« Il y a des jours, je me dis qu'elle va juste rentrer dans la maison, comme ça. Ou quand je lis, parfois je lève les yeux et je me dis qu'elle va être juste là. Mais non, pas cette fois. J'ai eu une deuxième chance, j'en aurai pas une troisième»
Je termine ma phrase les larmes aux yeux, en me levant et je quitte la pièce.
J'essaye de trouver mon chemin vers la sortie mais Derek me rattrape avant que j'ai pu atteindre l'ascenseur.
« Hey ! Leah, attends. Regarde-moi. J'imagine même pas à quel point ça doit être dur pour toi, mais tu dois rester. On est là pour toi nous aussi maintenant. Si tu pars, tu pourras plus nous aider et il risquerait de te retrouver et s'en prendre à toi.
—Je m'en fiche, ça la ramènera pas, je lui lance, résignée.
—Viens au moins t'assoir à mon bureau. Reste quelques jours, qu'on discute et qu'on partage toutes les histoires embarrassantes qu'on a sur Emily. Et surtout qu'on attrape toutes les personnes qui pourraient t'en vouloir. Alors si tu veux bien, j'aimerais que t'essayes de nous guider à l'endroit où tu étais retenue»
Emily avait raison, c'est un gars bien. Quelqu'un de confiance.
Je suis retournée avec eux. C'était à la fois tendu et sécurisant. Après tout, ce n'était pas la même facette d'Emily qu'on connaissait. Elle me parlait très peu de son travail de profiler, et je suppose qu'elle n'était pas aussi maternelle avec eux qu'avec moi.
C'est tellement bizarre de rencontrer, sans elle, ces personnes dont elle m'a tellement parlé. Il y a Garcia, qui est exactement que je l'avais imaginée, quoi qu'encore plus gentille. Elle m'a proposé de venir dans son bureau si j'avais besoin de m'isoler. Puis Reid, le docteur mais pas dans ce sens-là. Lui c'est un livre qu'il m'a proposé, pour m'occuper. Rossi semble plus paternel, envers Emily. Il est plus en retrait et travail comme un forcené pour retrouver Doyle, sans se laisser emporter par ses émotions. Et enfin, il y a Hotchner et JJ. Mais je n'arrive pas à les cerner. Ils sont sincères, ils essayent de me réconforter, pour Emily, mais pas comme les autres. Eux, au lieu de m'aider à avancer, ils essayent de me faire oublier ma peine. Comme si c'était temporaire, qu'il fallait que j'oublie le temps que tout s'arrange et qu'ensuite, il n'y aurait plus rien. Et maintenant, ils sont tous les deux dans le bureau d'Aaron, en train de se disputer. Ils ont baissé les stores mais pas tous. On dirait qu'il essaye d'empêcher JJ de faire ou dire quelque chose.
Il y a quelque chose qui cloche. Et JJ sait ce que c'est.
Alors, l'air de rien, je me lève. Je commence à marcher dans le bullpen. Quand j'arrive au bureau de Jennifer, je peux voir une page internet ouverte. Et c'est plus fort que moi, je l'ouvre en grand.
C'est une page de scrabble en ligne. J'arrive à peine à réfléchir. J'essaye, tant bien que mal, de me dire que c'est une coïncidence mais c'est impossible. Je me souviens trop bien des heures que j'ai passé sur ce même site, à discuter avec Emily. Dans un dernier espoir, je regarde le nom de son adversaire.
J'ai l'impression d'être en train de rêver. Je sais même plus ce qui est réel et ce qui ne l'est pas. C'est comme si tous mon monde se retrouvait aspiré par l'écran. Je jette un coup d'œil aux mots de la partie commencée. Evidemment, ils ne sont pas là par hasard : vérité, retour et vengeance.
Je remets tout en place et m'enfuis en courant, les larmes aux yeux. Je me retrouve devant le bureau de Penelope. Je frappe doucement à la porte et quand elle l'ouvre, elle me prend immédiatement dans ses bras. Je la laisse supposer que je pleurs à cause de la situation dans laquelle je me suis retrouvée ces derniers jours. Je reste quelques temps avec elle, entre ses bibelots et ses écrans. Puis Morgan vient me chercher. Après discussion avec leur supérieure, l'équipe a obtenue l'autorité sur l'affaire. Et maintenant, c'est l'heure de retourner à mon cachot. Garcia me salue d'un câlin plein de courage.
Au moment où on arrive au SUV, le reste de l'équipe nous attend déjà. Inconsciemment, toute mon attention est dirigée vers JJ. Je suis à la recherche du moindre petit signe, du moindre indice qui me confirmerait ce que je pense. Je monte avec Morgan, à l'avant, et Hotchner est à l'arrière. JJ, Reid et Rossi sont dans la deuxième voiture.
