Yo !

Voici donc le chapitre suivant ! On arrive la fin de la résidence, et du coup … Bah une fin provisoire pour cette petite troupe (si je vous dis que chronologiquement, ils étaient supposés avoir réglé leurs affaires personnelles maintenant, vous comprenez à quel point c'était pas possible ?).

Merci à Ima Nonyme, Leptitloir et cœur de lune pour vos commentaires sous le chapitre précédent !

Ah, aussi, info inutile, mais les titres des trois premiers chapitres viennent tous de la chanson Moonriver dans Breakfast at Tiffany's (Diamant sur canapé) :

Moonriver,

Wider than a mile,

I'm crossing you in style,

Someday …

Oh dream maker,

You heart breaker,

Wherever you're going,

I'm going your way.

Two drifters,

Off to see the world

There's such a lot of world

To see …

Lexique pour ce chapitre (je me tape des kiffs en les écrivant … Je devrais entrer à l'Académie Française, je serais trop à fond pour écrire le dictionnaire) :

Conservatoires municipaux : C'est dans cette structure que sont pas mal des personnages, quoiqu'ils ne soient pas tous dans le même (ils sont dans le « Réseau conservatoire »). Il y en a dix-sept, celui du Centre (1er, 2ème, 3ème et 4ème) et ensuite, un pas arrondissement de Paris.

CNSAD : Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique. Aussi appelé « Le National », ou « Le Conservatoire » parfois « CNS ». Situé à Paris, c'est la Grande École de théâtre la plus connue, avec le TNS et l'ENSATT. L'entrée se fait sur concours, en trois tours. C'est un peu le Normal Sup' du théâtre.

ENSATT : École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre. Aussi appelée « Lyon ». Située à Lyon, donc, c'est une autre Grande École. À la différence du CNSAD qui ne propose qu'un parcours de comédien, elle a aussi des classes de Mise en scène, Dramaturgie, Régie etc.

TNS : Théâtre National de Strasbourg (école du). Parfois appelé « Strasbourg », du coup. Aussi une grande école, qui ne fait passer le concours qu'un an sur deux. Comme l'ENSATT, elle propose des parcours Mise en scène, Décors, Costumes et autres.

CFA d'Asnières : Je sais pas à quoi « CFA » correspond, mais ça signifie que c'est une formation en alternance. Aussi sur concours (tout est sur concours, en fait), si tu es reçu tu dois démarcher une compagnie pour qu'elle t'embauche afin de valider ton inscription. C'est en banlieue de Paris.

CRR : Conservatoire à Rayonnement Régional. Peu connu jusqu'à il y a quelques années, le CRR n'est pas une grande école mais est plus proche des conservatoires municipaux. Par exemple, les auditions d'entrée sont en septembre (pour les précédents, c'est plus entre mars et mai). Les élèves du CRR ont un taux d'acceptation dans des Grandes Écoles assez élevé, et ils ont le statut d'étudiant. En plus, leur prof de danse c'est celle qui fait l'atelier inter-conservatoires « Danse contemporaine ».

Les concours, auditions et autres : Pour rentrer dans un conservatoire d'arrondissement, il faut faire de la paperasse l'été et tu passes les auditions en septembre, pour deux conservatoires maximum (c'était trois quand je les ai passés, je sais pas pourquoi ils ont diminué le nombre de vœux mais c'est de la connerie). Idem pour le CRR. Pour changer de conservatoire d'une année sur l'autre il faut faire une demande de transfert au cours de l'année. Ça, c'est la partie formelle, ensuite la partie informelle c'est que c'est plus ou moins à toi de contacter la prof pour demander d'assister à un cours, de si elle veut que tu lui présentes une scène d'audition ou quoi. Et si tu te fais recaler au transfert (ça peut être parce que le nombre d'élèves acceptés en interne est limité), tu peux toujours passer les auditions comme les externes, sauf que t'es pas sûr d'être accepté à ton niveau (genre, la prof peut décider de t'intégrer en 2C1 alors que t'étais déjà en 2C2 et supposé passer en 3C). Pour les concours des Grandes Écoles, il y a un dossier à faire, qu'est très chiant, et ensuite tu passe le concours, qui dépend en fonction de l'école.

Lucky devil

.

.

3 : Drifters

.


Jeudi

« Vous y croyez, si je vous dit que dans deux heures on joue ?

— Nan. »

Vanitas était mollement assis sur le canapé des loges, les jambes étendues sur celles de Kairi, son texte dans les mains absolument inutilement – de toute façon, il ne respectait pas ce qui était écrit de base, modifiant presque chacune de ses répliques. Il fronça les sourcils, rien que pour sentir son piercing le tirer, le ramenant à la réalité.

« Je suis pas prêt … se plaignit Demyx, sa guitare dans les bras.

— Personne, Dem, personne, lui répondit la voix distante de Naminé.

— Mais si on est prêts !, lança Yuffie, joyeusement surexcitée. On va tout défoncer !

— J'ai envie de chier, lâcha Vanitas avec sa grâce la plus absolue.

— Bah va chier, répondit Reno sur le ton de l'évidence.

— Nan, si j'y vais maintenant j'aurais encore envie après et j' pourrai plus.

— Logique infaillible, Vani.

— Ta mère.

— Ma mère, sourit Kairi, elle vient ce soir et elle espère bien te parler après.

— Ah, cool.

— Ta famille vient, toi ? Vous avez ramené qui ?

— Y a mon père, fit Yuffie, souriante. Et des gens du dix-neuf.

— Qui ? »

Hayner se retourna dans sa position, seulement à moitié stressé mais tout de même affecté par l'ambiance. Il se connaissait, il ne commencerait à avoir les boules que quand les lumières de la salle seraient éteintes et que les autres commenceraient à jouer, pendant qu'il attendrait dans les coulisses avec Kairi, muet et angoissé.

« Y a ma prof qui vient, déjà.

— Aerith ?

— Ouais, tu la connais ?

— Bah ouais, fit Hayner, elle m'a refusé en transfert cette salope.

— Toi j' te frappe.

— Quand tu veux, minus.

— Ne réveille pas le dragon qui sommeille en moi !, beugla Yuffie en se levant, Je suis une ninja !

— Ouais, ouais, bâilla Vanitas, les ninjas c'est pas supposé être silencieux ?

— C'est que je ne suis pas en mission, justifia aussitôt Yuffie.

— Bah ta gueule quand même.

— Je vais t'arracher ton piercing tu vas voir.

— Tu me touches t'es morte. »

Pourtant, Vanitas n'eut pas le temps de protester qu'elle tirait effectivement sur son piercing – au moins avait-elle eu la décence de choisir celui sur le cartilage de son oreille et pas le nouveau – lui arrachant une plainte douloureuse. Elle évita sans peine le doigt qu'il destinait à ses côtes et recula en sautillant. Elle était beaucoup trop énergique pour lui.

« Sinon, y aura Tifa, et peut-être Red, mais il est pas sûr.

— Ah, faudrait qu'i' vienne !, s'exclama Vanitas, soudain intéressé.

— Tu le connais ?, s'étonna Kairi.

— Bah il est dans le CET de Yuffie, aussi.

— Ah ouais, j'avais zappé. Celui avec une coupe chelou.

— Ouaip. Ax', tu nous as ramené des gens ?

— Nan, vous êtes trop nuls, je voulais pas vous faire plus honte que ça en propageant vote image.

