-Il y a une vieille grand-mère qui raconte des histoires terrifiantes apparemment.
-Et si on allait la voir ? C'est pas qu'on s'ennui là, mais on s'emmerde. Et je te propose un truc, pour l'embêter, on l'interrompt tous les trente mots.
- Faut faire gaffe, elle est imperturbable, la vieille.
-Sourde plutôt ?
-Aussi.
-Il était une fois…
-Pourquoi tous les textes commencent par « il était une fois » ?
-C'est un genre d'attention du Moyen Age.
-Il y a bien longtemps, vivait dans une forêt une famille heureuse. Elle était composée d'un père aimant, d'une magnifique et douce mère, et d'un fils dont la gentillesse et la beauté faisait de lui un ange tombé du ciel. C'était ainsi qu'il se nommait, Ciel, en référence à ces yeux d'un bleu digne du plafond céleste. Cette petite famille habitait une petite maison à l'orée de la grande forêt, à l'intérieure de laquelle, disait-on, habitaient les pires loups de la contrée. Mais peu y étaient rentrés, tous des adultes dans la force de l'âge, et tous étaient ressortis vivant sans avoir vu la moindre bestiole. La petite famille coulait alors des jours paisibles.
-Imperturbable, la vieille.
-Chuuuuuut !
-Ciel avait maintenant dix ans. Ils entendirent alors que le grand père de Ciel, Tanaka, était bien faible et épuisé. Inquiète, la douce mère décida d'envoyer son cher fils lui amener un panier rempli pour l'aider à guérir. Il n'y avait que la forêt à traverser, la chaumière à atteindre était au bout du chemin. Enfilant un chaperon d'un beau bleu ciel, le petit garçon s'en alla à travers les bois, son panier à la main. Marchant le long du sentier battu, à travers les arbres hauts et verts, l'enfant croisa un homme.
Il avait un sourire avenant, et parlait avec calme et gentillesse. Il demanda au garçon ce qu'il faisait dans ces sombres bois, qui lui répondit que c'était pour aller amener un panier plein de bonnes choses pour son grand père malade. Intéressé, l'homme l'interrogea sur cette maison, obtenant l'adresse par la naïveté de l'enfant. Alors que le bambin continuait sa traversée, l'homme eu un sourire mauvais. Il connaissait bien mieux l'endroit que toute personne réunis. Une sombre toison enduisit son corps, devenant une fourrure épaisse et sombre. Une fourrure de loup.
D'un pas rapide, l'animal atteignit la maisonnette avant le chaperon bleu, et toqua à la porte. Une voix faible et éraillée lui répondit de tourner la poignée à droite puis à gauche pour entrer. Suivant ces indications, l'homme le fit et pénétra chez le grand père. Ce dernier était allongé dans un grand lit, et quand il vit le loup, ne put dire un mot qu'il se faisait dévorer par celui-ci. Il ne restait pas une miette de Tanaka. Des petits coups retentir à la porte.
L'homme loup invita la personne qu'il devinait être le garçon rencontré plus tôt, tout en se cachant sous les couettes du vrai propriétaire. La petite tête de Ciel apparut au pas de la porte, s'approchant du lit avec son petit panier. Le loup, toujours caché, s'enquit de l'état de santé de ces parents ainsi que de l'endroit où ils habitaient encore. Peu intrigué par la voix basse et sourde de la personne et des questions qu'elle lui posait, Ciel lui répondit avec joie. Une fois qu'il eut obtenus les informations, il sortit de sous les draps sous les yeux tout grand de l'enfant. Il hurlât alors, et s'enfuit de la maison.
Courant à perdre haleine, il atteignit bien après le fauve la maison maintenant en flammes. D'autres bêtes avaient rejoint la première, des hurlements se faisant écho retentissaient. Criant le nom de ses parents, il ne trouva d'eux que le travail de couture de sa mère et le livre ensanglanté de son père. L'animal se trouvait devant lui, son souffle puissant soufflant dans les mèches noires de l'enfant et ses babines rouges de sang juste au niveau de ses yeux. Il ne pouvait dire un mot, se contentant de reculer jusqu'à ce que son dos ne se cogne contre un mur. D'un mouvement rapide de sa patte, le loup tenta d'attraper le plus petit, qui parvint à esquiver de justesse. Une griffe réussit quand même à le toucher, entaillant sa joue alors qu'il s'effondrait au sol. Et alors que le loup allait le dévorer, il se mit à crier, interpellant un chasseur qui passait par là.
Bien vite, il se rendit à l'intérieur de la maison, et découvrit le garçon et son futur bourreau. Il le mit en déroute, l'animal fourbe parvenant à s'échapper. Un court instant. Celui qui fallait au chasseur pour le mettre dans sa ligne de mire et tirer. Il fit mouche. Le petit garçon avait cessé de pleurer et fixait de ses grands yeux vides le reste de la pièce qui partait en fumée. Le chasseur, qui s'appelait Sebastian, fit sortir de la maison en flammes l'enfant au chaperon. D'une voix basse, ce dernier lui demanda s'il y avait d'autres animaux de ce genre, ce à quoi le chasseur lui répondit par l'affirmative. Une nouvelle flamme s'était éveillée chez le garçon, qui, décidé, demanda au chasseur de lui enseigner ce qu'il savait pour éliminer cette vermine. Par vengeance. Le chasseur, amusé, répondit qu'il était près à mettre son expérience et son arme au service du chaperon, dont le bleu avait laissé place à un rouge sombre, en échange de son âme. Parce que c'était un diable de chasseur, après tout. Ciel accepta l'offre, n'ayant plus rien à perdre.
-…
-…
-Ouah.
-J'en ais perdu le sifflet…
-Au suiiivaaant !
