Disclaimer : Tite Kubo

Note : un énooorme pardon pour le temps que j'ai mis à poster ce chapitre, j'ai eu beaucoup de mal à le finaliser. Enfin de compte, il me plaît pas des masses, mais c'est nécessaire pour l'histoire. Et comme je ne suis pas satisfaite de ce chapitre, je ponds aussi le chapitre 4 dans la foulée (que je préfère largement au chap3). Merci beaucoup pour vos reviews les copains, vous déchirez. Avec ce qui se passe à Paris et le reste du monde, j'espère que vous allez bien, et vos proches aussi.


Chapitre 3 – nocturnal rainbows

« You're just a product of what the government has created. »

Hopsin

Un jour de plus dans l'immense néant de ce monde.

Je hais le social. Les institutions, la morale. De nos jours, il faut être socialement intégré. Ne pas être raciste, ne pas jurer devant les aînés, ne pas dépasser les limites.

Être politiquement correct pour ne choquer personne.

Des conneries créées juste pour contrôler la masse humaine et la rendre complètement stupide et soumise. Soumission face à un état qui te fait croire que tu es un humain authentique, que tu sers à quelque chose. Tout en étant programmé à leur bon vouloir sans même le savoir.

Aujourd'hui, nous sommes des pions à genoux. Demain, nous serons tous des fous.

Je hais cette situation. Cette impression de ne pas être moi. De ne pas être le maître de mon destin. D'être un simple pion. Un foutu pion qui veut être un Roi.

C'est déconcertant de ne pas avoir autant de contrôle dans sa vie. De devoir rendre des comptes aux adultes, à la justice, à l'état. C'est perturbant d'être juste qu'une petite fourmi parmi d'autres qui sont gigantesques. Une petite fourmi qui se ferait écraser par n'importe qui.

Mais personne ne m'écrase. Plutôt crever que d'être une chienne soumise.

J'ai du venin sur la langue, un sérieux problème de gestion de colère et haine envers le monde.

Mais ça me tient en vie.

Socialement, je suis pas intégré. C'était couru d'avance. Je suis allergique aux humains, à la connerie humaine, aux émotions.

J'en ai eu la preuve dès le premier jour au lycée : j'ai envoyé chier tous les petits curieux. Ces cons m'ont posé presque tous la même question : d'où je viens. Ils voient un Gaijin et le casent dans la catégorie : étranger venu piquer le travail d'un honnête japonais.

Je supporte pas quand ils font ça. Surtout que je suis né ici, comme eux, comme ces cons.

Ils sont juste cons. Ignares. Ils me posent cette question sans doute inconsciemment, sans même se rendre compte de leur bêtise.

Mais je m'en branle de leur bêtise. Qu'ils m'approchent pas.

Alors, j'ai sorti mon amie l'insulte et sa copine la menace : ils ont rapidement laissé tomber avant que midi ne sonne.

En à peine quelques heures, les gens ont compris que je suis pas quelqu'un de sociable. Pas non plus extraverti. Tout simplement parce que je suis pas là pour me faire des amis.

J'y vais pour étudier et tripoter un clavier pas pour fréquenter des crétins faussement cultivés, à peine intelligents. Uniquement fades.

Ce premier jour a été un nouveau constat amer de mon existence : le social me les casse.

Les cours se sont passés sans aucun problème. Je suis pas du genre très bosseur mais je prends vraiment goût aux matières scientifiques. Et les autres matières, je m'en branle. Ou m'en tamponne, si vous voulez. 'Paraît qu'il faut éviter les répétitions.

Bref, les matières littéraires sont emmerdantes. Vraiment emmerdantes. Et soporifiques.

Le seul cours qui m'a pas assommé, c'était le cours d'Histoire avec le prof Nnoitra Jiruga : un psychopathe avec un bandana qui couvre son œil gauche. Il nous a fait tout une déclaration enflammée sur les guerres qui ont ravagé le monde, surtout en Asie, avec tellement de détails que ça m'a donné envie d'écouter ses conneries.

L'après-midi, j'étais occupé avec le club d'informatique heureusement que les gens m'ont pas cassé les couilles. En fait, on m'a pas approché du tout. Chacun occupé avec son propre ordinateur. On a été interrompus uniquement une seule fois quand le prof en charge du club, Kurotsuchi-san, nous a donné les indications.

