Hello population de l'internet ! Je vous ai fait attendre hein ? Pardon. Je vous remercie pour toutes vos charmantes reviews et j'espère que vous allez...comment ont dit déjà ? Kiffer votre race en lisant ce chapitre ! Remerciements à Maeva Cerise qui joue la bêta pour moi et qui assure comme un chef ! Grand merci à toi !
The times we had;
oh, when the wind would blow with rain and snow !
were not all bad;
we put our feet just where they had, had to go !
J'avais rendez-vous. Il m'était arrivé d'arranger une rencontre entre moi-même et cette raclure d'Anderson mais il y avait une raison à cela: l'Université. En ce qui concernait Watson, c'était autre chose. Il était mon premier rendez-vous amical, mon premier rendez-vous passionnel (car on ne pouvait décemment nommer différemment ma fixation sur sa personne), mon premier rendez-vous tout court en réalité. Je regardai pensivement mon reflet dans le miroir. Mon torse lisse, mes côtes apparentes et mes ersatz d'abdominaux. Le polo m'avait permis de gagner en masse musculaire mais le résultat n'était pas franchement époustouflant. Je pivotais d'un côté puis de l'autre, les yeux rivés sur mon corps. Je ne savais pas quoi en penser.
J'examinai les vêtements étalés sur le lit. Des chemises et des pantalons de costumes pour la plupart. Nous les avions achetés, mère et moi, lors de notre escapade à San Francisco, il y a des mois de cela. Ils provenaient tous de chez Wilkes Bashford et, bien que je ne sois pas un fanatique de mode, je savais reconnaître des vêtements bien coupés et les apprécier à leur juste valeur. J'enfilai un pantalon de costume noir de chez Roderick Charles, une chemise Saint Laurent en crêpe de soie noire puis hésitai longuement sur la veste la plus appropriée. Une veste de costume ferait peut-être trop bourgeois ou pire : trop habillé. Aussi, un blazer me paressait être une meilleure option. Je fouillais dans mon armoire et en sorti un blaser bleu nuit Ralph Lauren et un Brioni impeccablement noir. Le Lauren rendrait ma tenue moins morbide mais la coupe du Brioni était irréprochable. Je finis par enfiler le Brioni pour aller m'observer dans le miroir. Je ne savais toujours pas quoi penser. En outre, il me semblait être abominablement stressé.
Je tentai de plaquer mes cheveux en arrière au dessus du lavabo pour une raison obscure lorsqu'on frappa à la porte. Je pestai entre mes dents, glissai un linge sur mes épaules pour empêcher l'eau de goutter sur mon ensemble et allait ouvrir.
« La claaaassse ! Tu vas où comme ça ? »
C'était Hooper dans sa sempiternelle toge et son t-shirt prônant la paix planétaire. Elle entra sans que je ne l'y autorise et alla s'affaler sur l'un des fauteuils en cuir que m'avait offert Mycroft lors de mon entrée à l'université. Je fermai derrière elle avec un soupir.
« J'ai rendez-vous.
-Où ? S'enquit-elle tandis qu'elle se mettait tranquillement à rouler un joint.
-Pourquoi es-tu là ? » Demandai-je sèchement, essuyant nerveusement l'eau me coulant sur le front.
Pour toute réponse, Hooper désigna l'herbe étalée sur la table basse du doigt. Je levai les yeux au ciel.
« Si t'en veux pas, je m'en vais hein... Argua-t-elle, mimant de rassembler ses effets.
-Non, reste, d'accord ? J'en ai besoin. » Avouais-je, retournant à mon lavabo et à ma curieuse entreprise.
Derrière moi, la brune déclara :
« Tu peux pas faire ça, Sherlock.
-Faire quoi ?
-Te plaquer les cheveux en arrière avec de la flotte. Ça va pas tenir. »
Je me redressai, veillant à tenir mes cheveux dans mon linge alors que je me retournai pour l'observer.
« Je fais comment alors ?
-Tu as de la Wax ?
-De la quoi ?
-Okay. Passe-moi ta trousse de toilette. »
J'obéis et en profitai pour attraper deux verre et une bouteille de cognac avant de me laisser tomber dans un fauteuil en face de la jeune fille.
« Alors, tu vas où ? Demanda-t-elle à nouveau, farfouillant dans la trousse en cuir.
