut.

Si son esprit avait été moins engourdi par la douleur, peut-être aurait-il réalisé l'absurdité de cette situation. Granger et Malefoy, travaillant ensemble sur un devoir de potions... La guerre avait eu des conséquences inattendues. Les autres élèves se montrèrent plus réceptifs à cette incongruité et les observèrent dans un silence désapprobateur. L'héroïne prenait en pitié l'ennemi de tous. Cela ne risquait-il pas de la destituer de son trône ? Mais ce titre lui importait peu; Granger ne répondait qu'à des considérations personnelles de justice et de morale. Peut-être la directrice soucieuse n'était-elle pas complètement étrangère à ce comportement exagérément agréable et totalement immérité.

- Continue à remuer pendant que je verse le jus de mandragore.

Elle donnait des indications, il s'y conformait. Leurs échanges étaient purement scolaires, dénués de toute sympathie, et Drago sentait dans ses gestes une méfiance légitime. Ses mains étaient assurées et son regard concentré, mais elle refusait obstinément de se tourner tout à fait vers lui et s'arrangeait pour avoir tous les ingrédients sous la main sans avoir à lui tourner le dos. Granger le méprisait autant qu'elle l'avait fait auparavant. Chien et chat ne sympathisent jamais tout à fait vraiment.

Son comportement mystérieux l'intriguait. Ses réflexions le sortirent de sa torpeur molle; pour une fois il se posait des questions sur quelqu'un d'autre. Hermione Granger était unique, ce n'était pas un fait nouveau. Sa singularité avait toujours été marquée et si souvent il s'en était moqué. Drago était roi quand elle avait été moins-que-rien; désormais les rôles étaient inversés. Mais il ne cessait de se demander pourquoi. Avait-elle pris ses camarades en pitié au point de se sacrifier pour faire équipe avec le monstre ? La pitié était-elle le moteur de ses actions ? Cherchait-elle la vengeance sous couvert d'une gentillesse feinte ?

Il l'observait comme un animal sauvage, fixe, méfiant, prêt à bondir à la moindre menace. Ce n'était pourtant qu'illusion : Drago Malefoy encaissait les coups sans même regarder d'où ils venaient dorénavant.

L'heure de cours fila à une vitesse nouvelle, celle d'une vie.

- Bien, le cours est terminé. Je vous remercie de bien vouloir laisser au chaudron où ils sont, j'en examinerai le contenu pour votre note.

Elle semblait satisfaite. Leurs regards se croisèrent. Il y avait dans ses yeux plus d'émotions qu'il n'y aurait pensé, lui n'était plus qu'habitué à la haine. Mais Granger le regardait avec mépris, fierté, un peu de pitié et même un brin d'arrogance. Elle était une femme blessée qui tentait de témoigner un peu de pitié à un être qui ne le méritait pas. Son cœur a elle était aussi pur que le sien était noir. Elle était lumière, il était ténèbres, et les deux ne se rejoignaient jamais.

Elle fit un petit signe de tête, salut ?, merci ?, a plus ? auquel il ne répondit pas. Il était stoïque et froid, cette statue qui semblait insensible alors que son âme était en lutte perpétuelle contre tout son être.

Elle s'éloigna.

Elle avait fait sa bonne action.

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12 novembre 1998, sans intérêt.

Il était installé dans les toilettes de Mimi Geignarde, dans le semblant de confort qui se dessinait chaque jour un peu plus. Il avait ramené une petite table, une chaise pour travailler, en avait ensorcelé une autre pour la faire ressembler à un fauteuil, s'était créé une étagère sur un pan de mur. Chaque semaine avait amené un détail supplémentaire. Mimi Geignarde s'était accoutumée de manière incroyable à ce changement de décor. Loin de la vexer, cette installation semblait lui plaire. N'était-ce pas, après tout, son plus fort désir que d'être accompagnée ? Des millions d'heures de solitude venait d'être interrompue par la venue d'un autre élève. Un monstre, un être froid et peu bavard; mais c'était quelqu'un tout de même.

