Disclaimer : Les personnages de X-Men ne m'appartiennent pas et je ne touche rien pour écrire cette fanfiction.

Avertissement(s) : UA, mais toujours avec les pouvoirs de nos chers X-Men. Sorte de crossover entre Band of Brothers (avec Michæl Fassbender et James MacAvoy d'ailleurs) et X-Men. Nous parlons ici des atrocités de la guerre, et notamment des camps de concentration et d'extermination. Rien de très joyeux.

Genre(s) : Drame, angst, romance, horreur.

Spoilers : Pour ceux qui n'ont pas vus Band of Brothers et souhaitait s'y mettre, désolé, ce prologue spoile l'épisode neuf. Ensuite, il faut avoir vu X-Men : First Class (enfin, quoi que ).

Pairing : Charles/Erik.

Note : Bonjour à tous ! Voici la version 2.0 de « Reviens-moi ». Renommée « Lager », ce qui signifie camp en allemand. Cette fic traite de la Shoah, de l'homosexualité dans les années 40, de la guerre, de l'armée, des hommes qui se sont battus au nom de la paix, de la survie. Je ne suis pas spécialiste, ce que je sais de la seconde guerre mondiale me vient de nombreux bouquins, documentaires et films, mais je tente pourtant ici de vous en montrer tout le décor. C'est une période qui m'est chère, et je tiens d'ailleurs à dire que certains propos tenus dans cette fic ne sont pas mon avis personnel (les insultes ou autres que tiendront les nazis ne seront là que pour donner le change). C'est avant tout une étude sur la psychologie humaine, ou comment des hommes cultivés, indépendants et libres en sont venus à adhérer à un mouvement destructeur et à une institution meurtrière. Là est ma seule ambition. J'espère que cette fic vous surprendra, vous plaira, et saura vous faire découvrir de nouvelles choses.

Bonne lecture ! ; )


II – L'ESPÈCE HUMAINE.

Tu sais ce qu'il se passe, n'est-ce pas ?

Tous ces hommes ont une idée fixe, une idée sauvage, mauvaise, empoisonnée par la haine et le besoin de vengeance. Ils ont des pensées latentes, qui se gorgent d'espoir et d'envie quand ils trouvent le maître qui épousent chacun de leurs fantasmes. Alors, ils se rassemblent, forment un groupe indissociable, animé d'un esprit de conquête et de destruction. Et ils détruisent. Ils anéantissent tout.

Les autres. Toi. Moi. Absolument tout.

Charles se souvenait de la déclaration de la guerre. Il était à l'Université, en cours de génétique, s'ennuyant profondément face aux mots trop souvent répétés du professeur grisonnant qui se tenait face aux étudiants. Charles était jeune, trop jeune selon beaucoup de ses camarades. Trop doué pour son propre bien. La guerre, la rumeur qui roule jusqu'à ses oreilles, jusqu'à ses pensées emplies des envies des autres. Le directeur de l'établissement qui, pâle, transpirant, vient leur faire l'annonce de vive voix.

Charles se souvenait de l'appel sous les drapeaux. Il se souvenait y avoir échappé, surtout grâce à l'influence de son beau-père, et au directeur, grand ami de son défunt père, qui l'avait compté comme faisant partit des étudiants bien trop prometteurs pour se voir livrer à la boucherie sanglante d'un champ de bataille.

Charles se souvenait de tout. Du froid de cette après-midi de Janvier, des nouvelles du front que diffusaient les hauts-parleurs hurlants dans les allées du campus, de ses mains gelées, de ses cheveux trop longs et de ses vêtements trop fins. Il se souvenait du premier regard échangé avec cette âme sœur inespérée.

-Charles, je vous connais depuis l'enfance, et je sais que vous êtes quelqu'un de confiance. Votre défunt père était l'un de mes plus proches collaborateur et ami, et je sais que vous possédez en vous une large part de son caractère et de son talent. Vous êtes donc un homme de parole et de loyauté, j'en suis certain. Pourtant, laissez-moi vous dire que tout ce que vous verrez et entendrez dans cette pièce ne devra être répété à quiconque, et ce sous aucun prétexte. Suis-je clair ?

-Oui, monsieur.

Il y avait quelqu'un dans cette pièce, quelqu'un d'important. Charles pouvait effleurer son esprit, mais ne prit pourtant pas la peine de s'y introduire, se souvenant des recommandations d'une Raven remontée concernant une certaine notion d'intimité et de vie privée que Charles avait parfois tendance à oublier. Il découvrit donc la personne comme tout autre l'aurait fait, lorsque la porte s'ouvrit, révélant un bureau riche en boiseries et en objets en tout genre, avec en son centre, un homme qui le laissa sans voix.

