Titre : Mon aura si froide

Disclaimer : Ils ne m'appartiennent pas… mais j'arrive à survivre

Rating : M / NC17

Paring : Tom/Bill

Résumé : Il est mort. Il est seul. Et ce dernier survit malgré lui. Jusqu'au jour où il rencontre une ombre sur le tableau de sa vie. L'ombre de son passé.

Note : cette histoire est un slash avec de l'inceste (entre frères), donc il s'agit d'une relation entre hommes


Chapitre 3 : Tu pues la mort !

Lorsque Tom franchit la porte du bar, ce soir, c'est avec un immense sourire. Sourire qui disparaît aussi en s'apercevant que l'ombre n'est pas là. Et ce n'est pas une erreur de sa part, comme la dernière fois. Car il a beau scruter la table et ses environs, rien. Tom se tourne vers le barman qui secoue la tête en pinçant les lèvres. Alors il va s'asseoir à sa place, sans rien commander et attend. Peut-être que l'homme a du retard ce soir, qu'il arrivera bientôt. Mais plus les minutes s'écoulent et plus l'espoir que Tom a en lui s'envole. Le temps passe. A chaque fois que la porte s'ouvre sur une personne, il sursaute, se tend et retombe lourdement sur sa chaise en s'apercevant que ce n'est pas lui. Tout doucement, d'une manière vicieuse, le froid prend possession de son corps et il se met à grelotter.

Au bout de deux heures d'attente, Tom se redresse, enfile sa veste et sort. Il ne viendra pas, il le sait maintenant. Ce qui s'est passé la veille n'aurait jamais dû arriver. Leur baiser ne devait pas exister. Ils sont juste faits pour se rencontrer dans ce bar, à cette table et se regarder durant des heures en parlant un peu de tout et de rien. Plus n'est pas envisageable. Et maintenant il le paye. En étant allé trop loin, tout s'est arrêté. Son homme-ombre ne reviendra plus. C'est terminé. Et alors qu'il prend conscience de cela, des larmes se mettent à couler sur ses joues. Une vague de tristesse l'envahit et il se sent inonder par ses émotions. Pourquoi ?

Dans un mouvement brusque, il se plaque contre un mur, comme si une force invisible l'avait projeté. Mais ce n'est que lui. Tellement désemparé qu'il n'arrive plus à trouver la force de tenir debout. Adossé contre les pierres froides, Tom laisse éclater ses sanglots tout en poussant un cri de rage et de désespoir. Cri aussitôt suivi par de multiples pourquoi marmonnés.

Jusqu'à ce qu'il n'ait plus de force, plus de courage, plus d'espoir. Alors il s'en va, trainant derrière lui un lourd fardeau.

[…]

Les jours passent, les minutes s'écoulent. Le temps file comme les grains de sable entre les mains d'une enfant. Dehors, les jours se font de plus en plus noirs. La nuit tombe chaque jour plus tôt et résiste au lever du soleil. Sauf que ce n'est pas pareil. Ce ne sont pas les mêmes ténèbres. Tom déteste la nuit et maudit le jour. Parfois il en vient à se demander si tout ça n'était pas un rêve. Mais les deux tasses de café froid sur la table basse témoignent parfaitement de la réalité. Tout est vrai.

Chaque soir, après son travail, Tom se rend encore dans le même bar. Il franchit la porte, jette un coup d'œil à la table et soupire. Rien. Il se tourne vers le barman qui le regarde avec compassion tout en secouant la tête. Pas de nouvelles. Et il repart. Au début, il restait. Maintenant, il n'attend plus. Il n'en a plus la force. Il rentre chez lui, s'allonge dans son canapé et fixe les deux tasses durant des heures. Tom ne bouge pas, ne parle pas, ne dort pas. Tom a perdu quelque chose.