— Connard.

— Enculé.

— C'est pas une insulte, mal baisé.

— Va faire la gay pride en Ukraine.

— Rejoins ton père dans son cercueil et ferme-la.

— Vanitas ! »

Tout le monde grimaçait de gêne en-dehors des deux opposants de la dispute qui se regardaient en chien de faïence, beaucoup trop vexés tous les deux pour en démordre aussi simplement. Kairi regardait sévèrement son ami, l'air indigné et en colère, les mains serrées sur le bas de sa robe. C'était la rouge, celle que Larxène avait adorée au premier regard et qu'elle avait juste un peu adaptée, créant de jolis faux plis qui donnaient des allures nobles à la tenue. À côté d'elle, Reno vint lui prendre la main. S'il y en avait une qui était sensible au suicide de leur père, des années plus tard, c'était elle. Que Vanitas s'en serve contre Axel, Reno s'en battait la race, mais pas en présence de sa sœur.

« Quoi, « Vanitas » ? Il avait pas à dire ça.

— Et toi non plus, argua Reno. Axel, tu retires c' que t'as dit et tu t'excuses. Vanitas, pareil.

— T'es pas mon frère, t'es pas mon père, t'as rien à m' dire, se défendit le brun.

— J'ai rien dit, moi, se dédouana Axel, recevant le regard le plus noir de Vanitas.

— Tu soûles, souffla Vanitas, avant de se calmes sensiblement. Kai', j' suis désolé, je voulais pas te faire penser à ça. Reno, pareil.

— Et moi ?, demanda Axel, avec l'air innocent de celui qui s'attend vraiment à ce qu'on lui présente des excuses.

— Toi, tu peux bien tomber en dépression, pour ce que ça me touche. »

Axel haussa les épaules nonchalamment, changeant tout à coup de ton, comme s'ils ne venaient pas tous les deux de se balancer des horreurs un peu trop personnelles.

« T'as ramené qui, toi ?

— Juste mon frère. Ma sœur fait je-sais-pas-quoi à Odessa, et mes vieux sont dans le Sud.

— Moi, j'ai ramené mes deux parents et Roxas, intervint Hayner, comme si ça intéressait quelqu'un.

— Roxas ?, sursauta Kairi – visiblement, ça intéressait vraiment quelqu'un. Comme Roxas Strife ? »

Hayner tourna la tête vers elle, clairement surpris, tandis que Vanitas remettait les pièces du puzzle en ordre dans sa tête, comme la plupart des personnes présentes. Elle avait parlé de ce Roxas, non ? Quelque chose avec un rendez-vous absolument gênant la semaine dernière, où elle avait passé toute la soirée à chercher à lancer une conversation sans succès.

« Bah, ouais, fit Hayner, tu connais un autre Roxas ? C'est mon meilleur pote.

— Oh merde, fit Kairi. Oh merde.

— Y a quoi qui va pas ?

— Le monde est beaucoup trop petit. On s'est … Un peu vus, et la dernière fois était tout sauf cool. Oh mon dieu, tu peux pas lui dire de pas venir parce que le spectacle est nul ?

— C'est mort, il aura encore plus envie de voir.

— Je suis maudite. »

Elle baissa la tête, pendant que Reno lui frappait le dos dans un geste familier.

« Allez, t'inquiète ! On pourra aller lui parler, s' tu veux.

— C'est mort, Ren', mort de chez mort. Je vais surtout aller me cacher dans un trou après la représentation.

— Attends, c'est quand que tu l'as vu ?

— Euh, mardi dernier ?

— Oh. Ah ouais, il m'en a parlé.

— Il t'a dit que j'étais une pipelette et un désastre ambulant ?

— Nan, pas du tout ! Il disait qu'il se sentait trop con, c'était le soir de son partiel, il était trop déprimé … Enfin, tu verras avec lui.

— Rien du tout. Je lui parle pas, tu ne lui dis pas où me trouver, tu ne lui parles pas de moi, sinon je viendrai te hanter dans tes cauchemars les plus terribles. »

Hayner rit doucement, comme si c'était clairement drôle – ça ne l'était pas, du moins pas du point de vue de la rouquine.

« Bon, vous verrez ce soir. Seifer viendra peut-être aussi.

— Ce gros con, là ? »

Kairi leva les yeux au ciel. Vanitas et sa manie d'avoir un avis sur tout et sur tout le monde. D'ailleurs, comment connaissait-il autant de gens s'il les aimait si peu ? Elle avait beau le connaître depuis le lycée, il restait une énigme à ses yeux.

« Ouais. En vrai, il est sympa, desfois.

— De très rares fois. Quand il dort, ça passe.

— Tu l'as vu dormir ?, s'insurgea Hayner, changeant de position pour être plus attentif. »

Vanitas eut un sourire peu rassurant avant de sortir son téléphone et de fouiller dedans, tendant l'objet à Hayner.

« J'ai même des photos. »

Le châtain s'exclama de joie à la vue des clichés plus que ridicules, convenant avec Vanitas qu'il devrait les lui envoyer sur facebook. Les conversations reprirent, allant des invités du soir à des choses plus lointaines et moyennement pertinentes, et ce fut à nouveau Demyx qui les fit stresser.

« Dans une heure, on est au plateau. »

Ce fut comme un message d'alerte, le lancement du branle-bas de combat. Vanitas fut le premier à se relever, vif comme l'éclair.

« Tu vas où ?

— Chier.

— Ça vous dit on se retrouve tous là dans vingt minutes, faire un peu de respiration, tout ça ?, proposa Naminé, éteignant son téléphone pour le ranger dans son sac.

— Ouais, fit Sora, qui se réveillait tout juste de sa sieste pré-spectacle. J' vais chercher Riku.

— Il est où ?

— Il a dû trouver un couloir vide pour se calmer.

— Xion, interpella Kairi, t'as ton rouge à lèvres un peu brun, là ?

— Tiens.

— Vous vous maquillez ?, demanda Demyx. On fait un soutien regard ou pas ?

— Euh … demandez à Aqua, annonça simplement Xion. Ça serait mieux, je pense, même si la salle est petite.

— Quelqu'un à du crayon ?, lança Naminé un peu au hasard de la loge, par-dessus le bruit des cordes que Demyx commençait à gratter. »

L'effervescence délicate des jurons et la non-sexytude du maquillage s'annonçaient pour de bon. Ils devaient être prêts, à présent.


« Riku, on peut savoir ce qui s'est passé ? »

L'argenté regarda bêtement Xion qui le fixait, se changeant pour revenir à sa tenue de civile.

« Bah, euh … Franchement, j'en sais rien.

— T'as fait n'importe quoi, c'était merveilleux, intervint Vanitas en rentrant en loges, retirant immédiatement son haut.

— Vous avez fait n'importe quoi, corrigea Xion. Vous auriez vu Aqua à côté de moi, elle était en train de faire une crise de tétanie.

— C'était plutôt bien, nan ?

— Bah ç'aurait été mieux si nous on n'avait pas été autour sans savoir comment réagir, ajouta Demyx qui retirait ses bottes avec soulagement.

— Qu'est-ce qui s'est passé ?, questionna Hayner, un peu à la ramasse.

— Bah leur immense impro sur le moment des bottes.

— J'avais même pas remarqué, putain. Mais la scène était super, en tout cas !

— Normal que t'aies rien remarqué, tu suis rien. On aurait supprimé un personnage que t'aurais rien vu.

