A/N : Ca y est, j'ai fini ! Je suis assez fière, mais j'ai quand même le résultat est bâclé. Peut-être parce que j'ai fait plein de petits paragraphes. Voilà, voilà... Notez que j'ai eu beaucoup d'influences, par exemple, l'intégrale de Kakumei Utena (un de mes animes préférés), la série Bakemonogatari, cette image : h t t p : / / i m a g e s h a c k . u s / p h o t o / m y - i m a g e s / 3 3 9 / 4 5 d b 4 a 8 0 6 2 6 6 7 8 d f 8 c 4 d 5 6 b . j p g / ...

ainsi que de nombreuses chansons, dont Chasing Cars par Snow Patrol, Servante du Feu par Matthieu Ladouce, La fée de Zaz, Six Steps par Hatsune Miku et Megurine Luka, et This is War par 30 Secondes to Mars. Il y en a bien d'autres... Evidemment. Je remercie Sarabeka, hallowii'n, xDBakachan, Angel-Of-Sword et Anonymagirl3 pour leur soutien à travers leurs commentaires.

Sincèrement, un grand merci à tous ceux qui m'ont lu.

Paru-ch4n.


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4 juillet

Luka tambourina à la porte.

-Haku ! rugit-elle. Si tu n'ouvres pas, je vais moi-même enfoncer cette porte !

Une voix singulière et mélodieuse lui parvint, feutrée par le bois.

-J'ai presque fini, Megurine-san !

Luka grommela et passa une main sur la porte. Le bruit de l'eau coulant dans la douche s'était arrêté. Elle aussi avait besoin de la salle de bains : de plus, l'eau, ça coutait cher ! Décidément, avec ces squatteurs, la note devenait salée, et même une centaine de coups de pied dans les fesses ne leur ferait pas changer leur comportement.

Meiko choisit ce moment pour ouvrir la porte, l'air stoïque. Lily siffla d'admiration, attirant l'attention de Luka qui resta bouche bée : bien que sobrement maquillée, Meiko demeurait très belle. Elle avait troqué son haut tailleur rouge et son short de la même couleur pour une robe noire, au décolleté qui descendait jusqu'au nombril, dénudant la majeure partie de ses seins, épousait ses formes avec sensualité. De longs gants de tissu noir et fin recouvraient ses mains jusqu'à ses avant-bras. Elle portait un simple collier orné de pierreries bordeaux, et son rouge à lèvres et son discret fard à paupières renforçait sa peau de pêche. Ses escarpins noirs portaient une petite rose rouge, et Meiko en prit une dans un vase qui était posé sur la table, pour le mettre dans ses cheveux, relevant ses mèches vers l'arrière avec élégance. Elle sourit.

-Tu es magnifique, Mei, murmura Luka. Elle se sentait très jalouse et en même temps époustouflée.

-Elle a raison, approuva Lily. Tu vas faire évanouir Kai.

Le regard carmin de Meiko se fit glacial. Elle tourna les talons sans un mot, toquant à la porte de la salle de bain au passage. Haku en sortit. Elle portait son uniforme de travail. Meiko roula des yeux et l'entraîna dans la chambre, permettant à Luka de pouvoir se maquiller « Enfin ! », pareil pour Lily.

Quand Meiko ressortit, Haku Yowane était métamorphosée. Meiko lui avait enfilé une robe d'un joli gris et blanc, qui embellissait sa peau laiteuse. Ses cheveux étaient coiffés en demi. Son nœud habituel se situait juste derrière sa tête. Un sourire timide naquit sur ses lèvres, et ses joues habituellement pâles prirent une teinte rosée quand toutes la complimentèrent. Ses yeux rouges d'ordinaire tristes pétillaient de bonheur. Luka examina Lily de haut en bas : la blonde avait opté pour une tenue simple, des ballerines blanches et dorées, une robe blanche et légère avec des reflets mordorés. Maquillage naturel. Luka soupira. Elles allaient partir à une soirée très importante, et Lily restait fidèle à elle-même, elle ne se cassait pas la tête, quoi. Luka, elle, avait passé sa journée à fouiller dans ses armoires et à faire du shopping haute couture. C'était un gala exceptionnel, il fallait mettre le paquet pour impressionner les journalistes en plus, Luka était modèle !

Oui, mais voilà : cette réception était pour les Vocaloid, et pas pour les top-modèles. Leurs managers leur avait simplement dit de s'habiller correctement, et pas en tenue officielle.

Elle poussa son énième soupir, reposa son crayon, fit tinter ses clés, et d'une voix neutre, dit :

-Bon, on y va ?


Elles restèrent toutes les quatre bouche bée.

Fort heureusement, le manager de Meiko les réprimanda et leur mâchoire se referma net. Parce que, « non mais vous vous rendez compte, vous êtes à un gala huppé, vous n'allez pas trottiner comme ça sur le tapis rouge en bayant aux corneilles ? »

Devant elles, se trouvait un bâtiment magnifique, illuminé en entier en cette soirée d'été. Le manager de Meiko les poussa légèrement vers l'avant et Luka ne put profiter de l'architecture. Elle entra, rassurée de pouvoir échapper aux fans hurlant de joie et d'admiration. Des gens en smoking applaudissaient les quatre femmes. Lily en tête, elles foulèrent le tapis rouge et s'avancèrent vers le président de Crypton. Elle lui tendit la main, que le vieux bonhomme embrassa d'un geste qu'il voulait délicat. Il lissa sa moustache et un léger sourire étira ses lèvres. Il s'exprima alors en anglais.

-Mesdemoiselles Sakine, Masuda, Yowane et Megurine, je vous souhaite la bienvenue.

-Merci, Monsieur le président. Répondit Luka de sa voix chantante.

Lily s'étonna et les entraîna un peu plus loin. Les jeune femmes restaient collées ensemble, Haku, Meiko et Luka parce que ça les terrorisait de se retrouver seules, et Lily parce qu'elle trouvait cela amusant d'avoir une horde de jeunes femmes qui la suivait partout. Elles échangèrent des poignées de main, quelques coupes de champagne, se dirigèrent vers le buffet. N'y tenant plus, Luka picora les morceaux de thon qui étaient disposés, plus par stress que par réelle faim. Une main délicate se posa sur la sienne.

Luka leva les yeux. C'était Miku, une fourchette dans la main. Le cœur de Luka fit quelques ratés quand elle réalisa que leurs visages étaient très proches, et aussi qu'elle était magnifique. Elle avait une petite robe noire à froufrous bouffants bleus sur le bas, légèrement décolletée et des ballerines, un peu comme Lily. Ses cheveux étaient ramenés en une seule queue de cheval, avec plein de petites barrettes.

-Ca gaze ? demanda-t-elle en lui faisant la bise. Il s'est passé un truc intéressant ?

-Que pouic, répondit Luka en essayant de calmer les battements de son cœur. J'ai juste discuté avec des gens gros et gras.

Miku rit.

-Zut alors, moi aussi je suis grosse et grasse ?

Le rythme cardiaque de la jeune femme aux cheveux roses s'accéléra alors qu'elle tentait de le maîtriser, le traître.

-P…pas du tout ! Et puis, qui y a-t-il de mal à être gros, hahaha…

-Relax Luka, fit Miku en levant les deux mains. Je plaisantais.

Luka soupira.

-Tu m'as l'air un peu fatiguée, et puis ce rire nerveux, ça montre à quel point tu es stressée… Tu aurais peut-être dû refuser l'invitation ?

La plus âgée secoua la tête de droite à gauche.

-Non, c'est toi qui m'en as parlé. Je suis venue, je reste.

Miku sourit, une petite rougeur sur les joues.

-Bien sûr. Tu es très belle.

Luka devint rouge tomate et déglutit.

-Toi aussi, tu es superbe, murmura-t-elle.

-Putain, vous m'énervez toutes les deux, à rougir comme des ados mal dégrossis, alors que moi je suis loin de ma chérie !

Elles tournèrent la tête en synchronisation, pour découvrir une Lily les sourcils joints, le regard droit devant et les poings sur les hanches.

