- LES BÂTISSEURS -
Comme vous le savez tous, mon histoire exploite la série Harry Potter de J.K. Rowling, ainsi que tous les à-côtés officiels (notamment les interviews accordées après la sortie du tome 7).
A mes côtés, j'ai une super équipe de correcteurs qui font un travail formidable. J'ai nommé : Monsieur Alixe, Fenice, Andromeda, Steamboat Willie et Xenon.
III : Nouvelle mode
Chronologie :
2 mai 1998 : Bataille de Poudlard
Septembre 1999 : Harry entre chez les Aurors
31 décembre 2001 : Mariage de Ron et Hermione
Septembre 2002 : Fiançailles de Harry et Ginny
Période couverte par le chapitre : 28 octobre au 4 décembre 2002
Ce samedi, Harry et Ginny étaient invités chez Ron et Hermione pour le déjeuner. Il n'y avait pas de façon directe de se rendre entre leurs deux foyers. En effet, le Square Grimmaurd était toujours soumis au sortilège d'anti-transplanage qui datait du temps où il abritait l'Ordre du Phénix. De leur côté, les maisons sorcières du lotissement où vivaient les Weasley-Granger ne comportaient pas de cheminée de transport individuelle, mais étaient desservies par une cheminette publique qui se trouvait à cinq cents mètres de là.
Après avoir cheminé, Harry et Ginny émergèrent dans une voiture garée sur le parking d'un centre commercial. Un charme de confusion la protégeait pour que les Moldus ne remarquent pas l'immobilisation durable du véhicule ni ne s'étonnent du nombre de personnes différentes qui y pénétraient ou en sortaient chaque jour.
La maison de Ron et Hermione avait un petit espace sur le devant où serpentait un sentier pavé qui menait à la porte d'entrée. Ron l'avait investi et y avait planté des fleurs qui conféraient un air pimpant à l'ensemble. Il aurait pu concourir pour le plus beau jardin de la résidence, et Harry soupçonna son ami d'avoir usé de sortilèges horticoles en voyant des rosiers en pleine floraison alors que ceux des demeures voisines étaient déjà dégarnis. À l'arrière, Ron avait installé un potager qui donnait de délicieux légumes.
Hermione s'était chargée d'aménager l'intérieur d'un savant mélange de meubles moldus et magiques. La décoration était suffisamment proche de celle qu'on trouvait chez les Moldus pour qu'ils puissent recevoir leurs voisins non sorciers sans que ces derniers se sentent dépaysés. La cuisine, la salle de bains et les luminaires, en revanche, étaient entièrement magiques, même s'ils avaient été conçus pour ne pas déparer avec le reste.
Malgré le soin apporté par ses maîtres à leur environnement, Pattenrond n'avait pas apprécié son déménagement. Il lui avait fallu plusieurs semaines pour arrêter de cracher son mécontentement et de faire ses griffes sur les voilages. Mais il avait fini par se résigner et était parti à la découverte du voisinage. Il n'avait pas tardé à faire connaissance avec la chatte tigrée de la maison d'à côté et acceptait beaucoup mieux son sort depuis. Hermione, consciente des risques que cela impliquait, avait ramené son familier à l'animalerie du Chemin de Traverse pour lui faire appliquer un sortilège de Stérilisation. Le ministère de la Magie ne souhaitait pas que le gène des fléreurs se propage sans contrôle.
Coq, quant à lui, s'était bien adapté à son nouveau logis. Il y avait une forêt à moins d'un kilomètre du lotissement, où il chassait la nuit. Cette proximité justifiait aussi sa présence quand les voisins des Granger-Weasley le voyaient voleter dans les environs.
Harry et Ginny prirent place dans le salon et leurs amis leur proposèrent un apéritif.
— J'ai enfin obtenu un agrément pour employer un elfe plusieurs heures par semaine, leur annonça Hermione avec satisfaction.
Avant de savoir où ils logeraient, Hermione avait envisagé de recourir aux services d'un elfe pour entretenir son intérieur. Le choix d'habiter parmi les Moldus avait remis cette décision en cause, car il leur était interdit de faire vivre une créature magique dans un quartier non protégé par des repousse-Moldus. L'admission de Pattenrond avait déjà dû être négociée.
— Il va pouvoir loger ici ? s'enquit Harry.
— Non, mais il ne viendra que dans la journée. Il faudra renforcer les sorts de confusion sur nos vitres pour ne pas prendre de risque.