-L'Oblix. Tu connais ? Répondis-je, engloutissant un verre d'une traite avant de m'en servir un deuxième.
-Tu plaisantes ! Ce resto' pourrait vider le portefeuille des Rothschild ! » S'exclama-t-elle, choisissant finalement un tube en aluminium que je ne savais même pas avoir en ma possession pour venir se dresser derrière moi, séchant énergiquement mes cheveux tandis qu'elle reprenait :
« Mon Dieu, c'est le luxe absolu là-bas ! Tu y vas avec une demoiselle ?
-Joh..Babycakes. J'y vais avec Babycakes. Confiai-je, mon stress redoublant d'intensité.
-Eh bien ! Monsieur se fait plaisir ! Un restaurant somptueux et une compagnie exceptionnelle, tu vises le paradis ?
-Je vise le fond de mon verre. Sifflai-je, descendant promptement mon cognac pour me resservir presque immédiatement.
-Haha ça va pas le faire si t'arrive bourré, tu sais ? »
J'eus un rire nerveux et balayai sa phrase d'un geste de la main. La jeune hippie me coiffa silencieusement et je la laissai faire, le regard ailleurs. Mes sentiments pour Watson n'avaient pas changés. Nous étions amis, certes, cependant je ne l'appréciai pas plus que ce que notre ''relation'' le permettait. Le vrai problème, mon problème était que, malgré la déclaration faite à son petit ami, John était beaucoup trop beau pour ne pas troubler mes sens. Je n'y pouvais rien. Personne n'y pouvait quelque chose. Il était comme hypnotique et une fois sous son emprise, il devenait relativement difficile de penser correctement.
« Et voilà ! » S'exclama fièrement Hooper, interrompant le cours de mes pensées.
J'allais derechef m'observer dans le miroir mais ne sut toujours pas quoi penser de ma personne.
« Comment me trouves-tu ? » Fis-je à l'attention de Molly.
Elle vint se dresser à mes côtés, m'observant attentivement à travers la glace.
« Les cheveux en arrière te vont très bien. Tu es splendide, un vrai prince. » Finit-elle par déclarer, glissant rêveusement la paume de sa main sur mon crâne.
« Vraiment ?
-Absolument.
-Merci.
-Y a pas de quoi ! »
Nous reprîmes place et elle termina de rouler son joint comme je humai mon alcool, pensif. Elle allumait la cigarette roulée lorsque j'osai enfin lui demander :
« Connais-tu Jim Moriarty ? »
La hippie tira mollement sur son joint, tortillant ses orteils où scintillait un petit anneau en argent.
« Le copain de Babycakes. Dit-elle, recrachant de lourdes volutes de fumée.
-Je sais. Mais quel genre de..., personnage est-il ?
-Très classe et très flippant. Dans le genre psychopathe, on fait pas pire, tu vois ? »
Je hochai la tête sans réellement comprendre et elle poursuivit :
« Il n'est pas à l'université. En fait, c'est l'élève particulier du professeur Moran mais comme il est avec Babycakes, on le voit souvent sur le campus et tout ça. Je comprends vraiment pas ce que ce pauvre Babycakes peut lui trouver. Okay, il est beau comme un Dieu mais ce qu'il est..., malsain!
-Je l'ai rencontré et, outre le fait qu'il soit abominablement antipathique, il n'est pas... » Commençai-je avant qu'elle ne m'interrompe :
« Va dire ça à Paul Tolliver !
-Qui est Paul Tolliver ?
-Un mec en deuxième année de médecine. Il s'entendait rudement bien avec Babycakes et on pouvait les voir traîner ensemble du soir au matin. On sait pas véritablement ce qui c'est passé du fait qu'il n'y avait pas beaucoup de témoins et tout ça, mais on dit qu'ils étaient à une soirée privée de Sawyer...
-Qui ? » Lançai-je.
Elle me jeta un regard désapprobateur, détestant être coupée dans ses récits. Je haussai les épaules et elle me tendit le joint pour reprendre :
« Stamford, Moriarty, Babycakes et trois ou quatre autres invités privilégiés dont Tolliver faisait parti à l'époque. Donc ils sont tous là à siroter leur champagne et vla qu'on entend un hurlement atroce. Ils ont pas eut à chercher longtemps avant de trouver Tolliver et Moriarty dans une des chambres au premier. Moriarty lui avait entaillé le visage du sourcil gauche à la joue droite avec une sorte de couteau de chasse. Après bon, mon avis c'est qu'il devait avoir un couteau tout banal mais les ragots finissent toujours par être déformés à un moment, tu vois ? Je veux dire, il y serait allé avec un couteau de chasse, c'est pas une balafre qu'il aurait eut le Tolliver ! Sa figure aurait éclos comme une rose au printemps ! Sérieusement c'est...
