Chapitre 3 : Bonne nuit Ikumatsu-dono

La soirée fut longue et fatigante. Les clients s'enchaînèrent alors que, du fait de cette visite inopinée, Ikumatsu n'avait pas eu le temps ni d'éplucher et couper les légumes, ni de faire les bouillons. Lorsque le dernier client, largement arrosé de saké, quitta le restaurant, Ikumatsu se laissa tomber sur la chaise la plus proche. Elle ferma les yeux pendant une minute en soufflant bruyamment, mais fut interrompue par les gargouillis de son estomac qui semblait avoir entrepris de se manger lui-même. Elle étira ses jambes et se leva non sans difficultés. Contournant le comptoir, elle attrapa un plateau, une paire de baguettes et un bol qu'elle remplit de deux grosses louches de soba. « Si moi j'ai faim, le jeune homme à l'étage doit déjà s'être attaqué au mobilier ! ». Elle gravit les quelques marches qui menaient à la chambre et ouvrit la porte de la pointe du coude. Mais quand elle entra dans la pièce, celle-ci était vide de toute présence humaine. Ikumatsu lâcha un soupir agacé : elle ne tenait pas un hôtel mais un restaurant ! La moindre des choses aurait été de dire « merci ». Ou au moins « au revoir »… Enfin, il avait eu la délicatesse de replier le futon et de ranger la boite de premier secours dans un coin de la pièce, comme quoi toute son éducation n'était pas à refaire. La jeune femme posa le plateau sur le sol, tira une petite table basse rangée dans un coin et dîna. Seule.


Au milieu de la nuit, Ikumatsu fut réveillée par ses propres tremblements. Elle se glissa hors de ses couvertures et se rendit dans la chambre mitoyenne : la fenêtre était ouverte. Mais oui ! Après que Katsura soit reparti, elle avait oublié de la verrouiller et le vent avait dû l'ouvrir pendant la nuit. Quelle idiote ! Mais, en même temps, si Katsura n'était pas parti comme un voleur… Non ! Ce n'était pas le moment de jouer à la-faute-à-qui d'autant plus qu'elle était seule. Elle alla rapidement fermer la fenêtre et entrepris de trouver une couverture car l'air ambiant était glacial. En cherchant à tâtons celle du futon de cette pièce, elle attrapa un long pan de tissu. Elle l'approcha de son visage et distingua, malgré l'obscurité, qu'il s'agissait du haori de Katsura. Il l'avait surement oublié en partant puisqu'il l'avait retiré pour ses soins. « Ça veut dire qu'il va devoir revenir le chercher ». A cette pensée elle ne put retenir un sourire, immédiatement rompu par un frisson. Elle se frictionna vigoureusement les épaules et, après une hésitation, enfila le haori. « Non, ce n'est pas bizarre ! Ce n'est pas bizarre : j'ai froid, je passe le premier vêtement que j'attrape, ça n'a rien de bizarre ! ». Ikumatsu serra les poings, inspira, puis expira un grand coup. Elle s'enroula dans les manches qui lui paraissaient immenses et s'engouffra sous ses couvertures pour fuir le froid. C'était peut-être l'effet de la fatigue ou bien encore celui de la fenêtre fermée, mais elle tomba presque instantanément dans un profond sommeil.


Le lendemain matin, Ikumatsu nettoya le haori de Katsura et en profita pour recoudre la large déchirure qui ornait le dos du vêtement. Elle le plia et le glissa dans un tiroir, dans la paranoïa de laisser un indice (à qui ? Elle ne le savait pas elle-même.). Mais l'heure tournait et elle n'était pas en avance... Que le samouraï était chronophage : il la mettait en retard alors même qu'il n'était pas là ! Elle se débarbouilla rapidement sans même se laver les cheveux, passa des vêtements propres, et descendit dans la salle du restaurant pour être prête à l'arrivée du premier client du déjeuner.


Elle remuait le contenu de sa marmite à l'aide d'une longue louche métallique lorsque celui-ci entra d'un pas nonchalant. Il la salua, tira un tabouret pour s'asseoir au comptoir, et attrapa une paire de baguettes dans le pot prévu à cet effet. Ikumatsu observa la scène en silence, l'esprit perturbé par un détail de sa tenue.

Ikumatsu : Dites-moi, Gintoki-san, votre mère ne vous a-t-elle jamais expliqué comment on enfilait un kimono ?

