Merci pour vos commentaires, ça fait vraiment plaisir. Comme j'ai fini cette fic, je m'ai une suite aujourd'hui et une autre dimanche. Je pense mettre une suite deux fois par semaine.
Chapitre N° 3
Hôpital Johns Hopkins Baltimore. Aout 1986
Ils arrivèrent après une heure et quart de route.
-À cette heure-ci, Fabrizio est auprès d'Anthony.
-Il n'est pas auprès de lui en permanence ?
-Il travaille, il ne peut pas s'absenter tout le temps. Alors il bosse depuis sa chambre d'hôtel, il ne peut pas se permettre de rentrer à Atlanta tous les jours.
-Alors, ils vivent à Atlanta ?
-Après avoir quitté l'Italie il y a cinq ans, ils ont vécu trois ans à Los Angeles. Mais Lucia avait trop peur des tremblements de terre, donc ils se sont finalement installés à Atlanta. Ça y est, on est arrivés à sa chambre. Je vais dire à Fabrizio que tu es là. Je te promets que ce soir je te parlerai d'Anthony et tu pourras me poser toutes les questions que tu veux.
Il aperçut son fils allongé sur son lit d'hôpital et calé dans les bras de celui-qui devait être ce fameux Fabrizio Doërti. L'enfant semblait très mal en point et gisait parfaitement immobile.
Après que sa belle-mère lui ait chuchoté quelques mots à l'oreille, l'homme leva la tête vers lui et le fixa à travers la vitre. Puis il se leva et, après avoir déposé un baiser sur la tête chauve de l'enfant, qui ne réagit même pas, il se dirigea vers la porte.
Il ressortit de la chambre accompagné de Mme DiNozzo qui se chargea de faire les présentations entre les deux hommes avant de retourner dans la chambre et de prendre place sur une chaise près du lit.
-Mr Gibbs
-Mr Doërti
Gibbs dévisagea avec attention celui que son fils appelait papa
L'homme était grand, environ un mètre quatre-vingt cinq, avait de larges épaules, un visage très carré et des cheveux aussi noirs que ses yeux. L'homme se déplaçait avec une canne et boitait légèrement, sûrement une séquelle de l'accident qui avait couté la vie à sa femme.
Les deux hommes se toisèrent mutuellement du regard pendant quelques minutes avant de se serrer la main d'une poigne ferme.
-Alors comme ça, vous êtes le géniteur d'Anthony.
-C'est exact, je suis son père. Le défia Gibbs.
À ces mots, Mr Doërti se raidit légèrement mais ne releva pas
- Je vous remercie d'être venu jusqu'ici pour passer tous les tests
-Comment va-t-il ? Demanda Gibbs en désignant la chambre du petit garçon d'un signe de tête.
-Il s'affaiblit de jour en jour.
Gibbs s'approcha de la vitre le séparant de la chambre pour observer son fils de plus près. Avec son crâne dépourvu de cheveux, son visage émacié d'une pâleur alarmante et ses yeux clos, il lui fut difficile de voir s'il lui ressemblait ou s'il avait plutôt hérité des traits de sa mère.
- C'est difficile de l'imaginer en le voyant comme ça mais en temps normal ce gosse ne tient jamais en place. Il passe son temps à courir partout et à imaginer les pires bêtises qui soient. S'éleva la voix de Mr Doërti dans son dos.
Gibbs n'eut pas le temps de répondre car au même moment, le médecin traitant d'Anthony arriva pour rencontrer le donneur éventuel de son jeune patient.
-Bonjour messieurs
Les deux hommes se retournèrent d'un seul bloc
-Bonjour docteur
Le médecin se tourna vers Gibbs.
-Je suppose que vous êtes le père biologique du jeune Anthony Doërti. Comme vous le savez, nous ne pouvons pas nous permettre de perdre de temps. Je vais vous expliquer les grandes lignes de ce que nous allons faire.
- Je vous écoute docteur.
- Tout d'abord nous allons vous prélever un peu de sang pour effectuer un test de compatibilité tissulaire. J'ai déjà informé les infirmières de votre venue et l'une d'elles vous attend dans la salle d'examen nº2 qui se trouve au fond de ce couloir à droite. Si vous voulez bien vous y rendre de suite comme ça votre échantillon sanguin pourra partir immédiatement au laboratoire d'analyses. Il n'y en a pas pour plus de 10 mn et ensuite je vous expliquerai la suite.