— Eh, c'est pas vrai !, se défendit le châtain en regardant les yeux d'eau de son accusateur.

— Bah la preuve, continua Reno. Moi j'ai trouvé ça chouette.

— Toi t'étais pas sur scène, poursuivit Demyx, toujours sur sa pensée.

— Arrête, sourit Naminé en roulant des yeux. T'étais très convaincant en type qui capte pas ce qui se passe, et vexé comme un pou.

— C'était trop génial !, intervint très instructivement Sora, souriant et transpirant.

— Waouh, ça pue la mort ici, exagéra Kairi en entrant à son tour dans la loge, sublime dans sa robe rouge – qu'elle comptait bien garder pour la soirée, elle.

— Ça sent le travail, moqua Vanitas en agitant un doigt, nuance.

— C'est bien ce que je dis, sourit-elle. File-moi mon sac. Ah, tiens, Xion, ton rouge à lèvres.

— Merci.

— Où est-ce qu'on va ?, questionna Demyx, enfilant enfin son bermuda bleu ciel.

— Dans ton cul, répondit la voix de Vanitas, aussi charmante qu'à l'accoutumée.

— Mon cul est interdit aux pédés comme toi, contra le blond, tout aussi gentil.

— Ah, donc si c'est Naminé avec un gode ça passe, c'est ça ?

— Très exactement, sourit la concernée, et les conversations se stoppèrent d'un coup. »

Il y eut un moment de latence où les regards se croisèrent, Demyx rougissant comme un abruti comme sa – apparemment – petite-amie faisait mine de rien, tout à fait consciente des retombées de sa réplique. Soudain, les questions fusèrent.

« Quoi ?

— Nan, sérieusement ?

— Depuis quand ?

— Dites, pour le gode, c'était une blague ?

— Yuffie, t'es crade.

— Beurk, un couple heureux.

— Beurk, un jaloux.

— Pourquoi vous nous l'avez pas dit ?

— Oh mon Dieu mais tout s'explique !

— C'est adorable.

— J'ai toujours cru que t'étais lesbienne.

— Il te chante des sérénades ?

— Il baise bien ? »

Naminé roula des yeux, observant Demyx qui tentait tant bien que mal – enfin, plus mal que bien – de répondre aux questions sans trop bafouiller. Elle décida de le laisser gérer un peu, avant de l'aider.


Vendredi

« Wesh, meuf.

— Yo ! Ça va ?

— Oh, mate-moi la bonne humeur. I' s'est passé quoi, hier ? T'as disparu. »

Kairi haussa les sourcils, s'adossant au mur à l'instar de Vanitas. Elle lui vola son café des mains, pas vraiment bien réveillée, mais souriante.

« Longue nuit, répondit-elle énigmatiquement.

— Déconne. »

Le ton de Vanitas était léger, avant que son cerveau fort peu matinal connecte les éléments un à un.

« Déconne, Roxas ?

— Ouais.

— Donc au final il est pas juste gênant.

— Nan. Et putain …

— Il est bien ?

— Oh ouais il est bien. Il est mieux que bien. On a baisé comme jaja.

— Si tes frères t'entendaient …

— Ils m'entendent pas.

— Mais ce sera répété.

— Si tu répètes je te dirai plus rien, et t'aimes trop les ragots pour ça. »

Vanitas pencha la tête à droite et à gauche à la façon d'un automate, un sourire effrayant sur les lèvres.

« Possible.

— Ouais, gaffe à toi, Vani, gaffe à toi. »


Samedi

« T'as perdu quelque chose ? »

Vanitas cessa de fouiller dans ses poches et se retourna, trouvant Axel derrière lui. Avec la fumée et le bruit de la musque derrière, il avait à peine reconnu sa voix. Demyx venait de rentrer avec le dernier métro et quelques amis, il ne restait plus grand-monde de leur troupe. C'était étrange de se dire que c'était fini. Ça faisait deux semaines qu'ils se voyaient littéralement tous les jours et, à l'exception de dimanche, qu'ils bossaient ensemble toute la journée, à fond, qu'ils mangeaient ensemble, qu'ils allaient boire ensemble … Et tout à coup, les vacances. Enfin, Vanitas avait encore le CET de Yuffie, ou plutôt la pièce de Yuffie, en entier, à descendre à Avignon, et en soi ça serait la même ambiance mais … Forcément, ça serait différent. Depuis le dernier salut, ils n'arrêtaient pas de se répéter entre eux « J'arrive pas à croire que c'est fini, putain ! », et Vanitas n'y croyait toujours pas. Rien en lui n'arrivait à enregistrer que demain, il ne mettrait pas son réveil à sept heures trente pour venir au théâtre, et retrouver tout le monde. Axel et ses sous-entendus qui étaient un peu lourds, Riku et leur légère tension, Sora et son incertitude, Kairi et sa crudité étrange, Larxène et son aisance naturelle avec eux, Hayner et sa susceptibilité, Yuffie et son énergie, Naminé et son calme, Demyx et sa foutue guitare, Reno et sa confiance, Xion et sa compréhension, Aqua et ses directions. La salle de ce théâtre, la reverrait-il seulement un jour ?

« Mon feu, finit-il par répondre avec détachement. »

Le rouquin lui en tendit un aussitôt, et Vanitas alluma sa cigarette en plissant les yeux pour mieux regarder la nuit. Il faisait encore chaud, le goudron restituant la chaleur absorbée pendant la journée, presque à l'infini.

« Ça va être dur, demain, commenta Axel. »

Le brun se tourna vers lui avec lenteur, embourbé dans son ivresse. Dur ? Ça faisait deux semaines qu'ils attendaient une nuit complète. En fait, il ne se lèverait sans doute pas avant le soir – surtout s'il se couchait aussi tard qu'il était parti pour. Il n'avait pas sommeil. Il ne voulait pas que cette journée se termine déjà. C'était la dernière de la résidence. Il aurait voulu que ça dure une éternité de plus. Le voyant muet, Axel explicita :

« De pas venir au théâtre. Moi ça me fait bizarre alors que j' venais même pas tout l' temps, vous j'imagine même pas.

— Ouais, acquiesça Vanitas. J'ai pas trop envie d'y penser.

— Pardon. »

Vanitas eut un mouvement de désinvolture, ne sachant que répondre exactement. Axel n'avait rien à excuser, à part sa lourdeur absolue, son manque de tact et ses regards agaçants de sourire – en tout cas, il n'avait pas à se faire pardonner ce que la résidence était terminée. Ils avaient eu trois sorties de résidence, ce qui était une chance en soi. C'était juste … étrange. Vanitas avait l'impression diffuse que quand il se réveillerait le lendemain il se retrouverait dans une dimension parallèle.

« J' peux avoir mon feu ? »

À nouveau dans sa lenteur illogiquement précise, le brun offrit l'objet à Axel sans le regarder, marchant sur un fil perdu entre ses pensées, ses rêves, les délires de l'alcool et une réalité dont il n'était pas sûr de vouloir.

