Voilà la suite :-) Il y a de gros risques que cette fic passe finalement vers le ratong M (mais ce sera que pour un ou deux chapitres avec un avertissement au début pour ceux qui voudraient éviter ça)

Et j'ai corrige l'ENORME faute de mon résumé (honteuse de pas l'avoir vue avant huhu)

Bonne lecture!

3. Froid

Janvier arriva bien plus tôt que Crowley ne le réalisa. Avec lui, les premiers flocons de neige qui sublimaient les arbres dénués de leurs feuilles. Les fêtes de Noel et Nouvel An s'étaient passées sans son intervention, il n'avait pas la tête à jouer le Grinch cette année. Après son repas du soir – car oui, il avait maintenant opté pour une routine à des heures bien déterminées – il se rendit en direction de St James Park, déjà plongé dans le noir.

La neige tombait régulièrement sur la capitale londonienne depuis maintenant 3 jours, il avait d'ailleurs été obligé de transformer les pneus de sa chère Bentley pour pouvoir rouler aussi vite que par temps non glissant. Il avait entendu les humains qualifier cet hiver comme étant « un des plus froid de ces 20 dernières années ».

C'est pourtant à pied qu'il parcourut la distance délimitant le parc de son appartement. Les rues étaient presque désertes – probablement à cause de la température qui affichait des chiffres négatifs - et seul le bruit étouffé de ses pas sur dans la neige laissait supposer un signe de vie.

Quelques lampadaires éclairaient faiblement les bancs du parc avec lesquels il avait vieilli (enfin, pas réellement puisqu'en tant que démon, il ne prenait pas d'âge) mais ça ne suffit pas à lui faire retirer ses lunettes noires.

Malgré l'eau gelée de l'étang, des dizaines de canards avaient pris place le long des berges, caquetant lors de son passage à une distance pourtant raisonnable d'eux. Il se retint de leur foutre la trouille, amusé par l'idée de les voir déguerpir à toute vitesse en glissant sur la couche de glace. Le chaos avait le mérite de le distraire en ces temps tourmentés.

Au fur et à mesure de sa ballade, il pouvait sentir son corps se contracter. Car comme Crowley était un démon aimant prendre la forme d'un serpent, le froid glissait sur sa peau comme les pattes des canards sur la glace. Il n'avait pas pris la peine d'enfiler une tenue chaude et n'importe quel humain le croisant sur les sentiers l'aurait pris pour un fou.

L'esprit errant, Crowley s'assit sur le prochain banc qu'il croisa sur sa route. Il n'y avait pas grand-chose pour le distraire, à cette heure, mais son imagination ferait très bien l'affaire.

Il frissonna.

- « Pas ça, tout de même… » murmura-t-il pour lui-même.

Il leva les yeux au ciel, ayant l'étrange sensation d'être observé. Peut-être était-ce le Tout-Puissant qui jouait avec lui ? Peut-être que le fait de tomber en Enfer n'était pas une punition suffisante, peut-être que tomber avec les humains lui paraissait plus juste ?

Il replia ses bras autour de sa poitrine, dans l'espoir de se réchauffer un peu. Les sons étouffés par la neige lui laissaient une étrange sensation de solitude, lui qui avait l'habitude d'être en compagnie dans la majorité de ses visites au parc. Aziraphale… Cela faisait des mois qu'il était resté sans nouvelles de lui.

Leur dernière interaction ne s'était pas terminée comme il l'aurait souhaité et se sentait encore trop vulnérable pour tenter de reprendre contact avec son ami. D'un autre côté, il n'avait lui-même eu aucun signe de l'ange.

Il soupira, intrigué par la vapeur blanchâtre que formait son souffle à la sortie de sa bouche. Alors que le froid commençait doucement à paralyser chacun de ses membres, il se laissa aller à quelques tremblements, incapable de lutter plus. Il en venait presque à regretter la chaleur des Enfers.

- « Tu ne m'auras pas ! » cria-t-il vers le ciel. « Je ne rentrerai pas et je gèlerai ici s'il le faut mais tu ne me contrôleras pas ! »

Là, il aurait réellement été pris pour un fou. Il bougea ses doigts pour tenter de remettre un peu sa circulation sanguine en route. La sensation de froid ne lui était pas réellement inconnue. Il l'avait déjà testée avant de se rendre compte qu'il était horriblement désagréable de rester constamment contracté. C'est à partir de là qu'il avait décidé de ne plus jamais avoir froid, du moins jusqu'à ce moment bien précis où il ne contrôlait plus rien.

