Athéna venait de traverser la rue et arrivait devant la prison quand la porte de celle-ci s'ouvrit à toute volée. Chris et Vin essayaient de tirer Buck à l'extérieur, ce qui n'était pas chose aisée quand on avait à faire à un tel géant. Celui-ci se débattait comme un beau diable et vociférait à l'encontre des prisonniers :

- Vous êtes des crapules de la pire espèce !! Vous méritez pire que ça, estimez-vous heureux qu'on me laisse pas aller au bout de ce que j'avais prévu de vous faire !! Chris, s'il te plait, laisse moi les achever comme il faut !! S'il te plait !

Athéna resta immobile, surprise, adossée au mur.

- Buck, calme-toi !! Répondit Chris en essayant tant bien que mal de le maintenir à l'extérieur. Ils sont entre les mains de la justice maintenant ! Ils paieront crois moi !! C'est le juge Travis qui va s'occuper d'eux et il aura aucune pitié ! Alors arrête, ce n'est plus de ton ressort !

- C'est vrai Buck, ajouta Vin. On a fait notre boulot, laisse la justice faire le sien !

Buck se dégagea d'un geste brusque, remit ses vêtements en place et fit demi-tour pour repartir vers le saloon. Il bouscula Athéna par mégarde et s'excusa dans un marmonnement à peine audible.

Athéna prit le temps tout d'abord de regarder Buck marcher à grand pas vers le saloon, puis elle se pencha pour tenter de discerner l'intérieur de la prison. Elle porta ensuite son regard à la fois effarouché et hébété sur Chris et Vin. Elle semblait à court de commentaires.

Vin la regarda et lui dit, d'un air désolé :

- Excusez le, mademoiselle, d'habitude, il est le plus courtois avec les femmes. Mais cette histoire l'a mis vraiment de travers.

Elle se décida à articuler avec réserve :

- Pas grave. C'est une réaction saine. Enfin, je trouve...

- Et un peu brutale, continua Chris avec un sourire compatissant. Mais c'est dans sa nature de réagir au quart de tour quand on s'attaque à une femme. Au fait, mademoiselle, je n'ai pas pris le temps de vous remercier pour votre aide tout à l'heure.

- De rien, sourit un peu Athéna. Si vous cherchez votre ami flambeur, je l'ai assigné à une activité plus morale que sa manière de manier les cartes. Il est avec l'étrangère.

Vin eut un petit rire moqueur :

- Combien vous l'avez payé pour ça ?

Athéna lui lança un regard troublé, et répondit avec une fierté dissimulée :

- Cette crapule m'a repris la moitié de mon argent. Et j'ai dans l'idée que ça va pas s'arrêter là. (Elle baisse la tête) Vous en pensez quoi ?

Vin sourit :

- Du fait de l'avoir payé ? Ou de la possibilité qu'il vous réclame de l'argent supplémentaire ? Eh bien dans le premier cas, je pense que c'était le seul moyen de lui faire faire quelque chose comme ça, et dans le deuxième, c'est plus que probable qu'il vous en réclame encore au moins autant !

Chris ajouta néanmoins :

- Mais ne vous fiez pas à cette première impression, il peut avoir bon fond quand il le veut.

- C'est bien ce que je pensais. Sinon je ne l'aurais pas laissé avec cette femme.

Athéna retira son chapeau dont s'échappèrent de longs cheveux châtains, se frotta la nuque et dit d'un ton exténué :

- Si vous voulez m'excuser, gentlemen. Je crois avoir besoin d'un bon bain et d'un peu de repos.

- Bien sur mademoiselle, répondit Vin. Nous nous recroiserons, je pense.

- Au fait, comment vous vous appelez ? Demanda Chris.

Elle se montra quelque peu réservée, puis finit par avouer :

- Athéna. Facile à retenir, difficile à porter.

Les deux hommes sourirent, sans moquerie et Vin répondit simplement :

- C'est un très beau prénom. Celui de la beauté guerrière. Soyez en fière.

- ... Merci.

Elle s'en retourna alors sans rajouter mot.

Amy ne répondit pas mais elle le dévisagea des pieds à la tête, détaillant tous ses vêtements et ses manières ce qui agaça un peu Ezra qui n'aimait pas trop être dévisagé de la sorte. Elle eut un nouveau sourire blasé :

- Vous aimez l'argent. C'est voyant. Vous est le genre d'homme à penser que à ça. En fait, pourquoi êtes là ? De l'argent en jeu ?

Ezra s'agita, et rétorqua légèrement sec :

- Qui ne s'intéresse pas à l'argent ? Commençons cette relation par un peu d'honnêteté, et on ne s'en portera que mieux.

- Vous croyez tout le monde comme vous ? Demanda simplement Amy.

- Oh que non. D'où mes (il se frotte la nuque) différents démêlés avec autrui. Mais bref ! Quoiqu'il en soit, j'ose espérer pour votre amie en pantalon que vous serez une excellente élève, sinon je me verrai dans l'obligation d'augmenter mon tarif et à l'occasion de diminuer sa bourse.

