Une fois n'est pas coutume, je vais tâcher de répondre à tous les guests qui ont laissé une review sur le chapitre précédent.

-Guibe : Alifair continue les potions, en effet, et elle aura besoin de Rogue pour une étape cruciale de sa vie professionnelle.

-LunaMidnight15 : Dans la première version il était question de coups de pied au cul, mais je ne voulais pas choquer mes lecteurs (ou Alifair ne voulait pas choquer Percy, par égard pour sa famille !)

-Waina : Merci ! Alifair n'a pas fini de s'éclater avec tous ces sorciers coincés !

-Guest : Merci pour cet effort ; je n'ai compté qu'une seule faute (de frappe). J'espère que la suite te plaira autant. J'ai prévu de varier les sujets ; il faut aussi s'amuser de temps en temps !

Et maintenant, la suite !


Chapitre 3 - Importunités

Dans les jours qui suivirent, Alifair reçut par l'intermédiaire d'Errol, le hibou des Weasley que Crickey avait mis dans le secret, une lettre officielle l'informant que le ministère traiterait sa demande dans les plus brefs délais. Elle réclama et obtint son rattachement au réseau des cheminées, ce qui lui permettrait de se déplacer sans plus recourir systématiquement à son elfe : elle pourrait désormais se rendre seule à Pré-au-Lard en passant par la cheminée des Trois Balais ou celle de La Tête de Sanglier ; en revanche, l'âtre du Chaudron Baveur étant interdit aux clients, elle négocia l'accès au Chemin de Traverse via la boutique d'Ollivander et Rabbani, auprès desquels elle était en faveur. Il n'y avait pas à craindre que quelqu'un d'autre s'introduise dans la maison Faraday par la cheminée : seules les personnes partageant le secret gardé par Crickey l'auraient pu, mais se matérialiser directement dans le domicile d'autrui était, chez les sorciers, de la plus extrême inconvenance, sauf cas d'urgence absolue. Passer sa tête dans les flammes, en revanche, n'était pas considéré comme une intrusion ; comme cela pouvait se produire même si la cheminée d'arrivée était éteinte, Alifair plaça un paravent devant l'âtre afin d'éviter qu'un visiteur inattendu surprenne Rogue dans le salon.

Sans atteindre à des sommets d'allégresse, l'humeur du sorcier semblait se stabiliser. Aidée de Crickey, Alifair s'était introduite de nuit dans une pharmacie pour faire provision des médicaments prescrits par le docteur Macintosh. L'elfe les réduisait en poudre pour les glisser dans les soupes et les plats en sauce qu'elle servait déjà dressés dans des assiettes afin de ne pas les administrer à la mauvaise personne. Rogue se portait maintenant assez mieux pour s'étonner de cette profusion de veloutés, ragoûts et potages si chauds et lourds pour la saison. La seule crainte d'Alifair était qu'il se remette au point de lire la vérité dans son cerveau ou celui de Crickey ; elle avait donc repris la lecture de Maître de son esprit : les techniques magiques de contrôle de la pensée, afin de développer ses capacités d'occlumancie.

Pour le détourner de ses soupçons autant que dans l'espoir de lui redonner goût à la vie, la Moldue proposa à l'ancien professeur de l'accompagner lors de sa toute première escapade par la poudre de cheminette, ce que l'intéressé refusa catégoriquement.

« -Vous serez sous Polynectar, plaida Alifair. Personne ne vous reconnaîtra.

-J'ai dit non, c'est non », répliqua Rogue d'un ton définitif.

Alifair n'insista pas. Depuis le procès Malefoy, le prétendu défunt boudait, contrarié qu'une fois encore, Potter récolte les lauriers : la presse avait en effet salué « sa sincérité toute simple, sa droiture et son exemplarité morale ». Rogue avait failli en vomir son bœuf Stroganoff.

« -Dans ce cas, gardez un œil sur les potions en cours, le pria-t-elle simplement.

-Il faudra indiquer clairement votre destination, Miss, recommanda Crickey, et garder les bras serrés le long du corps.

