Note de l'auteuze indigne: Deux mois... je n'ai pas posté la suite alors que ça fait deux mois... je manque à tous mes devoirs !! Quelqu'un aurait une corde, histoire que je me pende ? Non ? Un flingue, alors ? Un six-coup, ce serait parfait !! Je pourrais jouer à la roulette russe... avec cinq balles... aurais-je autant de chance que Zoro lorsqu'il s'amuse à balancer son Sandaime Kitetsu dans les airs ? Oui ? Nan ? Les paris sont ouverts !!
Ne vous en faites pas, j'aime toujours mes lecteurs !! Ne me quittez paaaaaaaaaas...
*se tire une balle...*
Dédicace: A ma ptite soeur chériiiiie que j'espère bientôt revoir... à mon Tony-Tony (Chopper !!!) qui ne cesse de faire pleuvoir sur ma misérable personne des compliments tous plus saugrenus les uns que les autres...
A mes lecteurs, parce que je les aime et qu'ils sont ma raison de vivre... bien qu'ils ne semblent pas se bousculer au portillon, dans ce coin...
A Toi, parce que tu es un sacré enfoiré et que tu me manques...
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Chapitre Un : Quatre mots sur un piano…
« Je ne sais plus très bien à quoi pensais-je, les premiers jours. Je t'observais de loin, sans que tu ne le saches. Je n'osais t'approcher, pourtant tu m'attirais à toi, inexorablement. J'aurais voulu t'oublier dès lors que ces paroles fatidiques sortirent d'entre tes lèvres, mais ce ne fut le cas. Comment t'oublier ? Comment aurais-je pu imaginer que ce ne serait pas cet éclat de métal qui t'emporterait loin de moi… »
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Lorsque je lui ai avoué n'avoir pas le moindre titre, et n'être guère qu'un orphelin recueilli, il ne m'a pas rejeté. Je ne le comprends pas. Lui, Sasuke Uchiha, le Prince de glace, l'un des hommes les plus importants de ce foutu pays, avait craint pour la vie d'un inconnu.
Plus étrange encore, pour ma vie.
Je ne saurais concevoir qu'un tel personnage puisse se soucier de l'existence d'un inférieur, pourtant, il semble s'être laissé guider par une peur aussi vive et fulgurante qu'infondée. L'instant d'après, il se rit ouvertement de mes différences, comme si cela n'avait strictement aucune importance. Comme si ce monde, qui est sensé être aussi le sien, n'était pas basé sur le fait même de se plier à la hiérarchie traditionnelle qui pourrit nos vies depuis la nuit des temps. Comme si le fait qu'il soit noble et moi pas n'avait guère d'importance.
J'en conclus donc qu'il n'avait finalement que faire de mon existence, puisque même mes différences ne semblent l'atteindre. Mais non. Sa réaction, tout aussi étrange, à ma réplique suivante, dément cette pensée.
Lui qui a déjà la peau si parfaitement pâle, comme si jamais un rayon de soleil ne l'avait effleuré, pâlit encore à vue d'œil lorsque je lui apprends que mes jours sont certainement comptés. Je ne m'attendais à beaucoup de choses, mais certainement pas à une réaction aussi violente.
Certes, il ne s'est pas énervé, au contraire. C'était violent par son manque de réaction. J'avais l'horrible sensation de le regarder sombrer dans le gouffre le plus obscur, sans rien pouvoir faire. Je regardais ses prunelles, déjà si noires, sembler s'assombrir encore. C'était violent, car je regardais le Prince de glace se briser un peu plus sous mes yeux, comme un diamant fissuré.
Moi, je suis loin d'être un Prince de glace. Je n'ai aucun contrôle sur mon subconscient, qui a une fâcheuse tendance à n'en faire qu'à sa tête. Par exemple, il décide tout seul de lever ma main pour qu'elle se pose sur son bras, et Dieu sait que je m'en sens ridicule, mais il est déjà trop tard… il semble si perdu alors, comme dans un autre monde. Sans le vouloir, il me laisse sentir qu'il se sent mal. Sans le vouloir, il m'émeut, là où je pensais que personne n'y réussirait.