J'sais pas si c'est possible d'imaginer les sensations que le hack me procure. C'est sans gêne, c'est sale, c'est intime : on s'introduit dans les bases de données et on récupère les informations. On récure et on racle toutes les surfaces sans laisser de traces.

Dans la communauté du Hollownet, je suis le plus consciencieux. La sécurité a toujours été ma priorité. Je pense que le jour où je me ferai prendre, ça sera uniquement parce que je l'aurai désiré. Ou parce que je serai tombé sur un bien meilleur hacker.

Mes actions sont minimes aussi, je fais pas de gros coups. Parce que ça m'intéresse pas, parce que j'ai pas de but. J'ai pas d'objectif, j'aime uniquement hacker.

J'admets que j'ai pas fait grand-chose d'excitant aujourd'hui, uniquement donner de mes nouvelles à la communauté et savoir tout ce que j'ai manqué. Quinze mois, c'est long.

Bref, au bout d'un moment, aux alentours de dix-sept heures je crois, le prof nous a tous dégagés de la salle.

C'est à ce moment-là que l'autre type m'a abordé.

Oubliez tous les clichés débiles. Oubliez l'histoire du coup d'œil qu'on rapporte au coup de cœur. Oubliez ces conneries et replongez dans la réalité.

Ouais, cette réalité qui vous baise sans pudeur.

J'ai uniquement ressenti de l'exaspération. J'ai eu envie de l'encastrer dans le mur quand il s'est trompé sur mon prénom.

Il ne m'a laissé aucune impression, aucune marque. Rien, juste un bout de papier sans importance.

Mais même le temps de quelques minutes, j'ai eu le temps de l'observer. Et croyez-moi : je suis un putain d'observateur. J'analyse les autres pour avoir une longueur d'avance sur eux, les détails même futiles peuvent avoir une grande importance, vous savez.

Ses cheveux orange m'ont aussitôt frappé, je me suis rappelé de ce type qui dormait sur sa table, le matin même. Un fumiste, donc, avec des gribouillages sur son cahier.

Et puis mon observation a continué : l'hématome à présent jauni sur le côté gauche de son visage, je l'ai vu. Et au vu de sa musculature et de ses phalanges rouges, je dirai que c'est un bagarreur.

Au départ, je voulais vraiment lancer une ou deux insultes pour lui montrer à qui il a affaire mais… Son attitude nonchalante m'a pris au dépourvu.

Tous les petits détails que j'ai remarqués chez lui, tout ça m'a intrigué. Et j'ai rien dit de plus, j'ai tracé ma route.

Le soir, je me suis posé sur le porche de la maison d'Urahara pour fumer une cigarette.

C'est là que Yoruichi m'a abordé.

– Yo, le môme ! File-moi une clope.

Elle s'est posée à mes côtés sans même me demander mon avis. Et vu son tempérament, elle aura sa clope même si je lui refuse d'en passer, quitte à sortir les griffes et arracher le paquet de cigarettes de mes mains.

– J'ai promis à Kisuke que j'arrêterai de fumer, ça reste entre nous, huh ?

J'hausse les épaules, faisant même plus attention à sa présence.

De toute façon, elle a l'air d'apprécier de converser toute seule. Enfin, c'est ce que j'ai pensé, jusqu'à ce qu'elle décide de s'immiscer encore plus dans mon espace vital à peine quelques minutes après son arrivée. Dans le genre, meuf super insistante et collante, j'en avais encore jamais vu.

– Tu te rappelles vraiment pas de moi ? me questionne-t-elle en me fixant.

– Non. Je devrai ?

Elle répond d'abord par un rire léger avant de poursuivre :

– Carrément, ouais, c'est moi qui ai plaidé en ta faveur pour que tu quittes le centre. Et c'est moi qui ai parlé de toi à Kisuke.

Aussi indifférent que j'essaye de paraître, la cigarette reste bloquée entre mes lèvres quelques secondes, mes yeux perdus dans le vague.

Elle bosse pour la Justice. Cette même justice qui relâche des délinquants trop tôt et qui enferme des innocents – désabusé, je suis, désillusionné, je deviens, mais en la Justice je refuse de croire.

J'hausse les épaules de nouveau, garde mes lèvres scellées autour de ce pourrisseur de poumons.

– Je peux pas dire que je comprends ta situation, continue-t-elle sans même faire attention à mes réactions. Mais je peux te dire avec certitude que je comprends ta colère.