-Hooper, j'ai compris. Intervins-je, tirant quelques bouffées du joint avant de le lui rendre. Qu'est-il arrivé ensuite ?
-Paraît qu'ils ont essayé de savoir ce qui c'était passé et tout ça. Sauf que Tolliver était trop mal pour répondre et que Moriarty était muet comme une tombe. Il s'est lavé les mains..., pour de vrai, pas comme dans l'expression. On dit qu'il est allé dans la salle de bain et qu'il s'est lavé les mains puis qu'il est rentré chez lui sans un regard pour personne. Tolliver a manqué de perdre un œil et pourtant il n'a pas porté plainte. Quand il est sorti de l'hôpital, il a quitté l'université et on l'a plus jamais revu. Si Moriarty n'est pas un psychopathe, je ne sais pas ce qu'il est. »
Je la fixai longuement, décontenancé tandis qu'en tailleur, elle jouait avec l'anneau à son doigt de pied, tétant distraitement sur le joint.
« Tu es sérieuse ? Ce n'est pas une histoire inventée de toutes pièces ? »
Elle releva la tête pour me rendre mon regard avec sévérité :
« Si c'est pas la vérité, pourquoi Tolliver serait soudainement balafré et quitterait l'université comme s'il avait le diable aux trousses ? Tu sais qu'il n'a même pas vidé sa chambre ? Il s'est barré comme ça !
-D'accord, d'accord. Tempérai-je, saisissant le joint tendu. Pour quelle raison Moriarty aurait-il fait une chose pareille ?
-La même que Jeffrey Dahmer a eu pour tuer dix-sept garçons et les bouffer.
-Laquelle ?
-Il est absolument taré ! »
Je vidai mon verre, regardant la jeune femme se servir une mer de cognac pour l'engloutir à une vitesse similaire à la mienne. Il était dix-neuf heures trente. Je n'avais pas consulté l'horloge suspendue au mur. Je n'avais simplement pas arrêté de compter.
« Tu penses qu'il était jaloux ? »
Hopper sourit tout en se penchant sur la table basse pour effriter une nouvelle tête d'herbe. Une mèche de cheveux vint glisser devant ses yeux et elle la chassa sèchement pour déclarer :
« Je pense qu'il est pas bien dans sa tête. On ne scarifie pas les gens par jalousie. On les tabasse si on a des couilles ou on pique une crise si on en manque. Quand on taillade la figure de quelqu'un au couteau, on est au-dessus de tout ça. On est dans les hautes sphères de la folie. On se tient à la droite de Charles Manson.
-Tu as un tel penchant pour l'exagération... Soupirai-je, fumant nonchalamment.
-Sherlock, ce type a un truc vraiment malsain. Tolliver était pas le premier et il sera sûrement pas le dernier.
-Tu vas me dire qu'il passe son temps à balafrer les gentilshommes ?
-Non, mais ils leur arrivent toujours quelque chose !
-Et Mike Stamford ? Demandai-je. Son visage, bien que parfaitement repoussant, est lisse comme la fesse d'un nouveau né. Il m'a pourtant l'air assez proche de Babycakes.
-Babycakes aime les belles choses. Il ne pourrait jamais faire quoique ce soit avec cette espèce de... ! De cochon ! Sérieusement, tu les imagines ensemble ? Eurk, j'en vomirai ! »
J'eus un rire rauque comme je questionnai :
« Et moi ? Je ne risque rien ? »
La hippie ferma son joint d'un coup de langue, répondant sur le même ton :
« Tu n'es pas assez malin pour te faire charcuter la face par un psychopathe juvénile.
-Je prends ça pour un compliment.
-Tu fais bien. »
Nous demeurâmes silencieux un temps, fumant tout deux avec une nonchalance quasi maladroite. Du rock n' roll faisait trembler les murs de la chambre voisine et la nuit chassait les derniers rayons orangés d'un couché de soleil jadis magnifique. Ma tête bourdonnait.