« T'es bourré ?, fit Axel. »

Vanitas se demanda si la question était supposée être culpabilisante, et décida finalement qu'il ne culpabiliserait de toute façon pas pour ça. Ils avaient été malmenés ces deux dernières semaines, ils étaient tous physiquement à bout, le brun arrivait à peine à manger convenablement depuis quatre jours, et puis merde, c'était samedi soir, il était deux heures passées, il estimait avoir tenu assez longtemps. Les autres étaient partis trop vite, soûls et mous après seulement une pinte rafraîchissante. Si Vanitas se souvenait bien, il restait encore Yuffie, à l'intérieur, qui avait ramené un ami à elle – un certain Vincent dont la présence avait chassé Reno vers à peine une heure trente – et peut-être Naminé.

« Ouais.

— J'habite à côté. »

Ses yeux se fermant presque tout seuls, Vanitas sentit soudain une chaleur dans son dos, et s'appuya contre le torse d'Axel, à demi par réflexe. Il était trop fatigué pour qu'il se passe quoi que ce soit, et malgré ce qu'il pouvait dire, il avait confiance en Axel.

« OK. »


Dimanche

Il n'avait pas mis de réveil, pourtant, à sept heures trente Vanitas se tenait droit dans une chambre qu'il ne connaissait pas. Un flux de pensée confus l'assaillit aussitôt, à commencer par Où est-ce que j'ai mis mon costume hier soir ?, puis Je suis ou ?, suivi de Ah, mais la résidence est finie. Vint ensuite une vague tristesse, le souvenir de la veille, et une dernière confirmation, quand il fit le tour de la pièce du regard : il avait effectivement l'impression d'avoir été transporté dans une dimension parallèle durant son sommeil. Il se sentait brumeux, des relents d'alcool lui tournant le crâne, mais il n'avait pas envie de vomir. Lentement, il quitta la chambre, retrouvant la pièce à vivre qu'il connaissait bien pour se sortir un verre d'eau, passant à la salle de bain pour vider sa vessie et récupérer un cachet d'aspirine.

Il avait prévu, dans l'instant, de se recoucher, mais un froissement de tissus à côté lui fit tourner la tête. Une tasse vide dans les mains, ouvrant le placard avec les sachets de thé, Kairi le regardait, sa main aveugle trouvant la boisson qu'elle voulait sans son aide. Elle connaissait vraiment l'agencement de cet appartement du bout des doigts, ça se sentait qu'elle se chargeait de tout ranger – quand Axel, lui, se chargeait de tout garder propre et de la vaisselle. Les poubelles, ils alternaient.

« Je me disais que j'avais entendu la chasse d'eau.

— Yo.

— Réveillé par ton horloge interne de résidence ? »

Elle avait prononcé la phrase syllabe par syllabe, la bouche visiblement pâteuse et des difficultés à concentrer son esprit si longtemps. Vanitas cligna des yeux, le temps d'enregistrer la répliquer, avant d'acquiescer.

« Je fais du café ?

— Nan. J' vais me recoucher. »

Elle opina du chef, comprenant son idée sans être capable d'en faire autant. Une fois levée, elle était prête pour plusieurs heures minimum. Au plus tôt, elle ferait une sieste à treize heures. En versant l'eau bouillante dans sa tasse, elle fronça les sourcils, réalisant que Vanitas n'habitait pas vraiment chez elle.

« Te recoucher, avec Axel ?

— Ouais, fit Vanitas, peu désireux de passer à côté d'une belle vanne, même si tôt le matin. Je suis un peu officiellement ton beauf.

— Oh mon Dieu. »

Le visage de Kairi avait pris un air choqué au ralenti, la bouche s'ouvrant millimètre à millimètre avec un comique absolu, ses yeux s'écarquillant sur le même rythme. Quand elle eut atteint sa position d'ébahissement la plus totale, Vanitas ricana, le ton rauque.

« Je déconne. Sinon j' serais à poil. Allez, bonne nuit. »

Elle acquiesça sans mot dire, et le brun ne put que penser qu'elle allait bien avoir besoin de son thé, et de temps. Il serait bien resté rien que pour contempler le spectacle de la gueule de bois de son amie, mais ses yeux se fermaient à nouveau. Il avait besoin de dormir encore quelques dizaines d'heures. Mais il sentait dans le regard de poisson mort de la rouquine, au fond, qu'elle aurait des questions à lui poser quand ils seraient tous les deux revenus du Néant où se planquait leur cerveau pour l'instant.

« Bonne nuit. »


Quand il se réveilla à nouveau, six heures et des poussières plus tard, il sentit en premier lieu un bras qui pesait lourd sur son côté, et puis la chaleur moelleuse mais quelque peu moite des draps qui le recouvraient. Il papillonna une seconde à peine avant de se décider à ouvrir les yeux. Dans la chambre le jour était clair, et les murs recouverts d'affiches étaient visiblement abîmés par le temps. Ça n'était pas la première fois que Vanitas dormait dans la chambre d'Axel, mais il mit tout de même quelques instants à reconnaître le lieu. Il se retourna pour faire face à son ami, qui dormait encore d'un air paisible qui contrastait agréablement avec l'expression ennuyeuse qu'il arborait perpétuellement. Il semblait plus naturel. Plus réel, même. Lentement, Vanitas souleva le bras qui le retenait, le découvrant étonnamment chaud, presque brûlant, au point qu'il se demanda si Axel n'avait pas de la fièvre. Il colla leurs fronts pour vérifier, et si le souffle endormi du roux, venant s'échouer sur ses lèvres et sa joue, lui paraissait bien chaud, son front avait une température normale. Finalement, Vanitas se dégagea totalement, quittant le lit, et puis la chambre, attrapant son sac au passage. Dans la pièce à vivre, Kairi était toujours là. Écouteurs dans les oreilles, livre dans les mains, elle s'était durant la matinée entourée d'un bazar impressionnant, et qui ne lui ressemblait pas vraiment. Elle était plus du genre à ranger tout ce dont elle avait fini de se servir que de laisser tout s'accumuler. Quand Vanitas entra dans son champ de vision, elle sursauta.

« Ah ! Re. Axel est levé ?

— Il dort encore.

— Y a du café. Je sais pas s'il est encore chaud.

— Cool. Ça va ?

— Ouais. Enfin … Je sais pas. Je m'ennuie. Depuis ce matin, j'ai essayé de faire mille trucs qui me détendent en temps normal, mais … rien ne fonctionne. Je commence, ça m'ennuie, j'arrête, je cherche autre chose, je commence, ça m'ennuie … Au final, les seuls moments où j'arrive vraiment à m'occuper sont ceux où je cherche de quoi m'occuper. J'ai bien dû passer une demi-heure à retrouver ce foutu Rubiks cube.

— Je savais même pas qu' tu l'avait ram'né.

— Au cas où. Tu vois, même parler avec toi m'ennuie un peu, là.

— J' suis plus assez bien pour toi ? Kai, tu m' vexes, là, de si bon matin.

— Il est presque quatorze heures.

— Et alors ? J' me lève, c'est le matin.

— Tu sais très bien ce que je veux dire … »

Se servant une tasse de café, Vanitas vint la rejoindre dans le canapé, s'asseyant en tailleur sur un des gros coussins molletonnés. Il voyait ce qu'elle voulait dire, bien sûr. Lui-même n'arrivait pas à trouver de sens au fait d'être debout. Il n'avait aucune idée de ce qu'il allait pouvoir faire de sa journée – et les idées n'étaient pas ce qui lui manquait, d'habitude.

« Ouais. T'as dormi ?

— Nan.

— T'as essayé ?

— Trois fois. Ça m'a ennuyée plus vite que tout le reste. »

Vanitas lui sourit gentiment, passant un bras autour de ses épaules pour l'attirer à lui.