-L'âtre de sortie est très petit, l'avertit le portrait de Tommy depuis le paysage au-dessus de la cheminée. Fais attention à ne pas te cogner la tête.

-C'est noté, affirma Alifair avant de se tourner vers Rogue. Vous n'avez aucun conseil à me donner ? »

Le sorcier haussa les épaules, l'air indifférent.

« -Tâchez de conserver votre déjeuner dans votre estomac, lâcha-t-il. Et emportez une brosse à vêtements : ces messieurs vous seront reconnaissants de ne pas semer de la suie sur votre passage.

-Crickey en a mis une dans le sac de Miss Alifair, précisa aussitôt l'elfe.

-Le contraire m'aurait étonné, marmonna le sorcier.

-Bon, j'y vais, déclara Alifair. Ne faites pas de bêtises en mon absence. »

Elle prit une poignée de poudre étincelante dans le sachet que lui présentait Crickey et s'avança vers la cheminée éteinte.

« -Si ce n'est pas trop vous demander, mon grand... », pria-t-elle sans se retourner.

Un soupir de profonde lassitude lui répondit. Il y eut ensuite un craquement et un feu ronflant apparut dans l'âtre.

« -Merci, trésor, vous êtes un amour », sourit Alifair en jetant la poudre sur les flammes qui prirent aussitôt une teinte émeraude.

Alifair se pencha pour entrer dans la cheminée, réprimant un frisson au contact du feu : il était tiède, certes, mais pour combien de temps ?

« -Ollivander et Rabbani », articula-t-elle en retenant son souffle pour ne pas avaler de suie.

Elle se sentit aussitôt aspirée dans le conduit obscur, puis tourbillonna entre ombre et lumière, des intérieurs sorciers défilant fugitivement devant elle ; les mains collées aux cuisses, elle ferma les paupières, serra les dents et attendit que ça passe. Soudain, ses pieds heurtèrent le sol si violemment qu'elle faillit perdre l'équilibre. Ouvrant les yeux, elle vit qu'elle se trouvait dans un étroit conduit de cheminée dont l'ouverture atteignait à peine ses genoux tremblants.

« -Ah, le confort des transports magiques, maugréa-t-elle en s'accroupissant pour se faufiler avec peine à l'extérieur.

-Miss Blake ! Quelle bonne surprise ! »

Un homme souriant, ventru et au teint basané, sortit de derrière le comptoir de la petite boutique aux rayonnages surchargés pour venir l'aider à se relever.

« -Bonjour, Mr Rabbani, le salua Alifair. Mr Ollivander n'est pas là ?

-Non, il est encore trop faible, le pauvre homme, expliqua le fabricant tandis qu'Alifair tirait la brosse à vêtements de son sac pour décrasser son T-shirt. Je lui ai dit qu'il valait mieux qu'il se repose avant le coup de feu du plein été : quand les élèves de Poudlard auront reçu leur liste de fournitures, ce sera la ruée sur les baguettes magiques ! Surtout avec nos nouveaux modèles traités aux huiles nobles. Garrick y travaille encore mais, dès qu'ils seront au point, les clients vont se les arracher !

-C'est une excellente nouvelle, se réjouit Alifair. Je suis contente que les travaux de Tommy trouvent une application pratique.

-Votre part sur les ventes sera versée sur le compte Faraday inventeurs, poursuivit Mr Rabbani. Quinze pour cent, c'est bien cela ? »

Alifair confirma d'un hochement de tête.

« -Je ne suis pas pour grand chose dans l'affaire, reconnut-elle modestement.

-Mais ce cher Thomas est à l'origine d'une importante avancée, et vous êtes son héritière, argua Mr Rabbani. Il est normal que vous profitiez du fruit de ses recherches. »

Alifair ne chercha pas à nier : elle ne voyait aucun inconvénient à diversifier ses revenus, et il ne lui déplaisait pas d'être en affaires avec les deux fabricants.

« -Vous avez des courses à faire ? s'informa Mr Rabbani, affable.

-Ingrédients pour potions, la routine, répondit Alifair. J'aimerais aussi en profiter pour m'acheter un hibou.