[…]

Un mois et demi que l'ombre s'est évanouie dans les ténèbres. Un mois et demi que Tom ne ressemble plus à rien. Un mois et demi que chaque soir il garde une once d'espoir en franchissant la porte du bar. Un espoir qui ne cesse pas, qui le maintient en vie. Un espoir qui a peut-être sa raison ce soir là.

Alors que Tom pousse la porte et pose son regard sur la table, il se fige. La place toujours vide depuis un mois et demi est occupée. Pas par l'ombre. Mais par une autre personne, inconnue. Tom se retourne brusquement vers le barman, le regard plein de questions. Et le barman lui répond en bougeant la tête vers l'avant, indiquant qu'il doit y aller. Un peu hésitant, Tom se dirige vers la table et s'assoit en face de la personne. C'est une dame d'une quarantaine d'année, rousse, les yeux verts flamboyants. Elle est très belle.

- Tom ? Demande-t-elle.

- Oui.

- Bonjour. Je suis ravie de faire votre connaissance. Il m'a tellement parlé de vous.

- Il ?

- Oui, l'homme qui venait vous voir tous les soirs dans ce bar, à cette table, à ma place.

- Vous… vous… vous le connaissez ?

- Oui. En fait je suis ici pour vous laisser un message. Je t'en pris, retrouve l'étincelle de vie que je t'ai laissée et fais la briller de milles feux.

- Pardon ?

- Je t'en pris, retrouve l'étincelle de vie que je t'ai laissée et fais la briller de milles feux, répète-t-elle.

- Je ne comprends pas. Je… pourquoi il est parti ? Pourquoi il ne m'a rien dit ? C'est à cause de moi ? J'ai fait quelque chose de mal ? Je veux seulement comprendre.

- Schatten c'est comme ça qu'il m'a dit que vous l'appeliez, veut juste que vous arrêtiez de vous torturer pour ça. C'est tout ce que je peux vous dire.

La femme se lève et quitte le bar rapidement. Ses mots résonnent en Tom comme une chanson d'agonie. Des questions sans réponse, comme toujours. Puis, brusquement, Tom comprend quelque chose. Son regard se met à scruter chaque recoin en vain. Mais il le sait et il le sent aussi. Et cette fois, c'est de la colère qui nait dans son être. Furieux, il sort du bar à son tour et se met à tourner sur lui-même. Il le cherche. Car désormais il sait que l'ombre ne l'a pas quitté. Mais il ne voit rien, aucun indice de sa présence.

- Je te hais ! Hurle-t-il dans le vide. Tu n'es qu'un lâche. Ose au moins assumer tes actes et dis-moi en face pourquoi tu n'es plus là ! Dit-il en colère, essoufflé. Je sais que tu es là, que tu m'entends. Tu es pitoyable, finit-il dans un dernier souffle avant de partir en courant.

Il court comme un fou. Après tout, peut-être l'est-il vraiment ?

Un fou qui croit encore que la vie existe.

Un fou qui pense que le passé peut être moins douloureux grâce à un autre.

Un fou qui s'accroche désespérément à l'espoir.

Un fou qui perd la tête, qui perd son souffle.

Son cœur bat à tout rompre dans sa poitrine, envoyant pulser le sang dans chacune de ses cellules. Si fort que Tom a l'impression qu'à chaque inspiration son corps entier va éclater. Il a mal, horriblement mal. Mais il continue de courir. Car cette souffrance est la preuve de son existence. Il est encore parmi les vivants.

Ce n'est que trente minutes plus tard que Tom s'arrête, s'écroulant au sol, épuisé. Ses jambes ne le portent plus et le font souffrir. La souffrance, quotidienne depuis tant d'années, mais à laquelle il ne s'est jamais habituée. Cette sensation horrible en lui. Celle de tout perdre, de ne rien vivre. D'être en train d'agoniser. Des années à vivre comme une âme errante. Les jours se suivent, s'enchainent. Et lui est enchainé à son passé tortueux. Surtout à ce jour si morbide, le jour où son frère est mort. Chaque détail est encore là. Tout est si précis que s'en est étouffant. Le soleil si haut dans le ciel. La chaleur épuisante. La production énervée. Et eux, quatre stars, perdues dans un pays inconnu, croulant sous la pression de la sortie imminente de leur nouvel album.

