Chapitre deux : Du thé et des regrets.

L'appartement où vivaient Rose Tyler, John Noble et leur fille était causy, chaleureux et sa décoration rappelait par endroits le thème corail de leur vieille TARDIS. Le Docteur le remarqua très vite en entrant dans le salon et il en fut très ému. La présence d'un extraterrestre était discrète et l'appartement aurait pu ressembler à n'importe quel logement terrien du XXIème siècle si l'arme sontarienne en question qu'analysait Rose n'avait pas nécessité une boite à outils très spéciaux qui se retrouvaient dispersés sur la table de la salle à manger.

« Ne faites pas attention au désordre, dit Rose en laissant entrer ses invités, et toi, Harriet, va dans ta chambre s'il te plait.

- Je peux montrer mes jouets à Clara ? Demanda la petite fille blonde aux yeux noisette. »

Depuis qu'Harriet avait compris qui était l'inconnu aux cheveux gris qui l'avait abordée quelques minutes plus tôt, elle se sentait impressionnée par sa présence, elle lui rappelait trop celle de son père.

« D'accord, mais seulement le temps que je prépare le thé, ma chérie. »

Clara Oswald était professeur de lettres mais elle avait toujours aimé le contact des enfants et elle se sentait déjà très proche de la petite Harriet Noble qui l'entrainait très excitée vers sa chambre. En sachant que la fillette était d'une certaine façon la fille du Docteur et donc une Dame du Temps, Clara ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle voulait surtout laisser sa mère et le Docteur seuls tous les deux. Et la jeune femme le voulait d'ailleurs aussi.

Rose Tyler et le Docteur se retrouvèrent alors seuls dans la salle à manger qui jouxtait la cuisine semi-ouverte de l'appartement.

« C'est drôle, on se croirait presque chez ta mère, dans l'autre univers. Les pièces sont presque les mêmes…

- On a voulu se trouver un endroit calme et j'ai passé toute mon enfance ici alors ça a été un choix rapide. L'appartement n'avait jamais été loué depuis que mon père et ma mère avaient emménagé dans leur manoir quand Pete a commencé à avoir du succès avec ses inventions… Ça a été une évidence pour nous deux de venir s'installer ici. Et comme ça, Harriet grandit au même endroit où j'ai grandi. Bien sûr, le style de vie n'est pas du tout le même…

- Alors c'est vraiment l'appartement que tu as habité avec Jacky dans l'autre monde ?

- Oui. Tu ne sais plus compter les étages ?

- Mille ans… Je n'ai pas une si bonne mémoire que ça.

- Bien sûr… »

La théière se mit à siffler et Rose retourna brièvement en cuisine avant de revenir avec un plateau de trois tasses fumantes. Le Docteur en avait profité pour observer de plus près les artefacts extraterrestres qui « décoraient » l'appartement. Privé du TARDIS et des étoiles, son double avait dû commencer à collecter tout ce qui lui rappelait son ancienne vie et qui tombait sur Terre.

« Impressionnant, où donc a-t-il déniché tout ça ?

- Oh, ça ? Ce sont des babioles pour épater les collègues de Torchwood, expliqua Rose, les vrais trésors ne sont pas exposés dans le salon. Le plus impressionnant comme tu dis c'est notre tête de lit : un vrai tableau de bord de vaisseau spatial chuba. »

Le Seigneur du Temps grimaça, jamais il n'aurait dû entrer ici. Rose ne le comprenait peut-être pas, mais quand il lui avait dit qu'elle lui avait manqué, il avait été très sérieux. A peine quelques jours plus tôt, il croyait vivre ses dernières heures ; et ça avait été le cas pendant trois cent ans, au minimum. Durant tout ce temps, il avait réfléchi à sa vie, à River et à Rose Tyler. Le nom et le visage de cette dernière étaient le plus souvent dans ses pensées et encore plus alors qu'il devait affronter des Daleks, des Cybermen et tant d'autres monstres qu'ils avaient jadis combattu ensemble. Oui, sur Trenzalore, il avait eu le temps de penser à sa Rose.

Et maintenant, il se sentait tel un intrus dans la vie et l'intimité de la jeune femme.

Des photos de John et elle, dans des pays terriens très divers comme l'Egypte, le Zimbabwe, le Brésil, la Nouvelle Zélande et dans d'autres paysages urbains innommables sans les souvenirs qui allaient avec, lui montraient cette vie qu'il ne partagerait jamais avec la jeune femme. Et il en souffrait.

Cette nouvelle régénération était pourtant moins jeune d'apparence, et il s'était montré plutôt dur avec ses ennemis depuis Trenzalore… Mais Rose Tyler avait et aurait toujours le don d'adoucir ses cœurs.