-Allez chez Eeylops, conseilla le fabricant. Ils ont de beaux oiseaux parfaitement dressés. En revanche, un volatile risque de ne pas apprécier le voyage par cheminée.

-Mon elfe viendra me chercher, ce sera plus pratique avec les paquets », expliqua Alifair, omettant d'ajouter que l'oiseau ne pourrait atteindre la maison s'il n'y était introduit par sa Gardienne.

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Severus Rogue n'était pas mécontent de se trouver enfin seul dans le salon de la maison Faraday : Crickey vaquait à son ménage quotidien et les portraits avaient déserté le paysage au-dessus de la cheminée. Assis dans un rayon de soleil, rafraîchi par la douce brise filtrant par la fenêtre entrouverte, le sorcier se sentait presque bien. Il feuilletait Le Roman des Fondateurs, une fiction d'Aloïs E. Clarke consacrée à l'histoire des premiers directeurs de Poudlard ; il n'en appréciait guère le style mais les annexes généalogiques étaient intéressantes.

Un rictus sarcastique étira ses lèvres lorsqu'il constata que l'éditeur avait omis de faire apparaître le nom du dernier descendant de Salazar Serpentard : Tom Jedusor, dit Voldemort. L'un des premiers projets de ce dernier avait été de devenir si terrifiant que plus personne n'oserait dire ou écrire ce nom : à l'évidence, il avait réussi. Même mort et enterré, il faisait encore peur. Cette constatation procurait à Rogue un certain réconfort : après les années qu'il avait passées immergé dans le halo d'effroi qu'exhalait le Seigneur des Ténèbres et les ravages que cette proximité avait causés sur son esprit, il n'était pas mécontent que la communauté des sorciers ne puisse simplement barrer cette période d'un trait de plume, comme si la terreur n'avait pas existé. C'était mesquin de sa part, aurait dit Lily ; peut-être, mais il avait besoin de savoir que les autres n'étaient pas pleinement heureux.

Une pétarade sonore interrompit le cours de cette plaisante mesquinerie. Regardant par la fenêtre, Rogue vit une énorme moto équipée d'un side-car se garer le long du trottoir. Un homme casqué en descendit et fit le tour pour aider une femme d'âge mûr à s'extraire du side-car ; elle portait une longue robe verte et tenait un bébé dans ses bras. Les poils de Rogue se hérissèrent avant même que l'homme retire son casque, confirmant ce que le sorcier avait déjà deviné. Contrarié à l'extrême, Rogue monta se barricader dans sa chambre avant que retentisse la sonnette de la porte d'entrée. Après s'être assurée que son protégé était en lieu sûr, Crickey alla jeter un œil par la fente de la boîte aux lettres. Elle eut un petit hoquet de surprise et ouvrit la porte aux visiteurs.

« -Mrs Tonks ! Mr Potter ! »

Elle s'effaça pour les laisser entrer. Teddy gigotait entre les bras d'Andromeda, les yeux grands ouverts sur tout ce qui l'entourait. Harry aussi détaillait le hall avec intérêt : bien qu'ayant reçu un billet de Crickey lui autorisant l'accès de la maison, il n'y était encore jamais entré. Sa curiosité n'était toutefois pas la source de l'excitation qui lui rosissait les joues.

« -Je viens de récupérer la moto de Sirius, mon parrain, expliqua-t-il à l'elfe avec entrain. Mr Weasley connaissait quelqu'un capable de la réparer et de la réenchanter. J'ai proposé à Andromeda de venir faire un petit tour avec Teddy et il s'est avéré que Londres n'était finalement pas si loin...

-Oui, enfin... en volant, gloussa Andromeda. Au début, je ne voulais pas, mais Harry conduit très bien, et cela faisait si longtemps que je n'avais pas volé... »

Elle avait les yeux brillants et paraissait encore grisée par la sensation. En cet instant, elle ressemblait plus à sa fille défunte qu'à sa sœur Mangemort également décédée. Pour tout dire, Crickey avait peine à la reconnaître.

« -Teddy aussi a apprécié, déclara Harry en chatouillant le menton du bébé qui se tortilla en riant aux éclats. Et avec le réacteur d'invisibilité, aucun Moldu n'a pu nous apercevoir.