« Elle vient d'où cette herbe ? Questionnai-je, regardant la cigarette entre mes doigts, dépité.
-Elle est bonne hein ? » Sourit paresseusement la jeune fille, ses yeux rouges tenant péniblement ouverts. « On l'appelle Reine Mère. J'ai bien failli ne pas en acheter tant cette folle de Judy me cassait les pieds.
-Qu'a-t-elle encore fait ? M'enquis-je, un petit rire m'échappant du fait de la drogue.
-Hmm figure-toi qu'elle est devenue lesbienne.
-Je te demande pardon ?
-Madame prétend que le foutu bon Dieu lui ait apparu dans son sommeil, qu'il s'est penché sur son visage baigné de larmes écarlates et qu'il lui a baisé le front, lui révélant ainsi sa féminité. Du pur n'importe quoi ! Je lui ai dit : « Ma chérie, faut que t'arrête le LSD. » Et tu sais ce qu'elle a eu le toupet de dire? »
Je hochai négativement la tête et elle continua :
« Que je n'aurai pas mon pack si je ne lui laissai pas me toucher les seins ! »
J'éclatai de rire. Plus du fait de l'herbe qu'autre chose et mon interlocutrice me suivit dans un fou rire dément qui dura de longues minutes, nous laissant essoufflés, les larmes aux yeux et traversés encore par de petits rires nerveux. J'étais proprement défoncé, c'était indéniable.
« Tu l'as laissé faire ? » Demandai-je comme j'écrasai le mégot de mon joint pour m'emparer de celui tendu par la jeune fille.
Elle but quelques gorgées de cognac avant de s'exclamer avec une vigueur contrastant comiquement avec son apathie générale :
« Bien sûr que non ! Je lui ai dit : ''Si tu ne me donnes pas ce pack, je te renvoie au paradis d'un coup de pied au cul.'' »
Nous partîmes dans un autre fou rire psychédélique où je manquais de renverser mon verre sur mon pantalon. La Reine Mère était une herbe superbe. Il n'y avait rien à y redire. Une fois calmé, je rendis le joint à la hippie, les joues en feu.
« Au fait, tu sais qu'elle va peut-être se faire renvoyer ? Lança-t-elle.
-Qui donc ?
-Judy !
-Pour quelle raison ? M'étonnai-je.
-Seigneur, Sherlock ! Tu l'as regardé ? On dirait une junkie !
-C'est une junkie. Fis-je remarquer, haussant un sourcil.
-Oui bon, faudrait tout de même que quelqu'un fasse quelque chose. Je veux dire, qu'elle prenne de la MDMA, du LSD, de la DMT ou du PCP, on s'en fout un peu. Mais depuis qu'elle s'est mise à fumer cette cochonnerie de Meth, elle n'est plus que l'ombre d'elle même ! Enfin, tu voudrais aller chercher ton herbe en ville toi ? »
Je souris, amusé par le fait que son inquiétude était suscitée uniquement par le fait qu'il serait contraignant de ne plus avoir de dealer sur le campus. M'emparant du joint, j'avouai :
« Non. Mais que veux-tu qu'on y fasse ? Et ne m'avais-tu pas dis que Donovan faisait pousser de l'herbe ?
-Oui, oui mais c'est une telle rapiate ! D'ailleurs, elle donne une fête ce soir.
-Il faut apporter son alcool et ses verres ? Questionnai-je, railleur.
-Mon Dieu, elle est si proche de ses sous que ce serait pas surprenant ! Il faut vraiment sauver Judy, c'est la seule à faire des packs prodigieusement gros ! »
Nous nous esclaffâmes de concert avant de nous ressaisir de la même manière. Je jetai un coup d'œil fatigué à l'horloge. Il était huit heures moins dix. Me redressant en position assise, je me mis énergiquement à me frotter les joues sous le regard amusé de Hooper.
« J'ai l'air de quoi ? Demandai-je
-Du prince Harry.
-Qu'est-ce que c'est censé vouloir signifier ?
-J'suis autant pétée que toi. Je peux pas dire. »
Me dressant sur mes jambes, je lui jetai un regard torve, sifflant :
« Si la Reine Mère apprend que tu as drogué son précieux... »
Nous partîmes dans un autre éclat de rire si intense que je dû me tenir à mon fauteuil pour ne pas tomber.