« J'en suis sûr, mais je ne veux pas le voir.

- Je ne te le proposais pas, répondit Rose du tac au tac, Clara, Harriet, venez au salon ! »

Deux minutes plus tard, Harriet Noble revint avec ses bras chargés de jeux électroniques en tous genres, mais dont la plupart n'étaient ni originaires de la Terre, ni de cette époque. Clara se trainait derrière elle, avec le dos en compote.

« Docteur vous ne me croirez jamais si je vous disais qu'Harriet avait son propre TARDIS, n'est-ce pas ? »

Rose rit de bon cœur en l'entendant. Et Harriet, qui n'avait jamais pu monter dans un vrai TARDIS ne comprit pas pourquoi.

« C'est un TARDIS ! Je l'ai dit à Clara !

- Un TARDIS, vraiment ? Vous avez pu en construire un ?

- Non ! C'est une cabane de jeux qu'a construit John il y a des années que l'on appelle affectueusement le TARDIS en souvenir du bon vieux temps mais qui n'a que le nom de commun avec notre ancien vaisseau.

- Mais… C'est plus grand à l'intérieur !

- Comme beaucoup de choses, ici, confirma Rose, vous croyez que l'on range où notre matériel scientifique et mes habits ? Presque tous les placards ont une dimensionnalité transcendante ! »

Evidemment, pensa le Docteur, science des Seigneurs du Temps. Cet appartement restait celui de son clone après tout. Et c'était un savoir qu'il maîtrisait depuis bien longtemps…

« Et c'est pourquoi l'acronyme TARDIS ?

- Tente à relativité dimensionnelle infiniment spéciale.

- Ah… Et ces jeux, où est-ce qu'il les a trouvés ?

- La plupart sont de sa main, mais ce ne sont pas les plus utilisés par Harriet, et sinon les autres viennent d'autres planètes. John a des contacts avec des extraterrestres. On ne peut pas voyager dans le Temps mais on continue parfois de faire quelques virées spatiales… »

Ils continuaient de voyager. Ce qu'il avait toujours fait. Ce qu'il ferait toujours, sûrement.

« Et où-est-il là, John ? Demanda Clara.

- Au boulot, il devait tester une technologie développée à partir d'une épave raxacoricofallapatorienne. Enfin, en vérité, il essaie plutôt de saboter les recherches pour que les humains n'aient pas accès à la technologie qu'utilisaient les Slitheen. Tu imagines pendant des guerres que des soldats tuent leurs ennemis et enfilent leurs corps pour jouer les espions ?

- C'est le discours qu'il t'a fait ?

- A quelques mots près, oui. »

Le Docteur sourit. C'était bien un tel discours que sa régénération aurait pu tenir. Et sortant de la bouche de Rose Tyler, il ne sonnait que plus vrai.

« Ça ne doit pas être facile tous les jours de protéger la Terre et l'espèce humaine comme ça, dit Clara.

- Non mais ce n'est pas beaucoup plus dur que la vie dans le TARDIS.

- Tu ne regrettes pas parfois de ne plus voyager dans le Temps ?

- Si, surtout John évidemment –même s'il essaie de le cacher, je sais qu'il ne se fera jamais complétement à cette seule époque et je crois qu'il continue de chercher un moyen de construire une machine spatio-temporelle, peut-être comme le bracelet de Jack ? »

Il n'abandonnerait sûrement pas. Mais ça devait lui prendre du temps… Peut-être qu'il espérait toujours pouvoir retourner sur cette planète au IVème siècle de l'ère de Juranus ? Près de mille deux cent ans plus tôt, alors qu'il voyageait encore avec Rose Tyler, il avait vu une magnifique bague aux reflets dorés sur un diamant d'une pureté inégalée. Il n'avait pas osé l'acheter mais, déjà, il avait pensé à la jeune femme blonde et pétillante qui l'accompagnait depuis plus d'un an et qui ne cachait jamais son attachement à la vie qu'elle menait avec lui.

John voulait sûrement retrouver cette même bague. En tout cas, lui, le Seigneur du Temps qu'il était toujours, le voudrait dans sa situation. Rose Tyler pouvait attendre longtemps…

Et elle pouvait même attendre encore longtemps. Mais il ne voulait plus la faire attendre. Et ils avaient un TARDIS avec eux à présent. Après que Rose et Clara eurent aussi fini leurs tasses de thé, Clara et la jeune mère débarrassèrent alors que le Docteur était profondément plongé dans ses pensées. Il avait le TARDIS, et Rose méritait de n'avoir aucun regret.