-Je suis sûre qu'Alifair ne serait pas contre une promenade, avança Andromeda. J'espère que nous n'arrivons pas au beau milieu de la préparation d'une potion délicate ?

-Crickey est désolée, Miss Alifair est sortie, s'excusa l'elfe.

-Moi qui croyais qu'elle passait ses journées penchée sur ses chaudrons, s'étonna la sorcière. En a-t-elle pour longtemps ?

-Crickey ne sait pas, Madame, mais si Mr Potter et Mrs Tonks ne sont pas pressés, ils peuvent attendre au salon.

-Faisons ça, décréta Andromeda. Nous avons une grande nouvelle à lui annoncer ! »

Soucieuse de ses devoirs, Crickey les installa confortablement, déploya un tapis de sol entouré d'une barrière de coussins en guise de parc pour Teddy et leur alluma la radio. Après avoir servi le thé, elle s'éclipsa sous prétexte de retourner à son ménage afin d'en porter une tasse à son pensionnaire clandestin.

Rogue était assis dans le fauteuil de sa chambre, broyant visiblement du noir. Les médicaments avaient eu un effet positif sur ses accès de morosité, mais cet imprévu l'avait fait retomber dans la déprime.

« -Crickey peut vous monter une part de cake aux raisins, Monsieur, si Mr Rogue le désire, proposa-t-elle prudemment.

-Jette plutôt un sort de silence sur la porte et le plancher », soupira-t-il d'un ton morne.

Il n'entendait pas les voix de Harry et d'Andromeda qui discutaient au salon, mais les gazouillis joyeux de Teddy dominaient le fond sonore musical et heurtaient ses oreilles et son moral sensibles.

« -Sauf votre respect, Monsieur, répliqua Crickey avec calme et fermeté, si le bruit dérange Mr Rogue, il est capable de remédier à cela lui-même. »

Aucun elfe de Poudlard, pas même cette tête brûlée de Dobby, n'aurait osé répondre ainsi à l'ancien professeur. Crickey n'avait mis aucune insolence dans ses propos ; simplement, Rogue n'était pas son maître et, comme Alifair, elle estimait qu'il fallait l'inciter à agir plutôt que de le laisser ruminer ses contrariétés. Abattu d'être privé de l'après-midi confortable et solitaire qu'il avait escompté, le sorcier ne s'offensa même pas des paroles de l'elfe. Il avait beau savoir que sa réaction était disproportionnée, il ressentait sa journée comme gâchée et n'avait qu'une hâte : qu'elle prenne fin. Crickey perçut son état d'esprit et prit note d'en toucher mot à sa maîtresse ; si le moral du sorcier demeurait vacillant, il faudrait songer à augmenter les doses.

« -Crickey doit retourner en bas, dit-elle. Elle va demander à Miss Georgina de venir dans le cadre de votre chambre, ainsi elle pourra prévenir Crickey si vous avez besoin d'elle.

-Dis plutôt qu'elle pourra me surveiller, marmonna Rogue. On pensait qu'il allait mieux et voilà qu'il replonge : qui sait jusqu'où il descendra, maintenant ? constata-t-il, amer d'avoir lui-même espéré trop tôt.

-Cela viendra, Monsieur, affirma Crickey en posant des doigts légers sur son genou. Il faut être patient.

-La patience, c'est la souffrance, lâcha-t-il à voix basse, non pour faire une belle phrase mais parce que l'étymologie du terme lui apparaissait soudain cruellement juste. La vraie patience. C'est un enfer.

-Aujourd'hui, Monsieur, nuança Crickey. Mais pas hier.

-Hier, c'était supportable », concéda Rogue.

Il fut secoué d'un rire ironique mêlé d'un sanglot.

« -Est-ce que ce sera ça, ma vie : au mieux le supportable, au pire l'enfer ? »

Il se garda d'ajouter que, dans ce cas, il aurait mieux valu le laisser mourir : il lui restait encore assez de fierté pour refuser de verser dans le mélodrame. Mais, s'il n'envisageait plus de se supprimer, la perspective d'une existence si terne accroissait son désespoir.

