Azog éclata de rire, ses yeux aunes rivés dans la pierre. Elle était magnifique mais n'avait aucun attrait pour les orques. Seule comptait la destruction pour eux. Il la lança en l'air à plusieurs reprises et la rattrapa aisément. Une si petite chose dotée d'un si grand pouvoir sur le cœur des nains !
« Bolg ! gronda Azog. Contacte Thorin Ecu de Chêne. Annonce-lui que nous avons l'Arkenstone. Nous souhaitons mettre fin à cette malheureuse guerre. Si les nains se retirent de la guerre, nous la lui rendrons et il régnera sur Erebor. Pendez Bard, que tous puissent voir que le tueur de dragon n'est plus ! »
Bolg grogna et tourna les talons. Son warg avalait les mètres à une vitesse affolante. La bête grondait sous l'effort. Il contourna le champ de bataille pour atteindre un versant de la montagne encore exempté de combats.
Nul doute que Thorin ne serait guère ravi de voir ses ennemis. Si Bolg était moins haï que son père le profanateur, il n'en restait pas moins un cruel capitaine responsable de bien des massacres.
En une quinzaine de minutes, le warg se tint à proximité de la rivière courante qui sortait des profondeurs de la montagne. Les vestiges de la porte écroulée bouchait la rivière et peu à peu formait un lac au pied de la montagne, entre les deux crêtes du sud. Le chemin était truffé d'embuches. Les pierres n'étaient pas stables. Plus d'une fois, Bolg manqua de démonter, sa monture jetée à genoux par les éboulis. L'orque devait aussi prendre garde à ce qui arrivait au-dessus de sa tête car la porte avait été bouchée par de nombreuses pierres. Sur ce mur de fortune, les nains de la Compagnie de Thorin guettaient les signes de la bataille. Celle-ci s'était éloignée des portes de la cité des nains et ils avaient perdu le visuel sur les combats.
Le warg longea le mur en grognant. Bolg lui frappa l'encolure pour le faire taire. Il s'approcha du mur et y découvrit une ouverture suffisante pour discuter.
« L'émissaire d'Azog exige de parler à Thorin Ecu de Chêne !
— Ah ouais ?
— Mon pied dans ton derrière, ce sera tout ce que t'auras mon gros !
— Attends un peu que ma flèche discute avec toi !
— Il se prend pour qui ce con ? »
Bolg gronda.
« Dites à Thorin que l'Arkenstone est entre les mains d'Azog ! »
Cette fois, les nains restèrent silencieux. Sur le mur, à l'abri des regards, Balin se tourna vers ses coéquipiers.
« C'est un mensonge pour l'assassiner, assura-t-il d'une voix malgré tout hésitante. L'Arkenstone est entre les mains de Bard !
— Mais si c'était vrai ? chuchota Kili.
— Nous devons prévenir mon oncle ! Ce ne sont que des mensonges !
— Regardez ! » s'exclama Kili.
De tous, le jeune nain était celui qui avait une meilleure vue. Il pointait de son doigt un point au sud, près de l'une des anciennes tours de Dale. Les orques étaient montés sur le bâtiment et y avaient planté trois larges pieux hauts de quatre mètres. Au bout de chacun étaient attachés trois hommes. Les orques n'avaient pas u déterminer lequel était Bard et avaient donc pendus tous ceux qui correspondaient à la description d'un homme d'âge moyen aux cheveux bruns, de grande taille. Les orques les gardaient et de temps à autre ils plantaient leurs épées dans les flancs de leurs victimes.
« Bard ! souffla Oin en le voyant pendu au pieu le plus à droite.
— Il avait l'Arkenstone, murmura Kili. Azog l'a vraiment récupérée !
— Nous devons en avertir Thorin ! s'exclama Fili, les yeux écarquillés d'horreur.
— Que se passera-t-il ? se désola Bofur. Thorin est victime de la maladie du dragon !
— Bilbon s'est sacrifié pour l'empêcher de mettre la main sur l'Arkenstone, approuva Gloin. Comment Thorin réagira-t-il ?
— Cela pourrait aggraver sa folie ! estima Balin. Thorin n'est plus lui-même…
— Il a failli tuer Bilbon ! rappela Dwalin.
— C'est notre oncle ! s'écria Kili. Je lui fais confiance !
