CHAPITRE 2
- Merda !
Tel est le cri que je lance en rentrant à la maison, jetant mon manteau sur la chaise dans l'entrée. Black me talonne, bougon depuis l'annonce chez le notaire, il était tellement persuadé qu'il serait mon tuteur qu'il n'a pas du digérer la nouvelle. Je sais que Papa avait fini par se méfier de lui, mais delà à l'écarter de la gestion des affaires, je ne l'imaginais pas. Je ne dis plus rien jusqu'au dîner, je ne sais pas quoi vraiment penser de la situation.
Ce Cullen ne connait rien des affaires que peuvent traiter un Volturi, les officieuses encore moins que les officielles. Je recherche sur Google le nom de mon nouveau garde chiourme : un pianiste concertiste. Puttana, c'est un pianiste, mais à quoi a pensé Papa ? Quoi que, avec un peu de chance, je l'enferme dans le salon de musique et le ravitaille régulièrement, il devrait pas se plaindre.
Même si je dois bien avouer qu'il n'est pas désagréable à regarder. Et il n'a pas 25 ans d'après sa page Wiki, il ne sera pas trop difficile à manipuler finalement. Si grâce à ça je peux avoir les mains libres et avoir un minimum de compte à rendre, ça m'arrange. En y réfléchissant bien, avoir Black comme tuteur aurait été beaucoup plus que chiant, il ne m'aurait rien laissé faire et aurait pris toutes les décisions à ma place sans même le consulter. Alors que là en manœuvrant bien, je pourrais peut-être obtenir une délégation de pouvoir de cet Edward sans avoir à batailler.
Ce n'est qu'en passant à table que je constate la disparition de Black, lui qui me suivait comme un toutou depuis près d'une semaine. Ce n'est pas tant que je souhaite avoir une nounou à temps plein, c'est qu'il soit parti sans rien me dire qui est plus louche. En peine ma soupe terminée, j'appelle le bras droit.
- Black.
- Oui ?
- Alors comme ça tu pars sans dire au revoir !
- J'ai une… petite réunion.
- Comment ça une petite réunion ?
- Rien qui te concerne, Bella.
- Dorénavant, ce sera Isabella ! Où es-tu ?
- Mais ça ne te concerne pas.
- Toutes les affaires que tu gères, ME concernent, alors tu vas me répondre.
- Je n'ai pas à répondre à une gamine.
Il a raccroché ! Non mais pour qui se prend-il ? Rageuse, je monte en vitesse dans ma chambre et passe mon gros blouson ainsi que mes gants. En allant au garage, je m'empare des clés et de mon casque. La Ducati de Démétri est là, 750cmcube, je l'ai déjà pilotée à l'insu de mes parents, une vrai bombe. Équipée, je démarre au quart de tour, faut pas être Einstein pour savoir où se trouve Black : au Castello. C'est le siège de l'empire officieux des Volturi.
À plus de 170km sur les routes, je ne mets que vingt minutes à rallier il Castello. Mes empreintes digitales sont enregistrées et m'ouvrent les grilles de la propriété. Je rentre mon bolide sous l'abri prévu et prend à peine le temps d'enlever mon casque et mes gants pour rentrer dans la lourde bâtisse. Tous les hommes de main qui me voient passer ne me font aucune remarque. D'un pas solide, je me dirige vers la salle de réunion et ouvre les deux portes en grand. Et là mon sang ne fait qu'un tour en voyant la scène qui se déroule sous mes yeux. La voix remplie de colère je lance, froide :
- De quel droit occupes-tu ce siège, Black ?
Assis à la place de mon père, Il me regarde comme on regarde un chiot qui s'agite, s'il croit que je vais me laisser faire. Sans hésitation, je sors le Beretta que je porte en permanence depuis la mort de mes parents et frère. Le tenant en joue, je m'approche. Comme le veut la règle, tous les participants à la réunion ont posé leur flingue sur la table.
- Allons soit raisonnable, Bella.
- C'est Isabella !