-Ah, Lily… ? marmonna Luka.

En temps normal, elle adorait Lily, mais quand son amie venait la déranger dans ses rares moments en tête-à-tête avec Miku, elle voulait l'empaler avec un thon surgelé.

-Ouais, Lily ! fit sèchement la blonde en reniflant. La seule, l'unique, la toute seule.

-Lily, mais tu es saoule ? s'exclama Miku. Combien de bouteilles as-tu bu.

-Juste deux, grimaça Lily. Et encore, Meiko a fini la moitié.

Luka parcourut la salle des yeux, terrifiée à l'idée que leur manager pouvait venir. Si jamais Lily ressortait dans cet état-là, elle pouvait dire « sayonara » à sa carrière. Soudain, une sonnerie s'échappa d'un sac qui traînait par terre, blanc et doré, sûrement celui de la grande blonde. Elle farfouilla dedans sous le regard ébahi des deux autres et répondit au téléphone.

-Ouais, allô ! dit-elle âprement.

Il y eut un petit silence, perturbé par quelques personnes qui tentaient de s'approcher. Soudain, Lily déversa un torrent de larmes.

-Lily ?

-Tu me maaaanqueuuuhh…snif…sanglota Lily. Quand est-ce que tu viennnnnns ?

-Ouah, elle est sacrément bourrée ! Quand elle parle avec sa petite amie-dont j'ignore toujours le nom- Lily devient aussi folle que cette fille dans Mirai Nikki.

-Bon, on part, alors ? suggéra Miku.

Luka approuva. Elles s'éclipsèrent discrètement.

-Tout de même, je me demande qui peut être sa copine, dit Luka.

-Pareil.

Elle examina Luka de la tête aux pieds : la jeune femme aux cheveux roses portait une robe tailleur, blanche et rose, et des chaussures à lacets montants blancs. Elle avait mis quelques bijoux, et un peu de maquillage pour renforcer la beauté de son visage, qui faisait la fierté de Crypton. Luka rougit encore un peu. Miku lui proposa de rejoindre les autres, avant que leurs managers leur demandent de monter sur scène. Elles rejoignirent donc les têtes multicolores qui étaient entourées de badauds. Kaito les salua en premier, une main sur le nez.

-Qu'est-ce que tu as ? s'enquit Miku, soucieuse de son ami.

-Il est en train d'arrêter les filets de sang qui coulent de son nez, soupira Lily en lui tendant un mouchoir.

-C'est la chaleur, je n'ai pas mangé de glace depuis deux heures. Dit le jeune homme.

-M'est avis que c'est plus Meiko qui t'as fait cet effet-là, rit Luka.

Lily était en train de tapoter nerveusement sur son téléphone : en cet instant, elle ressemblait énormément à Akita Neru (qui se trouvait d'ailleurs à l'opposé de la salle, discutant avec Len).

-Ca va, Lily ? Tu semblais désemparée, tout à l'heure.

-Je le suis toujours, mais j'ai dessoulé, soupira-t-elle.

Soudain, un grand bruit attirait leur attention. C'était SeeU, qui s'était précipitée sur Len, provoquant grands cris suraiguës de la part de Rin et Neru.

-Len-kun est l'objet de nombreux désirs féminins, constata Miku.

-Quel dommage qu'il craque sur toi, Kai, soupira Luka.

Kaito ne répondit pas, dardant son regard bleu électrique sur le blondinet.

-Tu ne peux pas oublier Mei et sortir avec lui ? demanda la jeune femme, l'air triste.

Son ami secoua la tête négativement et déglutit. Miku lui frotta le dos, en lui chuchotant des paroles réconfortantes du genre « Tu verras, ça va s'arranger, Kaito-nii. Meiko-nee finira par te regarder… Puis de toute façon, tu pourras toujours avoir Len-kun ! ». Le regard de Miku se fit alors perçant et elle fixa SeeU.

-Elle est superbe, ce soir.

Kaito siffla, l'air moqueur. Luka écarquilla les yeux.

-Ne me dis pas que tu as l'intention de la mettre dans ton lit ? s'exclama Lily en riant.

-Cette fille a les mains d'une femme de quarante ans, répondit Miku avec un sourire narquois.

Luka contempla ses mains discrètement, sans comprendre.

-Que veux-tu dire par là ?

-Tu reconnais une fille qui sait le faire rien qu'en regardant ses mains, intervint Lily qui admirait la coloration carmin que prenait le visage de Luka. Genre, son expérience.

-J'ai compris, murmura Luka.

Son cœur faisait des hauts et des bas : Miku semblait intéressée par quelqu'un d'autre, qui avait l'air de s'y connaître en sexe, tandis qu'elle, avec ses mains de gamine qui prouvaient qu'elle ne savait même pas caresser la joue d'un homme, restait là à la regarder !

Kaito fronça les sourcils.

-Je n'aime pas ton comportement, Miku. Tu essayes de te faire n'importe qui, ça te portera préjudice.

-Ah bon ? dit Lily. Je ne te savais pas comme ça.

Miku rit d'un rire sans joie.

-C'est pourtant vrai.

-Même son manager, précisa Kaito.

-Tu ne sais pas le meilleur ? Il est marié et a un petit garçon de trois ans.

-L'adultère par excellence, dit Lily, l'air surprise.

-Moi non plus je n'aime pas ton comportement, Miku, dit Luka très fort.

Ils s'arrêtèrent de discuter pour fixer tous trois la jeune femme aux cheveux roses. Elle se mit alors à parler rapidement.

-On dirait que tu trouves cela une fierté… Tu ne serais pas en train de te noircir sciemment ? Pourquoi tu fais ça ? Pour te sentir mieux ? Pour combler un vide ?

Miku resta silencieuse un instant avant de répondre.

-C'est vrai, c'est pour combler un vide. Un vide profond et très douloureux. Je crois que je devrais essayer d'oublier et me caser pour de bon.

Le cœur de Luka s'arrêta de battre pendant un moment quand les yeux de la jeune fille aux cheveux cyans se dirigèrent vers SeeU.


5 juillet

Luka ouvrit les yeux.

Elle était dans son lit, le soleil et ses cheveux lui chatouillaient les yeux. D'un geste endormi, elle se gratta la joue et repoussa légèrement les couvertures, avant de regarder à côté.

Elle faillit mourir de surprise.

-Kupo ?

Le jeune homme aux cheveux violets ouvrit ses yeux bleus marine, avant de les refermer en grognant. Un sourire étira ses lèvres qui se découvrirent sur de grandes dents blanches.

-Salut, Luka.

Il était torse nu.

Elle ne portait pas de pantalon.

-Qu'est-ce que tu fous dans mon lit, Gakupo ?

-On a passé la nuit ensemble.

Ses yeux s'écarquillèrent.

-Dis-moi que tu déconnes ?

-Peut-être ?

-Comment ça peut-être ?

-Je ne me rappelle pas.

-Oh ! Super, ça nous avance beaucoup !

-Hé ! dit-il en levant les mains. J'étais saoul et toi aussi.

Elle sortit du lit et son pied se posa sur quelque chose de chaud.

-Kai ! s'exclama-t-elle. Pourquoi tu dors par terre ?

-Hmmmmm, grogna-t-il, en position fœtale et en caleçon.

-Réponds où je te plante un thon dans le cul.

-Tu reprends la technique de Miku ? marmonna Kaito.

-Ah, le poireau dans les fesses ? intervint Gakupo.

-Ne me dites pas que tous les deux êtes passés dans le lit de Miku ? s'exclama Luka incrédule.

-Si, répondirent les deux hommes en chœur.

Ses ongles vernis de turquoise se promenèrent dans sa chevelure rosâtre. Elle eut envie de vomir.

-Vous êtes passés dans le mien, hier ? questionna-t-elle d'une voix tremblotante.

Kaito et Gakupo échangèrent un regard, puis répondirent par la négative. Luka soupira de soulagement et ses mains couvrirent ses yeux.

-Kai, Kupo, dit-elle. Je préfère qu'on oublie tout ça… et qu'on aille bouffer. Qu'est-ce que vous voulez manger ?