— Et comment va-t-il se déplacer ? se fit préciser Ginny.
— En transplanant, lui apprit Ron.
— J'en ai parlé aux Belby et aux Carmichæl, continua Hermione en faisant allusion aux deux autres couples sorciers installés dans le lotissement, et ils sont également intéressés. À nous tous, nous allons l'occuper et le payer à plein temps.
— Il dormira dans une de tes résidences ? se fit préciser Ginny.
— Oui, c'est là que je l'ai recruté.
Sous l'impulsion d'Hermione, le ministère avait fait construire des maisons communes où pouvaient vivre les elfes libres qui n'étaient pas logés par leur employeur. Les habitations avaient été implantées aux environs de Pré-au-Lard. Dans un premier temps, les créatures n'en étaient pas sorties, sauf pour aller travailler ou pour transplaner dans les arrières-pièces des boutiques où ils se fournissaient.
Peu à peu, ils s'étaient risqués à marcher dans les rues du village pour faire leurs courses et les plus aventureux se faisaient désormais servir un sirop à la salsepareille — leur péché mignon — à la Tête de Sanglier, le seul bar qui les acceptait. Hermione espérait qu'à force de les voir les sorciers s'habituent à eux et les considèrent finalement comme des égaux.
— Tu es déjà allé voir un match de football ? demanda Ron à Harry en changeant de sujet.
— Non, mais mon oncle aimait les regarder à la télévision, répondit le jeune Auror.
— Eddy Carmichæl s'est fait filer des places par un de ses cousins moldus et veut m'emmener samedi prochain, soupira Ron. Je n'ai pas pu refuser.
— C'est peut-être bien, avança Harry tout en reconnaissant que les Dursley n'étaient pas une référence engageante. Dean avait des affiches de joueurs au-dessus de son lit à Poudlard, tu ne t'en souviens pas ?
— Facile d'aimer un sport moldu quand on ne connaît pas le Quidditch ! maugréa Ron pas convaincu.
— Ça n'a rien à voir, le contredit Ginny. Dean continuait à suivre le football pendant les vacances, tout en adorant le Quidditch. Et Alasdair Maddock, le poursuiveur des Pies de Montrose, en est fan. Il s'est même fait exclure d'un match après avoir tenté d'utiliser des techniques moldues avec le souaffle.
— Comment peut-on s'intéresser à un jeu qui se pratique par terre ? s'étonna Ron.
— Il y a des sorciers qui adorent les Bavboules, lui rappela Hermione. Attends de voir avant de critiquer, lui conseilla-t-elle. Tu auras bien le temps de te plaindre si ça ne te plaît pas, finalement.
Ron eut une moue peu convaincue.
Une fois le repas terminé, Hermione demanda à Ginny de l'accompagner pour faire des courses sur le Chemin de Traverse. Il était assez rare que les jeunes femmes en fassent ensemble, car Ginny aimait faire du lèche-vitrine et appréciait d'essayer les vêtements avant de se décider, alors qu'Hermione limitait la durée de ses achats au strict minimum ou commandait par correspondance.
Les filles revinrent toutes excitées et s'engouffrèrent dans la salle de bains pour passer leurs nouvelles tenues pour les montrer aux garçons. Leurs robes étaient bien plus courtes que la normale, découvrant pratiquement le genou et légèrement cintrées au niveau de la taille. Harry avait déjà remarqué ces modèles sur quelques rares sorcières lorsqu'il était en patrouille, mais n'y avait pas réellement porté attention. Il regarda les deux jeunes femmes qui posaient devant lui et considéra que ces vêtements atypiques étaient plutôt seyants, dans le sens où ils mettaient en valeur les formes de ses amies. Il se souvint que Parvati l'avait prévenu que la nouvelle mode serait étonnante quand il l'avait vue au mariage de Ron et Hermione.
— Alors, demanda Hermione, qu'en pensez-vous ?
— Tu es magnifique là-dedans, fit Ron, admiratif.
— Ça vous va très bien à toute les deux, renchérit Harry, surpris de l'intérêt d'Hermione pour le prêt-à-porter.
Les deux filles se regardèrent :
— Ils n'ont remarqué que le côté sexy, commenta Ginny.
— Typiquement masculin, soupira Hermione.
— C'est flatteur, dans un sens, positiva la joueuse de Quidditch.
— Cela indique que la plupart des sorciers mâles vont apprécier sans se poser de question, se félicita Hermione.