- Qu'est-ce que tu lis ?

Elle aimait s'installer auprès de lui. Parfois l'un de ses mouvements lui traversait le corps, désagréable, mais il ne disait rien. Mimi l'acceptait mieux que n'importe qui.

Il relisait L'histoire de Poudlard, cet ouvrage magique qu'il avait découvert à l'âge de huit ans quand il avait appris à lire. Cette lecture le rendait toujours un peu nostalgique et il repensait à ce petit garçon qu'il était. Sans doute était-ce la période la plus douce et innocente de sa vie. Il était déjà un petit prétentieux bourré de préjugés mais au moins sa méconnaissance du monde extérieur l'empêchait de répandre son venin.

Il lui montra le titre de l'ouvrage en guise de réponse. Elle décida de rester pour regarder par-dessus son épaule. Il songea que le semblant d'existence de Mimi Geignarde était d'une tristesse infinie. Elle n'avait rien pour passer le temps, même lire un livre lui était impossible... Ce cœur censé être dénué de sentiments humains ne connaissait-il pas finalement la pitié ?

Ils restèrent là des minutes, peut-être des heures. Qui tenait encore compte du temps qui passait ? L'univers avait été bouleversé et Drago ne s'intéressait plus à cette futilité qu'on appelait le temps.

Lorsqu'il se décida à rentrer à la salle commune des Serpentards, Theo l'attendait assit dans un fauteuil aussi sombre que son âme. Il avait entre ses mains une missive, une élégante missive, une missive qui ne pouvait appartenir qu'à sa Vipère préférée d'un autre temps.

- Pansy voulait que je te donne ça, dit Theo en lui tendant la lettre.

Il s'éclipsa ensuite pour lui laisser une certaine intimité.

Drago tenait entre ses doigts l'enveloppe, qui avait été recouverte de cette écriture délicate qui indiquait Drago. Il connaissait cette écriture par cœur et sa propriétaire aussi. Mais la lettre soulevait sa surprise comme une vive bourrasque de vent. Pansy Parkinson avait enfin pris la peine de lui écrire.

Il avait reçut une lettre de sa part, après le procès; il avait été libéré quand le mois de juin était mort. Elle lui manifestait sa joie et son soulagement, et toute son affection même à distance. Drago n'avait pas répondu. Il était trop brisé pour se souvenir comment se servir d'une plume, trop attristé pour tenter de retracer une amitié d'un autre temps. Alors il l'avait ignoré et Pansy s'était laissé faire docilement.

Même aujourd'hui elle ne pouvait rien dire de très intéressant.

Il glissa sa lettre de sa poche sans même l'avoir ouverte. Aucune importance.

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13 novembre 1998, aveux cherchent réconfort.

Le professeur McGonagall avait autorisé une sortie à Pré-au-Lard en ce samedi glacial. Les élèves étaient animés d'une joie nouvelle à cette annonce, presque aussi violente que leur colère quotidienne aux yeux de Drago. Il restait pourtant indifférent face à ce flot puissant d'agitation. Son cœur était trop froid pour être réchauffé par la moindre annonce; la glace l'avait rendu de marbre. Il n'avait aucune envie de se joindre aux autres mais Theo s'était montré assez insistant pour qu'il se laisse aller à sa volonté. Ils enfilèrent leurs gants avant de quitter le château et suivirent la petite foule qui se dirigeait vers le village magique. Un instant ils donnaient l'impression de se fondre dans les autres mais les regards méfiants et colériques étaient un rappel constant qu'ils n'étaient pas des leurs.

Rien n'avait changé.
Pré-au-Lard n'avait pas seulement survécu, il avait vécu.

Ce décor était le fantôme de souvenirs lointains qui paraissaient bien étranges dans ce nouveau monde. Ici il avait échangé son premier baiser avec Pansy, là-bas il avait fait chuter la petite Weasley de manière spectaculaire. Dans ce décor fantomatique des personnages d'une autre pièce jouaient encore leurs rôles à l'infini.