Il était nonchalamment assit sur un fauteuil richement décoré, une cigarette entre les lèvres, une attitude qui fit vibrer le cœur de Charles dans sa poitrine. Il était grand, fin, et possédait une carrure et un magnétisme qui attirait systématiquement le regard. L'étudiant resta un instant les bras ballants face à lui, alors que le directeur le poussait dans le dos afin de le faire entrer.

-Mr Lehnnsher, vous, eh bien, voici Mr Xavier.

Charles se souvenait d'Erik. De cette rencontre inespérée entre un étudiant ignare de la violence et de la barbarie du monde et un soldat trop bien informé sur le sujet, le cœur et l'esprit rongés par les horreurs de la guerre.

Est-ce que c'était cela qui le faisait encore tenir dans cet Enfer ? Un regard, une apparition, comme un ange tombé du ciel, comme une promesse merveilleuse, comme une éblouissante lumière dans les ténèbres ? Est-ce que ce n'était que cela ? Peut-être bien.

Le directeur le présenta d'un geste de la main, la voix hésitante, insistant sur son articulation. L'homme en question leva un regard argenté, froid et dur, vers lui, et l'anglais sentit son cœur manquer un battement dans sa poitrine. Le regard sans émotions de l'autre le scruta, comme s'il tentait de découvrir ce que cachait son âme et ses pensées. Cela tira un sourire amusé, mais un peu gêné, à Charles, qui eut la surprise de voir les lèvres – et quelles lèvres -, de son vis-à-vis se tordre également en une ébauche de sourire. Son regard se fit dès lors moins dur, presque … curieux et intéressé. Le télépathe en frémit.

-Charles, Mr Lehnnsherr ici présent nous a été confié par le bureau de Londres. C'est un membre important de la résistance allemande, savez-vous. Il se doit d'être caché. Et, le ministère de la guerre n'a rien pensé de mieux qu'une université pour le rendre plus discret. Une idée farfelue, n'est-ce pas, mais nous ne sommes pas ici pour critiquer notre politique intérieure. J'aimerai que vous le preniez sous votre aile, Charles. Vous parlez allemand et êtes un homme de confiance. Et puis, je suis certain que vous et Mr Lehnnsher vous entendrez à merveille.

-Pardon ?

L'allemand se leva de son siège, et Charles pu clairement le détailler du regard, de son jean importé d'Amérique à sa chemise blanche qui ne laissaient aucune place à l'imagination. Il avala difficilement sa salive, et eut un instant d'hésitation avant de serrer la main qu'il lui tendait.

-Bezaubert, Mr Xavier. Ich hoffe, daß sich unsere Zusammenarbeit interessant erweisen wird. (Enchanté, Mr Xavier. J'espère que notre collaboration se révélera intéressante.).

-Ich habe keinen Grund, daran zu zweifeln, Mr Lehnnsher. (Je n'ai aucune raison d'en douter, Mr Lehnnsher.)

Son accent anglais fit légèrement sourire l'allemand, mais, toutefois, celui-ci parut agréablement surprit de le voir manier si bien la langue germanique. Mais, ça, Charles le découvrit en tâtonnant un peu son esprit.

-Nennen Sie mich Erik. (Appelez-moi Erik.).

Il ne put qu'acquiescer, un grand sourire béat aux lèvres, ne pouvant s'empêcher de serrer un peu plus fort la main de l'homme dans la sienne.

Faire un peu de place dans sa vie à un homme qu'on connait à peine, le laisser s'installer dans son petit appartement, et lui donner tout. Absolument tout.

-Betrübt habe ich wirklich nicht, hatte Zeit einzuordnen. (Désolé, je n'ai pas vraiment eut le temps de ranger.).

Charles, rougissant, se jeta presque sur une chaussette sale qui trainait près du canapé, tentant de la cacher sous celui-ci d'un coup de pied, sans succès. Il perçut le sourire amusé de l'allemand et sa gêne s'accentua encore, faisant luire son visage déjà rouge. L'autre homme passa son regard sur la pièce, un peu petite, certes, mais fort agréable. Il posa un sac de petite taille, contenant le peu d'affaires qu'il avait pu prendre avant sa fuite, sur le parquet et avança lentement vers la fenêtre qui donnait sur la rue, regardant le soleil se coucher derrière les toits blancs de neige.

-Ce n'est rien. C'est parfait ainsi.