Ils sourirent.

.

Pendant la matinée, Luka appela Meiko et Haku. La brune avait dormi chez elle, et Haku chez Neru. Lily dormait sur le canapé de Gumi et Miki, surveillée de près par Teto et Ted. Les jumeaux étaient chez leur manager. Pas de problème. Elle enfonça ses écouteurs dans ses oreilles, laissant des sonorités apaisantes prendre le contrôle de son cerveau, sans adresser un regard à ses deux amis en train de manger, pour l'un une glace à la vanille, pour l'autre un bol de riz aux aubergines, assis en face d'elle. Elle joua un instant avec ses baguettes, tapant sur la table en rythme avec la musique.

Le téléphone sonna. Kaito grimaça, son mal de tête vissé dans son crâne. Il se leva et répondit, désireux de faire taire le bruit tonitruant qui s'échappait de l'objet.

-Allô ?

-Kaito-nii ?

-Oh, Miku, c'est toi. Où es-tu ?

-Je suis chez moi. Luka est là ?

-Ouais, elle mange. Je te la passe ?

-S'te plaît.

-Ca roule.

Il fit un geste à Luka, qui arracha les écouteurs d'un geste brusque et prit le combiné.

-Allô ? répéta-t-elle.

-Oh, Luka, c'est moi. Ca va ?

Luka avala difficilement sa salive.

-On peut dire ça.

-Ah, super. Je voulais te demander si tu pouvais venir chez moi ce soir.

-Bien sûr. Pourquoi donc ? Une chanson ?

Il y eut un petit silence.

-Pas vraiment. Rin sera là aussi.

-Rin ? Ah bon. Je dois apporter un truc ?

-Rien, rien.

-Euh… Okay.

Il y eut un bruit étrange derrière. Comme des assiettes qu'on entrechoquaient.

-Qu'est-ce que c'est ? s'enquit Luka.

-C'est SeeU qui range la vaisselle.

La gorge de Luka devint très sèche.

-SeeU ?

-Elle a passé la nuit chez moi.


Luka donna un violent coup de volant, faisant sursauter Rin à ses côtés.

-Dis donc, Luka-nee, tu es sûrement en colère, mais je t'en prie, je veux arriver chez Miku en entier, et si possible, que mon rouleau compresseur le soit aussi.

-Elle a couché avec SeeU ! fulmina Luka. SeeU !

-Tu as un problème avec SeeU ?

Luka coupa brusquement ses lamentations et fixa Rin, le visage tout rouge.

-Ben… SeeU… Elle a… des mains d'adulte tu vois !

-Oui, et après ?

-Elle en connaît un rayon, marmonna Luka.

-Je ne comprends toujours pas.

-Elle est calée côté sexe ! hurla la jeune femme, laissant Rin mortifiée.

-Pff… Effectivement, vous êtes très compliquées, toutes les deux. Combien de fois tu l'as embrassée, déjà ?

-Neuf, répondit Luka du tac au tac.

-Hm.

Rin se demanda si Luka était fleur bleue au point de compter chaque baiser ou chaque fois qu'elle adressait la parole à Miku.

-Arrrgh ! beugla Luka en se frottant les cheveux d'un poing, l'autre main occupée à tenir le volant. Je donnerai n'importe quoi pour avoir trois ans de moins, être dans le même lycée qu'elle ! On pourrait vivre une superbe idylle à la Strawberry Panic !

Tandis que le rouleau compresseur écrasait quelque chose qui ressemblait vaguement à une poubelle, Rin s'imagina ce que c'aurait pu donner.

-Bon, écoute… euh… rien n'est perdu…

-Hein ?

-Je sais que le comportement de Miku est très… limite… qu'elle change de partenaire souvent.

-Tu veux dire très souvent. Dit Luka d'un ton amer.

-Oui bref. Je suis sûre qu'elle fait ça à cause de toi.

Luka braqua brusquement à gauche. Les pneus crissèrent douloureusement. Rin hurla et remercia sa conscience d'avoir jugé bon d'attacher sa ceinture, pour une fois.

-Mais ça va pas ? Je te rappelle que c'est un ROULEAU COMPRESSEUR, pas une Smart !

-Pourquoi est-ce qu'elle ferait ça à cause de moi ? demanda Luka, ignorant les reproches de son amie.

Rin soupira et se massa le front. Elle commençait sérieusement à avoir mal à la tête. Le plus étonnant, ce fut qu'elle, Kagamine Rin, quinze ans, soit là à donner des conseils de cœur à Megurine Luka, vingt et un an.

Mais tout de même, Rin, aussi gentille soit-elle, se maudissait intérieurement d'avoir accepté que Luka conduise.

Grossière erreur.

Elles allaient tout droit vers la mort.

-Cette débauche, c'est à cause de toi, pour combler un vide. Je mettrais ma main à couper que Miku est amoureuse de toi depuis longtemps déjà. Comme elle était certaine que tu ne répondrais pas à ses sentiments, elle a changé de personne comme on change de chaussettes, pour essayer de t'oublier. Ca n'a fait qu'accroître sa douleur.

Le cœur de Luka fit un arrêt.

-Mais le fait qu'elle ait chauffé SeeU, et devant toi… Ca ne mène qu'à deux conclusions.

-Lesquelles ?

-Soit : elle essaye de te rendre jalouse. Soit : elle veut tout effacer. Pour de bon.

Luka songea alors à Kaito, qui voulait tenter de sortir avec elle pour oublier Meiko. Elle eut envie de foncer dans un mur (mais le rouleau compresseur était si massif que ce serait le mur qui serait démoli, et pas le véhicule.)

-Dans les deux cas, Luka, bouge-toi.

-Me bouger ? balbutia Luka.

-Ben oui. Tu l'aimes, non ? Alors arrête d'être aussi coincée du cul et fonce.

-M…mais…

-T'es grave… On dirait Len devant Kai-nii.

-Ah… C'est vrai que ton frère…

-Ouais mon frère. Bon. On s'en fout de lui pour le moment, c'est de toi qu'on cause, toi, la jeune femme timorée et indécise qui fait chier Kagamine Rin. Toi, Luka.

-Luka t'emmerde.

-Moi aussi.

-Farpait.

-Très bien.

-Super.

-Fexcellent.

-On est arrivés.

Elle trouva un emplacement suffisamment grand pour garer le rouleau compresseur. Elle ouvrit la portière et fit attention de ne pas tomber. Rin était déjà devant la porte du bâtiment. Mue par l'envie de voir Miku, elle monta les escaliers quatre à quatre, même si elle était nerveuse de penser que SeeU pouvait être là également. Elle toqua à la porte, tandis que Rin, pantelante, suivait derrière. Personne ne répondait. Elle décida d'ouvrir en ignorant les protestations de Rin. La maison avait énormément changé depuis la dernière fois, le plus flagrant était qu'il était propre, qu'il n'y avait plus une pelote de poussière et que la peinture avait passé de blanc chaume à un bleu clair. Les meubles étaient fournis de plantes et photos des Vocaloid. On entendait de l'eau couler, ce qui laissait à penser que Miku se douchait. Le bruit s'arrêta, et Luka vit la porte de la salle de bains s'ouvrir.

Devant Rin et Luka, se dressait une jeune fille, pas moins de dix-sept ans, aux cheveux blonds comme les rayons du soleil, qui ondulaient avec grâce. Ses yeux renvoyaient l'image d'une mer turquoise en été, tandis que sa peau, hâlée par le soleil, était ruisselante de gouttelettes d'eau. Enserrée autour de son élégante poitrine, était nouée une serviette de bain orange qui s'enroulait jusqu'à ses cuisses, découvrant ses bras frêles et ses jambes arquées et sans le moindre poil. L'apparition entrouvrit la bouche, dévoilant ses dents blanches et parfaites.

-Rin-chan, Megurine-sempai ! s'exclama-t-elle de sa voix magnifique. Asseyez-vous, je m'habille et je reviens !

-See… SeeU… balbutia Rin.

Elle jeta un coup d'œil discret à Luka. Celle-ci était en train de fixer SeeU avec un air impénétrable, mais la tension se sentait dans l'air. Rin était certaine que Luka envoyait des ondes meurtrières. Elle frissonna.