Le démon ferma les yeux. Ce n'était probablement pas une bonne idée de s'endormir dans ces conditions (il savait que les vrais humains pouvaient mourir d'hypothermie) mais il se sentait d'humeur à tester celui, là-haut ou en bas, qui le mettait à l'épreuve.

Les minutes défilaient et rien ne se passait, hormis peut-être ses orteils qui avaient perdu toute sensibilité. Il ne tentait plus de retenir ses tremblements et était ravi de se situer dans un coin assez sombre du parc pour n'être remarqué par personne.

- « Qu'est-ce que je suis supposé faire… », souffla-t-il entre ses dents.

Chacune de ses inspirations lui brûlait la gorge, engourdissant ses poumons.

Soudain, alors que son corps atteignait ses dernières limites en lutte contre le froid, l'atmosphère se réchauffa autour du banc. Une vague d'espoir naquit en lui avant qu'il ne se rende compte que ses capacités célestes n'étaient pas revenues. Elles étaient l'œuvre de quelqu'un d'autre, de quelqu'un maintenant assis à côté de lui.

- « Que fais-tu ici ? » demanda-t-il peut-être un peu plus agressivement qu'il ne l'aurait voulu.

- « Je suis désolé mais je ne peux pas… te regarder avoir froid de la sorte. »

La seconde d'après, Aziraphale passait un de ses bras au-dessus de sa tête pour déposer une couverture aux motifs écossais sur ses épaules crispées par le froid.

Crowley rechigna et détourna le regard de son ami, l'air acariâtre.

- « Depuis quand tu m'espionnes ? »

- « Je ne ferai jamais ça ! »

- « Evidemment. Donc tu passais ici et tu m'as rencontré par un miraculeux hasard ? Tu as remarqué que j'avais froid et toujours comme par hasard, tu avais avec toi une couverture que tu as décidé de me donner, bon ange que tu es ? » ironisa Crowley en se concentrant pour ne pas claquer des dents en parlant. Malgré la couverture et la chaleur apportée par Aziraphale, le froid était toujours assez piquant pour l'atteindre.

- « Tu ne me croirais pas si je t'expliquais, de toute façon… »

- « C'est un risque à prendre. »

Aziraphale soupira et se rapprocha un peu plus de lui, jusqu'à ce que son bras touche le sien. La seconde d'après, le démon entendit le bruit d'une aile fendant l'air et sentit un poids supplémentaire se poser sur ses épaules. Il retroussa ses lèvres, tel un fauve menaçant, en remarquant qu'il était presque totalement enveloppé par l'aile blanche de l'ange.

- « Je l'ai senti », répondit finalement Aziraphale.

- « Senti ? »

- « Que tu étais… dans la détresse. » Il avait choisi ses mots avec prudence. « Tu sais que je suis sensible à ce genre de… situation. »

- « Envers les humains, » répliqua Crowley. « Pas envers moi. Et je ne suis pas dans la détresse ! J'allais même très bien jusqu'à ce que tu débarques avec tes tours ridicules !» Il arracha la couverture de ses épaules et la balança dans la neige.

- « Tu vois Crowley, j'aurais toujours du mal à comprendre ce genre de réaction ! Quand toi tu décides de m'aider, et Dieu sait le nombre de fois où c'est arrivé, tu peux faire ce dont tu as envie, sans une seule protestation de ma part ! Mais dès que j'ose te prêter main forte pour une situation que tu ne contrôles plus, c'est comme si je te forçais à bénir une nonne ! Je vais te dire quel est ton problème, c'est ton fout… (il se reprit) fichu orgueil ! Maintenant cesse de faire l'enfant et laisse-moi te réchauffer avant d'être transformé en statue. »

Toujours les bras croisés, le démon se contenta d'imiter grotesquement son ami en train de parler, répétant d'une voie aigue « fichu orgueil ». Ce fut malheureusement sans effet sur Aziraphale et son éternelle patience. Comme réponse à ses moqueries, l'ange comprima un peu plus son aile contre lui.