« Merde, Hooper, je suis fini ! Grondai-je entre deux rires.
-Personne ne le remarquera !
-C'est cela ! Lançai-je, claquant sèchement de la langue.
-Attend, je vais arranger ça ! » Fit-elle, sautant énergiquement sur ses jambes pour se précipiter sur le lavabo d'où elle revint, un gant humide en main.
« C'est frais, ça va te faire du bien. »
Ainsi se dressa-t-elle sur la pointe de ses pieds nus pour passer doucement le gant sur mon visage qui, je devais l'admettre, était en feu. Je fermai les yeux, me détendant graduellement sous ses attentions. Son souffle chaud atterrissait sur mes joues et je dus glisser ma main sur sa taille afin de stabiliser sa position.
« Tu sens bon. Avouai-je
-C'est l'odeur de mère nature. »
Je souris et elle se détacha de moi pour s'enquérir :
«Comment te sens-tu ?
-Mieux, merci.
-De rien ! Bon, je te laisse à ton rencard ! Si tu me cherches, je suis chez le Capitaine Donovan, radin de son état ! Déclara-t-elle, rassemblant distraitement ses effets. Oh et tu salueras Babycakes pour moi !
-Je n'y manquerai pas. »
Elle prit la porte et je la regardai faire avant de consulter l'horloge. Huit heures moins cinq. J'allais passer une main dans mes mèches lorsque je me souvins de ma nouvelle coupe de cheveux. Ennuyé, j'attrapais mon portefeuille, enfilai une paire de chaussure noire John Spencer et abandonnai ma chambre.
Le couloir était traversé de jeunes gens passablement pressés ou passablement ivres. Je marchais d'un pas lent, les murs dansants par moments autour de moi. J'y étais habitué. A être ''high''. C'était comme se regarder de l'extérieur. Comme être son propre ange gardien constatant avec effarement qu'il a mal fait son boulot, que son protégé est salement défoncé. J'y étais habitué. A voir les murs trembler, à sentir mon corps être balancer par les vents de ma perte de contrôle. Arrêter de réfléchir, marcher droit devant soi, le vent dans le dos, la mer dans le corps. Je fermai les yeux pour sourire. Quand je les ouvris à nouveau, le hall se dessinait devant moi, tout en voûtes et éclairage jaunâtre. Le carrelage claquait sous mes pas, une fille dansait accrochée au bras de son ami, la tête jetée en arrière. Mes yeux s'attardèrent sur la transe de sa jupe, secouée en tout sens puis se fixèrent sur l'apparition devant moi. Je clignai des yeux. Ce n'était pas un ange. C'était John Watson, en pantalon de lin blanc et en chemise toute aussi blanche, ses cheveux blonds joliment décorée d'une auréole dessinée par les luminaires crasseux au plafond. Ce n'était pas un ange. Je me mordis la lèvre lorsqu'il me sourit :
« Pile à l'heure !
-Tu étais en avance ? Demandai-je, regrettant aussitôt ma question idiote.
-Oui. Avoua-t-il sans se départir de son sourire. On y va ? »
J'acquiesçai et nous nous dirigeâmes silencieusement vers la sortie. Il n'était ni gênant, ni lourd. Le silence. Toutefois, je souhaitais avoir une conversation. Je voulais qu'il me parle, qu'il me sourisse et se sente à l'aise. Nous traversions le parc quand je dis la première chose me venant à l'esprit :
« Je t'ai vu. L'autre jour. Tu jouais au tennis.
-Oh.., oui, c'est vrai. Pourquoi n'es-tu pas venu me voir ?
-Euh..., je l'ignore.
-Hmm tu aimes le tennis ? S'enquit-il, tournant son visage vers moi.
-Non je..., préfère le polo. Enfin, je n'aime pas spécialement le polo. Pour moi, c'est un peu comme de choisir entre la peste ou le choléra. Je ne suis pas très sportif comme tu as pu le constater. » Répondis-je d'une traite, désignant mon corps avec des gestes empressés.