Il ne me faut pas attendre bien longtemps avant qu'il ne quitte ma compagnie sur une excuse vaseuse, et descende les escaliers du toit, sans rien avoir mangé. Sans doute aurais-je dû lui proposer un peu de mon piètre repas, mais je n'ai pas osé. Je crois qu'il me fait peur. Sa souffrance me fait peur. Il faut qu'un homme souffre pour savoir se revêtir d'un tel masque, d'une telle armure. Nul besoin d'être un génie pour le savoir…
Je crois que j'ai peur pour lui, inexplicablement. Après tout, je ne le connais pas, ce garçon. Je ne sais pas ce qu'il a derrière la tête, je ne comprends rien à ce qu'il est. Pourquoi me soucierais-je de sa santé ? Peut-être est-ce parce que j'ai la sensation que, sous l'acier, sous la pierre, et la glace la plus dure, se cachent la fragilité, et la douleur, surtout, profonde et dévorante.
Malgré tout ce qu'un autre aurait fait, malgré ce qu'il devrait penser de moi, je ne sais pourquoi, je me refuse à penser un seul instant qu'il en viendrait à m'éviter à cause de ma condition. Je sais que j'ai raison de penser ainsi, ne me demandez pas pourquoi…
Je sais que je peux lui faire confiance.
Lorsque je reviens du toit, toujours perturbé, à la fin de la pause, il n'a pas quitté sa place, au fond de la classe, à côté de moi. Je savais que j'avais raison… pourtant, j'ai la sensation qu'un poids quitte ma poitrine, en le voyant là, fidèle au poste.
Il semble complètement ailleurs, flottant sur un nuage aux nuances de gris inquiétantes. Mais il n'est pas parti. Je me rends compte à présent combien, en quelques instants, il est passé du stade indifférent à très important pour moi. Je me rends compte que je ne veux pas qu'il me délaisse, en quelque cas que ce soit.
Ce n'est pourtant pas le moment de tomber amoureux de qui que ce soit…
Ce moment ne viendra jamais, pour moi. Je n'en ai pas le droit. Je suis ce genre de personnes qui ne méritent pas tel cadeau. Je ne le mérite pas, surtout pas lui. Je le sais, nul besoin de le connaître plus avant pour le deviner. Cet homme est exceptionnel…
Les jours passent, inlassablement, et se ressemblent. Je ne sais plus depuis combien de temps il monte sur le toit m'attendre, je ne sais plus depuis quand ai-je pris la décision de lui apporter un déjeuner, à lui aussi. Il finit toujours tout, jusqu'à la dernière miette. Pour me faire plaisir. Parfois, même, il sourit. Ses sourires sont de véritables trésors. Ces instants, j'aimerais qu'ils durent à jamais…
Il passe le plus clair de son temps à gribouiller. Des paysages, parfois. J'ai reconnu la Tour Eiffel, et Big Ben, et même le Colisée. Est-il allé dans toutes ces villes, dans chacun des lieux qu'il dessine ? Dans ce cas, tous ces visages dont les traits naissent de sa main, sont-ils des personnes qu'il aurait connues ? Les regrette t-il, regrette t-il tant l'Europe, pour passer son temps perdu dans des pensées qui me demeurent inconnues ?
Assis à ses côtés, j'ai la sensation de passer mon temps à souffrir. Comme s'il me communiquait son mal-être, comme si lui et moi n'étions qu'une seule et même personne. Comme si sa douleur, si bien dissimulée aux yeux du monde, mais pourtant si visible pour moi, m'avait plongé dans les affres d'une souffrance dont je n'avais pas encore pris conscience, mais que mon cœur renfermait, en attente de sa libération. Je me sens différent. Je me sens… horriblement mal.