— Quelles questions ? réagit enfin Harry.
— Tu ne les trouves pas bizarres, ces robes ? demanda Hermione.
— J'ai du mal à imaginer ma mère dedans, admit Ron.
— Il y a des modèles moins moulants et un peu plus longs pour les sorcières moins jeunes, précisa Ginny.
— Et on est supposés voir quoi ? insista Harry.
— C'est la plus grande révolution vestimentaire depuis des siècles, leur apprit Hermione. Ces robes sont inspirées de la mode moldue.
— C'est venu comme ça ? douta fortement Harry.
— Pas tout à fait. De jeunes créateurs ont reçu une bourse dans le cadre d'un concours de stylisme organisé par la guilde des Tisserands, leur révéla enfin Hermione.
— Le ministère est derrière ça ? s'enquit Ginny.
— Kingsley a longuement discuté avec Jersey Tissard, le maître de guilde, admit Hermione. Dans la foulée, on a également mis en vente des vêtements moldus plus élégants et plus confortables pour les étudiants de Poudlard qui se sont rendu à King's Cross, il y a un mois. Des images tirées de catalogues moldus ont même été distribuées pour que les parents métamorphosent leurs habits avec plus de réalisme. De nouveaux supports pour écrire ont aussi été proposés dans les papeteries. Bientôt, les élèves auront le choix entre le papier moldu et le parchemin.
Le parchemin n'était plus créé à partir de peaux de mouton depuis bien longtemps. Les sorciers avaient eu recours à des fibres d'origine végétale bien avant que les Moldus ne le fassent, mais l'appellation ancienne avait persisté, ainsi que le conditionnement en rouleaux. Si la fabrication magique avait été novatrice et de qualité supérieure pendant des siècles, les progrès mécaniques et chimiques moldus permettaient désormais la mise à disposition de produits plus lisses, plus blancs et plus variés que n'y parvenaient les sorciers.
— Le rapprochement avec le monde moldu est en marche ? demanda Harry.
— On va s'y prendre petit à petit, confirma Hermione.
— Les sorciers issus de Moldus vont comprendre d'où ça vient, remarqua Harry.
— Peut-être que l'originalité et la qualité séduiront notre population avant que les traditionalistes ne s'en offusquent et militent pour en restreindre l'usage, espéra Hermione.
L'arrivée des nouvelles robes ne passa pas inaperçue. Au cours de l'automne, des courriers virulents de lecteurs scandalisés parurent dans La Gazette du Sorcier. On s'indignait de la coupe indécente et on se posait des questions sur la moralité des femmes qui les adoptaient. D'autres y fustigeaient l'aspect moldu que cela conférait à celles qui les portaient. Des sorcières furent prises à partie dans la rue, mais heureusement, cela se limita à quelques mots désagréables.
— Lorsque sont apparues les robes s'arrêtant à mi-mollet et les bas de soie, ça a été dur pour les moldues aussi, leur apprit Hermione quand ils commentèrent ces épisodes. Mais elles ont fini par imposer les mini-jupes et les pantalons.
— Et nous, quand est-ce qu'on aura le droit de porter des pantalons ? demanda Ron.
Sous le regard étonné de sa sœur et ses amis, il précisa :
— Quand il fait froid en hiver et qu'on charge des caisses, c'est quand même plus pratique, se justifia-t-il.
— Tout à fait, mon chéri, sourit Hermione.
— Fayot ! lança Ginny en lui faisant un clin d'œil pour montrer qu'elle le savait sincère.
— Je ferais tout pour plaire à Hermione, affirma Ron en prenant son air le plus niais.
La fin du mois d'octobre et le mois de novembre passèrent rapidement. L'automne fut assez calme pour Ginny : elle rentrait chaque soir de Holyhead et il n'y eut que deux matchs amicaux le dimanche au cours de ces semaines-là. Les choses sérieuses commenceraient au mois de janvier suivant. Elle partirait quinze jours pour s'entraîner avec les autres joueurs pressentis pour faire partie de l'équipe nationale anglaise. C'est durant cette période qu'elle devrait s'imposer pour être confirmée.
À la mi-novembre, lors d'un repas dominical, George annonça entre l'entrée et le plat :
— Angie et moi allons nous marier.
Une fois les félicitations d'usage adressées aux nouveaux fiancés, Molly dit avec un regard d'excuse en direction de sa future belle-fille :
— Pour la cérémonie, il faudra attendre un peu, je le crains. Pendant qu'on en parle, Harry et Ginny, quand avez-vous prévu de vous unir ?