-J'y vais de ce pas. Dit Gibbs en s'éloignant rapidement dans la direction indiquée
Dix minutes plus tard, l'infirmière qui lui avait fait la prise de sang l'accompagna jusqu'au bureau du Dr Dewolf où celui-ci l'attendait pour finir de lui expliquer le processus de la greffe.
Quand il pénétra dans le bureau du médecin, Gibbs fut heureux de constater que Mr Doërti ne s'y trouvait pas. Le docteur l'invita à s'installer puis il croisa ses mains sur le bureau et prit la parole.
-Comme je vous l'ai déjà dit, nous allons tout d'abord effectuer un test de compatibilité tissulaire pour voir si vous pouvez donner de votre moelle osseuse à votre fils. Si le résultat est positif, vous devrez tous les deux passer quelques examens complémentaires et il faudra préparer votre fils à recevoir la greffe. Ensuite, on procédera au prélèvement de votre moelle osseuse mais je vous expliquerai tout ça plus en détail si les tests sont concluants. Mais rassurez-vous, cela est quasiment indolore et la moelle prélevée se régénère assez rapidement.
-Et combien de temps va-t-il falloir attendre pour savoir si je suis compatible avec mon fils ?
-Nous serons fixés d'ici deux jours au maximum. Avez-vous d'autres questions à me poser, Mr Gibbs ?
-Non, plus pour le moment, merci docteur.
Gibbs prit congé du médecin et retourna vers la chambre de son fils. Mr Doërti l'y attendait et se dirigea vers lui dès qu'il le vit.
-Je vous ai réservé une chambre dans l'hôtel où je suis descendu. Bien entendu, tous les frais sont à ma charge.
Ils se dirigèrent en silence vers la sortie de l'hôpital où une limousine les attendait.
Le chauffeur leur ouvrit la portière et les deux hommes s'engouffrèrent dans la voiture qui démarra aussitôt et se glissa silencieusement dans la circulation.
-Mme DiNozzo ne vient pas avec nous?
-Elle est déjà rentrée à l'hôtel. On ne nous permet pas de rester auprès d'Anthony la nuit.
La limousine roula environ un quart d'heure avant de s'arrêter devant un hôtel luxueux.
Gibbs n'avait jamais mis les pieds dans un pareil hôtel. Une nuit dans cet endroit devait facilement couter la solde qu'il touchait pour quinze jours, voire pour un mois.
-Bonsoir, Mr Doërti.
-Arauld. La chambre de Mr Gibbs est-elle prête ?
-Oui, comme vous nous l'aviez demandé.
L'homme fit signe à un porteur qui se chargea de prendre le sac de Gibbs.
-Si vous voulez bien me suivre, messieurs, je vais vous accompagner.
Mr Doërti et Gibbs suivirent l'homme qui les emmena jusqu'à la chambre de Gibbs et les salua avant de repartir à la réception.
Celui-ci écarquilla les yeux en la découvrant. Elle était immense, plus grande que son séjour, voire que son rez-de-chaussée tout entier.
Un énorme lit en occupait le centre. La décoration était très épurée et contemporaine, se déclinant dans des tons écru et taupe qui faisaient ressortir les meubles en bois sombre. La salle de bains était toute de marbre noire sur lequel le blanc des vasques des lavabos étincelait. Les seules touches de couleurs étaient les fleurs fraiches artistiquement disposées dans de grands vases en cristal et les quelques tableaux résolument modernes accrochés aux murs. L'ensemble dégageait incontestablement le luxe et l'opulence mais Gibbs trouva que ça manquait singulièrement de chaleur. Il avait l'impression de se retrouver coincé entre les pages glacées d'un magazine de décoration et préférait cent fois mieux l'ambiance chaleureuse de sa maison
À ce moment-là, un coup discret fut tapé à la porte et le porteur entra avec le sac de voyage de Gibbs.
Mr Doërti lui glissa un billet dans la main et celui-ci quitta la chambre avec un air ravi au vu de la générosité du pourboire.
-Nous vous attendons à 19 heures pour le diner. N'hésitez pas à appeler la réception si vous avez besoin de quoi que ce soit.
-Merci.
-Un costume a été déposé sur votre lit, il devrait être à votre taille. Bon, je vous laisse, à tout à l'heure.
Une fois seul dans son immense chambre, Gibbs prit le téléphone pour appeler sa femme et sa fille.