J'aimerais croire que ma situation actuelle pourrait durer éternellement, mais je ne sui pas si naïf. Je sais pertinemment que tel ne pourrait être le cas. J'aimerais croire que nos sourire, nos rayons de soleil, ne cesseront jamais. Mais, si je ne sais qui il est véritablement, je sais malheureusement qui je suis. Ce que je suis devenu, depuis que j'ai ouvert les yeux sur ce monde cruel…
Mon tuteur, Maître Jiraya, m'a recueilli comme son fils, il y a trois ans de cela. Il est l'unique père que j'aie jamais eu. Il m'offre la meilleure éducation qui soit, m'a fait entrer dans la plus prestigieuse école du pays. Peu importe que je n'y connaisse personne, que je n'y sois guère qu'un paria. Mes amis ne vont plus à l'école depuis fort longtemps…
Avant de le rencontrer, je vivais chez ces amis. Là, je me pris de passion pour un vieux piano à queue quelque peu délabré, mais qui sonnait encore fort bien. C'est aussi pour cela que père m'a adopté. Pour cela qu'il a eu vent de mon existence dérisoire. Jamais je n'avais pris le moindre cours, j'ai tout appris de la musique par moi-même. Pourtant, on disait déjà de moi que j'étais un petit génie. Que j'avais du talent. Comme si la musique était innée et coulait dans mes veines.
Je ne saurais dire si tel est le cas.
Toujours est-il que le Maître me prit sous son aile et devint mon mécène. Lorsque j'étais gêné de ses attentions et que j'osais protester, il me rembarrait d'un sourire désarmant et d'un clin d'œil en rétorquant que je lui rapporterais gros, à l'avenir. Que répondre à ça ?
Dès lors qu'il m'eut adopté et accueilli en sa demeure, il me livra en pâture à un pianiste professionnel, qu'il avait dû bien aimer dans un bar. Un home très doux et profondément bon, mais aussi exigeant dans son travail. Pour une coquette somme, le talentueux artiste m'inculqua chacune des bases de sa passion, jusqu'aux choses les plus compliquées. Il m'apprit à lire des partitions, il m'enseigna tout ce que je ne savais pas encore. Nous nous voyions quasiment chaque jour, inlassables, et au bout de treize longs mois de gestation, j'acquis enfin toutes les connaissances que mes dix années d'apprentissages manquantes ne m'avaient pas livrées.
Jusqu'ici, j'ai composé moult morceaux plus ou moins concluants, en ai abandonné plusieurs en route, en remanierais quelques uns jusqu'à ce qu'ils atteignent mon sens de la perfection, sans doute. Mais jamais je n'ai eu jusqu'ici, sur le bout de ma plume, une telle mélodie à naître. Une de celles qui provoquent la larme traîtresse, une de celles qui racontent toute une histoire. Une mélodie qui ressemblera à ces regards, ces sourires si précieux de mon nouveau voisin de table. Elle fera chavirer les cœurs, aussi sûrement qu'il fit chavirer le mien.
Jamais je n'aurais créé de tel chef d'œuvre sans lui…
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Cela faisait longtemps que je n'avais savouré le simple plaisir d'arpenter ces rues. Mes rues. Elles m'avaient manqué, depuis ces quelques semaines durant lesquelles j'étais par monts et par vaux, si loin… son ciel m'a manqué, sa chaleur accueillante, ses quartiers cosmopolites, sa foule… la plus grande ville du monde, si éclatante de beauté, avec ses mille et unes couleurs chatoyantes. Les peaux pâles ou bronzées, les indiens, les africains, les européens, les blancs, les noirs, les jaunes, les verts et les pas mûrs…
Oui, ma cité chérie m'avait manqué. Et mon stupide humour vaseux aussi.
Certains se permettent de me regarder de travers. Sans doute voient-ils d'un œil suspicieux mon allure scandaleusement débraillée. Ou la couleur éclatante de mes cheveux.
Rose.
Sans doute certains, avec leurs sourires amusés, pensent-ils que cette couleur prétendument coquette et féminine ne me sied point. Ils n'en saisissent pas la signification. Je n'ai donc cure de leur avis. Je me fiche du monde. Et le monde me craint comme son pire cauchemar. Certains lèvent les yeux, sur mon passage, puis les détournent bien vite, effrayés. Ils me connaissent tous, au fond. Même si je ne suis qu'une légende urbaine, pour certains hérétiques, ils savent bien que j'existe. Ils savent que je ne suis pas qu'une rumeur, qu'une histoire inventée pour faire peur.
Je suis là. Je vis avec eux, ils n'ont d'autre choix que de l'accepter. Alors ils tremblent sur mon passage.
Et ils murmurent « c'est elle ! », partagés entre crainte et admiration.
Les hommes sont des êtres stupides.