Tom secoue la tête se forçant à ne pas penser à tout ça. Il ne veut pas encore revivre ce désastre. Il ne veut pas encore souffrir et pleurer. Et pourtant les larmes viennent malgré lui. Les images d'il y a sept ans se sont évanouies. Et à la place, il y a l'ombre. Son ombre. Elle s'avance vers lui come un fantôme du passé qui vient vous hanter. Mais ce n'est encore qu'une illusion. Tous ceux qu'il aime finissent un jour ou l'autre par le quitter. Et c'est sur cette pensée que Tom perd connaissance.

Mais ce qu'il ne voit pas, c'est cette même ombre se pencher et le prendre dans ses bras, en vrai.

[…]

Dehors, les premiers rayons de soleil pointent le bout de leur nez difficilement. Il est tout juste six heures du matin. Tom ouvre un œil, puis un autre et se gratte la tête. Il est dans son lit, habillé comme la veille et ne se souvient plus trop de sa soirée. Assis dans son lit, il plisse les yeux et détaille les environs. Péniblement, il tente de se souvenir d'hier soir. Et progressivement, les évènements reviennent. La femme, sa colère, sa tristesse, son frère, son ombre. Et puis plus rien. C'est alors qu'il comprend que l'ombre n'était pas un rêve, mais bien réelle. Et celle-ci l'a ramené chez lui.

- Tu veux quoi ? dit-il dans un souffle.

Un silence s'ensuit durant quelques secondes, avant d'être rompu.

- Je ne pensais pas que tu me verrais, répond une autre voix dans la pièce.

- Je ne t'ai pas vu. Tu pues la mort, c'est tout.

- Je suis désolé.

Tom tourne brusquement son visage vers la source de la voix, dans un coin de la chambre.

- Arrête de mentir, tu ne l'es pas.

Une ombre bouge, se détache de la noirceur où elle se trouve et s'avance vers Tom, apparaissant progressivement à son regard.

- Ne m'approche pas ! crie Tom en se tendant.

- Tom …

- Je veux pas que tu m'approches, reprit Tom plus calmement.

L'ombre stoppe sa progression.

- Je … Je te faisais confiance. Et … et tu es parti. Tu m'as laissé. Sans rien.

- Oui.

- Tu m'as fait croire à quelque chose qui était faux. Tu m'as menti.

- Oui.

- Tu peux pas savoir à quel point tu m'as fait mal. Tu … tu …

Mais Tom stoppe ses dires car en face de lui brille une larme au coin de l'œil droit de l'ombre. Larme qui s'évanouit aussitôt, effacée par une main gantée. Et, étrangement sa colère s'évanouit avec. Les battements de son cœur se calment et ses muscles se détendent.

- Pourquoi ?

- Pourquoi quoi ?

- Je ne sais pas, soupire Tom.

L'ombre se rapproche doucement de Tom jusqu'à arriver au pied du lit. Là, elle s'arrête et plonge son regard dans celui de Tom. Ce dernier ne bouge plus. Il est comme hypnotisé par les iris de l'ombre. Et pourtant il est persuadé que c'est lui qui a hypnotisé l'autre. Car l'autre ressemble plus à un zombie qui s'avance vers lui, incertain, perdu, désemparé. Tellement que ça choque Tom. Alors Tom sourit un peu et l'ombre reprend son avancée jusqu'à lui. Face à face, les deux hommes retrouvent la source de leur rencontre et cela les rassure. Lentement l'homme-ombre s'assoit aux côtés de Tom. Et d'un même accord, sans se concerter, ils s'allongent sur le côté sans rompre leur lien visuel. Allongé dans la pénombre, ne devinant que les pupilles de l'autre, Tom finit par tomber de sommeil, n'arrivant plus à lutter contre la fatigue.

