Chapitre 3 : Vérité
J'étais un enfant solitaire et triste. Mon père aimait follement ma mère et quand elle tomba gravement malade, alors que je n'avais que 6 ans, il se plongea dans le travail pour payer les traitements. Mais contrairement à mes faux souvenirs, il n'avait jamais été violent ni envers moi ni envers ma mère. Il travaillait autant qu'il pouvait, ce qui faisait que je n'ai pas partagé tant de chose que cela avec lui, mais je sais qu'il m'aimait. Mes vêtements de seconde main n'étaient pas dus au fait que mon père préférait boire à m'habiller mais plutôt que les frais médicaux engendrés par le cancer de ma mère étaient bien trop importants. Ce n'est qu'à l'âge de 15 ans que je perdis ma mère, et que mon père devint alcoolique et de par ce fait sans-emplois. Ma mère était tout pour lui, cela ne m'étonne pas qu'il ne veuille plus se battre, et je ne lui en voulais pas. Dans notre malheur, il a attendu que j'ai ma majorité sorcière pour se suicider et enfin rejoindre celle qu'il aimait.
Lily était ma première amie, ma meilleure amie. Nous habitions le même quartier et je lui avais fait découvrir le monde magique, par ce que ma mère avait pu m'en dire. Je l'avais vu faire s'ouvrir une fleur et s'envoler. Elle était si belle mon amie Lily. Il y avait comme un lien invisible qui nous unissait, mais contrairement à ce que les autres pouvaient bien penser, ce n'était pas de l'amour. Cela n'aurait jamais pu être de l'amour. Car je n'étais pas bisexuel mais bien homosexuel. Et ce fut à Lily que je le dis pour la première fois, et ce fut Lily qui me fit découvrir l'amour et la tolérance envers les autres. Chose que mes parents n'avaient pas pu m'apprendre étant trop pris dans leurs propres problèmes. J'avais été livré à moi-même, merci Merlin, Lily avait été là.
Ce fut une grande joie pour nous de rentrer enfin à Poudlard. Nous avons rencontré James et Sirius dans le train et contrairement aux faux souvenirs James ne m'avait pas du tout pris en grippe. Au contraire, il était gentil et courtois. Et finalement, quand le train arriva en gare, nous pouvions dire qu'un début d'amitié était né.
Le Choixpeau avait longuement hésité entre Gryffondor et Serpentard. C'est finalement chez Serpentard que j'ai atterri. En ce temps de début de guerre, mon amitié avec Lily était dangereuse pour moi. Mais j'en faisais fis. Sauf que mon don pour les potions qui avaient rapidement été repéré changea la donne. Malfoy m'avait clairement fait comprendre qu'ils m'avaient à l'œil et avait à peine caché les menaces envers Lily.
J'en avais rapidement parlé à Lily ainsi que James avec qui j'étais devenu ami. J'avais peur pour elle, et James aussi. Nous avons donc fait croire à toute l'école que nous ne nous aimions pas alors que nous avions des rendez-vous secrets pour nous retrouver. Sirius est venu s'ajouter à ma liste d'amis, par l'intermédiaire de James, je ne lui avais pas tout de suite fait confiance, mais il devint vite évident qu'il n'était pas à l'image de sa famille.
Mes années à Poudlard étaient donc moins pires que cette fausse réalité que j'en avais. J'étais isolé dans ma propre maison mais j'avais tout de même des amis que j'éloignais volontairement, aux yeux des autres en tout cas, pour les protéger. Combien de fois James m'avait demandé de laisser tomber tout cela pour qu'il puisse me dire bonjour au grand jour ? La menace qui pesait sur Lily le faisait vite admettre ma logique, mais ce n'était tout de même pas facile pour mes amis de me voir en cachette.
Même Remus était un de mes amis. J'avais découvert son secret assez rapidement et j'avais amélioré la potion Tue-Loup pour lui. Je n'avais jamais failli me faire tuer par lui à cause d'une mauvaise blague. Tout cela n'était qu'une invention de plus de la part de Dumbledore pour m'isoler et me faire haïr les « maraudeurs » dont Peter ne faisait pas partie, mais moi, si. Les écritures sur la carte n'étaient que mensonges, Dumbledore avait dû la subtiliser pour enlever mon surnom, Onyx.
Au même instant que mon surnom, autre chose se débloqua dans mon esprit. Le pourquoi de ce surnom, mon animagus. Je l'avais enfermé dans une part de mon esprit pour que Dumbledore ne connaisse jamais cette capacité. Et je l'avais moi-même oublié, mais il était bien là, au fond de moi, me rappelant mille et un souvenirs de nos sorties de pleine lune !