Ils se racontent des histoires, pensant qu'une part de fiction doit bien s'inclure dans les différents récits. Ils ne saisissent jamais à quel point la réalité est Ô combien pire que la fiction…
On parle de moi comme d'un démon revenu tout droit des Enfers dans l'unique but d'instaurer le règne de la terreur. On dit de moi que je suis maudite, et plus effrayante encore que la Mort elle-même. Que je maudis l'humanité entière, que je crache sur le monde que je foule de mes pas. On raconte, dans les bouges sordides, que je suis la plus belle femme du monde, et de loin la plus inaccessible. Les pauvres soûlards répètent à qui veut l'entendre que je suis un trésor. Qu'aucun homme ne me mérite. Que je suis une reine. Mieux !
Une Impératrice.
Les hommes ont la fâcheuse tendance d'exagérer vos traits de caractère, lorsqu'ils vous transforment en légende. On oublie de préciser que Cendrillon est masochiste, que Blanche-Neige est une salope narcissique, qu'Achille n'était qu'un débile qui est mort en se faisant tirer dans le talon, qu'Ulysse ne s'est certainement pas dérangé pour tromper sa Pénélope bien aimée avec une ou deux sirènes et que celle-ci était trop conne pour songer à se tirer, plutôt que de passer son temps à tisser et retisser des carpettes.
D'abord, je ne crache pas sur le monde que je foule de mon pas. C'est vulgaire, et tout ce qu'il y a de plus anti-féminin. Le monde est ce qu'il est, ce n'est tout de même pas de sa faute si l'homme naquit avec la connerie humaine en jumelle indissociable depuis la nuit des temps. Un peu de respect, que Diable !
Je veux bien admettre que je ne vaille pas mieux qu'un démon, peut-être même suis-je maudite, et je veux bien croire que je terrifie aussi bien que la Mort, mais, soyons lucides, je doute de faire mieux qu'elle, qui sévit depuis Ô combien plus longtemps que moi.
Je ne saurais dire si je suis effectivement la plus belle femme du monde, mais je me dis parfois que l'on peut faire confiance aux soûlards. Ils savent toujours des tas de choses intéressantes. Sait-on jamais.
Quand à ce que je maudisse l'humanité entière, cela ne vous concerne que peu. Pour lire cela, vous devez déjà être des monstres. Ou des loques dépressives. Ou autre entité mystérieuse que je n'ose imaginer.
Ou alors vous êtes effectivement humains, dans ce cas cela vous concerne. Mais ne comptez pas sur moi pour vous dire pourquoi je vous déteste. L'humanité, de mon point de vue, est hautement détestable, c'est tout.
Il serait faux que de prétendre que je suis misanthrope. Je reconnais qu'il existe quelques exceptions, quelques personnes purement honnêtes, bien que souvent honnêtement de « mauvaise fréquentation ». Mais après tout, les démons traînent avec les démons, ainsi va le monde.
Même si, parfois, un ange atterrit dans notre Enfer, comme un cheveu sur la soupe. Comme « lui », par exemple. Un ange… comment le décrire autrement ? Aussi beau qu'un ange, si ce n'est plus, et aussi paumé que la Lumière Divine en plein Enfer.
Un ange qui habite une merveilleuse villa blanche comme neige, immense et presque luxueuse, sans mauvais goût, aux jardins noyés de rosiers et autres explosions florales luxuriantes, aux fenêtres parées à foison d'orchidées multicolores. Par une baie vitrée grande ouverte, j'entends s'envoler quelques notes tirées du ventre de ce que je sais être un immense piano à queue noir, laqué et brillant de tous les éclats de lumière et de couleur ricochant sur sa surface.
Je ferme les yeux afin de mieux savourer cette mélodie. Inconnue, me semble t-il. Infiniment douce et sombre, emplie de solitude, elle me plonge dans cette tristesse abyssale que m'inspirent souvent ses regards cristallins… à qui peut-il penser pour composer cela ? C'est si beau…
-Naruto ?
La musique s'arrête, comme dans un sanglot, et j'ai l'affreuse sensation d'interrompre l'instant d'intimité d'une personne qui voudrait pleurer sa peine en toute quiétude, seule. Un instant plus tard, une tête blonde passe par l'embrasure, me jetant un regard curieux.