Theo décida qu'ils n'iraient pas aux Trois Balais. Ils prirent le chemin d'un pub miteux, encore inconnu pour Drago mais que Theo devait très bien connaître à en juger par la façon dont il salua la serveuse. Ils s'installèrent à une table et deux Wisky Pur Feu leur fut servit. Les élèves de Poudlard n'étaient pas autorisés à boire d'alcool fort comme ceci, mais ils n'étaient plus des élèves de Poudlard, plus vraiment. Quand on s'était battu dans une guerre, était-on encore trop jeune pour boire ? Sans doute pas. Ces règles-là s'étaient assouplies en ces temps flous et Drago et Theo avaient le loisir d'en profiter.

Comme des vieux mécanismes rouillés mais encore capables de fonctionner, Drago se laissa aller à quelques réflexions pour ponctuer le discours de Theo qui s'intéressait à la nouvelle politique du monde magique. Il était toujours prudent dans ses mots et dans les thèmes abordés. Drago ne connaissait pas plus grand manipulateur que son ami Theodore Nott. Les mots et les gestes n'étaient pas des outils de communication, mais les moyens parfaits pour imposer sa volonté avec subtilité. On lui avait appris très tôt à jouer à la poupée.

Était-ce parce que l'alcool déliait les langues ?, ou parce qu'il en avait trop sur le coeur et que Drago était là ?, mais Theo se laissa finalement aller à quelques confidences qui prouvèrent que dans sa carapace intacte il y avait tout de même quelques fissures.

- Tu aurais dû voir Poudlard, c'était différent. On était pas dehors, là-bas, à se battre, mais même ici on devait choisir un camp.

Leurs regards se croisèrent. Ils avaient choisit le mauvais camp tous les deux.

- Je n'ai pas été correct ici, j'ai fait des choses... Patil a des raisons d'être en colère.

Dans un autre temps Drago aurait compris l'allusion cachée derrière ces confidences, ce besoin d'être rassuré. Theodore Nott aurait adoré que sa mère lui explique qu'il n'avait rien fait de mal en suivant les consignes imposées. Mais Mrs Nott ne s'embarrassait pas de détails tels que les sentiments humains et ne pouvait pas comprendre le désarroi d'un fils au cœur tiraillé.

- Parvati a des raisons d'être en colère, répéta Theo dans un souffle.

Mais Drago restait indifférent.

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La Gazette du sorcier, le samedi 13 novembre 1998.

Lucius Malefoy, l'ombre d'une famille déchue.

Ce mardi treize novembre s'ouvrait une nouvelle session dans le procès de Lucius Malefoy. Le thème mis à l'honneur a été le rôle de père et d'époux de ce traître reconnu. La défense a tenté de présenter une autre facette de Lucius Malefoy, plus humaine et plus tendre. Narcissa Malefoy, née Black, a été appelé pour témoigner. C'est l'image d'une femme froide et d'une épouse désillusionnée : un mariage arrangé comme ceux d'un autre temps, une affection née par les années mais jamais devenue passionnée. Dans ses mots Lucius Malefoy est décrit comme un époux aimant et bienveillant, qui a toujours eu à cœur de bien faire pour sa famille. Cela suffit-il à justifier toutes les horreurs ?

Son fils, Drago Malefoy, a été absent de cette partie du procès. La défense n'a pas souhaité faire appel à son témoignage. D'après une source proche, Drago Malefoy est retourné faire sa dernière étude à Poudlard mais l'ambiance au château reste tendue. Comme son père, Drago Malefoy est l'image d'un traître et d'un paria.

Quelle place reste t-il dans le monde magique pour ces sorciers sans attaches et indésirés ? Difficile de le savoir...

L'issue du procès Malefoy reste incertaine.

Pour connaître tous les détails du témoignage de Narcissa Malefoy, et en savoir plus sur le train de vie de cette famille privilégiée et destituée, rendez-vous en page cinq.