Le samurai releva son visage vers la tenancière et lui adressa un sourire.

Gintoki : Je devais probablement être en train de dormir à ce moment-là. Ça sent bon votre truc, j'en prendrai un bol s'il-vous-plait.

Ikumatsu : Vous ne seriez pas Balance, par hasard ?

Gintoki : Pardon ?

Ikumatsu : Non, rien (juste une référence au chapitre 1 ...). Donc un bol de ramen, c'est bien ça ?

Gintoki : Oui, merci, Ikumatsu-san. Dites, Ikumatsu, est-ce que vou… D'où vient cette odeur ?

Ikumatsu : Cette odeur ? Les ramen vous voulez dire ?

Gintoki : Non, on dirait le shampooing de Zu… Oh ! Ah ! Je comprends ! Le fourbe, il ne m'a pas dit que vous en étiez LA…

La restauratrice se tourna vers son client en rougissant violemment.

Ikumatsu : Comment ça, LA ?! Il n'y a pas de LA ! Je ne sais pas où vous êtes allé chercher ça, mais…

Gintoki : Zura utilise un shampooing aux extraits d'aloès Vera spécial racines grasses pointes sèches pour cheveux longs. J'en sais quelque chose, j'ai dû en supporter l'odeur pendant plusieurs années ! Et c'est exactement cette odeur qui émane de vous…

Ikumatsu : Peut-être qu'on utilise juste le même shampooing ?

Gintoki : Mais ça ne correspond absolument pas à votre nature de cheveux. Croyez-en mon expérience : j'ai été coiffeur pendant une journée…

Ikumatsu : Oui, mais j'ai les cheveux naturellement blonds donc les produits adaptés sont très difficiles à trouver au Japon.

Gintoki : A qui le dites-vous : Ma permanente naturelle est un calvaire et me coûte une fortune à entretenir, sans même parler des frais de coiffeur, …

Cette discussion d'une importance capitale fut interrompue par l'entrée fracassante de deux agents du Shinsengumi.


Le plus petit des deux fut immédiatement reconnu par Ikumatsu car elle l'avait déjà vu par trois fois. La première, c'était lors son kidnapping, alors même que Katsura venait de s'enfuir après l'avoir libérée. L'agent s'était présenté devant elle puis était parti à la poursuite du criminel en agitant à bout de bras son énorme bazooka (ceci n'est pas une métaphore sexuelle). La deuxième fois, il avait littéralement explosé la façade de son restaurant car une interview de Katsura par Hanano Saki s'y déroulait. La dernière fois qu'il lui était apparu était la veille, sur Edo TV, alors qu'il brutalisait la pauvre journaliste. Elle pouvait donc affirmer avec certitude qu'il s'agissait du Capitaine Sadique du Shinsengumi, Okita Sougo.

Okita : Oï, Hijikata-san ! Vous êtes sur que vous voulez faire ça ici ? C'est un peu miteux quand même…

Hijikata : Personne ne t'a demandé ton avis Sougo ! Il a dit qu'il voulait déjeuner comme les citoyens normaux, donc tu me vires les civils qu'on fasse ça vite fait pour être de retour à l'heure pour la série !

Okita : Oui, abruti de vice-commandant ! Bon, les bouseux, on évacue les lieux vite fait si on ne veut pas se prendre mon sabre dans le c… Oh ! Danna ! Qu'est-ce que vous faites là ?

Gintoki : Eh, la police n'est pas sensé foutre la paix aux honnêtes citoyens ?

Hijikata : Pourquoi personne ne sort ? Y a un problème ?

Okita : Bah c'est qu'il n'y a que le Yoruzuya et la patronne à l'intérieur, je ne sais pas qui virer…

Hijikata : On ne peut pas sortir la patronne sinon il n'y aura plus personne pour faire à manger… Et l'autre chieur… Merde ! Il arrive ! Tant pis, on garde les deux, mais il a plutôt intérêt à rester calme, le permanenté !

Ikumatsu et son client fixaient la porte, se questionnant sur l'identité du « il » qui mettait ainsi le Shinsengumi dans tous ses états. Probablement une personne importante puisqu'elle avait mobilisé deux haut-gradés pour son escorte personnelle pensa Ikumatsu. Un large SUV noir se gara contre la porte d'entrée et Hijikata ouvrit la portière en inclinant la tête.

Hijikata : Bienvenue, Shogun-sama.