Il entendit un brusque fracas derrière lui, et se retourna pour voir que l'anglais, les bras précédemment encombrés d'objets et de vêtements trainant auparavant ça et là de l'appartement, venait de lâcher son précieux fardeau. Il semblait si abasourdi que l'allemand ne pu que lui envoyer un sourire goguenard pour toute moquerie.

-Mais … vous parlez anglais !

-Voilà une réflexion des plus intelligentes, apparemment tu n'es pas à Oxford pour rien. Et, tu peux me tutoyer. Et m'appeler par mon prénom. Je sais bien que nous avons quelques années de différence, mais franchement, je ne suis pas non plus mon père ...

Il eut un sourire tordu et un rire sans joie à cette pensée. Charles frissonna, un peu refroidi par les paroles de l'homme, et se baissa pour ramasser les affaires qu'il venait de lâcher, les remettant difficilement en un équilibre précaire entre ses bras. Il sursauta légèrement quand Erik apparut à ses côtés, le visage de nouveau impassible, le regardant de toute sa taille s'atteler à la tâche. Légèrement gêné, l'anglais se redressa brusquement, chancelant, et dû se retenir à la veste de l'autre homme pour ne pas tomber sur lui.

Je suis sûr que tu vois où je veux en venir.

Tu l'as toujours su, au plus profond de toi-même.

Leurs regards s'accrochèrent et, sans qu'il ne le veuille vraiment, Charles sombra dans les prunelles grisées de son vis-à-vis, tombant dans le chaos de ses pensées et de ses souvenirs.

Ce qu'il y vit ? Le noir le plus complet. La douleur, la terreur, le désir de vengeance. Il vit le père d'Erik, allemand pur marié à une juive, il le vit se détourner de sa famille, il le vit dénigrer tous ses idéaux pour rejoindre une cause qu'il croyait juste. Il le vit en uniforme nazi, saluant Hitler lors d'un congrès, intimant à son fils cadet, présent à ses côtés, de l'imiter.

Il vit des hommes emmener une femme, le visage creusé par l'anxiété et les larmes, mais le sourire empli d'espoir aux lèvres, alors qu'elle jetait un dernier regard vers ses trois enfants dissimulés aux yeux des soldats. Il vit un ami être abattu de sang froid dans les rues de Düsseldorf, la nuque exposée aux balles, face plaquée contre une vitrine de magasin. Il vit les rangs de l'armée allemande. Il vit les complots contre le chef nazi échouer un à un. Il vit plusieurs femmes serrées dans des embrassades chaleureuses. Plusieurs hommes également. Il vit la fraternité et la camaraderie des résistants. Il vit une jeune fille d'à peine quinze ans se faire tabasser par des soldats nazis en pleine rue, sans que personne ne réagisse, sous les yeux de son petit frère meurtri et désemparé.

Charles vit et comprit. D'un étrange réflexe, il agrippa la main de l'allemand, les larmes pressées derrières ses yeux bleus étincelants, et la serra fort dans la sienne, comme pour se rattacher à une réalité tangible.

-Qu'est-ce que tu viens de faire ?

Le ton menaçant, froid, mots évacués entre une mâchoire crispée. Charles hoqueta face à son geste irréfléchi, et se recula prestement de quelques pas, cherchant à s'enfuir. Mais, Erik maintint une pression constante sur leurs mains réunies, l'empêchant de se dérober à son regard.

-Je suis … je … Excusez-moi, Mr Lehnnsherr, excusez-moi, je ne l'ai pas fait exprès.

La pièce vibrait. Ce fut, en premier lieu, la sensation qui transperça les pensées confuses de Charles. Ses yeux se détachèrent de ceux de l'autre homme et, intrigué, anxieux, il tourna le regard vers les alentours. Les objets bougeaient. Le métal s'animait.

Ses yeux s'écarquillèrent, et il ne pu retenir une exclamation à la fois surprise et terrorisée. Il accentua, sans le vouloir, la pression qu'avait sa main sur celle de l'allemand.

Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce que … ?

Les paroles moururent dans sa gorge. Les yeux de Lehnsherr brillaient d'un éclat électrisant, terrifiant. Il avait l'air fou. Il n'avait jamais eut une expression plus désirable.

En un instant, les objets reprirent leur place initiale, retombant sur le sol, quittant leur étrange gravité. Charles cru un instant que son cœur allait exploser. La tension était si forte, l'envie si pressante. Les yeux sombres de l'homme ne se détachaient pas des siens, et le télépathe le vit se pencher légèrement vers lui, comme s'il souhaitait le dominer de sa hauteur, l'écraser sous son regard si lourd de sens et de vie, sous toutes les implications que leur posture prenait désormais.