Crowley devait admettre que cette tactique était beaucoup plus efficace que la couverture (qui s'était d'ailleurs volatilisée à ses pieds). La seule présence de son ami avait suffi à réchauffer l'atmosphère mais l'effet coupe-froid qu'avait ses plumes était tout simplement… divin.

Ils restèrent silencieux, le blond complètement détendu, les doigts joints sur son ventre d'un air serein, le brun, toujours un peu crispé, les bras entourant son torse.

A quelques mètres d'eux, un jeune couple interrompit le silence avec des bruits de rire et de gloussement, typiquement le genre de chose qui avait le don d'horripiler Crowley. Il se redressa sur son banc, aux aguets pour pouvoir intervenir et rompre cet agréable moment, malgré le regard en coin désapprobateur de son ami.

Le jeune homme semblait tenir un gobelet de liquide chaud (au vu de la vapeur qui s'en dégageait) tandis que la jeune fille lui tenait affectueusement le bras, riant à chaque son sortant de sa bouche. Malgré leur jeune âge, ils avaient l'air épanouis.

- « N'y pense même pas », murmura Aziraphale en les observant passer avec un sourire.

- « Aller, juste un petit… »

- « Hors de question… »

Crowley camoufla son sourire machiavélique en claquant des doigts. Presque instantanément, le garçon glissa sur une plaque de glace « mystérieusement apparue », entrainant sa copine avec. Le contenu rouge du gobelet se répandit entièrement sur son manteau gris clair, tandis que les deux poussaient un cri de stupeur.

Aziraphale lança un regard consterné vers le démon qui pouffait de rire en regardant le résultat de sa malice.

- « Ce n'est pas drôle, ils auraient pu se faire très mal ! » le réprimanda Aziraphale sans pour autant intervenir.

Crowley haussa les épaules d'un air faussement désolé, tandis que – plutôt que de se relever directement – les deux jeunes entreprirent une séance de roulage de pelle, leurs vêtements recouverts de vin et de neige.

- « Dégoutant », grimaça-t-il.

- « Je pensais que les démons prônaient la luxure ? »

- « Ce n'est pas de la luxure ça, Aziraphale, c'est de l'amour. »

- « Tu arrives à distinguer les deux maintenant ? » le taquina l'ange.

- « Possible… Dans les deux cas, je n'ai jamais compris ce qu'il pouvait y avoir de plaisant à vouloir poser sa bouche sur une autre bouche comme preuve d'affection. Et encore moins d'y fourrer la langue », il passa la sienne, fourchue, en sifflant pour illustrer ses propos.

En riant, Aziraphale effleura par accident son visage avec l'une de ses plumes. La texture douce et duveteuse fit frissonner Crowley par surprise.

- « Oups, désolé. »

- « Pas un problème », grommela-t-il.

- « Pour en revenir à nos amis, même si tu trouves ça dégoutant, au moins ça les rend heureux, je peux clairement le sentir », reprit Aziraphale en les regardant s'éloigner d'un air songeur.

- « Boarf, nous sommes heureux et pourtant nous n'avons pas besoin de tout ça… »

Crowley avait repris un air décontracté, ne ressentant presque plus le froid. Lorsqu'il se tourna vers Aziraphale, ce fut pour tomber dans son regard bleu et… attendri.

- « Quoi ? »

- « Rien. Je suis heureux que tu sois heureux… avec moi. »

- « Ce n'est pas ce que j'ai dit ! »

- « Peut-être, mais je l'ai ressenti », sourit l'ange tandis que la lueur sur son visage semblait s'amplifier.

- « Non. »

- « Non n'est pas un argument, Crowley. »

- « Tu me fatigues, Aziraphale. »

- « C'est réciproque. »

- « Je vais d'ailleurs rentrer me coucher, pour oublier ces conneries. »

Le sourire toujours aux lèvres, Aziraphale se leva en même temps que son ami. Il était vrai qu'ils auraient pu facilement se téléporter jusqu'à l'appartement de Crowley. Il était aussi vrai que l'ange aurait pu directement prendre la direction de sa librairie. Mais il était surtout vrai que les deux êtres célestes préféraient encore profiter de la présence l'un de l'autre, pour quelques minutes de marche supplémentaires.

Ils n'avaient définitivement pas besoin de tout ça pour être heureux.

A suivre...