À notre sortie de Poudlard, la menace n'en était que plus forte. J'avais entamé des études de Maître des Potions pour ensuite faire de la recherche. Le Seigneur des Ténèbres était très intéressé par mon talent. Mais je n'avais jamais, ne serait-ce qu'imaginer, devenir un Mangemort. Plutôt mourir. Je me devais d'être constamment sur mes gardes. Et de ce fait, je voyais mes amis dans un secret encore plus total. Je ne voulais pas qu'il s'acharne sur l'un d'eux pour me faire flancher.
Dumbledore était le fondateur de l'Ordre. Mais quelque chose de sombre entourait son histoire. Nous ne savions totalement quoi, mais nous nous méfions de lui dès notre arrivée à Poudlard. Les gens étaient un peu trop d'accord avec lui, se pliaient un peu trop à sa volonté. Sirius, James et Lily ne pouvaient refuser de faire partie de l'Ordre, après tout ils étaient Aurors et refuser voulait dire cautionner les actes infâmes du Lord Noir. Il n'y avait que Remus et moi qui pouvions refuser. Je n'étais qu'une personne parmi tant d'autres. Ils n'avaient aucun intérêt spécifique à m'avoir. Enfin, c'est ce que je pensais.
Phoenix… Phoenix… Oui ! L'Ordre du Phoenix n'avait pas été nommé ainsi grâce au Phoenix de Dumbledore, absolument pas. Pour la simple et bonne raison qu'il n'en avait pas ! Encore un mensonge de plus, le Phœnix de James… Ses animaux étant très rares, il n'était pas étonnant que très peu de personnes soient au courant que les Potter ont eu un Phoenix.
Peu de temps après le mariage de mes meilleurs amis, qui avait eu lieu dans la plus stricte intimité, nous avons eu le bonheur d'apprendre que Lily attendait un enfant pour fin juillet. Je ne pouvais être officiellement le parrain de ce petit être. C'est donc Sirius qui fut choisi et je serais le deuxième, si par malheur il arrivait quelque chose à mes trois amis. Je ne le pensais pas. C'est moi qui étais plus ou moins approché par les Mangemorts. Je pensais que si l'un de nous devait mourir, celui-ci serait moi-même. Qu'est-ce que j'ai pu être bête.
Quelques mois après la naissance d'Harry, un être merveilleux, quelque chose bouleversa nos vies. James, en faisant des recherches pour l'Ordre dans le département des mystères, découvrit la salle des prophéties. Quelle ne fut pas sa surprise d'en découvrir une à mon nom. Par je ne sais quel miracle, enfin si, la cape d'invisibilité, il me ramena la précieuse boule de cristal. Nous n'accordions que peu d'importance à la divination, trop de charlatans. C'est pourtant avec une certaine hésitation que je la pris entre mes doigts.
« Celui dont la vie sera effacée sera en grand danger… Il sera privé de ce qu'il a de plus cher… Mais l'amour d'un être unique en son genre lui rappellera sa vie… Il fera payer la trahison dont il a été victime… Il aidera à révéler la vérité… Celui dont la vie sera en danger aimera un être unique… »
Nous étions tous trois étonnés et inquiets. La première phrase ne pouvait que présager un sort d'amnésie, l'avertissement sur le danger ne m'étonnait pas plus que cela. Depuis plusieurs semaines, des Mangemorts me menaçaient de plus en plus, j'avais effectivement reçu mon titre de Maître en Potion, le plus jeune depuis des siècles. La deuxième phrase était plus qu'inquiétante, c'est celle-là qui m'inquiétait le plus. Ce que j'ai de plus cher ? Mes amis, il n'y a qu'eux qui comptent pour moi.
L'amour était étrange, je n'avais jamais aimé quelqu'un, je ne faisais que trop peu confiance pour cela. Je n'avais d'ailleurs jamais eu d'aventure, ni même de petites histoires, pas même d'un soir. L'amour de cet être unique m'intriguait, qui ? Le nom de Voldemort m'était venu en tête plusieurs fois, provoquant un frisson de peur et de dégoût. Non, ce ne pouvait pas être cela. Je passais donc sur cet étrange amour et me concentrai sur la trahison et la vengeance. Mais il est certain qu'après un bon moment de réflexion, aucune réponse ne nous vint.
