Le garde-chasse géant nous fait parcourir une multitude de couloirs, escaliers, salles, etc. Ma robe me gêne toujours, mais je commence à m'y habituer. Ce n'est sûrement pas la distance qui va m'épuiser. A Brocéliande, notre professeur de gymnastique – sadique comme tous ceux enseignant cette matière – était intransigeant. Nous devions toujours être au meilleur de notre forme. Un combat ne se prévoit pas longtemps à l'avance. Que de chutes j'ai endurées ! Rarement graves toutefois, car si nos blessures sont lentes à guérir, elles sont extrêmement difficiles à infliger.

Je n'ai donc aucune difficulté à courir le marathon auquel nous soumet Hagrid. Les torches continuent à s'allumer automatiquement, heureusement d'ailleurs sinon je ne retiendrais jamais le chemin. Nous arrivons enfin devant un tableau. Une dame d'un volume conséquent, vêtue d'une robe rose d'un autre âge, dort la tête en arrière, bouche ouverte et ronflant de tout son cœur.

- Hum hum !

Le Gardien des clefs s'est raclé la gorge. La dame se réveille en un sursaut et nous regarde d'un air méfiant.

- Pardon, demande ce cher Hagrid, mais voilà deux nouveaux élèves dont les malles ont été déposées dans la tour ce soir.

- C'est une excuse pour arriver aussi tard ? Les elfes me l'ont dit, oui. Nouveaux ou pas, je ne peux les laisser entrer sans le mot de passe. (misère ! encore un !)

- Orgueil et Préjugés. (hein ? Elle les choisit elle-même ? C'est fleur bleue à souhaits !)

Le tableau pivote, nous révélant une agréable salle regorgeant de canapés, tables, fauteuils, poufs, tout le confort. Je sens que je vais me plaire ici…

- Suivez l'escalier, le dortoir des filles est à droite et celui des garçons à gauche. Pour reconnaître votre chambre, regardez sur la porte, les noms sont écrits. Vos professeurs savent que vous êtes arrivés. En cas de problème, le professeur Mac Gonagall est la directrice de la maison. Vous pouvez aussi vous adressez aux préfets, Lily Evans et Remus Lupin. Ils viendront vous voir demain. Bon courage pour votre première journée. Tâchez de ne pas arriver en retard, les cours commencent à huit heures.

Il s'en va d'un pas lourd, nous laissant seuls, Gal et moi.

- Cette fois-ci, on ne peut plus reculer, commente mon ami. Allons-y, après tout ce n'est pas comme si nous allions faire un combat à mort. Je te retrouve à sept heures ici, d'accord ? N'oublie pas notre serment.

- Franchement, je croyais que tu me connaissais assez bien pour savoir que je n'oublie jamais rien. (nouveaux rires. Je suis tout sauf ordonnée.) Tu as promis, j'ai promis, tout est en règle. On verra bien demain. La nuit porte conseil dit-on.

- Avec toi j'en doute…

Je lui tire la langue avant de lui déposer un bisou sonore sur la joue et de partir vers le dortoir des filles.

- Bonne nuit Ambry ! me crie Galadriel au moment où je disparais de sa vue.

Je réponds par un signe de la main et m'évanouis tout à fait. J'ai sur les lèvres un sourire qui ne me quitte pas. Ambry…c'est ainsi que Gal m'appelle affectueusement. Le directeur a raison, nous formons une sacrée paire.

Bon, ce n'est pas tout, mais il y a comme un petit problème. Hagrid a omis de préciser que dans cette partie du château, il n'y a pas de torches…Je suis d'une maladresse incroyable, avancer dans le noir n'est pas une excellente idée. En utilisant ma baguette, j'en ai pour des siècles, et mine de rien, six heures de vol c'est fatiguant. Les Furiens dorment peu mais ce n'est pas une raison pour se priver de sommeil. J'aimerais bien utiliser ma vision nocturne, mais si je réveille les filles et qu'elles me voient avec une pupille plus mince qu'une feuille de papier, elles vont se poser des questions. Enfin, faire brûler un feu au creux de ma main n'est pas toujours de la plus grande discrétion. Malheureusement, je n'ai pas trouvé de sort me permettant d'être aussi discrète qu'une souris. Je ne suis agile qu'en gymnastique, mais là, en terrain inconnu, je n'ose pas faire des pirouettes au milieu du dortoir. Quitte à faire des bêtises, choisissons le moindre mal.

- Lumos !

Maintenant, cherchons cette chambre…Ah, la voilà. Grrr, mais ils sont mabouls d'avoir mis mon nom de famille ! Tant pis pour les recommandations de Brocéliande, mais là je ne peux pas m'en empêcher. Gal a sûrement dû faire pareil. Une brûlure sur le dessus de la main droite, là où se trouve le tatouage dont je vous parlerai plus tard, m'informe que, en effet, mon coéquipier a eu la même idée que moi. Allons-y alors !

De mon pouce, je parcours la longueur de mon nom, lequel disparaît sitôt mon passage. Un petit recentrement, et voilà ! En dessous du nom de Lily Evans (la préfète) ne reste plus qu'un mot : Ambre. Voyons à présent quelle surprise réserve encore le palace…

La chambre est bien évidement plongée dans l'obscurité. Ma baguette n'émet qu'une minuscule lueur. Dire que j'ai promis de ne pas utiliser ma vision nocturne…C'est quoi ce bruit ? Nom d'un Furien enragé, il y en a une qui ronfle ! Aucune de ses camarades n'est peut-être gênée, mais il n'en sera pas de même pour moi. J'ai l'oreille particulièrement fine ces temps-ci…

Aïe ! Je retiens avec peine un juron et m'attrape le pied. Saleté de malle ! Enfin, le point positif, c'est que j'ai trouvé mon lit. Pour le peu qu'il m'est possible de voir, tout m'écoeure : édredon rouge, rideaux rouges, tapis rouge…Ah, tout de même, les draps sont blancs. Je m'attendais bien à quelque chose de ce goût-là, mais pas à une overdose pareille ! Gal doit être content, lui qui adore le feu. J'aurais voulu du bleu, moi. Ne rêvons pas : il n'y avait aucune raison pour que je tombe ailleurs qu'à Gryffondor. C'est de famille, et la majorité des Furiens, lors de leur passage à Poudlard, se retrouvent dans cette maison. Super, il y a de fortes chances pour que ma moitié y soit aussi. Réfléchissons…Ce lit est moelleux, je crois que je vais dormir sans me changer…Heu, oui, si mon âme sœur est à Gryffondor et a dix-sept ans, ça me limite à…tous les garçons de septième année sauf un et un bon morceau de ceux de sixième. Rajoutons qu'il est de sang pur. Combien ça m'en fait maintenant ? Heu…une vingtaine. Soixante en rajoutant ceux des autres maisons. Super. Et comment je vais faire pour le trouver là-dedans, moi, hein ? Oh, j'en ai assez. Dormons donc d'un bon sommeil réparateur. Demain ne sera, je le crains, pas de tout repos…Si seulement cette fille pouvait arrêter de ronfler…Troisième lit en partant du mien, on verra bien de qui il s'agit…