-Sakura ! explose l'ange susnommé. Mais où Diable étais-tu partie cavaler ? Te rends-tu compte que personne en ville ne savait ce qu'il t'était arrivé pour que tu disparaisses encore de la sorte ? Tu m'as manqué, tu sais…
Il me sert sa moue boudeuse la plus adorable et la plus irrésistible, n'attendant visiblement ni explications ni excuses. Je lui suis revenu, là se trouve le plus important. Je le sais, nul besoin d'être un génie pour lire en lui comme dans un livre… quand il le veut bien.
-Désolée, j'avais besoin de voir quelqu'un, très loin d'ici… je viens juste d'arriver, et je me suis dit que tu voudrais peut-être venir boire un verre avec moi ?
Le blondinet me lance un regard hautement désapprobateur.
-Boire ? Nous prendrons un café, alors. Tu ne vas pas commencer l'alcool dès cette heure-ci ! Nous sommes en plein après-midi !
-Oui, maman ! je réplique, amusée. Dépêches-toi de sortir de ton antre d'artiste, plutôt que de raconter des âneries…
Il sort par la baie vitrée, riant aux éclats, comme toujours. Ses grosses bottes de cuir frôlent doucement l'herbe, insoupçonnées d'une telle délicatesse, sa chemise d'un orange tapageur m'aveuglerait sans peine si je ne portais pas de lunettes noire. Ses mains ne cessent de bouger tandis qu'il discute avec animation, disparaissant parfois dans son dos pour remonter son jean noir quinze fois trop large pour lui. Un ange vivant dans une villa si blanche, et ressemblant pourtant si peu à un aristocrate…
-Cela fait près de trois ans que tu vis chez le Maître, et pourtant tu ne changes toujours pas. Pas de costume trois-pièce avec cravate et couvre-chef assortis, par de marques de luxe… toujours tes sempiternelles New Rocks trouvées Dieu seul sait-où, tes jeans trop grands et usés jusqu'au trou, tes chemises terriblement… oranges. Et toujours ta tignasse impossible à dompter… remarquais-je en ébouriffant ses épis blonds d'un geste affectueux. En fait, plus tu passes de temps chez les riches, moins tu leurs ressemble…
-Papa m'a demandé de rester moi-même quoi qu'il arrive… et puis, nul besoin d'être noble pour avoir un emblème !
Il m'adresse un sourire éclatant, un de ceux qu'il n'adresse qu'à moi, et quelques rares autres personnes. Sur le dos de sa chemise à la couleur criarde s'étale fièrement un superbe renard à neuf queues, brodé de fils noirs, observant le monde au travers de ses yeux taillés en amande, à la fois douceur et sourde menace… comme ce garçon. Malgré ce que j'en ai dit tantôt, je sens que quelque chose a changé chez lui, détail infinitésimal. Cette flamme. Elle grandit de jour en jour, plus effrayante à chaque fois que je la vois. Je n'ai jamais su avec exactitude ce qu'elle est. Tristesse ? Solitude ? Désespoir ? Un amalgame des trois, peut-être plus encore…
-Racontes-moi un peu ce qu'il s'est passé sous notre beau soleil durant mon absence, je n'ai pas pris le temps de me renseigner avant de courir te voir…
-Rien de nouveau je crois, le soleil brille toujours, je suis toujours le fantôme insignifiant qui hante les beaux murs de mon lycée haut de gamme, personne ne m'embête plus ni ne m'adresse la parole d'ailleurs, et mon cœur semble battre encore, ne t'en inquiète pas.
-Vraiment ? Si tu es si seul, peut-être devrais-tu demander au maître de te sortir de ce lycée…
-Certainement pas ! Il s'est donné du mal pour m'y faire entrer, et l'enseignement de qualité que l'on y dispense me convient tout à fait…
-Pour les matières qui t'intéressent seulement, j'imagine…
-Je ne suis pas un cancre non plus !
-Mais non, bien sûr que non, nous savons tous que tu es un élève des plus appliqués. Jamais au grand jamais tu ne te permettrais de rêvasser durant les cours !
Il me tire la langue, boudeur, ce qui déclenche mon hilarité. Il est si immature, parfois… souvent ? Je sais quelle douleur cachent ses sourires, du moins je l'imagine fort bien, toutefois… n'y a-t-il pas quelque chose de changé, cette fois ?