Une fois à Baltimore, à l'endroit précis ou Morgan m'a récupérée je les guide jusqu'au bâtiment où ils m'avaient détenue. Mais le temps qu'on arrive, il n'y avait plus personne. Plus de cadavre de partenaire, plus d'ordinateur, seulement la chaise où j'étais attachée.
Au bout de quelques minutes je m'excuse et sort de l'entrepôt. Derek me suit et je m'y attendais. En revanche, le fait que JJ, elle aussi me suive, me surprend.
Je ne sais pas encore ce que je ressens envers elle à ce moment précis. Je suis énervée contre elle à cause de ce qu'elle me cache, mais d'un autre côté, je ne peux pas lui en vouloir. Elle la garde en sécurité depuis que mon père s'est évadé.
« Leah, ça va ?
—Ça ira quand je serais certaine qu'il ne m'arrivera plus jamais rien de ce genre.
—Tu veux que je te ramène à Quantico ? me propose Jennifer.
—Oui, je veux bien s'il te plait.
—Ça te dérange si je reste ici, histoire de récolter le plus de preuves possibles, propose Morgan
—Nan, c'est bon, reste. »
Je marche avec JJ jusqu'au SUV. Je ne sais même pas si je dois lui parler de ce que j'ai vu sur son ordinateur.
« Comment tu vas ? T'étais vraiment proche d'Emily.
—Elle était la maman que je n'ai jamais eue. La première personne à m'élever avec amour. Pas pour obéir aux ordres, ou faire de moi une tueuse, malgré sa couverture.
—Je suis vraiment désolée que t'ai eu à vivre ce que t'as vécu deux fois. Si je peux faire quoique ce soit, dit le moi.
—Humm, il y a bien quelque chose que tu peux faire.
—Dis-moi tout.
—Si je te pose des questions, tu me répondras ?
—Sur Emily ? C'était ma meilleure amie, je la connaissais bien.
—Entre autre.
—Alors vas-y.
—T'aime le scrabble ?
—Pardon ? Je ne comprends pas, marmonne JJ
—Est-ce que tu joues au scrabble en ligne ? Ce n'est pas compliqué comme question, je demande plus sèchement que je l'aurais voulu.
—Leah, qu'est-ce qu'il se passe ?
—A toi de me le dire. Je suis passée derrière ton écran d'ordinateur. J'ai vu le site. C'est le même qu'on utilisait, Emily et moi avant que mon père la tue. Enfin, si elle est vraiment morte. Hein, dis-moi ? Est-ce qu'elle est vivante ? »
Je commence à m'énerver et à crier à travers la voiture. JJ a les larmes aux yeux. Elle commence a ralenti jusqu'à garer la voiture sur un parking au bord de la route.
« Me fais pas faire ça Leah s'il te plait, me supplie JJ en pleurant. »
Je me calme immédiatement et m'effondre dans mon siège. De toute façon, qu'elle l'admette ou non, maintenant, je sais qu'elle est en vie.
« Je suis désolée Jennifer. T'essaye juste de la protéger. Le mieux qu'on puisse faire maintenant, c'est aller jusqu'au B.A.U, prévenir Emily avec un scrabble, un brouillon de mail ou je ne sais quel autre moyen et surtout, prévenir le reste de l'équipe.
—On ne peut pas faire ça. Ça va tous les mettre en danger. Ton père, il tuera ceux qu'Emily considère comme sa famille en premier.
—Non, j'ai cru comprendre que ça fait un moment que Morgan me cherche, et y a trois jours, ils ont commis l'erreur de m'exposer. S'ils m'ont trouvé, mon père ne va pas tarder, lui aussi à me localiser. C'est la brèche parfaite pour le faire tomber ! Et elle peut nous aider, elle le connait mieux que personne.
—Tu proposes de jouer les appâts ?
—Je propose d'utiliser tout ce qui en notre pouvoir pour rendre sa liberté à Emily, je lui réponds en haussant le ton.
—On ne peut pas la mettre elle aussi en danger tant qu'on l'a pas retrouvé. Il faut qu'on attende de l'avoir coincé avant de la faire revenir. Après elle nous aidera à monter un dossier béton
—Je reste convaincue qu'il vaudrait mieux l'exécuter. On va constituer un dossier et après quoi ? Il va retourner en prison pour s'enfuir à nouveau ? Et tout va recommencer.
— On n'a pas le droit de faire ça, tu le sais. On peut s'arranger pour qu'il soit placé en isolement, dans une prison haute sécurité.
—C'est des rêves ça. On sait tous que ça ne finira jamais. Pas tant qu'il sera vivant. »
Voilà pour cette semaine !