— Hors de question tant que la saison n'est pas terminée, décréta Ginny.
— On passe notre tour, confirma Harry.
— Ginny…, commença Molly qui ne semblait pas approuver de voir le Quidditch empiéter sur les projets matrimoniaux de sa fille.
— De toute façon, nous n'avons pas l'intention de faire des invitations et tout le tralala, la coupa George.
— Juste vous, mes parents et nos témoins, renchérit Angelina.
L'attention de Mrs Weasley revint sur eux :
— Mais enfin, vous n'allez pas vous marier à la sauvette ! protesta-t-elle.
— On n'a pas envie de faire la fête à cette occasion, répliqua sèchement George.
— C'est vraiment ce que vous désirez, Angelina ? demanda Molly d'une voix réticente.
— Oui, Mrs Weasley, affirma fermement sa future belle-fille.
— Molly, c'est à eux de décider, intervint Arthur.
Les autres suivaient cet échange, mal à l'aise. Autant les annonces de fiançailles précédentes — Ron puis Ginny — s'étaient faites dans la joie, autant ce projet de mariage était assombri par l'absence de celui qui aurait pu épouser Angelina. Harry en vint à se demander si leur décision était une bonne chose. Que pouvait-il sortir de positif d'une union basée sur la mort et la tristesse ? Il vit le même doute dans les yeux des autres. Au milieu d'eux, George et Angelina se tenaient par la main, visiblement crispés. Désolé pour eux, Harry oublia toutes ses préventions et se creusa la cervelle pour dire quelque chose qui détendrait l'atmosphère.
— Mon grand-père était veuf quand il épousa ma grand-mère qui était veuve aussi, leur apprit soudainement Fleur. Ils ont été très heureux ensemble et ont eu trois enfants.
Harry vit Angelina lancer à la femme de Bill un regard reconnaissant. Teddy, qui était en bout de table à côté de Victoire, intervint à son tour :
— Vous allez avoir des bébés ?
— Pas tout de suite, mais on a bien l'intention d'en avoir plus tard, lui répondit Angelina.
— Je pourrais être leur grand-frère ? demanda l'enfant.
Angie et George acquiescèrent au milieu des sourires que la question avait fait fleurir. Harry se sentit très fier de son filleul et de sa capacité à s'emparer de ce dont le destin avait tenté de le priver.
Rien ne changea dans la façon d'être d'Angelina les semaines qui suivirent. Elle ne fit aucune annonce publique à ses collègues et, comme elle n'avait pas de bague de fiançailles, personne ne soupçonna quoi que ce soit. Harry se demanda si elle porterait son alliance.
Molly et Arthur étaient allés voir les Johnson. Ils exploitaient un grand verger à la campagne auprès duquel les magasins d'alimentation sur le Chemin de Traverse s'approvisionnaient. La mère d'Angelina était moldue, ce qui ne l'empêchait pas de travailler aux côtés de son mari. Elle faisait les comptes et gérait le personnel.
Comme les Weasley, ils regrettaient que leur fille se limite à un mariage sans fioritures, mais ils ne ressentaient pas les craintes que la famille de George nourrissait à l'égard du couple. Selon Ginny auprès de laquelle Molly s'était confiée, ils semblaient surtout soulagés qu'Angelina se soit suffisamment remise de son deuil pour envisager une autre union.
Petit à petit, l'organisation de ce non-évènement prit forme. Les deux futurs convinrent que la vingtaine de personnes qu'on ne pouvait exclure de la cérémonie ne pouvaient être renvoyées chez elles sans qu'il leur soit offert un petit rafraîchissement. Molly s'engouffra dans la brèche pour leur arracher leur accord sur le principe d'un cocktail accompagné de petits-fours.
Il fut décidé que le mariage aurait lieu chez les Johnson. Il y avait un vaste hangar où les saisonniers qui les assistaient pour les récoltes avaient coutume de prendre leurs repas. Toute la noce y tiendrait à l'aise. Malgré le désir de simplicité des intéressés, les deux mères mirent au point une décoration plus appropriée à l'occasion qui les réunirait. Enfin, sans écouter les dénégations d'Angelina, Fleur et Ginny la traînèrent chez Mme Guipure pour lui faire tailler une robe.