-Trêve de plaisanterie, tu sais pertinemment que je sais toujours quand tu me mens, alors dis-moi ce que tu caches… ne me contraint pas à user du supplice de la chatouille en pleine rue pour te faire avouer ton crime !
-Le supplice de la chatouille ? s'esclaffe t-il. Tu m'en vois obligé de te répondre, qui souhaiterait subir cela ? La vérité, vois-tu, c'est que… au lycée… je ne suis plus si seul que cela. J'y ai rencontré quelqu'un, il y a peu. Une personne étrange, très spéciale…
De surprise, mes yeux s'écarquillent. Ebahie, c'est le mot. Ainsi donc, dans cet établissement de grand standing fréquenté exclusivement par la haute société aussi méprisable que méprisante, une personne oserait s'adresser à Naruto, et ce, malgré ce que pourraient en dire les autres ? Evènement tout à fait inespéré ! Je viderais volonté un grand cru de Dom Pérignon pour fêter cela, ce soir… mais voyant l'air vaguement gêné de mon protégé, je me doute immédiatement qu'autre chose encore couve sous la révélation…
-Comment s'appelle t-elle ? demandais-je d'un ton malicieux. Tes yeux brillent comme si tu étais sur le point de tomber amoureux de cette personne, Naruto… est-celle si formidable ?
-Dieu m'en garde ! Je n'ose imaginer le genre de scandale que cela créerait, en vue de notre différence de classe… de plus, je doute fort de faire partie de ses préférences dans cette catégorie de relations, puisqu'il s'agit d'un homme…
Il fait beau, dans notre ville de Konoha. Le soleil brille si fort que sont éclat reflété par les vitrines et la carrosserie des véhicules aveugle les passants. Mon prétendu café s'est changé en bière bien fraîche, une brise marine soulève ma chevelure, éblouissant un serveur aux goûts esthétiques plus qu'appréciables… et me m'étrangle à moitié dans mon verre. Pardon ? Plaît-il ? Ai-je bien entendu ? Mon petit ange serait à un cheveu de tomber sous le charme d'un autre homme ? Diantre, mais où sont donc passés les hétérosexuels…
-Ne vas pas t'imaginer des idioties, s'esclaffe t-il. Je ne suis pas encore passé de l'autre côté de la barrière... mais ce garçon m'intrigue, je l'avoue, il est si étrange. En présence d'autres que moi, il semble perpétuellement aussi glacé que l'Arctique, et même lorsque nous ne sommes que tous les deux, il ne parle qu'en de rares occasions… pas comme si je lui étais antipathique, non, mais plutôt comme s'il préférait m'écouter raconter des âneries, tout simplement. Il semble toujours si sérieux, trop sérieux pour ceux de notre âge. Ses sourires sont de véritables trésors, tu sais. Mais lui ne m'évite pas, au contraire. Il n'est pas comme les autres, comme si lui non plus ne faisait pas partie de leur monde. Comme si tout le reste lui passait au-dessus, et que si peu de choses méritaient son attention qu'il ne daigne qu'à peine redescendre sur Terre pour y jeter un misérable regard hautain… comme s'il voyait plus loin que les autres. Tu sais, il s'est assis à côté de moi, en cours. Personne ne l'avait jamais fait, avant lui. Il reste toujours avec moi, il m'accompagne toujours, à la pause déjeuner. Je crois qu'il a peur, au fond…
-Comme tous les autres ! Ils ont beau posséder la gloire, le pouvoir, et le titre, ces nobles messieurs ne sont en définitive que d'infâmes poltrons devant ce qui leur est inconnu, je ne t'apprends rien…
-Ce n'est pas ce que je voulais dire, il est fondamentalement différent des autres, le titre et ce qui va avec n'ont guère d'importance, à ses yeux… proteste le blond. Il déteste au moins autant que toi l'hypocrisie qui règne dans ce monde, si ce n'est plus, puisque lui se trouve contraint de vivre baigné de tout cela, alors que tu en es sortie depuis longtemps. Lui, il n'a pas peur de moi, mais pour moi… il a cru que je voulais me jeter du toit, le jour où nous nous sommes rencontrés, et il m'interdit toujours de m'approcher du bord. Il prétend que cela lui fiche la trouille. Il est vraiment très gentil, au fond, mais je crois que personne ne lui a appris la douceur… bien au contraire, il semble parfois que l'on ne lui ait guère enseigné qu'à se battre. Il a parfois des réflexes de bête traquée qui m'effraient, alors que je ne sois même pas certain qu'il s'en rende compte, et ses yeux s'allument parfois d'une lueur étrange, mêlée à cette douleur intense qui semble ne jamais vouloir cesser de le ronger de l'intérieur… il est si triste, Sakura… je trouve qu'il te ressemble beaucoup, et cela me fait peur…