Sceptique, mon sourcil arqué en sa direction veut tout dire.

J'ai déjà dit à quel point elle aime parler toute seule, cette bonne femme ?

– Me lance pas ce regard, c'est la vérité. Mec, regarde-moi bien, dit-elle en désignant son corps de la main comme une évidence.

Je la détaille discrètement, pas non plus sûr de ce que je devrai remarquer sur elle. Je le dirai jamais à voix haute mais je la trouve jolie. Elle ne porte pas de maquillage ni des artifices inutiles. Sauf que la première chose qu'on remarque chez elle, c'est sa couleur de peau foncée.

– Ah, voilà, tu percutes enfin, gamin. Je suis une femme noire et je porte un nom japonais, tu penses qu'on m'a accueillie à bras ouverts, huh ?

D'un signe de tête négatif, je commence à comprendre ce qu'elle essaye de me dire.

– J'ai toujours pensé qu'en déménageant dans un autre pays, je ne subirai pas le racisme. Grave erreur. Le racisme existe partout, c'est plus ou moins atténué en fonction des régions.

Je baisse la tête, j'y fais de la place pour ses mots, pour qu'ils s'incrustent dans un compartiment de mon cerveau et qu'ils y restent le plus longtemps possible.

– Déménager, c'est une forme de fuite, ça n'arrange pas tes problèmes, explique-t-elle en tirant sur sa cigarette. Mon père n'a cessé de me le répéter quand j'étais gosse. Il est japonais, il a connu le racisme quand il a rencontré la famille de ma mère au Kenya. Ça marche dans les deux sens. Je peux te dire qu'il a douillé avant d'avoir leur bénédiction…

C'est à ça que servent les parents ? À guider les gosses, à les aider à s'en sortir sans trop de dégâts… ? À les empêcher de se faire bouffer par le monde trop féroce ?

– Comment il a fait pour… Hm, pour se faire accepter ?

– Il a simplement fait en sorte de montrer le meilleur de lui-même. Sans se laisser abattre par les regards de travers, les murmures. J'ai suivi les conseils de mon vieux paternel et je pense avoir sacrément bien réussi.

C'est étrange de se dire que cette femme tantôt vulgaire, tantôt correcte a galéré autant que moi dans ce pays – si ce n'est plus.

– En plus d'être la seule femme dans la Justice japonaise, je suis également noire, je te laisse imaginer le nombre de têtes que j'ai taclées pour qu'on m'accepte sans mal me juger.

Le silence reprend son cours mais c'est plutôt reposant. Je laisse ses mots se frayer un chemin dans ma tête, peut-être qu'un jour, je suivrai ses conseils. Peut-être qu'un jour, je serai moins désabusé.

Mais c'est pas avec des peut-être qu'on fait le monde.

En attendant, j'ai encore ma verve assassine et ma haine inconsciente pour avancer.

J'emmerde les héritiers du paraître qui tentent de m'étouffer dans le mal-être.

J'ai que seize ans putain, que seize ans, et j'ai pourtant une vision tordue du monde.

Avec des parents, je n'aurai sans doute pas atteint le gouffre. Mais rien que de penser à eux, ça me dérange, c'est une sale piqure de rappel de ces parents qui m'ont abandonné quand je n'étais qu'un môme. J'ai beau essayer de croire à ce que Yoruichi m'a dit mais ça m'enrage quand même.

Après la clope sans saveur, je retourne dans ma piaule. M'engouffre sous la couverture. Inconsciemment, deux visages autant familiers qu'étrangers flottent dans mes rêves.

C'est seulement quelques jours plus tard que j'ai percuté qui était le roux de ma classe.

Ça a pas été évident. Je suis peut-être très observateur mais je suis également un peu trop indifférent. Le mélange parfait de contradictions que je représente. Cohérent dans mon incohérence, incohérent dans ma cohérence.

Je suis retourné en cours même si à reculons. Loin des autres élèves, seulement cloîtré dans la salle d'informatique à fouiner sur Hollownet.

Le samedi, notre prof' principal nous a tous invités au parc pour un barbecue. Au début, j'étais pas du tout chaud parce que le but même de cette putain de réunion c'est de permettre aux élèves d'apprendre à se connaître. Ce qui fait vraiment pas partie de mes priorités.