Nous avions volontairement écarté Remus de cette découverte, avec son statut de Loup-garou, il était déjà surveillé et nous ne savions pas quelle importance avait cette prophétie. Il fallait donc que personne ne la connaisse, et Remus n'était pas très doué avec l'occlumencie. Il savait très bien que nous ne lui disions pas toujours tout, mais il comprenait et était d'accord avec ce fait. Tout comme je ne voulais pas m'afficher avec mes amis pour ne pas les mettre en danger, lui ne voulait pas tout savoir au risque d'être legilimancé et de nous mettre à découvert. Le secret de notre amitié était déjà beaucoup à cacher.
Mais tout cela fut bien vite balayé, par une autre prophétie, bien plus importante. Début octobre, Sybille Trelawney avait dû tomber de son lit pour être arrivée aussi tôt au village de Pré-Au-Lard. Moi, j'y étais pour acheter des ingrédients pour potion, elle, pour un entretien avec Dumbledore. Bien qu'en sortant si tôt de chez moi je pensais échapper aux Mangemorts, ce ne fut pas le cas, l'un d'eux arriva devant nous et avant même de pouvoir lever sa baguette vers moi Trelawney se mit dans une sorte de transe.
« Celui qui a le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres approche... il naîtra de ceux qui l'ont par trois fois défié, il sera né lorsque mourra le septième mois... et le Seigneur des Ténèbres le marquera comme son égal mais il aura un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore... et l'un devra mourir de la main de l'autre car aucun d'eux ne peut vivre tant que l'autre survit... Celui qui détient le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres sera né lorsque mourra le septième mois... »
Le Mangemort n'avait pas demandé son reste et avait transplané sans même nous parler. J'avais pour ma part fait de même, pour rejoindre mes amis et leur raconter cette nouvelle prophétie. Prophétie qui allait bouleverser nos vies.
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Mi-octobre, Lily avait voulu me parler, j'y avais donc été, inquiet. James n'était pas là. Ils avaient rapporté la prophétie à Dumbledore, mais personne n'avait encore défié Voldemort par trois fois, Harry n'avait en commun avec la prophétie que le fait d'être né fin juillet. Mais James et Lily avaient échappés à Voldemort par deux fois.
Je suis arrivé à Godric's Hollow, dans l'une de leurs maisons secondaires, ils changeaient souvent pour ne pas être retrouvés. Une petite maison que personne ne connaissait hormis Sirius, Remus et moi. Lily m'accueille le visage profondément inquiet, et comme d'habitude elle n'y va pas par quatre chemins.
- Nous avons défié Voldemort pour la troisième fois aujourd'hui, nous, ainsi que Franck et Alice qui ont également leur fils Neville né fin juillet. Dit-elle inquiète mais déterminé.
Je la regarde ne sachant que dire, un étau serre mon cœur meurtri à cet instant, mes amis sont en danger ainsi que leur fils ! Voyant que je ne dis rien, trop choqué, elle continue.
- Severus, si quelque chose nous arrive… Protège Harry, s'il te plaît ! Me supplie-t-elle.
- Mais il ne vous arrivera rien ! Dis-je en bondissant du fauteuil sur lequel j'étais assis, en colère et inquiet à l'idée qu'effectivement il puisse arriver quelque chose aux personnes que j'aime le plus en ce monde.
- Peut-être, Severus. Mais promets-le-moi…
- Je… D'accord… Je te le promets, Lily. Dis-je à voix basse, la gorge nouée. Mais je vais voir Dumbledore, seul lui peut vous protéger !
- James y est déjà parti, mais j'imagine que je ne pourrai pas t'empêcher d'y aller aussi ? Dit-elle avec un mince sourire.
- Effectivement. Dis-je déterminé à mon tour.
- Fais attention à toi, Severus…
Nous n'avions pas besoin d'en dire plus et nous nous laissons bercer par le Phoenix de James, qui nous rassure par son chant. Malgré son aide précieuse contre Voldemort, nous ne faisions toujours pas confiance à Dumbledore. Mais c'était un homme puissant, il pourrait protéger mes amis et leur fils que j'adorais.
HPSS HPSS
C'est en protégeant scrupuleusement mon esprit que j'entre dans le bureau de Dumbledore, le lendemain de ma conversation avec Lily. Je sais que je prends un risque énorme, surtout en vue de la prophétie qui me concerne et dont nous n'avions parlé à personne, mais il le fallait, pour mes amis. J'enferme au plus loin dans mon esprit ce que j'ai de plus précieux, ainsi que cette potion que j'ai cachée dans ma maison d'enfance, une potion jamais testée pour me rendre la mémoire. Que le danger vienne de Dumbledore ou d'un autre, cette potion était d'une importance capitale !