Le lendemain matin, quand Tom ouvre les yeux, il est toujours dans la même position, sur le côté. Mais la personne qui se trouvait en face de lui n'est plus là. A la place, une feuille et quelques phrases griffonnées.

" Encore désolé pour tout. J'espère qu'un jour tu me comprendras et me pardonneras. Je t'attendrais ce soir. Je te laisse le choix de ta décision. Schatten."

Tom relit plusieurs fois ces phrases avant de froisser la feuille et de la jeter au loin. C'est avec un nouvel entrain qu'il se prépare pour sa journée et se rend à son travail. Le soir, tendis qu'il ferme le magasin, Tom hésite. Y aller ou ne pas aller ? Le verra-t-il vraiment ? Un mois et demi qu'il l'attend chaque soir en vain. Pourquoi lui aussi n'attendrait-il pas ?

Mais plus Tom se pose de question et plus il se rapproche du bar, jusqu'à butter devant les portes. Hésitant, il reste là, sans pouvoir aller plus loin ni même reculer. Un sentiment d'inquiétude prend place en lui. Que va-t-il se passe s'il rentre ? Ou bien s'il part ?

Et l'espoir qui l'a habité pendant toute l'absence de l'homme revient au grand galop. Alors Tom entre dans le bar, le cœur battant la chamade. Et c'est presque s'il va exploser lorsqu'il voit l'homme-ombre assit à la table.

Un peu tremblant, Tom avance vers la table et s'assoit à sa place. Aussitôt, les yeux de l'homme-ombre se mettent à briller. Pourtant, Tom ne le regarde pas directement dans les yeux. Il préfère poser son regard sur le foulard qui recouvre encore et toujours le bas du visage.

- Bonsoir, dit l'homme d'un ton enjoué.

- 'soir, reprend Tom.

- Tu vas bien ?

- Mouais, on va dire ça.

L'homme baisse la tête et reprend d'une petite voix :

- Je …

- Ne t'excuse pas, le coupe Tom. De toute façon je n'arrive pas à t'excuser pour l'instant. J'ai compris, mais je crois que j'ai besoin de temps.

- Je comprends.

Le reste de la soirée se déroule de regards plus ou moins poussés, plus ou moins longs, mais toujours entrecoupés par Tom. Sauf qu'il sait qu'il se sent bien en sa présence, dans son regard. Il a envie de se replonger en lui. Mais la peur de tout reperdre est encore présente et le bloque.

[…]

- Pose là, dit l'homme.

- De ?

- Ta question. Je vois bien, tu as envie de me poser une question.

- Et tu y répondras ? Une vraie réponse ?

- J'essaierai.

- Hum. En fait … je me demandais … qui était la fille qui est venue me voir l'autre soir.

- Une amie. Elle … c'est elle qui trouve les contrats. Elle est un peu une sorte de manageur.

- C'est ton employeur ?

- Non. C'est plus elle qui gère toute la paperasse. Elle rencontre les clients, les informe si je peux réaliser le contrat ou non. C'est elle qui se charge de me trouver un hôtel. Elle gère mon emploi du temps, mais elle ne fait rien sans mon accord. Je décide tout de même.

- Et … quels liens vous avez ? Enfin, on dirait qu'elle te connaît bien.

- C'est juste une amie, une personne de confiance. C'est tout. Pourquoi ?

Tom ancre son regard dans celui de l'homme et d'une voix un peu chevrotante dit :

- Parce que j'arrive pas à savoir qui tu es. Parce que je suis perdu, largué, pommé … enfin tous les mots qui peuvent exister pour ça. Parce que je ne sais pas pourquoi je suis là.

- Pourquoi tu es là ? Reprend l'homme.