— Il va enfin sortir d'Erebor et mener notre peuple contre les orques ! approuva Fili. Nous allons reconquérir ce qui appartient à notre famille ! »
Balin et Dwalin échangèrent un regard sombre. Ni l'un ni l'autre ne reconnaissait Thorin et ils étaient ceux qui lui étaient le plus proche.
Bolg attendait encore. Son impatience grandit. Un homme jaillit au coin de la rue. Il ne comprit pas ce qui lui arriva : l'orque le trancha en deux. Il allait repartir quand le visage familier de Thorin apparut dans la fente créée entre les débris. La convoitise et la colère se mêlaient sur le visage sombre du nain. Il n'arrivait pas encore à croire que ses ennemis aient pu poser leurs mains sur sa pierre. Le mort de Bard ne l'émouvait nullement. Il n'avait d'intérêt que pour l'Arkenstone.
« Azog propose une trêve, annonça Bolg. L'Arkenstone contre le retrait des troupes des nains. De tous les nains !
— Vous ne l'avez pas ! assura Thorin en lançant un regard noir à l'orque.
— Nous l'avons ! Donnez un point de rendez-vous et Azog vous l'apportera.
— Dans une demi-heure sur le versant ouest au pied des statuts ! »
Thorin disparut. Les murmures s'intensifièrent parmi les membres de sa compagnie. Les nains n'arrivaient pas à comprendre que leur roi et ami prête une oreille à des orques. Seuls Kili et Fili avaient encore confiance en leur oncle.
« C'est une excellente idée ! s'enthousiasma le plus jeune. Une fois Azog tué, les orques perdront leur chef ! »
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A l'heure dite, Thorin sortit d'Erebor par la porte dérobée qui leur avait permis d'infiltrer la montagne sous le nez de Smaug. En contrebas, une meute de warg allaient et venaient. Huit d'entre eux avaient pris position aux points cardinaux pour surveiller les alentours. Au centre du cercle ainsi formé se tenaient Azog et onze de ses sbires. Le grand orque pâle se tenait une dizaine de mètres devant ses subordonnés, emmitouflé dans un manteau sombre et le capuchon rabattu sur sa tête.
Thorin l'observa un moment sans rien déceler d'inhabituel compte tenu de la situation. Tous étaient armés mais c'était également son cas. Caché sur le petit promontoire, Kili tenait en joue les orques avec son arc. A ses côtés, Gloin avait attaché trois cordes à la porte. A la moindre alerte, tous descendraient à la rescousse de leur chef. Le rapport de force était défavorable aux nains mais malgré les avertissements de ses amis, Thorin descendit jusqu'à ses invités indésirables. L'idée d'avoir l'Arkenstone en sa possession le poussait à toutes les folies. Il s'avança seul vers Azog, la main serrée sur la garde de sa hache. Il s'arrêta à quelques mètres de son ennemi, les yeux brillants de convoitise.
« Montrez la moi ! » exigea-t-il sèchement.
Azog plongea la main sous son manteau. Fili tendit la corde son arc, prêt à viser l'orque pâle s'il faisait mine de tuer son oncle. Ce ne fut pas le cas : Azog montra à Thorin l'Arkenstone. La pierre brillante tira une exclamation de stupeur à Fili et Kili. C'était la première fois qu'ils voyaient la pierre. Elle était plus belle que tout ce qu'ils avaient pu imaginer dans leurs rêves les plus fous ! Sans s'en rendre compte, Kili relâcha son arc, absorbé par la contemplation du joyau.
Thorin n'était pas en reste. Les yeux fixés sur l'Arkenstone, il abaissa lentement sa hache. Incapable de parler, il en oubliait même le profanateur. Il n'osait faire le moindre geste au risque que la vision s'évanouisse.
Azog remit la pierre dans la poche intérieure de son manteau. Ce ne fut qu'à ce moment que Thorin sortit de sa transe. Il s'avança d'un pas, prêt à en découdre si l'orque ne lui rendait pas son bien.
« Vous ne le ferez pas ! s'exclama Thorin.
— Ce n'est qu'une pierre pour moi ! »
Azog joua un moment avec l'Arkenstone, la faisant passer d'une main à l'autre, la lançant en l'air et la rattrapant aisément, la faisant rouler entre ses doigts.