-Où est Miku ? parvint à articuler la plus petite.

SeeU sourit narquoisement. Elle se mordilla un ongle puis le lécha.

-Encore en train de récupérer dans la baignoire, je suppose.

Et elle tourna les talons.


L'air ambiant était étouffant. La tension montait.

D'un côté, il y avait Miku, plongée dans ses cahiers, ou qui faisait semblant, et qui croquait de temps à autre un poireau. Ensuite, il y avait Rin, à côté d'elle, qui surveillait son thé et ses mandarines avec timidité. Et enfin, l'une en face de l'autre, il y avait SeeU et Luka. SeeU dégustait sa tarte à la crème sans prêter attention au regard neutre que lui coulait Luka. Si on en oubliait la raideur qui régnait, Luka restait de marbre, si ce n'était que son regard était trop peu expressif pour que ce soit normal. Le seul signe qui la trahissait était son index qui tapotait constamment la table avec un léger « toc ! ».

-Au fait, Miku-nee, tu ne m'avais pas dit que tu avais refait l'appartement à neuf ! Il est très beau ! s'exclama Rin nerveusement.

-N'est-ce-pas ! répondit Miku. Je voulais faire la surprise à mon père.

Luka oublia un instant qu'elle tuait SeeU mentalement et écarquilla les yeux.

-Il va revenir habiter avec toi ?

Miku hocha énergiquement la tête, tout sourire. Luka éclata d'un rire joyeux.

-Ca alors, je suis contente pour toi !

-Moi aussi je suis contente pour moi !

-Je ne savais pas que tu vivais sans tes parents, Miku, dit SeeU.

-Moi non plus, à vrai dire, mais j'aurais dû m'en douter, tu ne passais presque jamais chez toi… renchérit Rin.

-Tu me présenteras ton père, Miku ? continua SeeU.

Il fit soudainement très froid, sûrement provoqué par la vision obscure de Luka. Miku esquissa un sourire gêné.

-Pourquoi pas, lâcha la jeune fille.

-Miku-nee ! siffla Rin en foudroyant Luka du regard. Je croyais que tu nous avais appelées pour réviser. Faisons donc des binômes, moi avec SeeU, toi avec Luka-nee.

SeeU fronça légèrement les sourcils avant d'acquiescer. Elle se leva pour se rapprocher de Rin et envoya un baiser à Miku qui rougit fortement. Luka gardait son expression neutre qui exaspérait Rin.

-Si on allait dans la chambre ? proposa-t-elle.

-Si tu le dis, marmonna la plus grande.

Dès qu'elles se furent éloignées, Miku poussa un soupir de soulagement, ce qui interpella Luka.

-Qu'est-ce qu'il y a ?

-Um… SeeU est … comment dire… un poil possessive ?

-Sérieux ? Je croyais qu'elle aimait Len ?

-Moi aussi, gémit Miku.

Luka resta bouche bée.

-Et toi… tu ne penses pas…

-La jeter ? J'ai bien essayé, mais elle rétorque sans cesse qu'une fille libre comme l'air finit toujours enchaînée par quelqu'un de stupide, ce qu'elle n'est pas.

-J'en doute sérieusement, murmura Luka.

Miku dut l'entendre, car elle souleva les sourcils d'un air triste.

-Je sais qu'elle me pose des problèmes, mais tu ne devrais pas être aussi méchante que ça avec elle… C'est aussi mon amie et… Attends, reprit-elle, les pommettes carmin. Ne me dis pas que tu es… jalouse ?

Les joues de Luka s'empourprèrent. Elle se mit à balbutier et changea brusquement de sujet.

-Mais tu veux faire quelle université ? Tes examens sont la semaine prochaine, n'est-ce-pas ?

-…La même que vous tous, répondit la jeune fille après un instant où son regard semblait suppliant.

Kaito, Meiko, Lily, Gakupo et Luka étaient dans la même université et faisaient partie de l'association de musique d'une autre université, qui regroupait les autres, Leon, Lola, Miriam, IA-Aria, Sonika, Sweet Ann, Big Al, Kiyoteru…

-Les examens… sont très durs, tu sais ?

-Je le sais… et je travaille. Regarde.

Miku sortit une feuille, sûrement un devoir.

-Ca alors… 89 sur 100 ! C'est…

-Largement pas assez. Je vise les 100.

-C'est ambitieux !

-Disons 99 sur 100 alors ?

Elles sourirent.

-Tu m'as aidée sans compter, alors la moindre des choses est de faire de mon mieux !

-Hé, n'en fais pas trop quand même, dit Luka, les joues un peu rouges.

-T'inquiètes, je prends soin de moi…

-C'est pour cela que tu prends du bon temps avec SeeU… marmonna amèrement Luka.

Miku ne l'entendit pas et piailla de joie.

-En attendant, c'est Tanabata demain, on pourrait tous y aller ensemble ? On ira en yukata ?

-Hein ?

-Le temple en haut de la colline, là, il fait des feux d'artifice, et il y a un superbe matsuri. Pourquoi on n'y irait pas ?

Luka haussa un sourcil.

-On m'a dit que tu n'es jamais entrée dans un temple de ta vie.

-Qui t'a dit ça ? 'fin…C'est un peu vrai… Mais ma mère m'y a emmenée une fois quand j'étais petite, ajouta-t-elle, l'air vague.

-Ah, ta mère…

Il y eut un petit blanc.

-A quoi ressemblait-t-elle ? demanda-t-elle gentiment.

Miku resta silencieuse un léger instant, se demandant si elle ferait mieux d'en parler. Si elle commençait, elle allait fondre en larmes… et les larmes… ça allait foutre en l'air son mascara.

-Ma mère… débuta-t-elle la gorge sèche, elle a les cheveux comme moi, de la même couleur, mais longs comme les tiens. Je me rappelle pas bien d'elle… juste de sa voix très douce et ses mains qui me pinçait le nez. Mon père doit avoir des centaines de photos, mais moi je n'en ai trouvé qu'une… et on ne la voit pas bien.

-Pourquoi ton père ne veut pas te montrer les photos de ta mère ? s'enquit Luka.

-En fait, c'est moi qui ne voulais pas les voir. J'avais peur de trop m'attacher à un fantôme, à des personnes qui ne pourront jamais venir dans mes bras… dit-elle doucement en levant des yeux brillants vers Luka.

Et pendant un instant, le cœur de la jeune femme aux cheveux roses déborda de compassion, au point de lui faire perdre la tête. Ce n'était plus Hatsune Miku la chanteuse, comédienne, coquine, railleuse, légèrement manipulatrice qu'elle avait l'habitude de connaître au travail. Elle voyait sous ses yeux la vraie Hatsune Miku, fragile, vulnérable, qui manquait tellement d'affection qu'elle avait fini par tenter de geler ses sentiments, en couchant à droite et à gauche, en se laissant emporter par l'ivresse de la vie. D'un geste léger comme une plume, elle leva la main et effleura la joue de Miku sur bout des doigts, avant de la caresser et de plonger sa main dans ses cheveux. Elle l'embrassa avec délicatesse-sur la joue hein.

-On a tous peur de se lancer, chuchota Luka. Mais ne t'inquiète pas, affronte tes peurs et élance-toi… on verra bien le résultat !

Sans qu'elle ne comprenne comment, Miku se retrouva dans ses bras, tirant le tissu qui ornait le dos de la plus grande.

-Mais si je me retrouve seule, Luka ? risqua-t-elle, la voix déformée par l'émotion.

-Personne ne te laissera seule… En tout cas, moi je serai toujours près de toi.

Alors Miku éclata en sanglots. Luka la laissa pleurer sur son épaule et lui frotta le dos affectueusement. Rin passa la tête par le seuil de la porte de la chambre, mais elle comprit que tout allait bien. La blonde sourit et leva le pouce, sans que Luka ne la remarque.

-Merci, sanglotait Miku. Merci Luka.

Luka se contenta de sourire et de lui frotter le dos.