- Bonjour, Dumbledore. Dis-je solennellement en regardant son faux sourire aux lèvres.
- Bonjour, Severus, mon garçon ! Répondit-il étrangement chaleureux. Que me vaut l'honneur de votre visite ? Continua-t-il doucement en me montrant la chaise en face de son bureau pour que je m'y asseye.
- Je viens pour la prophétie faite par Trelawney. Dis-je en vérifiant mes barrières d'Occlumencies et en me préparant à mentir effrontément pour cacher la vérité.
- En quoi vous concerne-t-elle ? Demanda-t-il en cachant sa surprise.
- Il pourrait s'agir de Lily Potter et de son fils. Et je ne veux pas qu'il lui arrive quelque chose.
- Vous devez la protéger ! Dis-je fortement en commençant mon travail d'acteur.
Il me regarde, les yeux pétillants d'un savoir qu'en réalité est totalement faux. Il croit que j'aime Lily, et c'est bien cela que j'ai voulu lui faire croire. James était revenu la veille avec une vague promesse d'aide s'ils étaient vraiment en danger. Aujourd'hui, je ne voulais pas de vagues promesses, je voulais une véritable aide. Je le sens me legilimancer, je le laisse faire en mettant en avant des souvenirs où j'étais seul avec Lily à Poudlard.
- À quoi seriez-vous prêt pour protéger Lily ? Demanda-t-il en essayant de cacher son sourire sadique.
- Tout. Dis-je faiblement, m'attendant au pire.
- Vous êtes un admirable Maître des Potions, mais seriez-vous prêt à devenir Mangemort ? Demanda-t-il me laissant cloué sur place. J'ai besoin d'un espion, vous seriez parfait.
- Jamais ! Dis-je en colère. Vous êtes fou ? Je ne deviendrai jamais Mangemort !
Sans m'y attendre, un Doloris me frappa de plein fouet, me jetant à terre en hurlant de douleur, ce fut le premier de nombreux autres. J'essayais de protéger vainement mes barrières d'Occlumencies, mais être ainsi exposé pour la première fois à ce sort impardonnable me perturbe au plus haut point, la douleur est insoutenable. Puis, le sort d'amnésie est lancé, sans que je ne puisse rien y faire. Le fait de m'en souvenir maintenant clairement, je peux le voir réfléchir et me lancer le sort qui modifiera ma mémoire. Je le vois implanter les faux souvenirs dans ma mémoire.
Je peux être fier qu'il n'ait pas pu percer certaines barrières pour atteindre mes souvenirs les plus précieux et secrets, au fond, ce n'est certainement pas de mes souvenirs qu'il voulait. Cela ne devait avoir aucune importance pour lui, et pourtant… Il me met en tête que je veux devenir Mangemort, pour impressionner Lily. Il veut que le soir même je prenne contact avec des Mangemorts pour le faire. Puis il implante dans mon esprit cette misérable vie qui me prive de tout ce que j'ai de plus précieux.
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Je suis devenu Mangemort quelques jours plus tard, avec une fierté totalement créée par Dumbledore. Je revois la conversation avec Lily, mais je vois le regard qu'elle pose sur Harry et moi avant de partir, je vois aussi le sourire triste quand elle part. Elle avait compris, ma prophétie se réalisait et j'allais tomber amoureux dans l'avenir de l'élu, celui de la seconde prophétie, peut-être son fils…
À peine une semaine plus tard, James fut tué, ainsi que Lily. Harry survécu au sortilège de mort, et toute la communauté sorcière retrouva son calme. Ma mémoire fut de nouveau modifiée, la culpabilité d'avoir annoncé la prophétie à Voldemort, celle d'avoir fait tuer Lily. Et cette vie, cette horrible vie. Mais j'avais tout de même réussi à enfermer des souvenirs pour ne pas totalement les oublier, des bribes de souvenirs me revenaient parfois, quelques secondes avant d'être balayés par un nouveau sort d'amnésie. C'est pour ça que Dumbledore m'a fait engager comme professeur, pour avoir un œil sur moi.
Je me souviens aussi du jour où j'ai découvert la carte du Maraudeur sur le bureau de Dumbledore, il n'avait pas réussi à l'ouvrir, il avait juste lu les surnoms. Avec les Patronus de James et Sirius qu'il avait vus de nombreuses fois, il avait deviné leurs surnoms, mais il ne savait pas qui était le dernier, et l'avait donc modifié en lançant un puissant sortilège, Queudver, ce traître. Celui-ci s'était bien enrôlé dans les rangs des Mangemorts, mais il n'avait jamais été notre ami, il voulait nous espionner sans jamais y être arrivé. La seule vérité était le fait qu'il fut effectivement un animagus non déclaré, un rat.