- Ce n'est pas un lieu pour toi.
- Lève ton cul de là, Black !
Il se lève du siège non pas pour se déplacer mais pour m'empêcher de faire une bêtise de petite fille. Tout autour de la table, aucun n'ose dire un mot, trop effaré par la scène qui se passe sous leurs yeux.
- Tu as essayé de me doubler, Black. Tu sais ce qu'il en coûte normalement de tenter de doubler un Volturi.
- Tu es trop jeune pour régler quoi que ce soit, il faut bien que quelqu'un conserve tes intérêts.
- Tu n'es pas un Volturi, tu n'as aucun droit de présider et de préserver quoi que ce soit.
- Bella ce n'est ni le lieu ni le moment de parler de ça alors range moi cette arme avant que tu ne blesses quelqu'un.
Il n'aurait jamais du dire cela ! Je presse la détente de mon révolver, et Black s'écroule en hurlant. J'ai tiré dans le genou, là où je suis sûre de faire mal. Je n'ai aucun scrupule à le voir serré les dents de douleur.
- Et encore, je suis clémente parce que c'est mon 1er jour. Mais essaye encore une fois de prendre ma place Black, de te prendre pour ce que tu n'es pas et cette fois je ne viserai pas une articulation.
Je fais alors signe aux hommes qui se tiennent à la porte.
- Signore Black n'assistera pas à la suite de la réunion. Virez le moi… ça fait des tâches sur la moquette !
Sans attendre leur reste, deux des hommes prirent Black par les aisselles et l'évacuèrent sans ménagement.
- Bien, maintenant que les sous-fifres ont débarrassé le plancher, nous allons pouvoir travailler.
J'enlève mon blouson et le mets sur le dossier de la chaise inoccupée dévolue normalement à Black. Je pose mon Beretta qui se refroidit sur la table et m'assoie dans le fauteuil de mon père. La sensation est bizarre, ça n'aurait jamais du être moi à cette place, mais Démétri. Je souffle pour me lancer :
- Signori, signora, bonsoir. Je ne pense pas avoir besoin de me présenter. En revanche, je souhaite fortement que ce type d'incident ne se reproduise plus. Seul un Volturi peut s'assoir dans ce fauteuil et à ce que je sache personne n'en est un ici. Voila pour les règles de base, maintenant sur les aspects pratiques, sachez que pour le moment, je ne modifie rien du mode fonctionnement. Vos comptes devront m'être communiqués et sans intermédiaires, pas même Black. Toute décision que je pendrai viendra de moi directement, pas d'intermédiaire non plus. Les deux moyens pour me contacter directement sont toujours les mêmes que pour Marcus Volturi : l'adresse et le numéro de téléphone n'ont pas changé.
Papa disait que les choses les plus simples étaient en fait les plus sécurisés, et je ne peux m'empêcher de penser comme lui. Pour le moment, j'ai décidé de ne pas modifier les méthodes de mon père, voir comment tout cela marche après on verra ce qu'il faudra changer.
- Bien, je vais vous demander à chacun de vous présenter et de me dire quelles sont vos responsabilités, car à part Emmet, je ne sais pas ce que fait chacun d'entre vous.
C'est ainsi que commence la présentation de chacun des membres de la famiglia au sens large. Tout d'abord la blonde pulpeuse, une belle enveloppe mais une femme de poigne, Rosalie Halei, elle son domaine c'est le trafic d'armes. Grâce à elle nous maîtrisons toute la distribution de l'Ouest de l'Europe fournissant ETA, FLNC et tous autres réseaux mineurs. Il arrive par moment que nous nous marchions dessus avec la Camorra Napolitaine mais rien de grave, ce n'est que détail avec quelques dégâts collatéraux.
Michael Nettoni, dit Mike, gère la prostitution avec des filières d'approvisionnement en Europe de l'Est et en Asie. Lui il me rend nauséeuse car il n'hésite pas à essayer les filles et je suis persuadée qu'il a son harem personnel, Berlusconi est un enfant de chœur à côté de Mike. Et puis son air pervers ne m'a jamais dit rien qui vaille, Papa ne voulait jamais le voir à la maison, je comprends pourquoi.