« Allez, viens dormir sur l'épaule de tonton Vani, tu vas voir que ça fait du bien. »

Protestant au début, la rousse se laissa finalement faire, se disant qu'elle pouvait bien essayer, au point où elle en était. Elle avait l'impression d'être debout depuis une éternité et pourtant, elle n'avait rien fait. C'était frustrant. Elle était mentalement épuisée, et son corps refusait de lui accorder le repos qu'elle convoitait. Elle ouvrit son téléphone pour ouvrir facebook, cherchant l'icône sans la trouver. Elle finit par jurer entre ses dents et reposer l'objet sur la table, s'enfonçant encore dans l'épaule de son ami.

« Mauvaise nouvelle ?

— Nan … Je viens de me rappeler que j'avais désinstallé facebook. »

Il chercha une seconde à se reculer pour la regarder, mais le poids que son amie exerçait sur lui le dissuada de se dégager. Elle avait visiblement besoin de contact.

« Pourquoi t'as fait ça ?

— Pour installer Tinder. »

Vanitas se mordit les joues une seconde, mais ne parvint pas à retenir son rire, plus surpris que moqueur. Ce fut Kairi qui se redressa sur ses bras, lui jetant un regard courroucé.

« Ta gueule.

— T'as installé Tinder ? Nan mais c'est pire que tout ma jolie.

— Oh, nique toi.

— Tu veux que je r'tourne dans la chambre de ton frangin ?

— T'es crade.

— Toi aussi : t'as Tinder.

— Tu soûles, sérieux, je fais c' que j' veux.

— Jamais j'ai dit l'inverse. Moi j' dis c' que j' veux. Et j' veux préciser que t'as Tinder et que c'est vraiment naze. J' t'en supplie, dis-moi que c'est comme ça que t'as rencontré Roxas.

— Va niquer ta race.

— Nan. Nan, sérieux ? Oh sa mère …

— Vas-y, va t' faire crucifier, j'en ai marre. »

Vanitas haussa les épaules sans se départir de son sourire comme Kairi s'éloignait de lui, se relevant pour prendre quelque chose à manger, sans savoir encore quoi. Elle fouilla dans les placards qu'elle connaissait par cœur mais ne trouva rien qui satisfit son envie. Elle finit par venir se rasseoir sur le canapé, à une distance du brun qui signifiait qu'elle lui faisait un peu la tête quand même. Un bruit de chute les fit sursauter tous les deux, et ils se retournèrent vers la porte de la chambre d'Axel, d'où venait le vacarme. Bientôt l'allumette apparut dans toute sa splendeur, à demi cuité et la gueule enfarinée.

« Sa mère, j'ai mal à la tête … »

Il avança dans le salon, trébuchant sous les yeux amusés des deux spectateurs, jusqu'à se servir une tasse de café.

« Bah c'est ça d' vieillir, commenta Vanitas un peu trop fort, lui faisant plisser les yeux.

— Toi, quand t'auras mon âge tu f'ras moins l' malin. »

Vanitas roula des yeux, bien conscient cependant que la menace était réelle. Plus il avançait, plus il voyait les gens autour de lui subir les affres douloureuses de la gueule de bois. La plupart témoignait en sa présence que ça avait commencé vers leur vingt-troisième année, à des poussières de détails près. Le brun se demandait si ça le concernerait aussi, et gardait le chiffre en mémoire comme un memento mori, un compte à rebours qu'il voyait s'écouler lentement. Après avoir disparu dans la salle de bain pour récupérer une aspirine, Axel reparut, se juchant sans grâce sur le comptoir. Il ne portait guère que son pantalon de la veille, et pourtant Vanitas avait souvenir de l'avoir vu dormir en T-shirt. Il se demanda si c'était fait exprès, et ça serait possible comme cette tenue allait indécemment bien à Axel, le fourreau noir du pantalon allongeant encore sa silhouette d'allumette, le torse nu laissant deviner, malgré la maigreur bien visible, quelques muscles encore dynamiques qui faisaient tenir le tout. Le rouquin était mortellement pâle, et Vanitas aurait dû trouver ça maladif, encore plus avec ses cernes – c'était l'effet que son propre reflet lui faisait tous les matins, et il était presque bronzé face à l'autre – mais l'ensemble dégageait comme un certain charme. Étrange.

« Kai', tu m'fais à manger ?

— Démerde toi.

— Ouh la vilaine. Ça va pas ?

— Si, si. »

Axel jeta un regard inquiet à sa sœur, venant lui frotter le crâne avec un sourire réconfortant.

« Allez, boude pas. On fait un truc aujourd'hui ?

— Bah nan, justement.

— Oh, c'est ça. On peut aller à la piscine, s' tu veux.

— Hm … bof. J'ai des poils de partout et j'ai la flemme de m'épiler. »

Le roux haussa les épaules, cherchant dans son crâne une autre solution, ce qui s'avérait difficile avec une migraine pareille. Vanitas proposa :

« J' vais faire du skate avec Hayner à Bercy, vous voulez v'nir ? »

Kairi eut une moue hésitante, avant d'opiner du chef :

« Pourquoi pas, depuis le temps que tu dois m'apprendre. Ax' ?

— Ça m' va. Laissez-moi décuver d'abord.

— Sale vieux. T' façon j' dois réveiller Hayner et l' prév'nir. »


« Ouh là, souffla Kairi avec une admiration fort minablement feinte, ah te voir comme ça, tout d'un coup, ça m'échauffe ! »

Vanitas lui tira la langue en venant à côté d'elle, s'essuyant les mains avec son T-shirt posé sur la table de ping-pong.

« Ouais, t'as vu comment j' suis bonne ?

— T'es bonne à faire bander un mort. »

Vanitas ricana, tournant son attention vers le grand rouquin, qui le regardait de haut en bas, cigarette au bec.

« OK, admit le brun, t'as gagné, c'est le compliment le plus glauque qu'on m'aie jamais fait.

— J' m'entraîne tous les jours devant mon miroir. 'Eh Beau Gosse, ton père il est pas croque-mort ? Parce que t'es belle à tomber !'

— Ouais, celle-là elle est bof. Bon, Kai, tu montes sur la planche ou tu continues de mater comme une cougar.

— Ça fait de toi un gigolo ?, supposa-t-elle.

— Ah, ça, tu m'entretiens, moi j' suis tout à toi. La vérité, viens, t' vas voir c' pas compliqué. »

Les yeux plissés à cause du soleil, la jeune fille se leva et noua vaguement ses cheveux dans une queue de cheval pratique, suivant Vanitas qui lui prêtait sa planche avec méfiance – et à raison, puisqu'il finit effectivement, au bout de dix minutes, par traduire son agacement en poussant la rouquine de toutes ses forces alors qu'elle avait les deux pieds sur la planche. Kairi avança à merveille pendant au moins dix mètres avant de croiser un type, de réussir miraculeusement un virage, puis de se ramasser entre le gazon et le bitume, s'explosant joliment le genou au passage. Elle revint vers Vanitas avec un air furieux que son boitillement pitoyable décrédibilisait, quoique le sang coulant sur sa jambe donnât un aspect zombie assez effrayant.

« Toi ! Tu vas bouffer tes rotules !

