-Vite mon chéri dépêche-toi on va rater ton train !

Aloïs fourrait les livres et vêtements dans la valise de son fils en catstrophe. Il était onze heures moins dix, mais elle transplanerait à la dernière minute. Par contre, le bagage de Barty était loin d'être fini. Celui-ci aidait sa mère tant qu'il pouvait, effaré par avance du futur poids à transporter. Sans sa cage, Méphisto braillait à qui mieux mieux, excité par la nervosité ambiante. Ses plumes marron ébouriffées dépassant par les barreaux de la cage.

La gare de King's Cross était bondée ce matin-là. Aloïs et Barty peinaient à se frayer un chemin à travers la foule, et la grosse valise, le chaudron et le hibou en cage n'arrangeaient rien. Barty parvint à la barrière entre la voie 9 et 10 à onze heures moins trois. Et encore, il était persuadé d'avoir oublié la moitié de ses affaires. L'angoisse lui tordait le ventre. C'était la première fois de sa vie qu'il partait sans sa mère, si loin et si longtemps. Il attrappa sa valise et monta dans le train alors que celui-ci commençait déjà à siffler. Il marcha le plus vite possible vers l'arrière du train, et dès qu'il vit un compartiment vide, il jetta sa valise sur le fauteuil et ouvrit la fenêtre. Sa mère était là, sur le quai, toujours aussi belle, avec ses longs cheveux blond cendré dont il avait hérité. Elle lui sourit et fit un petit signe de la main. Il lui sourit en retour, mais le noeud dans son ventre ne se dénouait pas pour autant. Le train s'ébranla soudain, et sa mère s'éloigna doucement. Le visage de Barty perdit tout éclat de sourire. Elle lui cria quelque chose, mais il n'entendit pas ce qu'elle disait.

-Maman ! Hurla-t-il.

C'était comme si on lui arrachait la moitié de lui-même. Il s'en remettrait, se dit-il. Comme disait son père parfois, il était un grand garçon. Mais lui et sa mère, c'était plus qu'une maman et son enfant. C'était une équipe, un tout. Et abandonner, comme ça, onze années d'entente parfaite... Il se roula en boule dans le fauteuil. Seul dans son compartiment au fond du bout du train, il pouvait se permettre de pleurer un peu, quand même...
Soudain, Barty sentit quelque chose se modifier dans l'atmosphère. Il arrêta instantanément de pleurnicher et tendit l'oreille. Quelqu'un, quelqu'un venait dans son compartiment. Il s'apprêtait à lui dire de partir quand le garçon ouvrit la porte du compartiment.
Ses cheveux noirs tombaient sur ses épaules, il était légèrement plus petit que Barty et son visage était pâle comme la mort. Le même garçon que chez Madame Guipure, sa valise dans les bras, qui demandait :

-Je peux m'installer ici ? Il n'y a plus de place nulle part.

Barty hocha la tête, encore à moitié choqué de cette soudaine apparition.

-Comment tu t'appelles ? Demanda le garçon.
-Bartemius Crouch. Mais tu peux m'appeler Barty.
-Moi c'est Regulus. Regulus Black.
-Je peux t'appeler Reg ?
-Non.

Son refus était clair, mais il sentait qu'il en avait tout de même envie. Barty lui sourit. C'est ce moment justement que choisit une petite sorcière replète pour frapper à la porte du compartiment.

-Vous voulez des friandises, les enfants ?

Barty n'aimait pas trop le genre de friandises que la sorcière vendait. Il consulta Regulus du regard, et il lui sembla qu'ils se comprenaient. C'était une sensation étrange, comme si le courant entre eux s'était établi, comme si un simple goût commun avait révélé chez eux un lien latent. Barty se retrourna vers la vieille vendeuse.

-Non merci, nous ne voulons rien.

Le reste du trajet s'était déroulé parfaitement bien. Ils avaient peu parlé, car il leur fallait peu de mots pour qu'ils se comprenne. Barty se sentait mieux. Beaucoup mieux. Il n'appréhendait plus autant cette rentrée, parce qu'il savait, il sentait que quoi qu'il arrive, il aurait quelqu'un sur qui compter.

-Les première année, avec moi !

Un attroupement se forma aussitôt autour de Hagrid. Barty ne s'était jamais retrouvé à un tel nombre d'enfants de son âge, et il se sentit complètement perdu, à peine sauvé par sa grande taille. Il finit par perdre Regulus de vue et monta dans sa barque en compagnie de trois inconnus. Mais le pire restait à venir.

-Jeunes gens, mettez-vous en rang par ordre alphabétique s'il vous plaît.

Barty se sentiti bousculé de tout côté. Le professeur McGonagall l'avait placé derrière un immense élève aux muscles comme de l'acier, et encore devant, il y avait trois autres élèves entre Regulus et lui. Barty pouvait à peine voir ses cheveux noirs dépasser de devant les autres élèves. Le professeur McGonagall commença à faire l'appel d'une voix monocorde, quand soudain, tôt, trop tôt :

-Black, Regulus !

Il vit son nouvel ami s'avancer vers le siège, le chapeau lui tombant sur les yeux. Le chapeau sembla hésiter un instant, mais finalement hurla :

-SERPENTARD !

Ce fut ensuite au tour des autres élèves, un à un réparti dans les autres maisons. Quand le Choixpeau parvint à "Chang, Xi" ("Serdaigle !") Barty sentit son estomac se soulever. Il se souvenait des rares fois ou son père lui avait parlé de Poudlard, quand il le voyait parfois au dîner :

-Je crois que le moment le plus difficile, c'est la Répartition. Mais j'ai été très fier d'être envoyé à Serdaigle, comme mon père, et comme son père avant lui. Vois-tu, c'est comme cela, chez les Crouch : on va à Serdaigle de père en fils.

Barty jeta un regard à la table que le fameux Chang avait rejointe. Et à celle que Regulus avait rejointe. Et s'il allait à Serdaigle, comme l'avaient fait ses aïeux ? Non, c'était hors de question, il ne voulais pas aller à Serdaigle, jamais !

-Crouch, Bartemius !

Barty avança vers le siège d'un pas tremblant. Le professeur McGonagall lui posa le Choixpeau sur la tête et le plongea dans le noir. Aussitôt, il eut l'impression désagréable que l'on fouillait dans sa tête. Le Choixpeau lui parlait dans sa tête :

-Oh... mais je vois, je vois des choses très intéressantes... une envie de faire ses preuves, un certain charisme, grande intelligence, une curiosité sans faille... où vais-je te mettre ?
-A Serpentard, songea Barty de toutes ses forces.
-A Serpentard ? Mais ton intelligence, ta curiosité et ton envie d'apprendre sont des qualités très recherchées à la maison Serdaigle et...
-Je veux aller à Serpentard, répliqua Barty dans son esprit.
-Bon, très bien, comme tu voudras...

Barty ferma les yeux et pria, pria très fort.

-SERPENTARD ! Hurla le Choixpeau magique.

Il l'avait fait. Il avait rejoint la même maison que Regulus. Ils étaient ensemble à présent. Ensemble pour la vie, et plus rien au monde ne pourrait les séparer.