« Pas pour vous, susurra Azog, satisfait de voir le désespoir qui s'était emparé du nain. Que feriez-vous pour cette jolie pierre ? Vous allez prendre les armes contre les elfes ! Avec les nains au centre et mes armées au sud et au nord, nous les exterminerons. »
Quelques-uns des nains de la compagnie s'arrachèrent à la contemplation de la pierre pour hurler contre la proposition. Thorin restait silencieux, les yeux fixés sur sa pierre. Les lèvres légèrement entrouvertes, il marmonnait des paroles incompréhensibles.
« Thranduil est notre allié ! s'écria Balin. Nous ne le trahirons pas !
— Ce serait un manquement à notre honneur, une honte qui entacherait notre réputation pour le restant de nos vies ! ajouta Dwalin avec hargne.
— Alors je vais détruire l'Arkenstone ! »
Ce n'était pas une menace en l'air. Azog laissa tomber la pierre et la bloqua avec son pied. Il s'empara d'une hache aiguisée. Il posa le tranchant sur la surface lisse en souriant.
A la menace de l'orque pâle, Thorin bondit, épée levée. Sensible au charme de la pierre, Kili avait ré-encoché sa flèche. Pourtant, ils ne menèrent pas au bout leur tentative de rébellion. Azog avait prévu leur réaction : les orques embusqués tirèrent deux flèches de semonce aux pieds de Thorin. Les suivantes ne le manqueraient pas, il le savait.
A présent, Azog et Thorin n'étaient qu'à un pas l'un de l'autre. S'il tendait la main, le nain pourrait toucher l'orque pâle. La pierre n'était qu'à quelques centimètres de lui. Elle était si belle avec sa surface lisse et les étincelles argentées qui se reflétaient à l'intérieur. Pas un seul diamant de cette pureté et de cette magnificence n'existait depuis la perte des Silmarils. Sa valeur était inestimable et elle appartenait à la lignée de Durin. C'était leur trésor. Son trésor.
« L'Arkenstone ou les elfes, continua Azog. C'est votre choix, roi des nains !
— Je choisi l'Arkenstone ! »
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Thranduil donna un dernier coup d'épée et le dernier des orques s'effondra sur le sol. Sa garde rapprochée était réduite de moitié. De ceux qui avaient survécu, bien peu en ressortaient saufs. Lui-même avait la trace d'une morsure de warg au niveau de l'épaule. Fort heureusement, il était parvenu à tuer l'animal de sa main libre avant de subir de trop gaves dommages. Sa cape était en lambeau. Seul le magicien semblait indemne. Le hobbit, lui, avait disparu.
« Voilà ce qu'Azog manigançait ! pesta Gandalf. Nous attaquer par derrière !
— Pas seulement nous ! » s'exclama Thranduil.
A la grande horreur de l'elfe et du magicien, ils découvrirent les cadavres des trois pendus sous la garde des orques. Bard avait durement souffert aux mains de leurs ennemis. Un de ses bras avait été tranché et une profonde entaille le laminait de gauche à droite au niveau de la poitrine. Du sang séché maculait son visage mais Thranduil le reconnaissait sans peine.
« Est-il encore temps de le sauver ? interrogea Gandalf.
— Non ! »
Le ton de Thranduil ne souffrait d'aucune contestation. Les trois pendus étaient au-delà de toute aide depuis bien longtemps.
« Il avait l'Arkenstone, murmura l'elfe, troublé à l'idée que la pierre leur ait échappé.
— Peut-être a-t-il eu le temps de la cacher ? suggéra Gandalf.
— Regardez ! » s'exclama Bilbon en indiquant Erebor.
La cloche tonna alors qu'elle traversait le mur de fortune. Sitôt la voie dégagée, Thorin sortit de sa montagne. Il avait revêtu l'armure de son grand père et la couronne des rois d'Erebor. Son épée étincelait. La large lame en fer, si différente de l'épée Orcrist, pointée droit devant lui, il se fraya un chemin vers son cousin Dain. De sa main libre, il brandissait l'Arkenstone.
Bilbon, figure menue au milieu des grands elfes et du vieux magicien, se mit sur la pointe des pieds pour mieux voir. L'espoir de voir Thorin sortir de sa montagne venir au secours des siens et des elfes recommença à poindre. Quel dommage qu'il ne voyait rien !
