Kate ferma les yeux un instant.. Elle s'imaginait être sur une plage avec l'océan s'étendant à perte de vue. Son médecin lui avait conseillé cette technique de relaxation quand elle se sentait oppressée, ce qui était le cas en ce moment. Les gens se pressaient et se bousculaient pour rentrer dans le wagon et elle voyait son espace devenir de plus en plus étroit. Elle prit une grande respiration, essayant de calmer ses angoisses. Elle souffrait beaucoup d'être claustrophobe et elle aspirait au jour où elle pourrait enfin prendre le métro sans crainte de faire un malaise.
Tu es sur la plage, tu es détendue, tu entends le bruit des vagues… Tu peux respirer tranquillement, il n'y a rien autour de toi…Tu es à la montagne, le paysage est magnifique, l'espace s'étend à l'infini… Raaaaaa ! Ca ne marche pas ! Ressaisis-toi Kate ! Tu es sur la plage…
Mais elle avait beau essayer de se détendre, rien n'y faisait. Sa respiration devint saccadée, alors qu'elle commençait à avoir des bouffées de chaleur. Ses mains se mirent à trembler et elle tenta tant bien que mal de les contrôler. Un homme obèse entra et la plaqua contre la paroi du wagon. Ses jambes commencèrent à flageoler alors qu'elle voyait tout se rétrécir autour d'elle.
Pas de crise maintenant Kate, pitié, reprends-toi !
Elle ferma de nouveau les yeux, essayant de se concentrer sur quelque chose d'agréable qui la ferait se sentir en sécurité. Danny. Elle allait bientôt rentrer et se retrouver à ses côtés. Il fallait qu'elle tienne encore un peu, un tout petit peu, elle était bientôt arrivée. Elle pensa à son visage, à ses mains, à son corps…Kate commença à se calmer, sa respiration revenant petit à petit à la normale. Elle se surprit à sourire lorsqu'elle pensa à la soirée qu'ils allaient passer tous les deux. Elle était heureuse, vraiment heureuse. Un petit choc la fit sursauter et elle ouvrit rapidement les yeux. C'était sa station, elle allait pouvoir sortir à l'air libre, enfin.
Cela faisait un moment qu'il attendait dans sa voiture, elle n'allait pas traîner. Il avait observé ses allées et venues depuis ces deux derniers mois et il savait qu'elle allait s'aventurer dans cette petite ruelle sombre. Il regarda sur le siège arrière avec un air désolé.
… : Excuse-moi minet, je n'avais pas vraiment le choix.
Il secoua la tête, mécontent de son geste. Il n'aimait pas tuer les animaux, mais sur le moment, ça avait paru être une bonne idée. Il n'arrêtait pas de miauler, il allait le faire repérer. « Au moins, ça occupera le vieux » s'était-il dit après avoir frappé violemment la tête du chat avec un cric. Il se débarrasserait du cadavre plus tard. Après avoir eu Kate.
Il se frotta les mains engourdies par le froid, son regard perçant la nuit tombante. C'est là qu'il la vit, marchant d'un pas rapide vers sa direction. Il sentit une pointe d'excitation monter au creux de son ventre. C'était le grand soir, il allait enfin pouvoir mettre son plan à exécution. Il prit le flacon posé sur le siège d'à côté et sortit tout doucement de la voiture.
Danny se frotta les yeux, la paperasse l'ennuyait toujours autant. Il savait que ça faisait partie du boulot, mais néanmoins il préférait toujours être sur le terrain. L'action lui manquait déjà, ignorant que, bientôt, ces moments de calme lui sembleraient si loin.
Entre temps, dans son bureau, Jack soufflait un peu. Il avait terminé sa conférence de presse et il devait encore mettre certains papiers en ordre. L'affaire s'était réglée facilement et rapidement. C'était un bon jour, un trop bon jour… quelque chose allait se passer, il le savait.
Kate grelottait. Ils avaient annoncé –8°C à la météo, mais il devait faire encore plus froid.
« Ils me font bien rire avec le réchauffement de la planète… » pensa-t-elle alors qu'elle remontait le col de son imperméable. Elle s'inquiétait un peu pour Max, le gentil vieil homme qu'elle croisait en revenant du boulot. Par ce temps, il risquait de mourir de froid. Mais, malgré l'insistance de Kate, il n'avait pas voulu aller au foyer de sans-abri. Elle s'était dit alors qu'il était aussi têtu que Danny et que ces deux-là devraient sûrement bien s'entendre.
Elle entendit vaguement une porte de voiture se refermer. C'était plutôt surprenant vu que le quartier était quasiment désert. On allait d'ailleurs bientôt détruire les vieux immeubles qui s'y trouvaient. Kate ignorait pourquoi, mais elle était mal à l'aise. Elle sentait comme une présence. Elle chercha des yeux le gentil Max, mais pour une fois, il n'était pas là. Inconsciemment, elle se mit à marcher plus vite, son rythme cardiaque s'accélérant. Danny avait raison, le chemin qu'elle utilisait n'était pas sûr, mais jusqu'ici, elle n'avait jamais ressenti une telle angoisse. Elle chercha dans sa poche quelque chose susceptible d'être utilisé comme arme, se sentant un peu ridicule à cette idée.