« -Vous guérirez, dit doucement Crickey. Vos efforts porteront leurs fruits, au bout du compte. D'abord vous ne serez plus malheureux, ensuite vous retrouverez de l'intérêt et du plaisir à vivre. Mais il faut attendre.

-Attendre, répéta Rogue. Je ne fais que ça. »

Attendre de retrouver sa force morale et le contrôle de son esprit. Depuis la mort de Lily, Severus Rogue avait entraîné son psychisme comme un muscle, barrant la route aux émotions, cachant ses pensées, sublimant les unes et les autres pour les projeter déformées à la surface ; le Seigneur des Ténèbres en personne s'y était laissé prendre. Sans forfanterie, Rogue était certain que sa puissance mentale était sans équivalent dans tout le Royaume-Uni. Et puis, tout s'était écroulé et, malgré ses efforts, il était incapable de retrouver le contrôle. Il avait connu par le passé des moments de profonde solitude, de détresse affreuse, mais ça ne durait pas : un effort de volonté lui suffisait pour reprendre les rênes. Il avait cru y parvenir à nouveau depuis quelques jours, dans une certaine mesure, et voilà qu'un petit accroc à sa routine, un événement sans véritable conséquence, le replongeait malgré lui dans le noir, sans qu'il puisse rien y faire. C'était cela, l'enfer : souffrir, sans raison, sans rien pouvoir y faire. Sans savoir si on guérira un jour.

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Alifair appela Crickey à 17h pour qu'elle la ramène à la maison. Elles se matérialisèrent dans le hall et l'elfe se saisit des paquets et de la cage de l'oiseau que la Moldue avait choisi.

« -Allez retrouver vos visiteurs, Miss, Crickey s'occupe de tout ranger, dit-elle.

-Mets les robes dans ma chambre, indiqua Alifair. Il faut que je les retouche avant de les lui donner, je pense qu'elles sont un peu longues. Je n'ai pris que du noir, j'ai cru comprendre que c'était sa couleur fétiche. Et lâche le piaf sur le toit : il paraît qu'il va faire son nid dans un arbre. J'ai prévenu le vendeur que s'il se barre, je reviendrai lui faire sa fête. »

Elle fila ensuite au salon où le portrait de Tommy et Roger Dunbar faisaient la conversation à Harry et Andromeda. La sorcière se leva pour venir l'embrasser.

« -Vous avez bonne mine », constata-t-elle poliment, son entrain retombé depuis longtemps.

Elle saluait toujours Alifair avec un certain formalisme : la Moldue était présente quand son gendre puis sa fille s'en étaient allés à la mort, et c'était un souvenir qu'elle ne pouvait oublier. Non plus qu'elle ne pourrait jamais complètement pardonner à Alifair de leur avoir survécu, même si cette rancune dont elle avait honte était enfouie tout au fond de son cœur.

« -Ça me fait plaisir de vous voir, tous les trois ! se réjouit Alifair en prenant Teddy dans ses bras. Mais c'est qu'il a grossi, ce petit ogre ! dit-elle en faisant une grimace d'effort qui ravit le bébé.

-Il a de l'appétit, confirma Andromeda. Et il a commencé à faire ses dents.

-Non ! s'exclama Alifair. Déjà ? »

La grand-mère confirma avec fierté.

« -Harry a pensé qu'en tant que marraine, vous deviez tout de suite être mise au courant, ajouta-t-elle en souriant.

-Tu m'étonnes, approuva Alifair. Il faut marquer le coup ! Vous restez dîner ce soir. »

Ce n'était pas une question, d'ailleurs personne n'eut l'idée de refuser. La nouvelle enchanta Crickey qui se mit en devoir de préparer un repas de fête et quelques biberons pour le héros du jour.

Lorsqu'ils passèrent à table, Harry remit à Alifair un petit rouleau de parchemin fermé par un ruban de soie violet.