Ce n'était pas le cas de Thranduil. Ses yeux perçants observaient le cheminement de Thorin. Les orques n'essayèrent pas de le stopper et cela provoqua un sombre pressentiment chez le roi avisé qu'il était. Comment Thorin, resté calfeutré dans Erebor, avait-il pu mettre la main sur la pierre qui était jusqu'alors en possession de Bard ? Son attention ne faiblit pas tant que durèrent le cheminement des douze nains. Les orques reculèrent. Etaient-ils sensibles à la puissance de la pierre ? Thranduil ne saurait le dire. Il se rapprocha du bord de la corniche de Ravenhill pour surveiller les nains. Postés sur la crête sud est, en face de la leur, les nains de Dain se regroupaient. Ils avaient vaincu une bonne partie des orques qui avaient tenté de prendre d'assaut leurs positions. A présent, les nains hurlaient le nom de leur nouveau roi. Thorin passa devant eux, l'Arkenstone brandie à bout de bras, et tous purent en admirer la magnificence.
Les deux cousins s'entretinrent à voix basse. Aux réactions de Dain, Thranduil comprit que la discussion était houleuse mais Thorin, auréolé de la gloire de la reconquête de son royaume et de l'Arkenstone ne souffrirait d'aucune contestation. Du moment où il avait montré la pierre, il était devenu le roi de tous les nains du nord, supérieur même à Dain. Lequel fut impitoyablement laissé derrière car Thorin se tourna vers les chefs de guerre des nains. Il grimpa la crête jusqu'à se retrouver près des gigantesques balistes, tournées vers Dale et la plaine pour frapper un maximum d'orques. Les munitions étaient presque épuisées, il n'y en avait plus que pour quatre tirs par baliste.
Thorin fit de grands gestes et ses nouveaux sujets l'observèrent avec stupéfaction un moment. Thranduil regretta de n'avoir pas l'oreille assez fine pour écouter leur conversation.
Les nains tournèrent lentement les balistes et les redressèrent. Thranduil fut le premier à comprendre. Il écarquilla les yeux et se précipita en arrière vers les membres de sa garde.
« Sonnez la retraite ! hurla-t-il. Que les soldats se replient vers la forêt noire immédiatement ! TOUT DE SUITE FEREN ! Les nains nous ont trahis !
— Quoi ? s'exclama Bilbon. Ce n'est pas possible ! Thorin ne ferait jamais… »
Gandalf rejoignit le hobbit, anxieux, alors que les elfes préparaient rapidement la retraite. Il serra doucement l'épaule de Bilbon, catastrophé devant les discussions des nains qui semblaient ne plus avoir de velléité guerrière.
Feren n'avait pas soufflé trois fois dans son cor que les premiers projectiles frappaient Ravenhill. Thorin avait décidé d'attaquer Thranduil directement. Mal ajustée, le premier carreau s'enfonça dans la glace du lac, vingt mètres derrière la garde royale. Un deuxième frappa directement la tour au-dessus d'eux. Thranduil plongea pour éviter un bloc de pierre. Il s'écrasa à quelques centimètres de lui.
« LE SIGNAL ! » hurla Thranduil alors que les elfes cherchaient à fuir la crête.
A nouveau, Feren souffla de toutes ses forces dans le cor. Le bruit en fut masqué par un autre, bien plus grave et plus puissant, provenant du nord. Thranduil se figea parmi les décombres. Glacé d'horreur, il découvrit une masse d'orques venant du nord, rampant dans les hauteurs de la montagne solitaire et prêts à atteindre les elfes. Une véritable armée !
Thranduil ne se fit aucune illusion : les elfes étaient piégés.
A ses côtés, Gandalf n'en croyait pas ses yeux. S'il avait bien pensé que la bataille serait rude, la trahison des nains et la seconde armée d'Azog anéantissait tout espoir de survie. Leur seule chance était de prendre les orques de vitesse et se faufiler avant que les lignes du nord et du sud ne se rejoignent et ne les prennent en tenaille.
Une pluie de flèches tirées des hauteurs d'Erebor volèrent dans le ciel. Elles surplombèrent Dale avant de s'écraser dans la ville, si nombreuses qu'elles ressemblaient à un nuage sombre. Cinq carreaux des gigantesques arbalètes frappèrent Ravenhill.
J'espère que ce chapitre vous a plu ! N'hésitez pas à laisser un commentaire.
Merci à Lola-la-folle-Potter qui a mis l'histoire en favori et à Nympha-san qui l'a mise en alerte.