Mais cet enfoiré d'Urahara a encore fourré son nez. Il avait vu la feuille que j'avais laissé traîner dans ma chambre. Cette même feuille que le roux m'avait refilé, qui est en fait une autorisation parentale – du représentant légal dans mon cas – pour la « sortie ».

Donc, il a eu la brillante idée de signer sans même m'en parler et même de prévenir le directeur que je serai présent.

Putain, un samedi matin en plus, j'ai eu envie de le déchirer en morceaux quand sa tête est apparue dans l'embrasure de la porte. Vous imaginez pas à quel point c'est malsain et traumatisant de se réveiller de cette manière sachant que la première chose que vous voyez de la journée, c'est sa putain de gueule.

Comme je suis encore un gosse à sa charge, le type a en mains mon avenir de hacker donc je suis obligé de suivre ses règles.

Mais je pense pas être un mauvais gosse.

Juste un peu raté, colérique et foutu.

Y'a pire.

Genre, Ikkaku et son pot-de-colle Yumichika qui font des farces foireuses à tout le monde dans la baraque. Dans la ville tout court même. Récemment, j'ai entendu parler d'une fête foraine où des couches volantes avaient explosé sur les gens. L'explosion est la signature de ces deux cons – ça m'étonne toujours qu'ils ne se soient pas encore fait dégager d'ici.

Ça devait être drôle, n'empêche, de pourrir la journée de ces badauds avec de la merde de bébé.

Quand j'étais petit, j'avais un esprit créatif comme eux. Maintenant, j'observe de loin leurs conneries et je les respecte un peu plus chaque jour secrètement.

Plutôt crever que de leur dire.

Il n'empêche que j'aurai bien aimé qu'ils soient là, ce matin-là, pour aller au parc. Et faire quelque chose. Exploser les assiettes, j'en sais rien, ce sont eux les artistes.

Mais comme j'ai une saloperie de poisse dans la vie, ils étaient pas présents. Putain. J'ai dû m'y rendre.

Avec du retard parce que j'ai traîné des pieds volontairement. Faut pas abuser non plus, qu'ils s'étouffent avec leurs saucisses et me laissent tranquilles.

La journée est trop ensoleillée, ça me les brise.

Quand j'arrive au parc, j'ai pas de mal à retrouver ma classe de crétins : les mecs ont sorti les ballons et les frisbees, les meufs papotent dans un coin.

Pathétique.

Plus cliché y'a pas.

Le prof', Ukitake, est le premier à me voir et vient m'accueillir aussitôt.

Je grogne une espèce de salutation, déviant mes yeux ailleurs, pas d'humeur à discuter – surtout pas avec un prof, bordel. Je dois être sacrément en retard parce que sur la table, la bouffe est déjà prête.

Mes sourcils se froncent, j'ai vraiment perdu la notion du temps ou quoi ?

Tant pis, je vais pouvoir rentrer maintenant vu que j'ai fait acte de présence. Ouais, sur le moment, c'est le programme qui tourne en boucle dans ma tête : me barrer de-là.

Mais la vie est une salope et a décidé de me baiser jusqu'au bout. C'est quand je m'apprête à tourner les talons que la rousse à la grosse poitrine me repère.

– Grimmjow-kun, Grimmjow-kun ! gueule-t-elle en trottant jusqu'à moi.

Elle a des envies suicidaires, cette fille ? Elle émane la joie, le patchoulis et le soleil – ça me donne des envies de meurtre.

– Bonjour, Grimmjow-kun. Tu vas bien ?

Un grognement en guise de réponse semble suffire. Par contre, mon grognement n'a pas encore tué son sourire, là c'est problématique.

Comme elle voit que je ne compte pas répondre, elle poursuit tout de même. Brave fille. Connasse.

– Tu n'as pas déjà mangé, j'espère ? La nourriture est prête, tiens, dit-elle en me tendant une assiette remplie d'une pâte verdâtre et gélatineuse. J'ai fait moi-même cette salade

Une grimace barre mon visage quand je vois sa « salade ». Elle est sérieuse ? Elle en est fière, si je me réfère à son attitude lorsqu'elle me fourre l'assiette dans les mains.

– J'peux pas manger ça, j'ai besoin de la vraie bouffe.

Moi et ma franchise, hah.