« -On m'a chargé de vous faire parvenir cette invitation, expliqua-t-il. J'ai reçu la même. »

Curieusement, il n'en paraissait guère satisfait. Intriguée, Alifair déroula le parchemin et lut le message rédigé à l'encre dorée, d'une écriture élégante à peine tremblée :

« Bien chère Miss Blake,

Quoiqu'ayant combattu sous le même drapeau lors de la bataille de Pré-au-Lard, nous n'avons pas encore eu l'occasion d'être présentés. On m'a pourtant dit le plus grand bien de vous et je suis très désireux de faire la connaissance d'une personne si remarquable. Vous me feriez donc grand honneur en acceptant mon invitation à la petite soirée que j'organiserai le 17 juillet prochain. Afin d'éviter les désagréments causés par l'irruption intempestive de journalistes, les détails tels que l'heure et le lieu exacts seront communiqués ultérieurement. Que ce mystère ne vous rebute pas : mon seul désir est de passer un agréable moment en compagnie de vieux amis et de nouvelles connaissances. Mon ancien élève, Harry Potter, aux bons soins duquel je confie ce courrier, vous le certifiera.

Espérant pouvoir vous compter au nombre de mes convives, je vous prie de recevoir, très chère Miss Blake, l'assurance de ma profonde considération.

Horace E. F. Slughorn »

« -C'est le gros moustachu, c'est ça ? demanda Alifair. Il avait l'air tout gentil mais, une baguette à la main, il était assez féroce, si je me souviens bien.

-C'est un collectionneur, l'avertit Harry. Il n'entretient de relations qu'avec les gens dont le prestige rejaillit sur lui, ou qui sont en position de lui être utiles, d'une manière ou d'une autre. Seuls ceux qui ont du potentiel l'intéressent. Pour lui, les autres n'existent pas.

-Il n'est pas méchant, précisa Andromeda. Ni malhonnête. Il peut même se montrer très bienveillant envers ses protégés. C'est juste un incorrigible snob.

-Voldemort était son élève préféré, avant qu'il tourne mal, avoua Harry. Ensuite, bien plus tard, ç'a été ma mère.

-Intéressant, commenta Alifair en haussant un sourcil. Un sorcier qui ne se soucie tout simplement pas des questions de sang : vous éveillez ma curiosité. Vous irez ? demanda-t-elle à Harry.

-Je ne pense pas, répondit-il. Pour Slughorn, ses « amis » ne sont que des pions. Je ne dis pas qu'il n'a pas de respect ni d'affection pour eux, au moins pour certains, mais... »

Il réfléchit quelques instants, cherchant la meilleure manière d'exprimer son sentiment.

« -Tout ce que Slughorn voit en moi, c'est un garçon célèbre qu'il pourrait propulser encore plus dans la lumière, dit-il avec véhémence. Avec ses relations, il pourrait m'obtenir une bonne place dans un ministère, une équipe de Quidditch ou je ne sais quoi d'autre... Il en serait ravi. Mais moi, je ne veux plus être dans la lumière. Je veux construire ma vie moi-même, grâce à ce que je vaux et non en raison d'une réputation que je n'ai pas voulue.

-Vous serez toujours le Survivant, dit Alifair avec commisération. Les gens vous verront toujours comme ça, même si vous menez la vie la plus ennuyeuse du monde, et ils ne se comporteront jamais avec vous comme avec le pékin moyen. Mais, si ça peut vous réconforter, pour la Moldue que je suis, vous ne serez jamais qu'un gamin trop sérieux », ajouta-t-elle en lui donnant une claque dans le dos.

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Il s'éveilla au petit matin, sans d'abord savoir pourquoi. D'ordinaire, son état et l'orientation de sa chambre le laissaient profiter longtemps de l'oubli du sommeil. Son oreille affûtée ne perçut aucun son qui aurait pu provoquer ce réveil – Potter et sa clique partis plusieurs heures plus tôt dans des vagissements de bébé et des vrombissements de moteur, la maison avait retrouvé son calme habituel. Il n'avait ni trop chaud, ni trop froid. Rien d'anormal n'avait donc attiré son attention à travers les profondeurs du repos. Quoique, à la réflexion...

Un subtil arôme chatouillait ses fosses nasales : un parfum léger, insensible au commun des mortels mais pas au nez exercé d'un maître des potions. Maintenant qu'il s'y intéressait, l'odeur devenait plus forte, âcre, presque piquante. Inquiétante.