- Oui. Après tout, on ne se connaît pas, on est des inconnus l'un pour l'autre. On est rien. Je ne devrais pas être là, à te parler. Et pourtant je suis bien, je me sens bien. Je ne sais pas pourquoi, mais avec toi tout semble différent. Mais je t'en veux pour ce que tu m'as fait aussi. Et du coup je suis partagé. Je me dis que je devrais partir tout de suite, ne plus jamais te revoir, t'oublier …

- Mais … ?

- Mais je n'en ai pas envie.

- Comme moi. Je n'ai pas envie que tu partes et que je ne te revois plus. J'ai … j'ai … j'ai besoin de toi, finit l'homme d'une petite voix.

- Si tu as besoin de moi, alors pourquoi tu es parti ?

- Je … j'ai besoin d'air.

L'homme-ombre se lève et tend sa main vers Tom dans une hésitation à le suivre. Alors Tom enfile sa veste et le suit dehors. L'air froid vient lui caresser le visage et il en profite pour prendre une grande respiration. A côté de lui, l'homme qui se distingue à peine dans la nuit noire tourne son visage face à la brise et ferme les yeux. Progressivement, son corps se détend. Puis il ouvre ses yeux et se tourne vers Tom.

- Viens.

Tom avance lentement, hé n'est encore sûr de rien. Et même lorsque la main de l'homme vient frôler la sienne, puis la saisir délicatement, une foule d'incertitude s'empare de lui. Les deux hommes regardent leurs mains enlacées et resserre brusquement sa prise. La peur d'une illusion. La peur que l'ombre s'évanouisse une fois de plus dans la nuit. Cette nuit qui lui a tout pris, trop même. Cette nuit où il se perd, où il cherche encore une trace de vie.

Un mouvement en avant le fait sortir de ses pensées. Devant lui, l'ombre lui fait signe de le suivre. Durant une demi-heure, Tom suit l'ombre. Dans le noir de la nuit, c'est à peine s'il arrive à la distinguer. Seul le contact du cuir du gant sur sa peau et la pression lui certifient une présence.

- Voila.

- Hein ?

- Regarde.

Tom s'avance, dépassant l'homme. Ils sont en haut d'une butte, un peu à l'égard de la ville. Sur la droite, les lumières de la ville brillent. Mais devant lui, c'est le noir total. Un lieu qui représente parfaitement la personne qui l'a amené ici.

- Y a rien.

- Attend.

Et soudain, des dizaines et des centaines de lucioles apparaissent et illuminent par touches le champ en contrebas. De nombreuses fleurs multicolores viennent égayer cet endroit. C'est un ballet parfaitement connu, les lucioles se mettent à se déplacer créant un univers magique. Les couleurs chatoyantes de fleurs apparaissent et disparaissent au fur et à mesure des pas de danse. Du bleu, puis du rouge et du blanc, et du jaune. Seul le vert reste en fond, tel le décor de la scène.

- C'est magnifique, chuchote Tom.

- C'est nous, enchaîne l'ombre en se postant derrière Tom, les mains posées sur ses avant-bras.

- Comment ça ?

- Tout ce noir, cette nuit, ces ténèbres, c'est moi. Et tu es toutes ces petites touches de lumière qui viennent m'éclairer. Je ne trouve pas les mots pour t'expliquer. J'espère que cette vision pourra t'aider.

- Je crois … que je comprends. Mais dis-moi, comment as-tu trouvé cet endroit ? Je ne le connaissais pas.

- Je l'ai découvert en arrivant ici. Je cherchais des infos, quand je me suis retrouvé sur cette butte, face à ce spectacle incroyable. J'y viens aussi souvent que je peux. Ça m'apaise.

Quelques secondes de silence s'ensuivent, puis Tom reprend :

- Dis-moi, tu dors quand ? Enfin, tu travailles la nuit, tu viens me voir au bar, tu viens ici et la journée … Tu fais quoi la journée au fait ?

- Je pense à toi. Et pour ta question, seules quatre heures de sommeil me suffisent. Je dors très peu.