Au moins, pendant une ou deux secondes, son sourire a un peu faibli, mais il reste pourtant bien accroché à son visage. Sérieusement, cette fille est trop louche à sourire comme ça. À péter la forme tout court en fait.

– Si tu veux de la viande, c'est par-là, indique-t-elle de la main.

En suivant la direction, je remarque que c'est le roux de l'autre jour qui prépare la viande au barbecue.

– Demande à Kurosaki-kun ce que tu veux, il te le préparera.

J'aurai pu tracer ma route et ne pas faire attention à ce qu'elle a dit.

J'aurai pu, oui, j'aurai pu facilement bloquer les souvenirs, l'étrange nom familier dans ma tête, dans mes souvenirs d'enfance.

J'aurai pu ne rien laisser tout enterré, ne rien déterrer. J'aurai pu mais ma mémoire a ces lances d'acide qu'elle projette dans mon cerveau à son bon vouloir.

Inconsciemment, le panneau Kurosaki refait surface dans ma tête. Juillet 1997, la maison Kurosaki dans laquelle un sale gosse m'avait mis en joue, avec sa batte de baseball.

Je reste bloqué, immobile. Plus je le fixe, plus j'insulte ma mémoire qui a omis de faire le rapprochement lorsqu'il m'a abordé l'autre jour. Il y a pas eu de rapprochement entre ce gosse et cet élève aux cheveux trop brillants – pourtant, je me dis que le rapprochement aurait été simple et rapide si j'avais fait plus attention.

Je me rends compte aussi que c'est pour ça qu'il ne m'a pas marqué plus que ça l'autre fois, parce qu'il m'avait déjà marqué. Laissé une impression, une trace dans ma mémoire.

Je suis pas resté au parc après cette découverte. J'ai couru jusqu'à ma chambre, pas parce que j'étais effrayé d'être retombé sur une connaissance de mon passé mais plutôt parce que… ça me met mal à l'aise quand je me remémore cet épisode.

Après le cambriolage de sa maison, j'ai pas recommencé.

Me parlez pas de conscience ou de regret, j'ai ni l'un ni l'autre.

Mais j'ai des sensations contradictoires qui se mêlent lorsque j'y songe.

J'ai de la satisfaction, parce qu'il ne sait probablement pas qui je suis.

J'ai du pouvoir sur lui.

J'ai de la colère parce qu'il ne m'a pas reconnu.

Mais j'ai rien dit. J'ai enterré l'info en moi, en continuant à aller en cours, à me tenir éloigné des autres élèves.

Le problème c'est que tout ce mélange contradictoire de sensations, parfois, dans certains cours, ça ressort.

J'ai ce besoin constant de le contredire lorsque les profs l'interrogent. De le remettre à sa place, même si souvent je me fais passer pour quelqu'un d'intolérant, d'irrespectueux petit connard qui ouvre trop sa gueule. En cours de philosophie, alors que d'habitude je suis calme et silencieux, à présent on mène des argumentaires explosifs ; trop de divergences d'opinions.

Même si, de mon côté, inconsciemment j'ai aucune idée pourquoi j'agis de cette façon. C'est primitif, instinctif, ça me prend aux tripes alors je l'ouvre.

Rapidement, une réputation s'est construite, les gens ne cherchent même plus à calmer les tensions quand on débat. Ça doit les lasser, moi ça m'amuse.

Jusqu'à ce que je sature.

J'ai jamais dit que j'étais un putain de gentil gars besoin de reconnaissance et d'attention.

Je veux juste qu'il se rappelle de moi. Qu'il se souvienne qu'on a quelque chose à régler, qu'on a laissé cet épisode se tasser depuis trop longtemps.

Un jour, c'est arrivé. J'ai explosé. Enfin, intérieurement surtout.

J'ai laissé ma colère prendre le dessus.

Il se trouvait en ville, un soir. Je l'ai croisé et j'ai pas pu m'empêcher d'imaginer sa réaction. Je cherche la bagarre, je m'en rends compte. J'ai le sourire en coin beaucoup trop malsain mais j'en ai rien à battre : c'est maintenant ou jamais.

J'aurai jamais une meilleure occasion que celle-ci. Parce qu'il se trouve justement tout près de ma cachette. Là où j'ai enterré le bracelet.

À deux mètres de lui, je décide de l'aborder, quitte à crier son nom.

– Yo, Kurosaki !

Et j'avance vers lui.