— Mais enfin, Kairi, tu me – oh, mais regardes qui arrive ! »

Vanitas sourit en faisant un grand geste de la main aux deux nouveaux arrivants qui le repérèrent aussitôt, et le brun remercia le sens du timing de Hayner. Le châtain, une planche sous un bras et une glace dans l'autre, rendait ses signes à Vanitas tout en parlant activement à son meilleur ami, qui lui l'écoutait d'une oreille distraite, les yeux fixés sur son téléphone. Kairi se figea en grimaçant. Elle n'avait rien fixé exactement avec Roxas depuis la dernière fois qu'elle l'avait vu, et ne savait pas vraiment comment se comporter avec lui au milieu de leurs amis communs. Ce fut lui qui lui parla en premier après avoir salué tout le monde, un sourcil haussé, ce qui devait être un signe de grand intérêt sur un visage aussi peu expressif.

« Tu skates ?

— Euh, pas vraiment, fit-elle en désignant son genou. Vanitas a dit qu'il m'apprendrait à rouler, pour l'instant il est pas le meilleur prof'.

— Ah. J' peux essayer, si tu veux. C'est ta planche ?

— Celle de Van. »

Ainsi commença un apprentissage bourré de chutes et de niaiserie qui fit grimacer Vanitas, tandis qu'Hayner lui avait refilé sa glace pour partir rouler lui aussi, sur les rampes installées là.

« C'est écœurant, fit Axel.

— Horripilant, ajouta Vanitas.

— Désagréablement mignon, confirma le rouquin.

— Limite malaisant.

— Scintillant de rose.

— Pourquoi rose ?

— Parce que c'est Kai.

— Ça se tient. »

Quand Vanitas eut fini sa glace – la glace d'Hayner – il regarda le jeune couple avec un air dégoûté. Il était venu pour rouler, pas pour assister à la parade amoureuse d'une nouvelle espèce animale. Le châtain avait l'air de se fiche absolument de tout ce qui n'était pas sa planche et les figures qu'il plaçait, totalement absorbé dans son sport, et le brun finit par renfiler son T-shirt, commençant à rouler une cigarette, à défaut de rouler sur sa planche.

« Dommage, entendit-il à sa droite.

— De quoi ?

— Que t'aies remis ton T-shirt. C'est dommage.

— Gaffe, t'as un filet d' bave qui coule, là. »

Axel roula des yeux et lui mit un léger coup de coude dans les côtes, avant de regarder Kairi avec une grimace.

« J'en ai marre de voir mon futur beauf courtiser ma sœur. On bouge ?

— Ouais, elle a intérêt à me ramener ma planche nickel ou je la nique. Tu lui diras.

— On va où ?

— J' sais pas. Tu m' payes une glace ?

— C'est ça, compte là-d'ssus et bois d' la javel.

— S' tu m' payes une glace j' te roule le meilleur patin qu'on t'aie jamais roulé.

— Alors tu déconnais pas, quand tu disais qu' t'étais gigolo.

— Si. J'ai juste trop envie d'une glace.

— Et d' m'embrasser.

— Crève.

— Le meilleur patin d' ma vie ? Vraiment ?

— Et sans conteste.

— Y a un service après vente, si c'est naze ?

— Le service après vente c'est mon poing dans ta gueule.

— Ouais, bof. T' façon j' te crois pas. T'auras ta glace et tu m'enverras m' faire foutre, vrai ?

Who knows ? C' qu'est sûr c'est tu m' payes pas d' glace jamais j' t'embrasse.

— J' crois qu' ça vaut l' coup. Je marche. »


Mardi

« Et tu l'as embrassé ? »

Kairi s'étouffait à demi de rire avec un croissant qu'elle avalait goulûment, tandis que Vanitas lui racontait la conversation qu'il avait eue avec son frère. Elle était assise sur le lit du brun, juste en-dessous du Velux ouvert, face à une microscopique table en bois recomposé, peinte en blanc et tâchée de café, de tabac et d'autres choses dont Vanitas même ignorait la provenance – est-ce que c'était du vernis à ongles ? – et à ses pieds reposait le skateboard qu'elle avait emprunté plus tôt, tout juste restitué à son propriétaire. Vanitas préparait la cafetière, qui prenait toute la place sur le plan de travail, sa cigarette pas encore allumée au bord des lèvres. Kairi avait débarqué sans le prévenir à dix heures ce matin, et après avoir passé un temps infini à aligner ses neurones il avait commencé à rouler et à s'occuper du café tandis que Kairi s'enfilait à elle toute seule les croissants qu'elle avait pris en bas de l'immeuble haussmannien.

« Tu crois quoi ? J' l'ai envoyé chier, ouais. »

Elle rit encore plus comme Vanitas était empli de sa naturelle négligence, secouant la tête. Le café commença à couler, et elle s'adossa au mur en essayant d'éviter le soleil qui tombait du Velux. Elle jeta un regard autour d'elle, notant que c'était la première fois qu'elle voyait les quinze mètres carrez si bien rangés, à part quand le brun avait emménagé. Quelques cartons remplis de livres traînaient tout de même, par faute de place.

« Tu crains. Il t'avait payé quoi comme glace ?

— Comment ça je crains ? J' sais pas c' qui s'est passé dans sa tête à décider de m' croire, moi jamais j' me s'rais fait confiance là-d'ssus. Il a trop cru.

— Même, pourquoi tu lui as dit ça ?

— J'avais envie d'une glace.

— Elle était bonne, au moins ?

— On a été chez Amorino.

— Ah ouais. Moi j' l'aurais embrassé, pour une glace Amorino.

— T'aurais embrassé Axel ?

— Nan, t'es crade. Mais un type, un pote, si un pote me dit, tu m' roules une pelle j' te paye une glace chez Amorino, j'aurais dit ouais.

— T'es qu'une pute.

— D'une, j' te nique, de deux t'es une belle salope.

— Comment tu parles mal … C'est pas beau dans la bouche d'une jeune fille. Ta mère elle va criser. »

Kairi haussa les épaules d'un air désinvolte, accueillant avec bonheur la tasse de café qu'il lui tendait. Il la vira pour venir s'asseoir lui aussi sur le lit, et alluma sa cigarette.

« T'avais pas dit qu' tu voulais arrêter ?

— Moi ? Jamais. Trop chiant, plutôt me ruiner toute ma vie avec cette merde que d'être sur les nerfs pendant trois mois parce que j'essaie d' m'en passer – et reprendre au bout d'un an grand max.

— J' dois confondre.

— Ouais. Et Roxas ?

— Il fume pas Roxas.

— T'es con. Avec Roxas ? Bien ? »

Nouveau haussement d'épaule, qui n'avait pas vraiment de sens.

« Bien. Ouais, bien. Il est cool.

— Tu l'as re pécho ?

— Nan, on a zoné et après on s'est séparés. Mais on s' revoit, dans pas trop longtemps. Il reste sur Paris jusqu'à fin juillet, après il se barre.

— Il t'a proposé d' venir avec lui ?

— Déconne pas. »

Il y eut un moment de silence où Vanitas savoura sa cigarette, jurant en voyant la cendre tomber sur ses draps. Kairi reprit, avec une légère grimace :

« Ouais. »

Vanitas se redressa aussitôt, les yeux grands ouverts.

« Sérieux ? Déconne.

— En vrai, j' me tâte.

— Ouais, bof.

— J' t'ai pas d'mandé ton avis.

— Tu m'en parles, c'est pareil.