Il eut un de ses rires enchanteurs comme il déclarait :
« Je te trouve très bien ! »
Je ne répondis rien car nous arrivions à l'extérieur du campus et qu'il hélait un taxi. Une fois dans l'habitacle de cuir, il se cala contre la fenêtre et je le regardai faire. Les néons de la ville jouaient avec les traits de sa figure, mon cœur battait fort dans ma nuque, mes mains se frottaient l'une contre l'autre, le taxi-man accompagnait sa radio de sa grosse voix irrégulière. C'était beau.
« J'ai lu ton livre. » Dis-je subitement.
John me considéra avec douceur et son bras vint se glisser sous mon coude.
« Il est magnifique n'est-ce pas ? »
Ma main couvrit la sienne et j'acquiesçai. Watson se lança alors dans un long discours dévoilant ces parties préférées et en mon for intérieur, je discourus sur la chaleur de sa peau sous ma paume. Lorsqu'il demanda :
« Qu'as-tu pensé de ce passage ? »
Clignant des yeux, le souffle haché, je formulai :
« Brillant. Il était brillant. »
Ainsi reprenait-il son monologue enchanteur et moi le mien. Nous traversâmes l'agitation du centre ville, le chauffeur grondant ces chansons avec passion, John emporté par la ferveur de son récit, mêlant ses intonations aiguës aux sons rauques emplissant déjà le cab et enfin, moi, noyé dans mes rêveries, l'âme fébrile, les sens agités, regardant ce tableau incongru, enchanté. C'est lorsque je souhaitais que notre trajet fut éternel que nous arrivâmes à destination.
« Ça fera vingt livres, messieurs. »
J'ouvris mon portefeuille avec plaisir, payant sourire aux lèvres. Nous quittâmes le cab bras dessus, bras dessous, John lancé dans une nouvelle explication :
« Du sol au plafond ! Il n'y a que cela !
-Et ont-ils été lus ? Ou pouvons-nous les lire ? M'informai-je.
-Oui, je pense. Je dois avouer ne jamais avoir essayé. Dîner dans une telle pièce est déjà exceptionnel pour moi.
-Hmm, je suppose que tu as raison. Mais nous allons essayer d'en lire un ce soir.
-En mangeant ?
-En mangeant. »
Il rit et j'en ressentis une profonde fierté. L'Oblix se dressa devant nous, scintillant de toute part. Toujours accroché à mon bras, le blond s'enquit à la réception :
« Une réservation pour deux au nom de Watson. La table est-elle prête ?
-Oui, monsieur. À la table habituelle. »
L'hôtesse nous fit traverser la salle principale où les costumes et le velours se mêlaient avec une harmonie élégante et chic, des couloirs où des tableaux d'art moderne dévoilaient leur originalité plus bizarre les unes que les autres et enfin nous arrivâmes dans une salle aux dimensions réduites, au sol décoré de tapis persan et aux murs dévorés d'étagères en bois croulantes de livres en tout genre. Au centre étaient éparpillées une dizaine de petites tables rondes drapées de dentelle, occupés seulement par quelques âmes solitaires. Nous défîmes notre étreinte afin de silencieusement prendre place et sitôt que l'hôtesse nous eut quitté, je me levai à nouveau pour me diriger vers l'un des murs, consultant les étagères sous le regard fasciné de Watson.
« The Catcher In The Rye ? » Demandai-je, saisissant le roman que je soupesai rêveusement dans ma main sous le regard surpris de la serveuse mais également des autres clients.
Watson sourit de toutes ses dents, acquiesçant vigoureusement. Aussi repris-je place, déposant mon butin au centre de la table.
« Du champagne pour accompagner notre lecture ? » M'enquis-je, dressant déjà la main afin d'interpeller la jeune serveuse.
« C'est une très bonne idée. » Approuva mon compagnon, son visage venant reposer dans sa paume tandis qu'il m'observait, clairement amusé.
La jeune fille vint se dresser à nos côtés, stylo en main, le regard déviant par moment sur le livre au centre de la table.
« Vous désirez ?
-Une bouteille de Roederer Cristal.
-De nonante-trois ?
-Cela même. Approuvai-je.
-Très bien. Ce sera tout ?
-Pour l'instant. »
Il était heureux, étincelant et radieux et j'eus l'impression fugace mais d'une netteté terrible que je pourrais vivre pour cette image. Me lever, me coucher et ne penser qu'à elle. Toujours.
Et voilà ? Un petit mot d'encouragement ? Aller, s'il vous plaît !
A bientôt (du moins je l'espère) !
A.