Les évènements se passèrent ensuite très rapidement. Une main se colla sur sa bouche alors qu'une autre la maintenait fermement. Elle essaya de se débattre, mais son agresseur était bien plus fort qu'elle. Elle sentit une odeur particulière alors que sa tête se mettait à tourner et qu'elle sentait ses forces l'abandonner. Elle essaya de rester consciente, mais sa vue se troubla et elle s'évanouit.
C'était bien plus facile qu'il ne l'avait imaginé. Il prit le corps inerte dans ses bras et rejoignit son auto. Il posa Kate à terre et ouvrit le coffre. Il la regarda un moment et lui parla, bien qu'elle était totalement incapable de lui répondre.
… : Je suis sûr que tu préfères être inconsciente. J'ai appris que les espaces confinés te faisaient peur.
Il se pencha ensuite et la posa délicatement dans le coffre. C'était une très belle femme et il ne put s'empêcher de caresser son visage. La haine qu'il avait pour Danny ne fit que s'amplifier, se demandant pourquoi, lui, avait droit à partager la vie de quelqu'un d'aussi exceptionnel que Kate. Elle n'était censée servir que de pion dans son plan machiavélique, mais depuis qu'il observait ses moindres allées et venues, il commençait à ressentir certains sentiments envers elle. Une attirance qu'il ne pouvait contrôler. Mais il devait se concentrer, il restait encore beaucoup de choses à faire. Il referma le coffre, fit le tour de la voiture et s'installa au volant.
… : Tu vois minet, c'était simple. Partie une terminée.
Le chat mort ne répondit pas.
Danny décida de rentrer à l'appartement au cas où « Frank » le rappellerait. Il ne pouvait pas faire grand-chose à cette heure-ci, encore moins sans l'équipe scientifique pour analyser les lieux. Il savait qu'il devait contacter Jack, mais il avait peur que ce malade s'en prenne à Kate en représailles. Il prit sa tête entre ses mains, essayant de réfléchir à ce qu'il allait bien pouvoir faire. Il remonta en voiture et roula jusqu'à son appartement. Deux messages l'attendaient sur son répondeur et il s'empressa de les écouter. Mais comme pour la fois précédente, aucun mot n'avait été prononcé. Cependant, la sonnerie du téléphone se fit rapidement entendre. Danny décrocha le téléphone, serrant les dents quand Frank se mit à parler.
Frank : Tu étais parti Danny ?
Danny : Passe-moi Kate. Maintenant.
Frank : Et où est donc passée ta courtoisie Danny ?
Danny (hargneux): Ce genre de petits jeux ne m'amusent vraiment pas, Frank
Frank : Quel dommage pour toi, car moi je me régale…Et comme je te l'ai déjà dit, je ne peux pas te passer Kate pour le moment. Mais tu pourras lui parler, chaque chose en son temps. Tu n'as pas contacté Jack Malone j'espère ? Sinon je pourrais me fâcher et je suis sûr que ce n'est pas ce que tu veux.
Danny : Non, je ne l'ai pas appelé.
Frank : Bien. Juste au cas où tu ne résisterais pas à la tentation et que tu composerais son numéro, je t'ai laissé un petit souvenir pour t'empêcher de faire une grosse bêtise. Quand cette conversation sera finie, descends dans le hall de l'immeuble, une boîte t'y attend. Son contenu devrait t'intéresser.
Danny ( presque en criant): Tu sais que tu es malade ?
Frank (rigolant) : Du calme, du calme… Moi qui croyais te faire plaisir, j'ai conçu ce petit jeu rien que pour toi et…(il arrêta sa phrase) Bon revenons-en au motif de mon appel. Je voulais juste te prévenir que dorénavant, je n'appellerai plus sur ta ligne fixe. Je veux que tu sois libre de tes mouvements…
Danny : Qu'est-ce que tu attends de moi, hein ?
Frank : Tu le sauras bientôt Danny, tu le sauras bientôt…
Danny : Ecoute, je ne sais pas ce que je t'ais fait, mais Kate n'y est pour rien. Réglons ça tous les deux, elle est innocente…
Frank : Il n'y a pas d'innocents dans une guerre Danny, mais c'est vrai que ça m'ennuierait de tuer une telle beauté. Je te recontacterai.
Et il raccrocha. Danny secoua la tête…Cet homme était fou à lier. Il descendit ensuite dans le hall où se trouvait effectivement une petite boîte. Il hésita un moment avant de l'ouvrir, redoutant son contenu. Mais il se ressaisit et tira sur les deux rabats en carton.
Danny (la voix tremblante) : Oh merde…
Le chat.