— Nan, c'est juste toi qui t' sens obligé d' donner ton opinion sur tout, même si on s'en fout.

— Ouais mais tu m' connais.

— Pas faux. Tu crois vraiment qu' c'est une mauvaise idée ? On s'entend bien.

— Il part tout seul ?

— En famille.

— Fuis tant qu'il est temps.

— J' te hais. »


« En vrai, y a un moment dans ta vie ou tu bouges ?

— J' t'emmerde ?

— Un peu, j' voulais bosser. »

Kairi haussa les sourcils, se redressant sur les coudes, allongée sur le ventre au beau milieu du matelas. Vanitas s'était assis par terre dos à elle et lisait à moitié un truc écrit en cyrillique qu'elle ne voulait même pas essayer de déchiffrer.

« Bosser quoi ?

— Ça. J' fais d' la trad pour un truc sur internet. Ça paye pas des masses mais y a pas d'horaires alors c'est tranquille.

— Bah t'as qu'à bosser.

— J'arrive pas à m' concentrer si t'es là.

— T'es subjugué par ma présence lumineuse ?

— J' suis subjugué par ta connerie contagieuse, ouais.

— Allez, j' fais pas d' bruit. J'ai la flemme de rentrer, Ax' est dans une grosse période musique de merde et j'ai pas que ça à foutre de l' supporter.

— Va squatter chez Roxas.

— Flemme.

— Chez Naminé.

— C'est à l'autre bout d' chez moi, trop loin. En plus j'aime pas le RER.

— Déconne. T'as déjà rencontré quelqu'un qui t' dit « Moi j' kiffe le RER, j' kiffe ma race, j'ai pris un appart' à Pétaouchnok parce que comme ça j' peux l' prendre tous les jours » ?

— Tu soûles.

— Tu squattes, c'est un juste retour des choses.

— Ouais, ouais. J' vais voir si So' est occupé. J' crois qu'il part, mais j' sais plus quand.

— Bah ouais, il se taille dans l' sud, mais dans genre deux s'maines, j' crois. Il va pas à Avignon ?

— J' crois pas. T'y seras quand ?

— Du vingt-deux au vingt-huit.

— Ça fait pas long.

— On n'a quatre dates pour nous, c'est pas énorme, mais bon, on pouvait pas payer plus. Ça coûte trop cher c'tte merde. »

Kairi acquiesça, d'accord sans vraiment se sentir concernée par la chose. Des projets, elle n'en faisait pas des masses en dehors du conservatoire – ce truc avec Aqua était un peu exceptionnel en soi – et après avoir passé tant de temps et d'énergie sur les concours, elle ne savait pas vraiment ce qu'il allait advenir d'elle après l'année prochaine. Ce qui lui faisait penser qu'elle n'avait toujours pas la moindre idée pour son CET. Ça devrait en toute logique commencer à la stresser, mais ça paraissait encore … lointain. Elle souffla bruyamment.

« T'avais pas demandé un transfert au quatorze, d'ailleurs ?

— J'ai zappé, j' m'y suis pris trop tard, j'ai même failli pas me réinscrire tellement j'étais à la masse.

— Tu vas passer les auditions en septembre, du coup ?

— Ah nan, c'est mort. J'en ai marre des concours, en vrai.

— Sérieusement ? T'en as passé, genre, un l'année dernière et deux cette année.

— Ouais mais l'ambiance et tout … Pas envie de commencer l'année par ça. Même le CRR j'ai la flemme.

— Du coup t'en passes pas l'année pro ?

— Bah si. Au moins l' CNSAD et l' TNS. Le reste on verra.

— T'avais passé Lyon aussi, cette année, nan ?

— Ouais, mais le concours était bof. J' sais pas. En vrai, j'ai pas trop envie de me tarter trois ans dans une école, j' crois. J'ai juste envie d' jouer, de faire des vrais trucs. Rien que, avec Aqua, on n'en a pas fini, et si j' me barre à Strasbourg ou à Lyon, c'est mort.

— Bah faut qu' t'aies le National.

— Ouais, c'est ça … Je sais toujours pas quoi faire en parcours libre.

— T'as qu'à faire un truc en Ukrainien. »

Il grimaça, peu convaincu. Riku aussi lui avait dit que ça serait pas mal, mais ça ne le tentait pas plus que ça. De toute façon, les membres du jury ne comprendraient sans doute pas un mot. Penchant la tête sur le côté, la rousse questionna :

« Pourquoi tu passes pas Asnières ?

— J' me tâte. J' me tâte. »

Lentement, Vanitas replia le papier dans sa main pour le poser à côté de lui, le faisant frotter le sol, rendu bruyant par la poussière qu'il n'avait toujours pas nettoyée.

« Toi ? Tu passes des écoles ?

— Ouais. Mais je sais pas … Je suis un peu perdue. Après le cons' … J'ai aucun plan. Je veux bien faire des projets, j'adore ça, et même c'est là-d'dans que j' veux vivre, mais si on m'en propose pas, je sais pas où chercher. Je me sens pas d'en lancer, la mise en scène … d'une ça m'intéresse moyen, de deux, je sais pas faire. Rien que pour mon CET, j'ai même pas un embryon d'idée … D'ailleurs, tu sais c' que Yuffie fait l'année prochaine ?

— Hm ? Bah Inch'allâh on est programmés avec Les Clochettes, sinon ouais, on va chercher à jouer ça, sûr, pour le reste … Je crois pas qu'elle sache elle-même. Elle passe le CRR en septembre mais c'est son dernier concours, et elle compte pas trop d'ssus non plus.

— Je vois … On est un peu tous des paumés d' la vie, nan ?

— Sans doute. Putain, même moi, j'ai plus qu' deux ans au cons'. Mais qu'est-ce qu'on glande, Kai, qu'est-ce qu'on glande ?

— Ah, ça, si on pouvait le dire l'État nous donnerait – ton téléphone sonne.

— Ah ouais. 'scuse. Allô ?

— C'est qui ?

— Ta gueule. Nan, pas toi … Ri ? Eh, ça va ? … Je pige rien de – OK. Euh, ouais. Donne-moi l'adresse. Putain. … Par SMS. J'arrive. J'arrive, OK ? Ça va. »

Il raccrocha avec une mine assombrie et Kairi jeta sur lui un œil inquiet. Il tapait sur son téléphone sans se préoccuper d'elle et elle finit par lui poser une main sur le bras pour attirer son attention.

« Eh, ça va ? C'était Riku ?

— Ouais, c'est Nova … Euh, j' vais y aller. Tu peux rester si tu veux. Le double des clés … »

Vanitas fouilla un moment dans un pot qui semblait contenir nombre d'objets fort peu utiles, et tendit un jeu de clés à la jeune fille, qui ne comprenait pas grand-chose.

« Nova ?

— Oui, Nova, sa chatte, Novarina ! Merde. Où j'ai mis mon tabac ? »

Kairi le regarda s'agiter avec un grand stress, se demandant ce qu'elle pouvait bien faire pour le calmer. Il lui semblait en effet que Riku et Vanitas avaient déjà parlé de cette Novarina, mais elle n'aurait pas cru que ça mette le brun dans cet état. Elle lui tendit son paquet de tabac, ses feuilles, ses filtres et son briquet et il la remercia d'un regard, fichant tout avec son pass NaviGo dans ses poches, récupérant ses clés et son téléphone en dernier.

« J'y vais.