Le trafic de diamant, objets précieux et œuvres d'art, c'est le domaine d'Angela Veberra. Elle paye pas de mine, véritable physique de la mamma italienne mais avec beaucoup de classe. Et elle a l'air de profiter largement de son trafic à la vue du collier de rubis qu'elle porte.
À ma gauche se trouve Giovanni Perdetti, surnommé tête d'ampoule par Démétri, le comptable de l'officieux. Il est le seul à vivre au Castello, il ne sort que rarement et il est entré dans la famiglia du temps de mon grand-père. À plus de 70 ans, il fait parti des meubles. Mais il se consacre à la formation de son successeur en ce moment, Giacomo Bellotti, qui est assis dans un coin de la salle.
Enfin la drogue. Là est tout le problème puisque c'était Démétri qui s'en chargeait.
- Concernant la drogue, Black a pris la relève pour le moment, mais cela ne va pouvoir durer éternellement. Me dit Giovanni.
- Il faut que vous désigniez quelqu'un rapidement. Enchaîne Mike.
Je reste silencieuse. Comment faire ? Pour le moment, je suis incapable de recruter, je n'ai confiance en aucune des personnes présentes à cette table, à part peut-être Tête d'ampoule. De là à recruter un nouveau membre. Surtout que la drogue a toujours une place particulière, c'est celle de l'héritier, d'où son importance, je ne peux pas y mettre n'importe qui. Mais qui est l'héritier pour l'instant, personne. Je suis la dernière du nom, je n'ai pas d'enfant et ne compte pas en avoir avant au moins dix ans ! Démétri n'en avait pas non plus à ma connaissance. Quel casse tête ! Ou alors je fais monter en grade Emmet et réaffecte Jacob à la drogue. Mais il ne faudrait pas que cela lui monte à la tête, qui a déjà tendance à beaucoup enfler.
La solution me fait alors frémir, il me faut un héritier rapidement, et seul un enfant issu de mon sang pourra l'être. Ainsi, je mettrai Black en intérim, le temps qu'il faut pour faire l'éducation de cet enfant. Puttana, un gamin à 16 ans ! En plus, il faudra au moins quinze ans pour faire son initiation. Je deviens folle, c'est pas possible. Je crois que la première solution reste la plus raisonnable.
- Pour l'instant Black va rester affecter à ce secteur. Laissez-moi une semaine pour voir comment je vais y remédier. Je fais silence quelques instants avant de reprendre. Bien, sachez que vous êtes en période d'observation, des modifications que je jugerai nécessaires pourront venir plus tard. En attendant, bonne soirée à vous et à la semaine prochaine.
Je récupère mon arme sur la table et me lève la première suivie de près par Emmet. Il est le garde du corps particulier du Capo. Le jour de l'assassinat, nous étions en sortie familiale, il n'avait pas à être là. Ma véritable ombre, dorénavant, c'est lui. Il n'a aucune attache, lui non plus, je ne l'ai jamais vu avoir une vie en dehors de la famiglia. Les rapports entre lui et Papa étaient bizarres, mélangeant confiance et méfiance, très curieux.
J'enfile mon blouson dans le couloir quand je vois Jacob assis sur un fauteuil où un des hommes lui fait apparemment un bandage de fortune. Je me penche sur lui et agrippe les deux accoudoirs.
- Tu gardes tes fonctions pour le moment, ainsi que la gestion de la craie. Mais recommence une seule fois ton manège et je te fais exploser la cervelle. Me suis-je bien fait comprendre ?
- Oui, Bel… Isabella.
- Bien. Ah, si, tu n'entres plus au palazzo comme dans un moulin, je souhaiterai récupérer les clés que tu détiens dès demain.