Je l'observe attentivement, peinée. Non par ses paroles, qui ne sont nullement offensantes, mais par son regard. Comme si toute la souffrance que renfermait depuis des années son cœur abîmé ressortait enfin au grand ciel de ses prunelles, choses que nous craignions depuis fort longtemps. Je ne sais qui est cet homme, je ne sais par quel miracle, si je puis dire, est-il parvenu à réveiller ce qui dormait au fond de mon ange, mais… qu'il était beau, le temps où Naruto ne se souciait de rien, où il apprenait juste à savourer chaque arôme de la vie. Qu'il était beau, et Diable, qu'il est terminé… ainsi, voici venu le commencement de la fin. Si sa souffrance se réveille, alors ses souvenirs reviendront sans doute avec elle…
-Je me demandais, Naruto… serait-ce pour ce monsieur Iceberg que tu composes le morceau que j'ai entendu tantôt ?
Ses yeux se perdent sur les lueurs scintillantes du soleil sur les vaguelettes. Un sourire distrait étire doucement ses lèvres, et le doute ne m'est malheureusement plus permit. Ne me reste plus qu'à prier pour que cet homme vaille la peine que Naruto ne manquera pas d'endurer par sa faute…
-Et… ce glaçon a-t-il un nom ?
-Oui. Sasuke. Uchiha Sas'ke…
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La brise s'amuse, faisant tournoyer les feuilles mortes et rougeâtres clairsemant les sols de la ville. En contrebas, la mer scintille des mille feux du crépuscule, le Soleil laisse place à la Lune à ses lueurs enchanteresses… uniques au monde.
Cette Lune m'avait manqué, je dois l'avouer. De retour sur les terres de mes ancêtres avec ce nouveau visage qu'est le mien, cette nouvelle vie, je ne puis qu'en apprécier plus encore les divines saveurs. Notre Lune est si différente de celle d'ailleurs…
Je comprends à présent pleinement ce que l'on m'en racontait étant enfant, moi qui pensais qu'il ne s'agissait-là que de mythes. Je perçois les choses que je ne pouvais voir, ou sentir auparavant. Cette cité, que je pensais mienne fut un temps, me dévoile son véritable visage… et je ne puis l'en aimer que plus encore.
Elle est si belle…
Sa robe sombre, parée de milliers d'éclats de lumière, est certainement la plus belles de toutes. Nul doute à ce sujet. C'est une ville nocturne. C'est à la nuit tombée qu'elle dévoile ses charmes aux passants. Ses charmes irrésistibles et empoisonnés…
Dans mon monde, on prétend que ceux qui passent les portes de Konoha ne peuvent jamais en ressortir. Sans doute est-ce vrai. Qui voudrait quitter ce Paradis des noctambules ?
Qui voudrait quitter ce bel Enfer…
Au loin, le clocher du Palais sonne six heures, et le tintement clair et pur résonne dans tous les sous-sols de la vieille ville. Cette cité possède de multiples facettes, toutes plus captivantes les unes que les autres. Modernité et tradition. Richesse et pauvreté. Noblesse et peuple. Avenues scintillantes et bas-quartiers. Prêcheurs et catins. Natifs et immigrants. Asiatiques, Européens, Africains…
Jour et Nuit. Lumière et Obscurité. Soleil et Lune. Anges et Démons…
A moi de redécouvrir ces rues qui m'avaient manqué, finalement. Je ne regrette pas mon retour au pays, rien ne me retenait, ailleurs.
Les boutiques restent ouvertes très tard, les nobles se terrent dans leurs luxueuses cages d'or tandis que le peuple s'amuse et sort. C'est ce monde que j'aime, insoucieux du reste du monde, imbus de lui-même, indifférent de son propre sort. Les filles traînent par bande, car elles savent que c'est dangereux, mais ne nous faisons pas d'illusions.