— Tu veux pas que je vienne ?

— Nan, ça te concerne pas.

— OK.

— Euh … À tout'. Ou pas. Enfin, à plus, quoi.

— Ouais. Eh, ça va aller.

— T'en sais rien. »

Sur ce, il disparut et elle sentit dans son ventre quelque chose se tordre. Que faire à présent ? Rester ou partir ? Elle ne savait même pas si Vanitas désirait sa présence à son retour. Elle n'avait même pas pu lui parler plus en détail d'Axel, comme elle le voulait. Elle soupira, s'avachissant sur le lit de Vanitas, avant de lancer Should I stay or should I go ? sur son téléphone et de se laisser un petit temps pour répondre à la question.


Vanitas le repéra dès qu'il fut entré dans la salle d'attente de l'hôpital vétérinaire. Riku avait l'air morose, voire carrément gris. C'était l'été, et des fenêtres tombait une lumière clémente, jaune et vive, pourtant Riku n'avait jamais semblé si pâle et terne. Pressant le pas avec les nerfs en boule, Vanitas alla jusqu'à se planter devant lui, posant une main sur son épaule. Aussitôt le crâne de Riku vint s'appuyer contre son ventre, et le brun le serra comme il pouvait, les mains de l'argenté s'agrippant à son dos avec une once de désespoir. Il caressa lentement ses cheveux, attendant que l'emprise sur ses hanches se desserre un peu avant de prendre la tête de son ex entre ses mains, la reculant pour pouvoir croiser son regard.

« Elle est où ?

— Elle fait une IRM.

— OK. »

Vanitas opina sombrement du chef, essayant de ne pas trop montrer sa propre inquiétude. Riku était assez tendu pour eux deux, et il ne l'avait pas appelé pour simplement subir le souci du brun en plus du sien. Vanitas devait être là, pour lui, pour Riku. Il songea un moment à ces parents divorcés qui ne se voient que pour parler de leur enfant, et si la comparaison était pertinente, le brun savait qu'il ne pouvait pas même espérer une garde alternée. Novarina avait ses quartiers chez Riku, et même, c'était la chatte de l'argenté. Même s'ils l'avaient adoptée ensemble, même s'ils l'avaient éduquée et vue grandir à deux. Ça n'était pas comme s'il était en mauvais termes avec Riku – il pourrait la voir quand il voulait, et il pouvait compter à ce que son ex l'appelle si quelque problème survenait, comme c'était actuellement le cas.

« Si vite ?, demanda-t-il tout de même.

— Ça, rit presque Riku, dérisoire … Je crois pas qu'on leur aie fait pareil scandale depuis des lustres. »

Le brun sourit, imaginant sans peine Riku surgir à l'accueil de l'hôpital, désespéré, ses prescriptions d'examens en main et Novarina dans son sac, prêt à bondir sur quiconque oserait lui demander d'attendre ne serait-ce qu'une seconde, ne lâchant la grappe à la pauvre standardiste que lorsqu'il aurait eu la certitude qu'on s'occupait de Nova.

« Ils ont dit quoi ?

— C'est … C'est con, affirma Riku. J'ai rien vu, avec la résidence, mais elle mangeait moins, elle était fatiguée … Le véto a dit, peut-être un cancer de je-sais-pas-quoi. Je suis horrible.

— Eh, dis pas ça. T'es son Papa préféré. »

Riku ricana à la presque moquerie. Novarina dormait toujours de son côté du lit, même quand Vanitas était là. Il jouait plus avec lui, aussi.

« C'est normal, j'habite avec elle. D'ailleurs, je t'ai pas dit, mais, si tu veux venir à l'appart' pour la voir, c'est quand tu veux. Enfin …

— Je t'arrête tout de suite. Nova, elle va pas mourir, c'est clair ? T'as vu comment c'est une boule d'énergie ? Si y a une chance sur mille, c'est pour elle.

— J'espère. »

Calquant un baiser sur le front de Riku, Vanitas défit leur étreinte pour s'asseoir à côté de lui, frissonnant quand il sentit la main de l'argenté chercher la sienne. Il entrelaça leurs doigts comme la situation, la vraie situation lui revint en mémoire. Il se mordit la lèvre inférieure, s'interdisant de penser à cela, ça n'était pas le moment. Mais maintenant qu'il l'avait réalisé, comment ignorer que c'était l'homme qu'il aimait qui lui tenait si désespérément la main, et qu'il n'avait plus jamais le droit de faire plus ? Il songea à Nova, et tout à coup la moindre image de baiser passionné avec l'argenté mourut, avalée par une anxiété qui grimpait sans cesse. Il avait assuré à Riku que leur chatte ne mourrait pas, mais il n'en était pas certain lui-même. Il aurait bien voulu aussi, que quelqu'un le réconforte. Il s'appuya sur la main qui serrait la sienne, comme un ancrage dans cet endroit. Une nana vint finalement à eux, et elle parut vachement jeune à Vanitas. Elle devait avoir quelque chose comme l'âge d'Axel, ou à peine plus. Moins de trente ans, en tout cas, et le brun ne s'en sentait que moyennement rassuré.

« Riku Valetas ?

— Ouais, répondit Vanitas à sa place.

— Vous allez pouvoir la récupérer. On aura les résultats d'ici après-demain, seize heures, vous pourrez venir les chercher ?

— Sans problème, dit cette fois l'argenté.

— Elle est un petit peu shootée à cause de l'anesthésie, il est possible qu'elle aie du mal à se déplacer ou à manger pendant les prochaines vingt-quatre heures, c'est commun, alors pas d'inquiétude à ce sujet, d'accord ? Suivez-moi. »


Jeudi

« Allô, Vanitas ?

— J'arrive. »


Posant son sac dans l'appartement qu'il connaissait par cœur, Vanitas rangea ses clés dans sa poche d'un air discret. Il n'avait pas encore envie de rendre son double à Riku. Un ronron lui fit baisser les yeux et il vit à ses pieds Novarina, qui le contemplait avec un genre de curiosité. Il s'accroupit pour la caresser, la voyant avec plaisir se frotter contre sa main et ses jambes.

« Je t'ai manqué, ma belle ?

— Ah, ça ! Si elle parlait, je suis sûr qu'elle aurait appelé ton nom.

— Salut. Désolé pour tout à l'heure, je …

— Je sais. Mais c'est rien. Enfin, ils ont dit que c'était bénin. Il va falloir l'opérer, mais … »

Riku avait un air fatigué, voire exténué, mais en tout cas il n'était plus aussi sombre que la dernière fois que Vanitas l'avait vu. Avec une joie qu'il ne sut pas masquer, le brun attrapa la chatte grise entre ses mains et la força dans un câlin qui la fit miauler d'agacement, provoquant le rire de son Papa préféré.

« Tant mieux. J' t'avais dit, c'est une warrior c'tte chatte. Hein ma belle ? Ouh t'aime pas ça, ouh je te fais chier là ? 'Oh sa mère j'en ai marre de ç'ui-là, c'était mieux quand i' s' 'tait barré.' Tu dis quoi, sale pute ? Tu vas voir … »

L'air ravi de Vanitas n'avait d'égale que la lassitude blasée qu'on lisait dans les prunelles jaunes de l'animal. C' que c'est con, un humain.


Alors ? Vos pensées sur la chose ? Ça change un peu d'ambiance, dites-moi si vous avez apprécié !

Ciao ciao !