Tom se retourne face à l'homme-ombre. Ils sont si proches qu'ils peuvent sentir le souffle de l'autre sur leur peau. Leurs regards s'accrochent aussitôt l'un à l'autre comme un besoin vital.

- Tu penses à moi ?

- Tout le temps.

Tom sourit et pose sa main sur le torse de l'homme-ombre. Et c'est alors qu'il se rend compte qu'il ne sent pas battre son cœur contre sa main.

- Je me demande parfois si tu es vraiment humain. J'ai parfois l'impression que tu n'es pas vivant.

- Tu n'as peut-être pas si tort.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

L'ombre s'éloigne alors de Tom, se fondant dans les ténèbres derrière lui.

- Schatten ? dit Tom la voix tremblotante.

- Je … Je suis mort il y a des années de cela.

- Je ne comprends pas.

Tom fait quelques pas en avant, essayant de rejoindre l'ombre. Mais elle est tellement perdue dans la nuit qu'il n'arrive pas à la retrouver.

- J'ai … C'est compliqué Tom. Trop compliqué à t'expliquer. Je ne peux pas. Tu … tu m'en voudrais.

Les dents de Tom se mettent à mordre ses lèvres et les sourcils de ce dernier se froncent.

- Tu sais quoi. Je crois que je vais partir et te laisser. Je ne sais plus trop si j'ai envie qu'on se voit encore. Tu refuses de m'aider à te comprendre, comme … comme si tu te moquais de moi, que tu ne voulais pas que je reste ! s'énerve Tom.

- Tu te trompes !

- Alors prouve-le-moi. Montre-moi que tu me fais confiance.

- Je … je ne peux pas Tom. Je suis …

- Alors au revoir.

Mais avant qu'il n'ait pu faire deux pas, Tom se retrouve emprisonné contre un corps chaud et tremblant. Et là il le sent, son cœur battre, cogner furieusement dans sa poitrine.

- Je le sens, murmure Tom.

- De quoi ?

- Ton cœur. Je le sens battre.

- Tu croyais que j'en avais pas ?

- Un peu, avoue Tom.

- Alors comment je pourrais faire pour t'aimer ?

- Je sais pas.

Etrangement, ces dernières phrases apaisent Tom. Il ne voit rien en face de lui, tous deux entourés dans les ténèbres, mais il devine le regard brillant en face de lui. Et le baiser mouillé qui s'ensuit lui confirme les larmes qui coulent sur les joues de l'ombre.

[…]

- Pourquoi tu parles pas ?

Silence.

- Tu vas finir par me regarder ou la neige qui fond est plus intéressante.

Silence.

- Allo !

Silence.

- Je vais bien. Merci. Et toi ?

Silence.

- Bon, ben j'ai pas l'impression que tu veuilles me parler, alors je m'en vais.

Tom prend son écharpe et commence à enfiler son manteau lorsque l'homme en face de lui se met à parler.

- Tommy.

Un électrochoc. Un coup dans la poitrine. Et des souvenirs, pleins de souvenirs qui refont surface. Mais surtout, lui. Lui qui était tout. Et qui aujourd'hui n'est rien. Lui qui était parfaitement son identique.

Bill…

Lui seul l'appelait ainsi. Lui seul avait le droit d'utiliser ce surnom stupide et enfantin. Lui seul savait comment le faire changer d'avis en ce mot.

Des années qu'il ne l'avait plus entendu. Des années qu'il avait arrêté d'être Tommy. Juste Tom, c'était déjà bien lourd à supporter.

Et voilà que cet homme utilise ce mot signifiant tant de choses pour lui.

Tom se fige, tentant de reprendre sa respiration. Est-ce un rêve ? Une illusion éphémère ? Ou bien un cauchemar éveillé ? Il y a des tambours dans sa tête et des cris dans son cœur. Tout tourne autour de lui. Les images deviennent floues, les sons lointains. Juste une forme noire qui apparait devant ses yeux et un son terrifiant celui de sa propre mort.

A suivre ...