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5 mois plus tard

Gumi tambourinait la table de ses stylos. Miki, qui n'appréciait pas ce bruit, se contentait de claquer la langue de temps à autre en lançant un regard désapprobateur à la fan de carottes pour l'inciter à stopper son manège, en vain. Miku, elle, dodelinait de la tête en chantonnant Raver Hi-Fi. Luka surveillait le train des révisions d'un œil attentif tout en mâchonnant un poireau, puisqu'il n'y avait que ça dans le frigo. Hatsune Tasuku, le père de Miku, semblait apprécier ce légume tout autant que sa fille.

Il était sorti pour le moment, mais depuis cinq mois, il avait fait la surprise d'arriver pile le jour du Tanabata. Outre passé l'étonnement d'avoir vu Miku en tenue de prêtresse (« Hatsune Miko »), de voir sa maison complètement transformée et sa fille qui désirait revoir les photos de sa mère, il s'était installé et ne faisait des voyages fonctionnels qui ne duraient guère plus de deux semaines. Miku s'était rapprochée de lui, et la présence paternelle qui lui avait manqué durant tant de temps lui faisait de bien, cela se voyait à son travail. Bien sûr, Tasuku grinçait des dents à chaque fois qu'on faisait interpréter à sa fille une chanson osée, mais le travail de Miku était plein de vitalité. Peut-être était-ce également dû au fait que, souvent collée à Luka, elle ait adopté son mode de vie et ses habitudes, délaissant les médicaments et les coupe-faims pour une alimentation saine et équilibrée ainsi du sport intensif.

Les murs de l'appartement de Miku étaient maintenant tapissés de centaines de cadres-photos, photos de famille pour la plupart, mais également des Vocaloid lors de tournées ou simplement d'amis. Tasuku aimait même s'occuper de fleurs et affectionnait particulièrement un petit plant de mini-tomates qu'I-Aria lui avait offert. Sa fille le taquinait en l'appelant « père au foyer dévoué à la fleuriste d'en face ». Il ne répliquait pas (la fleuriste d'en face était en effet charmante)

En attendant, Miku, Gumi, Miki, SeeU et Piko allaient entrer à l'université, tandis que pour Rin et Len le moment était venu de choisir un lycée. Len voulait un lycée pour garçons, mais sa sœur jumelle lui avait conseillé de choisir le même qu'elle. Len avait beau avoir le béguin pour Kaito, elle voulait être sûre que ce n'était pas les hommes et uniquement les hommes qui attiraient son frère. Mais après réflexion, dans un lycée mixte, Len serait harcelé par la gent féminine, ce qui risquait qu'il en soit dégoûté à jamais…

Pour les trois jeunes filles, l'université était choisie, c'était celle où étudiaient Kaito, Meiko, Luka, Gakupo et Lily. SeeU avait en premier abord décidé de faire de même, mais il n'y avait pas de sous-section coréenne dans celui-ci. Elle avait dû, à son grand regret, ainsi que Piko, se rabattre sur l'autre, où étudiaient par exemple Bruno et Clara, Sweet Ann, Big Al, Kiyoteru, Sonika, Prima… puisqu'elle privilégiait les langues.

On était donc en décembre, il faisait froid et Noël allait bientôt être là, mais surtout c'était les résultats des exams et les révisions pour le début d'année qui occupaient les esprits. Luka avait accepté d'aider les trois filles, tandis que Gakupo se chargeait de SeeU et Piko. D'après ce qu'elle avait entendu de par son ami, les deux jeunes lui rendaient la vie impossible. Elle fit un check rapide de son portable et soupira en voyant la tonne de SMS que lui avaient envoyé ses amis et ses patrons. Miku leva un regard interrogateur, ce à quoi Luka répondit par un petit sourire. Les deux jeunes femmes étaient devenues très proches ces cinq derniers mois… Luka savait maintenant contrôler ses battements de cœur par une série de respirations, savait refouler la tristesse et la colère, et surtout, sa douleur. C'était une vraie souffrance que de marcher aux côtés de celle qu'elle aimait, mais également un véritable bonheur, comme la permission de vivre un jour de plus. Evidemment, elle se posait beaucoup de questions, plus sur ses sentiments, mais sur ceux de Miku. La jeune fille était très tactile, se permettait de lui toucher les bras, les épaules, l'enlaçait souvent, enfonçait sa tête dans ses omoplates… des tortures supplémentaires pour Luka qui se demandait pourquoi elle faisait ça. Et qui après se rappelait que la Miku-chat faisait exactement pareil.

Un couinement de joie émis par Miki la tira subitement de ses pensées.

-Regardez ! Il neige !

-Ouah, sérieux ?

Miki et Miku se précipitèrent à la fenêtre en poussant des petits cris de joie.

-Ca alors, y a plus de 20 centimètres !

Luka soupira, un léger sourire, tandis que Gumi assistait à la scène d'un regard totalement désintéressé, le menton au creux de la main. Luka laissa griller un instant ses jambes sous le kotatsu avant d'intervenir.

-Mesdemoiselles, je sais que c'est la première neige de Noël, mais les révisions sont tout de même importantes !

-Oh, Luka, on révise depuis des heures ! J'ai la tête qui va exploser ! pleurnicha Miku. De plus, on a déjà passé les exams de l'université où on veut aller !

-C'est vrai, Luka- j'ai l'impression de voir des kanji partout sur le mur… renchérit Miki d'un ton plaidant.

-Je suis d'accord avec elle, on ne pourrait pas faire une petite pause ? ajouta Gumi.

Luka poussa un énième soupir avant de déclarer.

-Habillez-vous chaudement, c'est bataille de boules de neige !


Deux heures plus tard, avec la nuit qui tombait, le chauffeur de Miki et Gumi se gara devant le bâtiment. Les quatre amies, exténuées et trempées, se dirent au revoir, laissant Luka seule avec Miku.

-Tu veux dormir chez moi, Luka ?

-Oh, euh… Je ne préfère pas, ton père…

-…dira oui. Il t'adore.

-Moi aussi, j'aime bien Tasuku-san, mais…

-Allez quoi ! Ca me ferait tellement plaisir !

-Je crois me rappeler qu'on avait dit « une requête par jour » ?

Une chose avec les deux jeunes femmes : Miku, qui demandait constamment des trucs à Luka, s'était pliée au plan établi par celle-ci. Seulement une requête par jour.

-M…mais…

-La neige ? Faire une pause ? Ca ne te dit rien, hm ?

Miku ne répondit pas, la tête de Chat Potté collée sur le visage.

Luka étira ses membres ankylosés en baillant. Il était tard, et son amie prenait sa douche. La jeune femme avait prévenu ses parents qu'elle serait chez Miku jusqu'au lendemain.

-Dis, dis, Luka, j'y pense, tu n'as jamais vu mon uniforme ? lui parvint la voix feutrée de Miku.

Luka sentit ses joues s'empourprer. Elle posa une main sur le nez, sentant qu'il picotait. L'eau dans la douche s'était arrêtée.

-Non, jamais… L'uniforme de Shibuya Sud, hein ?

La porte de la salle de bain s'ouvrit alors, montrant Miku dans un chandail qu'elle avait retroussé jusqu'aux coudes, avec un petit nœud noir et une jupe de la même couleur. Elle avait même mis des loose socks.

-Oh ! s'exclama Luka. Ca te va bien !

-N'est-ce-pas ? Gumi ne l'aime pas, elle dit que y a trop de peau exposée. Moi je trouve carrément qu'il n'y en a pas assez.

-Hm, c'est quand même limite…

-Elle dit ça, parce qu'elle et moi on va souvent dans les endroits en hauteur. J'adore ça.

Elle sourit et Luka dut commencer sa série de respirations pour calmer son cœur.

-Comme des chat. Sur le toit, ou sur l'antenne de la station de radio. On fait ça souvent avec Miki et SeeU. Du coup, au lycée, on nous appelle « Voca-Nyaa ». SeeU comme chef.

Luka stoppa son manège. Elle leva des yeux hésitants vers son amie.

-Vous avez réussi à rester amies ?