— On a réussi à l'orienter vers une de ces nouvelles coupes, expliqua Ginny à Harry qui n'avait rien demandé. On lui a pris une teinte vive, qui va très bien avec sa peau. Avec un bouquet, elle aura presque l'air d'une mariée. Fleur a fait la leçon à Bill et Charlie pour que George soit correctement habillé lui aussi.
Harry sourit en imaginant les aînés des Weasley débarquant chez leur frère le matin et le fourrant de force avec une robe de mariage. Il se dit qu'il ne devrait pas oublier de bloquer sa cheminée le jour de ses noces pour éviter ce genre de surprise.
— Quel type de mariage envisages-tu pour nous ? demanda Harry à sa fiancée.
— Je suis partagée entre l'envie de faire aussi simple que George et Angie et celle de faire une fête à tout casser, répondit Ginny.
— De toute façon, ce n'est pas avant l'automne prochain, je suppose, avança Harry.
— Ça ne t'ennuie pas trop ? s'inquiéta Ginny.
— Aucun problème, cela me donnera le temps de faire carrière ! lui assura-t-il avec malice.
La première semaine de décembre, cinq jours avant les noces de George et Angelina, Faucett appela Harry de la porte de son bureau. Le jeune Auror, d'un coup de baguette, reposa la plume qui écrivait sous sa dictée et se dirigea vers son commandant. Celui-ci lui fit signe de s'asseoir avant de reprendre sa place dans son fauteuil. Bandeau vert — Janice Davenport — était déjà installée et avait à la main un carnet comportant des notes.
— Nous avons été saisis d'une enquête un peu particulière, commença Faucett. Il s'agit d'un accident, peut-être pas fortuit, dont a été victime Gwenog Jones, la joueuse de Quidditch.
— Elle va bien ? s'inquiéta Harry qui l'avait trouvée sympathique lors de la soirée où il l'avait rencontrée.
— Elle est à Ste-Mangouste mais paraît assez en forme pour faire savoir ce qu'elle veut. A priori, c'est de la simple malveillance, mais compte tenu de la célébrité de la personne en cause, on doit s'en assurer. Pour faciliter les choses, mademoiselle Jones exige que les enquêteurs soient des femmes ou, à la rigueur, Harry Potter. Tu feras donc équipe avec Janice sur ce dossier. Je pense que je peux te faire confiance pour ne pas révéler à la presse ce que tu pourras apprendre de la vie privée de mademoiselle Jones.
Harry ne se donna même pas la peine de répondre, se contentant de sourire ironiquement.
— Gwenog Jones s'est écrasée sur le terrain de Quidditch pendant un entraînement, continua Faucett. Selon les premières constatations, son balai serait en cause. Ce qui a poussé Madame Redbird, la présidente du club des Harpies, à faire appel à nous, c'est que non seulement le balai semble avoir été trafiqué, mais mademoiselle Jones a reconnu avoir reçu des lettres de menace la semaine dernière. À vous de déterminer si sa vie est en danger et, si possible, identifier ce qui lui a valu une chute de dix mètres.
— Quels dégâts ? demanda Janice Davenport qui prenait des notes.
— Bras cassé, léger traumatisme crânien. Heureusement, les joueuses conservent leurs baguettes sur elles pendant les entraînements et elles ont ralenti la chute de leur capitaine.
— Gwenog Jones est-elle la seule de l'équipe à avoir reçu des lettres de menace ? s'inquiéta Harry.
— Cela fait partie des premières questions à poser, indiqua Faucett. Je préfère te prévenir tout de suite : si ta fiancée est impliquée dans cette affaire, je te retirerai de l'enquête, caprice de mademoiselle Jones ou non. Bien, vous en savez autant que moi, je vous laisse commencer. Notre accidentée est à Ste-Mangouste, chambre 43.
Harry et sa nouvelle partenaire sortirent du bureau.
— On y va par cheminée, indiqua Davenport.
Elle se dirigea vers sa table de travail pour prendre sa cape, imitée par Harry.
— On m'a mis sur une affaire avec Davenport, apprit-il à Pritchard quand il passa près de lui.
— Tu as fini le rapport ? contrôla son coéquipier.
— Presque, il est sur mon bureau.
— Bien, je m'en charge. Bonne chance !
— Merci, dit Harry en vérifiant rapidement s'il avait bien tout son matériel d'enquête dans son aumônière.
Il vit que Davenport l'attendait à la porte et se dépêcha de la rejoindre. Dans l'atrium, avant de s'engouffrer dans une cheminée, Harry hésita :
— Je garde ma tête ?