Les dix années qui suivirent furent celles dont je me souvenais, en grande partie. Je recevais souvent des sorts d'amnésies, ma mémoire combattait le sort et je me posais beaucoup trop de questions. Remus en reçut un quand il vint me voir le jour de la mort de Lily, ne nous faisant pas vraiment ennemis, mais absolument pas amis. D'autres en reçurent, parfois nous étions même plusieurs dans le bureau à le recevoir, Minerva, Hagrid, Pomfresh. Harry a raison, tout Poudlard avait dû y passer.
Fumseck avait fait son arrivée dans le bureau du directeur, après d'innombrables sorts, tout le monde pensait qu'il avait toujours été là. Il m'avait toujours regardé étrangement quand j'étais dans le bureau, je pensais que c'était dû à mon statut de Mangemort, que j'étais une âme damnée, mais ce n'était que parce qu'il me reconnaissait et il devait savoir. On ne manipulait pas vraiment un Phoenix, s'il faisait quelque chose pour vous alors que vous n'aviez pas sa confiance, c'est seulement parce qu'il le voulait vraiment. Fumseck n'avait jamais vraiment obéi à Dumbledore, il le transportait parfois, mais Fumseck attendait quelque chose. Le retour de son véritable maître, un petit garçon qui était actuellement en train de souffrir à cause d'un vieux fou qui avait laissé volontairement mourir James et Lily.
Toutes ces révélations étaient trop, mais pourtant je les voyais, je comprenais enfin. Et ce n'était malheureusement pas terminé. Je revis mon premier cours de potion avec Harry, en réalité je n'avais rien dit de spécial contre lui, je ne l'avais pas humilié. Ses grands yeux verts me rappelaient d'étranges souvenirs dont je n'aurais pas dû me souvenir. C'est Dumbledore qui modifia une fois de plus nos mémoires, à tous ceux présents.
Je fus soulagé de ne pas avoir pris en grippe Harry, soulagé en sachant qu'il le savait aussi. Après ce jour, Dumbledore m'envoyait de faux souvenirs, et de faux sentiments pour créer une haine contre Harry. À chaque fois que je sortais de son bureau, j'étais toujours dans une rage folle contre Harry, ce n'était que de sa faute. Un poids s'enleva de mes épaules, j'avais été manipulé, mais ce que je regrettais le plus n'avait été que créé ou avait été la cause de la manipulation de Dumbledore.
Je souffle de soulagement en me rappelant enfin de tout, du premier baiser que j'avais eu avec Harry, cet instant où je m'étais enfin senti complet. Une honte de ne pas avoir su me protéger s'insinua en moi, mais Dumbledore était un bien trop grand manipulateur et puissant sorcier pour que je rivalise contre lui, du moins, jusqu'à ce jour. J'eus d'ailleurs presque envie de vomir en sachant que Dumbledore avait voulu détruire Harry pendant l'initiation, et tout cela par le biais de moi-même. Il ne voulait pas que je l'initie, mais plutôt que je le viole, que je le réduise à néant pour qu'Harry aille mourir de lui-même sans protester. J'en fus dégoûté, et heureux que mon amour pour Harry m'ait fait prendre conscience que je l'aimais, et que je ne pourrais en aucun cas lui faire du mal.
Retrouver la mémoire n'avait duré que quelques minutes, j'avais un mal de tête incroyable, essayant pourtant de renforcer mes barrières d'Occlumencies. Mais tout cela avait été de trop, c'était tellement contradictoire avec la vie que Dumbledore m'avait inventée que tout était confus et tellement clair en même temps. Je voulus ouvrir la bouche, dire à Harry que tout n'était pas vain, que je pourrais l'aider, mais je savais qu'il ne me laisserait pas faire. Je le savais parce qu'il avait dit m'aimer, et je comprenais, sachant que moi aussi j'aurais fait ce qu'il s'apprêtait à me faire. Parce qu'il savait qu'il devait mourir et qu'il voulait qu'une seule chose, que je vive même si c'était sans lui.
C'est pour toutes ces raisons que je fis toujours semblant de dormir tout en essayant en vain de maintenir mes boucliers à leurs maximums. Je le sentis se retourner, pour prendre sa baguette, puis revenir à la position initiale. Je sentis sa main écarter une mèche de mes cheveux pour la remettre derrière mon oreille, puis il lança le sort, d'une voix lointaine, d'une voix pleine d'amour, d'amertume, de tristesse et de regret.
- Oubliette.