Le sourire de Miku s'évanouit. Elle hocha lentement la tête.

En fait, depuis quelques mois, SeeU s'éloignait de la personne qu'elle harcelait constamment. Cela peut-être était dû au fait qu'il y ait un homme chez sa camarade, mais également parce que Luka était souvent aux côtés de Miku. Au grand dam de Rin. Elle désespérait de voir Luka aussi indécise.

Miku se déshabilla et se mit en pyjama tout en fredonnant l'air de Nibyoukan, une chanson de Gumi. Elle se vautra sur le futon et toussota puisqu'elle était atterrie sur le ventre. Et ça faisait mal. Luka éclata de rire et frotta le dos de Miku qui se vengea en faisant des chatouilles. Cela finit en batailles de polochons et toutes deux, extenuées, s'allongèrent, leurs têtes côte-à-côte. Miku, pensive, leva les deux bras et remonta ses manches.

-Il faudra que je pense à me raser les bras, dit-elle. Mais j'ai jeté mon rasoir. Et l'épilation par bandes me fait super mal…

-Moi je suis habituée.

-Hmmm… j'aurais dû commencer avec ça…

Elle soupira et se retourna sur le ventre, la tête enfouie dans le coussin.

-Au fait, je voulais t'offrir quelque chose.

-Un cadeau ? s'étonna Luka.

-Oui, attends que je le cherche…

Miku farfouilla un instant dans ses affaires et ressortit une petite boîte recouverte de papier doré. Luka, ravie, l'ouvrit et découvrit…

-Un pendentif ?

-Oui, tu le trouves joli ?

C'était une aile de papillon, rose et argent. Elle était magnifique.

-C'est superbe… souffla Luka.

-C'est une… une référence à Magnet. J'en ai une moi aussi.

Elle lui indiqua son cou. Sur celui-ci pendait le même pendentif, bleu, cette fois.

-Merci, Miku… Ca me touche… souffla Luka. Mais pourquoi ?

-Parce que tu m'aides le plus possible… C'est pour te remercier, mais ça ne suffit pas à t'expliquer ma gratitude. Répondit Miku en lui attachant le collier autour du cou.

-Les…les amis servent à ça… chuchota Luka, émue.

-Les amis, hein ? C'est vrai.

-Merci, Miku.

-Merci, Luka.


-Ne, ne, Luka.

-Quoi ?

-Tu penses quoi de Gakupo ? Il t'aime bien…

Luka resta un instant silencieuse, fixant le plafond, en train de triturer son collier, le cœur douloureux dans la poitrine.

-Hm, avec Kai aussi qui me tourne autour, mais « juste comme ça », et 'Kupo qui est jaloux à mort…

Miku fredonnait maintenant « Aimai Elegy ».

-Kai-nii te tourne autour ?

-Ouais. Mais c'est pour oublier Meiko, tu comprends…

-Hm. Et 'Kupo ?

-Un jour, il m'a dit … « Tu leur plais, à tout le monde, tu leur plais, même aux filles ! Ca me rend dingue. Je déteste ces chacals, baveux, lubriques, qui sont là juste à te mater pour ta poitrine. Moi j'ai envie de t'aimer, pas pour ton corps… »

-C'est mignon, murmura Miku. Pourquoi tu-

-Simplement parce que je suis déjà amoureuse, Miku, répondit Luka d'une voix enrouée.

Miku ne réagit pas tout de suite.

-Je peux savoir qui c'est ? demanda-t-elle d'une voix malicieuse qui peinait à masquer la douleur.

-Une personne…

-Ah ha, très drôle, ricana Miku sarcastiquement. Sérieusement ?

-Une personne… juste en face de moi. Murmura Luka en tournant la tête.

Silence.

-Juste. En. Face. De moi. Répéta-t-elle.


Le lendemain matin, quand Luka se réveilla, Miku n'était pas dans sa chambre.

Ni dans l'appartement.

Ni dans la ville.

Introuvable.


21 décembre

Rin tourna la poignée de la porte, les sourcils joints. Elle entra dans la pièce et ressentit tout de suite la musique, qui ondulait dans l'air comme des serpents argentés. Luka était debout, les yeux aussi glacés que le jour où elle était arrivée, en tenue officielle, sa guitare électrique dans les mains. Elle était très intimidante. SeeU était à ses côtés, une jambe sur la table, en train de consulter un livre constellé de notes de musique. Des partitions. Derrière elles se dressaient une batterie et deux basses, qui faisaient partie de la collection des musiciens. Elle tenta de sourire péniblement, mais son rictus s'évanouit bien vite en apercevant le regard perçant de Luka. Elle déglutit. Luka ne lui accordât plus le moindre regard et se contenta de gratter les premières notes d'« I saw what I saw ». SeeU se saisit à toute vitesse d'une des basses, et sans même vérifier qu'elle soit accordée, accompagna la plus âgée. Rin soupira et laissa glisser ses fesses le long du mur. Soudain, un accord plus fort que les autres se transforma en tonnerre, transformé par l'écho de l'ampli. Luka se mit à s'acharner dessus, assourdissant les deux autres jeunes filles. Elle défit la ceinture et empoigna alors le manche à deux mains pour l'écraser sur le sol à grands fracas. Rin sursauta et tenta de contenir Luka qui frappait le sol de la guitare avec rage, jusqu'à ce qu'un simple morceau de bois ne tienne plus que dans sa main droite et qu'un grésillement suraigu régnât dans la pièce insonorisée. SeeU émit un claquement de langue et défit la ceinture de la basse.

-Tu me dois une Stratocaster, Luka.

-Mets-la là où je pense.

Elle rit alors d'un gloussement effrayant et tourna les talons.


Luka parcourait la ville d'un air mauvais, le cœur douloureusement serré. Où était-elle ? Pour le moment, elle n'avait pas prévenu son père, ni ses patrons, que Miku avait disparu. Elle patrouillait donc les environs, grâce à une voiture nouvellement acquise. Il faisait froid, la neige se déposait par terre en petits paquets sales, foulés par les pieds des gens pressés. Miku n'était sûrement pas ici… Elle se gara quelque part où personne ne ferait attention à elle et posa son front sur le volant, gonflant sa poitrine de longs soupirs. Elle n'arrivait pas à garder son sang-froid. Ce matin, elle avait carrément détruit une guitare, dégoûtée par son soi-même. Hier, elle avait fait une quasi-confession à Miku… mais son amie n'avait rien capté du sous-entendu. Alors… Luka avait un peu perdu les pédales.


Elle l'avait agrippée par les épaules, l'air suppliant.

-J'ai besoin que tu me dises ce que tu penses réellement de moi, Miku…

Miku se désespérait à éviter son regard, des larmes perlant au coin de ses yeux. Ca lui faisait tellement mal… avait-elle compris ? Que Luka l'aimait ? Est-ce que cela la dégoutait ?

-Luka…lâche-moi, s'il-te-plaît.

L'intéressée écarquilla les yeux et se rendit compte que ses doigts s'enfonçaient dans le tissu du pyjama de Miku.

-Deux amies n'ont pas à faire ça, murmura Miku en s'éloignant.

Et le cœur de Luka, à ce moment-là, sembla se briser en mille morceaux.


Elle sentit les larmes lui monter aux yeux, et les refoula tant bien que mal. Sa gorge était trop serrée pour qu'elle puisse répondre au téléphone. Elle renifla et s'essuya le nez avec sa manche. La jeune femme enclencha le contact et se mit à rouler vers chez elle.

Le bilan de la journée était négatif.


22 décembre

La première pensée qu'elle eut en se lavant, était que Miku, Gumi, Miki, Piko et SeeU devait se rendre aux portes ouvertes de leurs universités pour voir leur nom affiché sur la liste des reçus au concours d'entrée. Son cœur se mit à battre quand elle se rappela qu'elle devait y aller avec Miku. Forte de cette pensée, elle s'habilla en hâte et s'empara de ses clés de voiture.