Il discuta un moment avec Shannon la mettant au courant des derniers évènements et lui parlant de son fils qu'il avait entraperçu à travers la vitre de sa chambre. Puis, celle-ci passa le combiné à Kelly qui babilla joyeusement quelques mots et lui demanda quand est-ce qu'il rentrait à la maison avant de lui crier un 'je t'aime mon papa, tu me manques' qui lui fit chaud au cœur. Il raccrocha finalement avec le sourire aux lèvres et alla dans la salle de bains se prendre une bonne douche.
19 heures arriva enfin. Gibbs, qui avait revêtu le smoking envoyé par Mr Doërti, se rendit au salon où ce dernier lui avait donné rendez-vous. Ici, tout dans les moindres détails respirait le luxe extrême et il ne se sentait pas du tout à l'aise dans ce milieu. Mais il prit sur lui pour supporter tout ça, il se devait de le faire pour son fils. Son fils !il avait encore beaucoup de mal à réaliser qu'il avait un enfant déjà âgé de 10 ans alors que lui-même en avait tout juste 25. Kelly avait un grand –frère et, si tout allait bien, ses deux enfants pourraient faire bientôt connaissance.
Il aperçut Mr Doërti et Mme DiNozzo déjà installés à une table dans un coin tranquille de la salle. Il s'avança jusqu'à eux, les salua courtoisement et prit place à son tour.
Le maitre d'hôtel leur apporta les menus et leur demanda s'ils désiraient prendre un apéritif. Gibbs commença à parcourir la carte et manqua de s'étouffer en voyant les prix des plats. Même une simple salade César coutait un prix exorbitant ! Il pouvait en manger une bonne dizaine dans le petit restaurant où ils allaient parfois avec Shannon pour le prix d'une seule dans ce temple du luxe. Et il était pratiquement sûr que la salade que faisait Lyly, la patronne du resto, était 100 fois meilleure et deux fois plus copieuse qu'ici. En plus, tous les plats portaient des noms compliqués et longs comme le bras, il ne savait même pas quoi choisir. Quand le maitre d'hôtel revint pour prendre leur commande, il se décida finalement pour un consommé en entrée et un steak saignant accompagné de frites pour suivre.
Le repas fut excellent et la conversation qui l'accompagna relativement agréable. Mr Doërti était un hôte parfait et sa belle-mère fit tout son possible pour maintenir une ambiance détendue autour de la table.
Une fois le repas terminé, ils passèrent au salon pour prendre le café et un digestif puis, Mr Doërti se leva et prit congé en leur disant qu'il devait encore aller travailler sur quelques dossiers en retard.
Gibbs se retrouva donc en tête à tête avec Mme DiNozzo qui lui proposa de monter dans sa suite où ils seraient plus tranquilles pour discuter. Elle voulait lui parler un peu d'Anthony et lui montrer quelques photos du garçonnet.
-Assieds-toi, je t'en prie. Je peux te servir quelque chose à boire ?
-Un verre d'eau sera parfait, merci.
Elle prit dans le bar une bouteille d'eau minérale qu'elle déposa sur la table basse avec deux verres.
-Si tu veux me poser des questions, je suis tout ouïe.
-Comment l'accident s'est-il produit ?
-Un camion n'a pas respecté un feu rouge et est venu s'encastrer dans leur voiture. Lucia est morte sur le coup, Anthony a eu une fracture de la jambe droite et une perforation du foie. Quant à Fabrizio, il a eu le bassin fracturé. Cela fait à peine dix jours qu'il peut de nouveau marcher avec l'aide d'une canne.
-Où cela s'est-il passé ?
-À new-York. Lucia voulait faire découvrir la grosse pomme à Anthony.
-Ils sont heureux tous les trois ?
-Étaient. Oui, Fabrizio s'occupe très bien d'Anthony même s'il se montre un peu dur avec lui par moments, mais ça compense le laxisme de Lucia, elle lui laissait tout passer.
-Quel genre d'enfant est-ce?
-Un enfant plein de vie, très remuant, il n'arrête pas une seconde. C'est un garçon intelligent, il a l'esprit vif, il réussit bien à l'école, excelle en sport, il pratique le basket, le football, la course à pieds, l'escalade. Il joue aussi du piano, de la guitare et chante dans la chorale de l'école. C'est un enfant qui respire la joie de vivre, qui nous rend vraiment heureux.