Davenport réfléchit un instant avant de décider :
— Profil bas tant qu'on n'est pas dans la chambre de Jones. Inutile d'attirer l'attention sur nous.
Elle s'avança vers les flammes vertes tandis que Harry s'appliquait les sorts de métamorphose requis. Arrivés à l'hôpital, ils se rendirent directement dans la chambre 43 qui se trouvait au rez-de-chaussée, dans le service des accidents matériels. Dans le couloir, ils reconnurent un tireur d'élite de la brigade de la police magique, bien que celui-ci portât une robe de médicomage. Ils le saluèrent discrètement de la tête et frappèrent à la porte avant d'entrer.
Gwenog Jones était sur son lit en position assise, le crâne enrubanné dans de la gaze. Une femme d'une quarantaine d'années était installée à son chevet. Harry remarqua qu'elle était très belle. Elle avait le teint foncé et des pommettes hautes. Ses cheveux nattés qui lui faisaient comme une couronne, et elle était vêtue avec élégance.
Les deux femmes les dévisagèrent, et le regard de la joueuse se fit dur en découvrant Harry qui s'empressa d'annuler le sortilège qui le travestissait.
— Pratique ! commenta Gwenog visiblement contente de le voir.
— Assez, convint Harry.
— Janice Davenport, bureau des Aurors, se présenta sa partenaire, jugeant manifestement inutile de nommer Harry.
— Isabel Redbird, répondit l'autre femme d'une belle voix de contralto. Je suis la présidente du club des Harpies. C'est moi qui ai fait appel à vous. Merci d'être venus aussi vite.
Davenport sortit son carnet et commença :
— D'après nos informations, miss Jones a reçu des lettres de menace ces derniers temps et, ce matin, a fait une chute pendant un entraînement.
— Son balai a été trafiqué, affirma la présidente.
— Cela reste à déterminer, répliqua calmement Davenport. Je veux voir le balai. Je veux savoir où il était rangé et quelles sont vos mesures de sécurité en la matière. Nous examinerons les derniers courriers envoyés à mademoiselle Jones pour vérifier qu'il n'y a pas de correspondance entre les écritures des lettres neutres et celles de menace. Il nous faudra aussi nous assurer que les autres joueuses n'ont pas reçu de courrier similaire.
— Je ne veux pas que cela s'ébruite, prévint Gwenog.
— Je n'ai pas pour habitude de tenir des conférences de presse et mon collègue non plus, riposta Davenport.
La joueuse regarda froidement l'Auror avant de hocher la tête, comme si elle décidait qu'elle lui plaisait finalement. La présidente se leva :
— Je vous accompagne à Holyhead, indiqua-t-elle. Gwenog, je compte sur toi pour être raisonnable et rester couchée.
— Je vais très bien...
— Tu ne sors pas tant que tu as ton bandage, la coupa fermement Isabel Redbird. Tu sais que tout scandale pourrait te coûter ta place dans l'équipe galloise.
La joueuse se renfrogna, mais ne répondit rien. Harry se retransforma, et ils rejoignirent le hall d'entrée de l'hôpital. La directrice passa devant eux dans la cheminée pour en dégager l'accès à l'autre bout.
Ils émergèrent dans une pièce particulièrement mal rangée. Des capes pendaient aux nombreuses patères qui couvraient les murs. Des chandails traînaient sur les bancs contre les cloisons et des dizaines de chaussures de diverses tailles, formes et couleurs étaient éparpillées sur le sol.
— Ne faites pas attention au désordre, soupira Isabel Redbird. La plupart de nos filles ne sont pas portées sur le rangement.
Harry se dit que ce trait de caractère de Ginny, qui l'agaçait prodigieusement parfois, trouvait chez les Harpies de quoi s'épanouir.
— Combien y a-t-il de cheminées raccordées au réseau ici ? s'enquit Davenport en examinant celle dont ils sortaient.
— Il n'y a que celle-ci. Les autres servent uniquement au chauffage et nous en avons une dizaine de communications. Seuls les joueuses et le personnel utilisent cette arrivée. Les visiteurs accèdent au domaine par le portail qui donne sur le village.
— Cette issue est gardée, je suppose, se fit préciser Davenport.
— Il faut une clé pour rentrer. Toutes les filles l'ont, ainsi que certains employés.
— Ça fait combien de personnes ? s'enquit Harry.
— Vingt-cinq à peu près, indiqua Isabel Redbird.