Il était 14 heures, et dans une heure, les résultats commenceraient à s'afficher. Elle s'arrêta et se mit à réfléchir plus posément. Où pouvait-elle être ? Où, bon sang ? Luka songeait sérieusement à appeler la police, qu'elle soit une star ou pas. Et son mal de crâne qui ne s'arrangeait pas… Elle savait qu'elle le regretterait, mais il lui fallait un peu d'alcool. Une bière, ou du saké.

Du saké… Hm, ça lui rappelait quand Miku était montée sur le toit avec une bouteille d'alcool…

Le toit… la hauteur… « Je vais souvent dans les endroits en hauteur. J'adore ça. Comme un chat… »

Luka écarquilla les yeux tandis que son cœur tambourinait dans sa poitrine. Elle consulta d'un œil tremblotant le GPS et fonça en direction de l'endroit le plus haut de la ville.


-Miku ?

Assise sur une grosse dalle, Miku était dos à Luka, ses longues tresses se déployant jusqu'au sol. Elle fixait l'antenne de la radio qui bourdonnait. Grâce à sa notoriété, Luka était entrée dans le bâtiment très simplement.

-Miku, c'est bien toi ?

-Je ne suis pas très sûre…

Miku tourna alors la tête, et Luka aperçut ce qu'elle avait vu il y avait longtemps.

Les oreilles de chat et la queue.

Les crocs dépassant de la bouche.

Les yeux perçants du bakeneko.

Luka hoqueta.

Seigneur, cela recommençait.


-Tu n'as pas froid ? s'enquit Luka.

-Absolument pas. Je meurs même de chaud.

Rin fronça les sourcils. Ce n'était pas normal. Luka venait de la ramener en voiture sans allumer le chauffage…

-Luka, ça m'inquiète quand même. Normalement, le charme était rompu, que c'est-il passé ?

-Comme si je connaissais la réponse ! gémit la jeune femme.

Rin feuilleta le livre. Elle passa ses mains dans ses cheveux, signe qu'elle était larguée. Luka serra si fort la main de Miku que son amie émit une petite plainte.

-Le Tanabata.

Luka releva la tête.

-Quoi ?

-Lors du Tanabata, le père de Miku est revenu, n'est-ce-pas ?

-Oui, mais ?

Toute pression qui s'échappe entraîne forcément de nouveaux états » Le charme n'était pas entièrement rompu, car Miku à commencé à penser différemment ! Elle a trouvé un autre but dans sa vie !

-Pardon ?

-Je suis prête à parier que ce qu'elle voulait, était d'avoir une vie familiale rangée et pouvoir…(Rin sourit) et que toi tu puisses l'embrasser.

Luka rougit furieusement et darda un regard gêné vers Miku, qui le lui rendit.

-Mais ses vœux ont été exaucés, elle en a trouvés d'autres… et je pense que les gênes du bakeneko se sont réveillés en même temps.

-Ton explication est quand même tirée par les cheveux…

-Dans ce cas, Luka, siffla Rin, agacée, tu n'as qu'à trouver quelque chose de mieux. Et pendant que tu y es, dis-lui tes véritables sentim-

-D'accord, d'accord ! J'ai compris ! coupa Luka complètement rouge. Mais compte là-dessus et boit de l'eau fraîche, je ne suis pas prête, pas du tout et-

-Abrège, Megurine. Interrompit sèchement Rin, copiant une phrase de Luka.

Luka sourit, tant bien que mal, tandis que ses sourcils restaient froncés.

-Il faut donc recommencer l'exorcisation.

Luka resta en suspens et ses joues se colorèrent de rouge.

-Non ! Je ne veux pas ! La dernière fois, elle a failli y rester !

-C'est vrai…

-De quoi vous parlez ?

-De plus, ajouta Luka en ignorant Miku, tu ne devais pas être là à attendre les résultats de ton concours ?

-Je les ai reçus par SMS, répondit Rin en montrant son téléphone. Je suis reçue, mais je ne sais pas pour Len.

Luka maugréa.

-Voyons voir le livre, chuchota Rin plus pour elle-même.

Miku se servit une autre tasse de thé.

-Voilà. Eh bien, c'est la même chose que la dernière fois, sauf que le kekkai doit être le plus puissant possible-

-Le kekkai ?

-Une barrière. Tu te rappelles, quand j'ai planté les piquets autour d'elle ?

-Oui, ça faisait même un mur invisible…

-C'était un kekkai altéré. Normalement, on ne voit pas ce qui se passe à l'intérieur…et les gens à l'extérieur peuvent passer à travers sans que cela ne fasse quoi que ce soit, sauf une activité spirituelle élevée. Quand on a exorcisé Miku, on ne pouvait pas s'approcher du kekkai sans être repoussé par une sorte de vent…

-Pourquoi, d'ailleurs ?

-Je crois que c'était parce que les quatre points du kekkai étaient des branches de parasol, répondit Rin en souriant. Un objet qui possède une énergie spirituelle marcherait aussi…

-Comme quoi ?

-Quelque chose que tu chéris, ou avec lequel tu as eu beaucoup d'émotions. Même un taille-crayon fait l'affaire… Mais on va faire à kekkai à six branches.

-En fait, peu importe la taille, du moment qu'il y a plein de sentiments ?

-C'est ça.

-Hmm…

-Je vais chercher trois objets, à toi de trouver les autres, d'accord ?

-Je sais déjà quoi mettre.


Quarante-cinq minutes plus tard, Luka et Miku revinrent sur le toit des Kagamine, avec un sac contenant les débris d'une Stratocaster. Rin leva un sourcil mais ne dit rien : cette guitare en morceaux symbolisait l'inquiétude et la colère de Luka vis-à-vis de Miku.

-Où sont les autres objets ?

Miku et Luka firent glisser leurs colliers en ailes de papillons et les déposèrent dans la main de Rin, puis une photo de famille. On reconnaissait aisément le père de Miku, une femme avec de longs cheveux verts clairs, et une petite fille qui ressemblait beaucoup à Miku. Elle les posa sur le sol, en formant un angle parfait, avant de sortir de son sac en bandoulière une grosse robe. Luka la reconnut immédiatement : c'était celle d'« Aku no Musume » elle déposa ensuite une orange et refusa de dire pourquoi. Puis, elle sortit le maneki-neko et indiqua l'hexagone autour du grand H d'Héliport d'un mouvement de bras.

L'air devint subitement froid. Miku frissonna et poussa quelques glapissements quand Rin l'aspergea d'eau.

-Elle est bien plus docile qu'auparavant…

-Peut-être parce que ton explication est complètement pétée ? rétorqua Luka en croisant les bras.

Rin lui jeta un regard noir.

-Ferme-là et suis les instructions. C'est moi l'exorciste ici.

-Hum ! Et quel exorciste ! Une gamine de quinze ans !

-Cette gamine de quinze ans, comme tu dis, elle est star de la chanson ! Plus important, elle a sauvé la vie de ta petite amie il y a exactement un an !

Luka ouvrit la bouche pour répliquer, la referma, puis baissa les yeux.

-Pardonne-moi, Rin. C'était…sous le coup de la colère…

-C'est bon, soupira Rin. Je comprends que tu sois à cran… Mais que ça ne se reproduise plus !

Elle détourna alors les yeux et commença les prières bouddhiques.

Miku entra dans le kekkai d'un pas hésitant. Aussitôt, sa fourrure se hérissa.

-Rentre dans le kekkai avec elle ! s'écria Rin.

-Pardon ?

-Vite !

Elle ne se le fit pas dire deux fois. Aussitôt entrée, elle fut happée, attirée par le ciel. Luka tenta de sortir une main de la barrière, mais sa main se heurtait à un solide mur. Devant elle, Miku gardait les yeux grands ouverts, la fente d'acier se dessinant, intimidante. Luka sentit son cœur s'arrêter. Rin lui hurlait quelque chose, mais, comme assourdi par le vent, ses instructions parvenaient calfeutrées. Luka tendit l'oreille et entendit péniblement « Prends-lui les mains ! »

Difficile à faire. Miku feulait, ses cheveux s'agitant dans tous les sens. Des nuages noirs s'amoncelaient dans le ciel. Luka checka sa montre : les chiffres s'affolaient et repartaient à zéro, avant d'afficher 88 :88. De longues tâches noirâtres s'étiolaient sur la peau de Miku. Elle prit son courage à deux mains et agrippa fermement les mains de celle qu'elle aimait. L'hybride sembla se détendre un peu. Elle entendit Rin éclater de rire tandis qu'elle continuait son manège.