« -Mille trolls en putréfaction ! Les potions ! » s'écria-t-il en se dressant dans son lit, comme propulsé par un ressort.

Repoussant ses draps, il se rua vers la porte, se cognant au passage contre son fauteuil invisible dans l'obscurité. Sans se soucier de réveiller toute la maisonnée, il grimpa quatre à quatre l'escalier, déboula sur le palier du deuxième étage qu'il remonta au pas de course pour entrer en trombe dans le laboratoire d'Alifair. Les trois chaudrons que la Moldue l'avait chargé de surveiller, et que sa plongée dans la déprime lui avait fait oublier, bouillonnaient de façon menaçante en dégageant des fumées malsaines. Furieux contre lui-même, le sorcier ouvrit les fenêtres, éteignit d'un coup de baguette les réchauds à gaz et se dirigea vers un chaudron pour examiner les dégâts, bousculant les paquets d'ingrédients empilés dans un coin par Crickey. L'aube naissante éclaira faiblement une mixture brûlée, noircie, ravagée.

« -Tu n'es donc plus bon à rien, pitoyable épave », se réprimanda-t-il.

Il pointait sa baguette sur le chaudron pour le vider quand un volatile noir entra par la fenêtre et se mit à tourner autour de sa tête en croassant bruyamment.

« -Nom d'une furie hurlante, qu'est-ce que c'est que ça, encore ?! » s'énerva Rogue en faisant de grands gestes pour écarter l'oiseau.

Loin de se montrer effrayé, l'animal fondit agressivement sur le sorcier, croassant de plus belle, bec et serres pointés vers son visage, évitant avec adresse les bras levés de Rogue. Celui-ci brandit sa baguette et lança plusieurs sortilèges qui firent battre l'oiseau en retraite. Il alla se poser sur une étagère et s'immobilisa, claquant du bec, le plumage ébouriffé, dardant un regard mauvais sur le sorcier qui le lui rendait bien.

« -Qu'est-ce que c'est que ce chambard à une heure pareille ? Vous avez décidé de foutre en l'air mon labo avant de vous foutre en l'air ? »

Échevelée, les yeux cernés, Alifair se tenait les poings sur les hanches sur le pas de la porte, une robe de chambre ouverte sur son pyjama. Elle lança à Rogue un regard mi-menaçant mi-inquiet, puis un croassement la fit sursauter.

« -Si vous cherchez le responsable de cette cacophonie, le voici », déclara Rogue, pas mécontent de se défausser momentanément sur l'oiseau.

Le visage d'Alifair s'éclaira.

« -Vous avez fait la connaissance de Corbac ! se réjouit-elle. J'avais d'abord pensé prendre un hibou mais il m'a tapé dans l'œil quand je l'ai vu dans sa vitrine. C'est tout de même plus original.

-Un corbeau ? dit Rogue, incrédule. Comme oiseau messager ?

-C'est une corneille, corrigea Alifair. Les corvidés sont très intelligents, et le vendeur m'a assuré qu'ils étaient tout aussi fiables que les hiboux.

-Ils sont aussi bruyants, grossiers et affreusement rancuniers, riposta Rogue avec un regard noir à Corbac.

-Je sais, confirma sereinement Alifair. Un oiseau avec de la personnalité, c'est exactement ce qu'il me faut.

-Dites plutôt que vous vous sentez une affinité particulière avec cette importunité volante », railla Rogue.

Sur son étagère, Corbac gonfla ses ailes et claqua du bec d'un air menaçant.

« -Et vous, vous vous sentez malin, à l'insulter en face alors qu'il comprend tout ? » répliqua Alifair.


Et voici le retour de la course aux commentaires ! L'auteur de la 25e review sera sollicité pour parrainer un nouveau personnage (et pas quelqu'un de très sympathique, pour une fois). Je rappelle les règles : tous les commentaires sont comptabilisés, mais si le 25 émane d'un guest (que je ne peux donc pas contacter par MP), c'est le prochain commentateur identifié qui gagnera. Trois, deux, un... partez !