— Et vous avez beaucoup de visiteurs ? continua Davenport.
— Pas énormément. Essentiellement des journalistes et les livraisons chaque matin. Nous faisons également appel à des artisans extérieurs pour des travaux ponctuels. Je pense aussi que ces demoiselles font parfois entrer leurs amoureux dans le Foyer, même si c'est interdit et que notre intendante est supposée veiller au grain.
Harry tenta de garder une expression neutre et fit semblant de noter les informations recueillies sur son carnet.
— Ça fait du monde, analysa Davenport. Où rangez-vous les balais ?
— Dans la partie que nous appelons le Gymnasium, expliqua Isabel Redbird. Ce périmètre comprend le terrain de jeu, l'atelier de réparation des balais et le Petit gymnase. Le Petit gymnase est le bâtiment où se trouvent les vestiaires, la salle de gymnastique et le local contenant les casiers à balai. Il faut une autre clé pour accéder au Gymnasium.
— Possédée par les joueuses et les employés, supposa Harry.
— Pas tout le monde. Seulement le personnel technique et l'intendante.
— Pouvons-nous avoir les noms ?
La directrice leur énuméra toute l'équipe (elles étaient quatorze), puis leur donna l'identité de l'infirmière, de l'entraîneuse, de la magingénieur en balai et de l'intendante.
— Et il y a moi, bien entendu, conclut-elle.
— Vous n'avez pas d'hommes qui travaillent ici ? demanda Harry amusé.
— Il y a le cuisinier, Mr Petrucci, et des intervenants occasionnels pour l'entretien du domaine.
— Ceux-ci sont-ils amenés à aller dans le Gymnasium ?
— Parfois, mais quand cela arrive, ils sont accompagnés par Mrs Norris, l'intendante. C'est également elle qui donne les clés au personnel de ménage pour le nettoyage des vestiaires.
— Si on allait voir ces fameux casiers, décida Davenport.
Les deux Aurors furent emmenés à travers un couloir puis passèrent devant un réfectoire où une femme dressait la table pour une vingtaine de personnes.
— Ajoutez deux couverts, lui fit Isabel Redbird en s'arrêtant à la porte. Nous avons des invités. Merci de prévenir le cuisinier.
L'employée grommela, manifestement mécontente de ce surcroît de travail. Sans y prêter attention, leur guide continua sa route et les entraîna vers une double porte. Elle sortit un jeu de clés de sa poche et ouvrit un des battants.
L'issue donnait sur un grand espace dégagé, délimité par la façade du bâtiment dont ils sortaient et une haute haie d'Alihotsy. On pouvait voir un vaste stade de Quidditch, une construction d'un seul niveau, tout en longueur, ainsi qu'une espèce de petite bicoque. Les joueuses étaient à l'entraînement au-dessus du terrain de sport. Harry repéra sans peine Ginny, facilement reconnaissable à sa tresse rousse. Elle enchaînait une série de passes compliquées avec ses compagnes.
Madame Redbird montra la plus grande des bâtisses :
— On l'appelle le Petit gymnase. C'est là que nous allons.
Ils traversèrent une pelouse bien entretenue d'un pas rapide, car le froid était vif. La porte que la directrice poussa pour eux donnait directement dans un large local rempli d'instruments de gymnastique, sur lesquels plusieurs jeunes femmes travaillaient. Elles regardèrent les intrus avec curiosité. L'une d'elles, en laquelle Harry reconnut Gilda la compagne de chambre de Ginny, le salua de la main. Ils traversèrent la pièce pour se diriger vers le mur du fond qui comportait deux issues.
— Les vestiaires sont par là, indiqua Isabel Redbird en montrant la porte de droite.
— On peut voir ? demanda Davenport.
La directrice haussa les épaules et frappa. Elle jeta un œil à l'intérieur et s'effaça pour les laisser entrer. Le désordre qui régnait dans cet endroit rappelait celui de la salle d'arrivée. Harry tenta de ne pas reluquer les sous-vêtements féminins qui jonchaient le sol et les bancs. Il y avait au fond trois cabines de douche heureusement vides. Quand Davenport hocha la tête pour témoigner sa satisfaction (sans doute avait-elle tenu à vérifier que la pièce n'avait pas de fenêtres), Isabel Redbird ouvrit la porte de gauche qui donnait sur le local à balais.
— Cette pièce n'est pas spécialement protégée puisque nous sommes déjà dans un périmètre à accès restreint, reconnut leur hôtesse, mais chaque casier est théoriquement fermé magiquement par sa propriétaire.