Amy fut une fois de plus déroutée :

- Une élève ? Elève de quoi ?

Ezra soupira, et resserra son nœud de cravate en déclarant pour lui-même :

- Cela va se révéler aussi cher que laborieux.

Puis, à Amy :

- Je me suis proposé pour vous apprendre à ne pas écorcher notre si jolie langue, vous vous souvenez ? Il y a quelques minutes. Et comme tout a un prix, ceci explique cela.

- Vous voulez faire croire qu'on vous a payé pour ça ? Et puis, qu'est-ce que ça peut faire ? Je représente rien pour vous. Vous êtes prêt à ça pour l'argent ?

- Plutôt oui.

Ezra hésita et ajouta :

- En revanche, si vous aviez été une connaissance, j'aurais fait un prix d'ami. Bien évidemment.

- Vous est désespérant, soupira Amy.

Puis elle continua en Français :

- Je m'en doutais, belle gueule mais esprit cupide. C'est désolant. Il faudra que je pense à remercier Athéna pour cette compagnie si charmante.

- Vous « êtes », corrigea Ezra, intraitable. Vous voulez me faire mourir avant que j'ai touché ma part ? Et le mot juste n'est pas "désespérant", mais "rusé". Ce qui n'est pas la même chose.

- "Rusé" ? Ou avide ? Un mot que j'ai bien appris de mon patron...

Ezra réfléchit, et avoua :

- On peut dire les deux, oui. (Air réjoui) Bravo miss ! Vous pourrez remercier votre patron, en nous faisant gagner du temps, il m'a fait perdre quelques billets.

Le visage d'Amy s'assombrit :

- Je suis pas très envie de le revoir, en fait.

Ezra s'intrigua, mais tenta de garder son ton léger :

- Eh bien... Ne le remerciez pas. Ca ne changera rien à ma conjoncture actuelle de quelque manière que ce soit.

- Si voulez être bon professeur, essayez des mots simples, répondit Amy dans un demi sourire.

- Je ne vois pas en quoi mes mots sont compliqués, miss. Mais, si vous voulez faire dans le basique, eh bien... Je dirais... Que ma journée n'a pas été fructueuse. Et qu'il me faudra rattraper ça dès demain. Pour sûr.

Amy parvint à rire malgré la douleur :

- Encore l'argent ! Vous ETES vraiment avide !

Ezra ricana :

- Je suis tel que ma... Chère mère m'a fait, en effet. Et vous faites des progrès grâce à mon avidité. Vous tâcherez de ne pas l'oublier quand vous serez à même de vanter mes grandes aptitudes à converser et à encadrer les étrangers comme les autochtones de cette ville.

A ce moment, on frappa à la porte. Ezra s'enquit de répondre avec orgueil :

- Je vous en prie ! Il y a quelqu'un qui travaille ici !

- C'est votre victime. Celle que vous avez détroussée ce matin.

- Comme le temps passe vite, n'est-ce pas ? Sourit Ezra.

- Je le vois. Je venais juste prendre quelques nouvelles. Les agresseurs ont été corrigés... Et tout est rentré dans l'ordre. Alors, si Amy s'est remise, tout sera parfait dans le plus ingrat des mondes.

- Amy va bien, "compte tenu des circonstances", dit Amy avec un faible sourire.

Elle guetta la réaction d'Ezra.

Celui-ci fronça ses sourcils, et les leva ensuite, épaté :

- Vous n'avez pas besoin d'un précepteur, "compte tenu de vos expressions" dépassant déjà l'entendement du simple quidam passant s'abreuver par ici avant de repartir comme il était venu. Sans vocabulaire. (Il remet son chapeau) C'est grand dommage. Miss Williams va avoir de quoi s'offrir un repas digne de ce nom ce soir ! Ceci dit, si jamais un appui supplémentaire vous était nécessaire, vous savez où me trouver.

Sur ce, il adressa un clin d'œil complice à Amy, et fit un signe de tête à Athéna avant de sortir de la pièce.

Pendant ce temps-là en bas, Buck s'était détendu grâce à une bière que lui avait servi la belle Inez. JD fit son entrée dans le saloon à ce moment-là et voyant Buck au comptoir il le rejoignit. Buck l'accueillit avec un sourire :

- Salut petit. Alors, cette partie de pêche avec Casey, c'était comment ?

- Super ! Répondit JD. Mais dis-moi, c'est vrai ce qu'on raconte en ville ? Y'a eu du grabuge aujourd'hui ? Qu'est-ce que j'ai raté ?

Buck sentit de nouveau la colère le gagner.

- Oh ! Une poignée de vauriens qui ont maltraité une femme. Et une autre qui a aidé à leur mettre le harpon dessus.

- Une chasseuse de prime ?

- Mmh, je crois pas.