Le ciel continuait à devenir d'un noir inquiétant. Elle sentit une chaleur étrange émaner des côtés, précédés de longs flashs aveuglants. Ses cheveux eux-mêmes commencèrent à se faire souffler par un vent qu'elle ressentait, dur, étouffant. Le souffle coupé, elle tenta de plonger ses yeux dans ceux de Miku. Des larmes lui vinrent automatiquement aux yeux. Mue par un quelconque instant, elle attira Miku près d'elle le plus possible. L'hybride cherchait désespérément quelque chose pour s'accrocher, et tira donc sur les vêtements de Luka, sur sa veste, son haut. Luka pouvait sentir des griffes lui écorcher le dos, mais elle serra les dents et continua à regarder Miku dans ses yeux brûlants, la faisant se baisser. Miku tomba à genoux et se mit à hurler pour de bon. L'air ondulait autour d'elles. Rin s'exclamait que ça marchait.

Mais Luka s'inquiétait.

Soudain, la machine qui semblait pourtant si bien huilée s'enraya. Miku s'effondra au sol, à la stupeur de Luka qui eut le réflexe de la rattraper avant que son dos ne s'écrase par terre. Tout était d'un blanc aveuglant.

Et Luka ressentit cet air de déjà-vu. Miku hoquetait, cherchait de l'air, les yeux emplis de larmes, ses oreilles et sa queue avaient disparu. Elle lui caressa le front, chercha à la rassurer. Luka entendit Rin hurler quelque chose, mais ses oreilles sifflaient et altéraient son ouïe.

-Luka… parvint à articuler Miku.

Elle s'étrangla et toussa, une substance noirâtre s'échappant de sa bouche.

-Vite ! Le kekkai est rompu ! Grouille !

Luka se saisit à toute vitesse du seau d'eau et lui fit boire une grande gorgée. Miku en profita pour se nettoyer la bouche et recracher la chose obscure qui lui obstruait la gorge. Luka entrelaça alors ses doigts avec ceux de Miku.

-Miku, ça va, tu es sûre ?

L'hybride tenta de hocher la tête, mais un torrent de larmes s'écoula de ses yeux, toujours à la fente glaciale.

-Luka, je… je… croassa-t-elle tant bien que mal.

-Shh, ne parle pas. Tu vas te blesser, murmura Luka en lui massant la gorge.

-Non… Je…

-Luka ! hurla Rin. Je ne peux pas entrer ! Dépêche-toi !

Le soleil apparut derrière les nuages mais fut soudainement caché par une fumée noire qui s'échappait du maneki-neko. Luka serra Miku le plus fortement possible et entendit Miku lui murmurer…

« Je t'aime… »


-ALLEZ COURREZ ! C'EST DE VOTRE FAUTE MAINTENANT ! GROUILLEZ VOUS !

-Rin, attends ! Miku vient de tomber ! hurla Len à sa sœur, qui était loin devant lui.

-ON A PAS LE TEMPS, LAISSEZ-LA SUR LE CHEMIN !

-Mais t'es dingue ! rugit Luka.

Elle courut alors ramasser Miku et la porta sur le dos. Elle était complètement ailleurs de toute façon. Puis, s'assurant qu'elle était bien installée, elle se mit à cavaler et dépassa même Rin.

-Ohé ! hurla SeeU de là où elle était. Où étiez-vous passés ! On est restés sous la flotte pendant deux heures rien que pour vous !

Une voiture klaxonna. Dedans y étaient vautrés Meiko, Kaito, Gakupo et Lily. Len vint à leur rencontre. Gumi rejoignit Luka, suivie de Miki.

-Les résultats se sont affichés, mais on a voulu attendre Miku. Qu'est-ce qu'elle a ? demanda Gumi inquiète.

-Rien. Juste un peu patraque, elle vient de rester sous un orage terrible, rassura Luka en souriant.

-Vous êtes restés sous l'orage ? s'étonna Miki.

Miku descendit du dos de Luka, se frotta les yeux et sourit. Elle replaça une mèche de cheveux derrière son oreille et réajusta son collier en aile de papillon, avant d'épousseter ses habits. Elle prit la main de Gumi et Luka.

-On va voir ?

-Vas-y avec elle, Miku. Je vous attends ici.

Miku hocha la tête et se fraya un chemin parmi la foule qui ne faisait pas attention aux idoles dissimulées derrière elles. Luka se frotta les cheveux et alla rejoindre ses amis. SeeU et Piko mangeaient avec Len des Pocky.

-Vous êtes reçus, alors ?

SeeU et Piko hochèrent la tête. Luka s'adossa à la voiture. Gakupo posa une main sur sa hanche par la fenêtre. Elle le pinça.

-Luka, ça va ? Tu sembles… heureuse…Radieuse…

-Je le suis, rit Luka, les joues se teintant de rose.

Cinq minutes plus tard, Gumi revint, un sourire suffisant sur les lèvres.

-Je passe. Mention correcte.

Lily éclata de rire et lui frotta la tête. Arriva alors Miki.

-Je suis reçue. Mention excellent. Dit-elle, rayonnante.

Tous vinrent la serrer dans leurs bras. Mais Miku ne revenait toujours pas. Rin jeta un coup d'œil par-dessus la foule en montant sur le toit de la voiture. Elle ne voyait toujours pas les cheveux cyans de Miku et Luka commença à s'inquiéter.

-Elle n'est peut-être pas reçue, et du coup elle est dans un coin à pleurer ?

-Arrête, c'est pas marrant…marmonna Kaito.

-De plus, elle a énormément travaillé et-

-La ferme, elle arrive.

Effectivement, Miku venait, ses cheveux et son manteau volant au gré du vent. Elle prit garde à ne pas glisser et s'avança vers ses amis. Elle se stoppa net, les mains sur les hanches, le regard qui portait loin.

-J'y suis. Mention bien.


Luka ferma les yeux, un sourire aux lèvres. La tête lui tournait un peu, mais elle considérait que c'était le bonheur. Depuis le balcon de son appartement, elle voyait ses amis s'amuser dans la neige, dans le noir du soir, Miku bombardant SeeU de boules de neige en éclatant de rire. Luka lui adressa un signe et commença à s'habiller chaudement pour sortir. Elle dévala les escaliers et trébucha au premier pas dans la neige. Miku et Lily coururent à son secours.

-Merci, dit-elle en se relevant. Lily, tu peux nous laisser seules, deux minutes ?

-Hm, ok, j'ai compris, soupira Lily en s'éloignant.

Elle lui envoya discrètement un clin d'œil. Luka rougit et prit fermement Miku par les épaules.

Elle voulait lui dire…Ses sentiments, il fallait les transmettre. En plus, elle savait de quelle manière ils seraient accueillis.

Elle déposa avec douceur un baiser sur les lèvres de Miku. Surprise, Miku éloigna son visage et regarda Luka dans le plus profond des yeux.

-Je… Miku, je t'aime. Je t'aime.

Miku resta un instant comme ça, les yeux écarquillés. Elle se pinça la joue et murmura « Ca alors, ce n'est pas un rêve… »

-Non, Miku, c'est vrai. J'ai essayé de t'en parler l'autre jour, mais… Oh, on s'en fout. Miku, je t'aime. Vraiment.

Elle essuya les larmes qui coulaient maintenant des yeux de Miku et lui embrassa le front. Miku lui prit les mains.

-Moi aussi, Luka. Je t'aime. Depuis longtemps.

Luka sourit alors et l'embrassa plus profondément, avec passion. Elle s'éloigna à grands regrets et la serra dans ses bras. Rin les guettaient du coin de l'œil. Luka lui tira la langue.

-On a perdu beaucoup de temps, hein ? chuchota Miku à l'oreille de Luka.

-Oui, mais maintenant on a tout le temps qu'il nous faut.


FIN