Le nom des joueuses était inscrit sur chacune des étroites armoires individuelles. Davenport tenta de tirer un battant à elle. Le premier résista, mais les autres se laissèrent ouvrir, révélant qu'ils étaient vides. C'était le cas de celui marqué Gwenog Jones.
— Elles ne les ferment pas quand elles ont pris leurs balais, nota Harry.
— Pour quoi faire ? demanda la directrice. De toute façon, il est rare qu'on cherche à trafiquer les appareils en dehors des périodes de compétition. Et durant ces moments, ils sont entreposés dans des lieux plus sûrs après avoir été vérifiés. J'ai des casiers spéciaux dans mon bureau et je vous garantis que personne, à part moi, ne pourrait les ouvrir. Tous les stades officiels ont un endroit particulier où les balais des joueurs sont transférés sous le contrôle des responsables de clubs.
Harry et sa partenaire établirent les différentes manières d'entrer dans le local. Celui-ci n'avait pas de fenêtre, il fallait donc nécessairement passer par la salle de sport, qui n'était accessible que par la porte principale. Cependant, les deux Aurors démontrèrent rapidement que les étroites croisées de cette salle n'étaient pas des obstacles insurmontables pour un sorcier déterminé. Mais encore fallait-il parvenir à pénétrer dans l'enceinte du Gymnasium.
Ils firent ensuite le tour du périmètre. Un sortilège anti-transplanage avait été appliqué et la haie s'avérait réellement infranchissable. Isabel Redbird leur assura que des charmes empêchaient non seulement le passage, mais aussi l'espionnage :
— Vous pouvez sortir et vérifier : il est impossible d'entendre ou de voir ce qui se passe ici à partir du dehors.
Pour n'omettre aucune piste, les deux Aurors testèrent l'inviolabilité du lieu durant deux heures. En fin de matinée, ils étaient convaincus que le coupable n'avait pu venir que par la porte fermée à clé du bâtiment principal.
Ils étudièrent ce passage avec soin. Ils vérifièrent que le battant fermait correctement et que la serrure n'avait pas été forcée. Un charme s'assurait de la fermeture de la porte si on ne la retenait pas, ce qui excluait qu'on l'ait laissée ouverte par négligence. Harry tenta de la bloquer avec une branche d'arbre, mais une sonnerie retentit au bout de vingt secondes.
C'était un sortilège classique et il n'avait pas été brisé, notèrent les Aurors sur leurs carnets.
— Et s'il n'y a personne aux alentours ? La nuit, ce bâtiment est vide, non ?
— Cela sonne aussi au Foyer où Mrs Norris vit en permanence, leur assura la directrice.
Visiblement, seule une personne munie d'une clé avait pu accéder au local à balai. Cela restreignait considérablement le nombre des suspects. Harry espéra que cela simplifierait l'enquête.
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17/10/2009 : Notes concernant ce chapitre : Mrs Redbird (ainsi que la plupart des joueuses que l'on rencontrera dans le prochain chapitre) a été gracieusement caractérisée par Lilou Black. Vous pouvez la remercier, grâce à elle vous aurez des descriptions.
Le terme de magingénieur a été inventé par Owlie Wood dans sa fanfiction June Tierney's Diary. Dans l'ensemble, toutes ses fanfiction m'ont beaucoup inspiré pour ce qui tourne autour du Noble Sport.
Chronique littéraire : Je ne vous en ai pas encore parlé, mais j'ai découvert une histoire qui m'a bien plu, cet été.
C'est une histoire mettant en scène Harry et le professeur Rogue. Ce n'est pas un slash et Rogue n'est pas le père caché de Harry non plus. On sort donc des lieux communs et c'est intéressant, bien écrit et exempt de fautes d'orthographe. Cela s'appelle Shadow et c'est de Keina Snape (/s/3770518/1/Shadow).
Pour ceux qui ont aimé La Déclaration de guerre, James E. Malloy a repris le concept (avec la permission de Jeconais) et nous donne sa version qui, selon des dires restera dans le domaine du comique, contrairement à l'original qui a changé de cap en cours de route. Cela s'appelle Le choc des Titans et c'est là : /s/4760209/1/
Merci de leur laisser des commentaires, si vous ne savez pas quoi dire, indiquez simplement que c'est moi qui vous ai envoyé !
Bonne lecture.
Quant à moi, je vous dis à samedi prochain.
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