Il y aura des victimes, cette nuit aussi.
Comme chaque soir.
Les jeunes hommes font les malins, mais ils savent bien, au fond. Le loup rôde, ce soir encore. Mieux vaut ne pas s'éloigner de la sainte lumière des lampadaires, les monstres se cachent dans l'ombre, tout le monde le sait.
Climat d'insouciance mêlée de frayeur. Douce frayeur. On défie la Mort, mais par instinct, on évite la pénombre.
Je me souviens de cette boulangerie française. La femme y faisait des brioches à la fraise que maman adorait. En vend t-elle encore ? Et ce fleuriste. Je lui commandais ses plus somptueux bouquets pour les envoyer à damoiselle Valentina. Que de souvenirs… leurs lys sont-ils toujours aussi beaux ?
A ce coin, il y avait un homme qui faisait la manche chaque jour… qu'est-il devenu ? S'est-il fait dévorer par la Nuit, lui aussi ?
Et là, il y avait des balançoires, dans ce parc… où sont-elles passées ?
Cela fait dix ans que j'erre dans les rues des villes d'Europe, la nuit… mais aucunes n'ont le parfum envoûtant des rues de cette ville vieille comme le monde. Aucune n'a ce goût d'authenticité… cette saveur de mensonge. Quelle autre saurait se vanter de dissimuler tant de secrets dans ses entrailles ? Quelle autre saurait dévoiler tant de merveilles à qui sait chercher ?
En dix années de cavale, j'ai vu Rome. Et Londres. Paris. Florence. Naples. Edimbourg. Amsterdam. Helsinki. Marseille. Anvers. Et d'autres encore.
Jamais aucune ne m'a paru aussi belle que Konoha.
Jamais la Lune ne m'avait paru si splendide ailleurs.
Jamais les jardins et les fleurs aux balconnets ne m'avaient envoûté dans une autre cité.
Jamais les arômes subtils dégageant les rues ne m'avaient tant séduit.
Il est si bon de rentrer chez soi… fouler à nouveau ces vieux pavés réservés aux seuls piétons, dévorer des yeux les vitrines éclairées à foison pour attirer le regard du fêtard ou du couche-tard. Découvrir ce que je ne pouvais voir avant, par manque de liberté… ou naïveté.
Les quartiers européens, avec leurs vieux immeubles de pierre claire et leurs grilles de fer forgé, le quartier des affaires, au loin, avec ses immenses gratte-ciels de verre, les vieux quartiers nobles et leurs maisons basses, de style purement asiatique, le quartier des bourgeois, ses grandes villas européennes, coloniales, aux couleurs fraîches…
Une immense villa blanche, luisant presque dans la nuit, attire particulièrement mon attention. Ses jardins embaument l'air environnant de ses effluves d'orchidées et de roses, la musique de quelques fontaines berce la faune environnante, les fenêtres, immenses baies vitrées parées de pots de fleurs, dont encore éclairées.
Un arôme discret, survenu de quelque part dans les jardins, vient doucement intriguer mes narines, mais je l'oublie bien vite. Quelque chose d'autre accapare toute mon attention. Figé sur le trottoir, je ne puis que rester là, émerveillé.
De l'une des baies vitrées, grande ouverte, s'échappe la douce mélodie échappée d'un piano à queue. Une mélodie sublime, transcendante, transportant mon esprit au-delà de toute chose existante. Une mélodie telle que seul un ange saurait la créer.
Les yeux rivés sur la Lune, rêveur, je me prends soudain à penser que je connais un ange, et qu'un démon pourrait bien composer un peu de musique pour lui…
oO°OoTsuzuku...oO°Oo
Eve: Non seulement je poste deux mois après le prologue, mais en plus j'ai l'horrible sensation que ce chapitre est affreusement COURT !!!
Nana: On a écrit le chapitre pour le blog toute la nuit, c'est normal qu'on commence à fatiguer de 9H à 10H30 du mat'... et le peu de reviews n'est pas pour encourager...
Eve: Ouais... on va faire les courses ? J'ai faim...
Nana: Moi aussi... =,=
Reviews Please...