A ce moment, Chris et Vin entrèrent à leur tour dans la grande salle. Nathan leur demanda :

- Alors ? Comment c'est dehors ?

- C'est calme ! Dit simplement Chris.

- Un vrai cimetière, souffla Vin.

- Au fait, demanda Chris, quelqu'un sait où est Josiah ?

- A Purgatorio, répondit Nathan.

- A Purgatorio ? Qu'est-ce qu'il fait là-bas ?

- Tu connais Josiah, il ne dis jamais rien de plus que ce qu'il estime nécessaire.

- C'est vrai, concéda Chris. Et nos deux demoiselles, où en sont-elles ?

Ce fut Ezra qui lui répondit depuis l'escalier :

- En pleine forme ! "Compte tenu des circonstances" !

Il ne put retenir un petit rire fier.

Vin lui répondit :

- Je ne veux même pas savoir ce que tu sous-entends !

- Mais rien de plus que ce que je dis, monsieur Tanner...

Athéna apparut à ce moment, vêtue de sa robe, et ajouta :

- Il veut dire que l'une a survécu à son flot de paroles, et l'autre ne se trouve qu'à moitié ruinée.

Elle descendit ensuite les escaliers, un peu amusée, car devinant le visage rembruni et fier d'Ezra Standish.

- Bonsoir, messieurs.

- Mademoiselle Williams..., Dit Chris en la saluant d'un signe de tête.

Les autres l'imitèrent, impressionnés par ce changement de style radical. Buck en retrouva sa verve charmeuse habituelle :

- Eh bien mademoiselle ! C'est un spectacle bien agréable que vous offrez à nos humbles yeux ! Vous êtes resplendissante !

Athéna rougit, déstabilisée, et le remercia dans un murmure. Elle ajouta alors, à Buck :

- C'est votre ferveur et votre hargne qui m'ont impressionnée.

Sur ce, elle alla au comptoir commander un verre.

- C'est plus fort que moi, mademoiselle, dès qu'on s'en prend à une femme, j'ai un coup de sang.

- Surtout si elle est jolie, pas vrai Buck ? Le taquina JD.

- Disons que ça renforce... Répondit celui-ci avec un grand sourire.

Athéna fit calmement :

- En tout cas, j'ai été surprise d'apprendre que cette ville n'avait pas de shérif. A présent, en vous voyant, je comprends aisément qu'elle n'en ait pas besoin.

Buck lui adressa un de ces magnifiques sourires dont lui seul avait le secret.

- C'est très gentil, répondit Vin. Vous vous débrouillez plutôt bien aussi. Vous maniez les armes depuis longtemps ?

- C'est mon père qui m'a appris. Il m'a mis un pistolet dans les mains dès que j'ai été en âge de pouvoir le porter.

Elle bu une première gorgée.

- Vous êtes précoce, glissa Chris.

- Il a bien fallu.

Chris continua, curieux :

- Dites, si c'est pas indiscret, qu'est-ce que vous êtes venue faire ici ?

- Je me suis arrêtée, parce que c'était sur ma route... Je n'avais pas de but particulier.

- Vous allez rester longtemps parmi nous ? Demanda Vin à son tour.

- Je ne sais pas vraiment. Je ne peux jamais vraiment prévoir.

Athéna paru gênée par toutes ces questions. Alors, elle saisit une chaise pour s'y asseoir, et sirota une autre gorgée.

Ezra dit alors de son ton le plus affable :

- Allons gentlemen, vous voyez bien que vous ennuyez cette demoiselle à force de questions.

Athéna se rattrapa :

- Non, non... Je suis juste fatiguée, un peu. Mais tout ira mieux. Ce petit remontant est là pour ça.

- Avec modération, n'est-ce pas ? Lança gentiment Nathan.

- Ma fameuse précocité m'a appris le sens de ce mot concernant l'alcool, sourit Athéna.

Elle poursuivit :

- Alors, et vous tous ? Comment vous en êtes venus à faire office de justiciers ici ? Il est rare de voir (elle les compte) cinq... Six hommes de loi pour une seule bourgade.

- Sept en réalité, rectifia Vin. Il en manque un.

- C'est un peu le fruit du hasard à vrai dire, dit Chris.

- Oui, ca c'est trouvé comme ça, ajouta Nathan. On a demandé nos services car cette ville n'était pas défendue et on a accepté.

Athéna leur sourit, et hocha la tête :

- Et, il y a un meneur ? Ou bien vous jouez sur le même terrain ?

Elle regarda brièvement Vin, intimidée.

- C'est Chris qui nous a recruté ! Répondit JD d'un ton enjoué.

- Mais je suis bien secondé, dit Chris avec une certaine gêne.

- On fait en sorte, acquiesça Vin qui avait capté le regard de la jeune femme.

Il soutint son regard avec profondeur et douceur.

Elle se détourna, embarrassée, et hocha encore la tête en baissant les yeux sur son verre :

- Bien, bien. Enchantée, messieurs les six mercenaires. En attendant le septième.