Il hoche la tête sans rajouter un mot. En voilà un qu'il va falloir que je surveille de très près, car je ne dois pas être parmi ces personnes préférées. Je constate qu'Emmet se trouve à trois pas derrière moi, il faudra que je m'y habitue.
Je rentre rapidement au palazzo, et une fois allongée dans mon lit, je repense à la lettre que m'a confiée le notaire. La lettre de Papa.
Mia Bella
Si cette lettre te parvient, c'est que nous ne sommes plus à tes côtés, ta mère, Démétri et moi. Tu es à ce jour la détentrice de l'empire Volturi dans son intégralité. J'ai décidé, dans ma succession d'en écarter complètement tes oncles Aro et Caïus, pour éviter qu'ils ne te spolient.
Tu es la seule qui puisse diriger la Famiglia, personne d'autre que toi ne doit être à cette place. Ne t'encombre pas de sentiment dans ta vie de Capo, ils sont un obstacle à tes nouvelles responsabilités. Garde-les seulement pour ta vie personnelle. Ne te fie à aucun des membres du conseil, et malheureusement Jacob Black encore moins qu'un autre. Je croyais l'avoir élevé comme un fils mais son ambition dépasse toutes nos règles et traditions. Lui aussi essayera de s'accaparer ce qui revient de droit.
La confiance est malheureusement un bien trop rare de nos jours et peu de gens avaient la mienne. Parmi eux Giovanni, ne sous estime jamais ses conseils, il m'est arrivé quelques fois de faire cette erreur, cela s'est toujours retourné contre moi. Emmet te servira sans anicroche, malgré tout ce que tu as pu penser, c'est le seul homme à qui j'ai remis ma vie en ses mains. Et enfin Carlisle, mon vieil ami de toujours. Il aurait du être ton tuteur mais pour lui s'installer en Italie aurait été une déchirure.
Voilà pourquoi, j'ai choisi mon filleul, Edward. Ce choix doit te paraître bien saugrenu car il ignore tout de nos activités. Sache qu'il n'est responsable que de ta vie personnelle. Toutes les décisions concernant les activités immobilières, médiatiques et bancaires seront prises par notre avocat d'affaires, maître Jasper Whitlock. Il en connait tous les rouages. Quand à la famiglia, comme Edward n'en connait pas l'existence, tu auras les mains libres pour diriger.
Choisi bien les personnes qui t'entourent, ne te confie pas à n'importe qui et ne remets ta vie dans les bras d'un homme qu'une fois que tu seras sûre de ton choix. Ta mère fut la seule des femmes qui ont croisé ma vie, à tout savoir de moi. Et une fois qu'elle fut informée, elle est devenue l'unique, l'intouchable. Toi aussi, tu auras cette révélation et alors seulement, tu pourras envisager ta vie personnelle. Mais jusque là, ne vis que pour la famiglia.
Ti amo mia Bella, oggi e sempre. E non dimenticare: gira giro tondo, gira come gir'il mondo, nel mio cuore giro.
Tuo Padre.
Ps: évite de faire tourner Edward en bourrique avec le lycée.
Une Bella tout à fait sympathique comme vous pouvez le constater. Tout ce paquet de personnes auront un rôle à jouer et pas toujours celui qu'on croit.
Pour celles qui s'en inquiétaient, Alice interviendra, ne vous inquiétez pas.
Vous verrez régulièrement apparaître les phrases de la ritournelle « Gira giro tondo », c'est un peu comme un fil rouge dans la vie des Volturi.
Prochain chapitre, les règles de base de la cohabitation. Affrontement frontal, on va rire !
Bise et à la prochaine
Cok de bruyère !
« Le mépris efface l'injure plus vite que la vengeance. »
No : Je suis ravie que mon histoire t'accroche dès le départ ! Le PDV d'Edward est pas mal, mais je préfère celui de Bella, ici. Du sang, il commence déjà à y en avoir.
Aurélie : Aucun souci. Ce n'est pas grave. Si tu apprécies cette histoire alors super. J'espère que le deuxième chapitre te plaît tout autant. Bise.