-Ils n'ont pas eu d'autres enfants ?
-Non, la naissance d'Anthony ne s'est pas très bien passée. Lucia a fait une grosse hémorragie lors de l'accouchement et les médecins ont dû lui retirer l'utérus.
Gibbs fut troublé par ce qu'il venait d'apprendre.
-Elle s'en est vite remise et elle a décidé de rester vivre ensuite en Italie. C'est lors du nouvel an 78 qu'elle a rencontré Fabrizio. Malgré leur différence d'âge assez importante, ils ont eu un coup de foudre et se sont mariés huit mois après. Il a aussitôt décidé d'adopter Anthony. J'ai quelques photos avec moi, tu veux les voir?
-Bien sûr, ça me ferait plaisir.
Elle prit un album se trouvant à côté d'elle et le lui fit passer.
L'album commençait avec une photo de Lucia, tenant son fils dans ses bras.
-Elle a été prise deux jours après sa naissance. C'était un beau et gros bébé pour une jeune fille qui allait avoir seize ans. 3Kg 950 pour 55 cm.
Ils continuèrent à tourner les pages, faisant défiler des photos du petit garçon : de ses premiers déplacements à quatre pattes, de ses premiers pas, de Tony mangeant tout seul pour la première fois et qui s'était mis de la purée partout. Sur pratiquement toutes les photos, l'enfant portait un petit costume marin. Lucia était resplendissante de beauté et semblait heureuse et épanouie. Puis, il y eut les premières photos avec Fabrizio, celui qui lui avait volé sa place de père. Gibbs sentit son cœur se serrer en les voyant tous les trois sourire à l'objectif. Si on ne lui avait pas menti sur l'avortement de Lucia, ce serait peut-être lui qui se trouverait sur les photos et lui qui aurait appris à son fils à faire du vélo.
Mais dans ce cas-là, il n'aurait pas rencontré et épousé Shannon qui était le grand amour de sa vie et son âme sœur. Et surtout, il n'aurait pas vu naitre Kelly, son petit ange et la lumière de sa vie. Car même si Lucia était et resterait son premier amour de jeunesse, auraient-ils vraiment été heureux s'ils étaient restés ensemble, alors qu'ils n'étaient encore eux-mêmes que des gamins? Il n'en était pas si sûr.
Ils arrivèrent enfin sur les dernières photos de l'album. Elles avaient l'air d'être assez récentes. Il y vit son fils en train de faire du sport et d'autres semblaient avoir été prises après un match de foot. Il respirait l'énergie et la joie de vivre avec le sourire éclatant qu'il adressait à l'objectif. Il avait les yeux de sa mère, le même regard pétillant mais, en y regardant de plus près, il pouvait aussi se reconnaître un peu dans ce petit garçon de dix ans.
Il passa doucement son doigt sur le contour de l'image en la regardant d'un air attendri. Sans dire un mot, la mère de Lucia détacha délicatement la photo de l'album et la lui tendit. Il lui sourit avec gratitude, touché par son geste, et rangea aussitôt le cliché dans son portefeuille à côté d'une photo de Kelly.
-Merci de m'avoir montré ces photos, c'est vraiment un magnifique petit garçon. J'aimerais beaucoup le connaître, partager des moments avec lui, lui présenter sa demi-sœur. Et surtout, j'aimerais qu'il sache que je suis son père.
-Je crains, que ce ne soit pas possible Jethro. Fabrizio ne te laissera jamais faire. Anthony n'est pas prêt à vivre un nouveau choc actuellement. Il vient de perdre sa mère, avec qui il avait une relation très fusionnelle et il lutte contre une maladie qui lui demande toute son énergie. Ce n'est pas le moment de bouleverser davantage sa vie en lui annonçant que celui qu'il croit être son père depuis toujours ne l'est en fait pas. Il risque de se sentir trahi s'il apprend qu'on lui a caché ça et de renoncer à se battre pour s'en sortir.
-Peut-être pas maintenant mais dès qu'il ira mieux, j'aimerais lui dire la vérité. C'est mon fils quand même! Et maintenant que je connais son existence, je ne vais pas l'ignorer ! En tout cas, je ne me le laisserais pas enlever comme ça, sans rien dire et sans rien faire.
-Alors, attends au moins que la greffe soit faite et surtout qu'on soit sûrs qu'elle ait fonctionné avant d'annoncer à Fabrizio que tu comptes récupérer ton fils.