Et l'allemand sourit. Ce n'était pas tendre, ni amusant, juste un sourire d'un prédateur à sa proie, comme une envie d'en finir, comme l'impression que le Monde s'arrêtait sous ses pieds et sur son axe, comme si ses entrailles se nouaient dans son ventre. Il se pencha vers lui, et Charles retint un instant son souffle, fermant les yeux dans l'expectative, attendant que quelque chose se fasse. Le souffle chaud de l'homme contre sa nuque, le pavillon de son oreille, fut une drogue amère et doucereuse dont il aurait aimé profiter à l'infini.

-Tu es bien plus intéressant que prévu, Charles Xavier. J'ai toujours adoré les surprises.

D'accord, Logan allait le tuer. Son petit-ami allait le dépecer vivant quand il apprendrait ce qui s'était passé cette nuit-là. Ce qui avait faillit se passer, plutôt.

Charles se souvenait de ce jeune homme un peu plus âgé qu'il avait longuement aimé. Il se souvenait de son regard sévère et coléreux, de ses poings serrés dans sa chemise alors qu'il le plaquait contre le mur de briques. Il se souvenait lui avoir brisé le cœur, lui avoir dit que tout irait bien, que de toute façon leur histoire ne mènerait à rien de plus, à rien de bien.

Un mois plus tard, Logan s'engageait dans l'armée anglaise. Pilote émérite, il fut tué lors d'un raid aérien un an plus tard. Charles se souvenait avoir porté quelques fleurs sur sa tombe décorée au lendemain de son enterrement. Tout était de sa faute.

Comment pouvait-on détruire tant de vies sans même s'en rendre compte ?

Erik l'avait transpercé du regard lorsqu'il était rentré ce soir là, trempé jusqu'à l'os. Logan lui avait laissé une lèvre légèrement fendu quand il avait apprit que Charles le quittait pour un autre. Pour un putain de facho. Un enfoiré de boche. C'était un vague secret de polichinelle. Personne ne devait connaître la présence d'Erik dans ces murs. Mais, tout le monde le savait.

Erik s'était levé du canapé et avait passé une main sous son menton, brusquement, inspectant la blessure d'où s'écoulait quelques gouttes carmines. Charles grimaça, tentant d'échapper aux mains de l'allemand. Le regard de l'homme se fit noir, mauvais.

-Je vais le tuer.

-Erik, s'il te plait ...

Combien de temps cela pouvait-il faire ? Depuis combien de temps Erik était-il entré dans sa vie ? Charles ne se souvenait plus vraiment. Toutes ces pensées, ces souvenirs, étaient comme des ébauches d'un passé révolu, d'une toute autre vie.

Erik n'était pas sorti ce soir là, n'était pas allé à la rencontre d'un Logan meurtri et au cœur brisé. Parce que Charles avait passé une main sur sa nuque et avait posé ses lèvres sur les siennes. Tout avait commencé ainsi.

Tu te souviens maintenant.

Erik avait vingt-trois ans. Son père avait été un fervent partisan d'Adolf Hitler, un SS respecté, violent et impitoyable. Le cerveau lavé par l'idéologie nationale-socialiste, il n'avait pas dit un mot lorsqu'un matin les SS avaient emmenés ses beaux-parents et sa femme. Des Juifs. Comme leurs enfants. Néanmoins, il protégea ces derniers, à condition qu'ils respectaient les nouvelles règles de la maisonnée. La sœur ainée d'Erik s'y refusa. Elle fut jetée dehors. En 1939, elle fut retrouvée morte dans les rues de Düsseldorf, battue à mort, amaigrie par la faim, méconnaissable. Erik était passé des Jeunesses Hitlériennes jusqu'à l'armée allemande. Il était entré dans la résistance dès le début de la guerre, dégoûté par les agissements de son propre pays, une haine profonde envers son père ancrée dans le cœur. Sa mère avait disparue, et malgré ses recherches, il n'avait jamais réussit à la retrouver. Il se contentait donc de veiller sur son jeune frère, dix-sept ans, perdu et ardant, qui souhaitait se révolter contre le monde entier à chaque seconde, qui n'avait cure des autres, qui n'avait aucune conscience des dangers qu'il encourait à chaque minute.

Erik se trouvait en Angleterre pour trois raisons, trois choix que Charles ne découvrit que bien plus tard : une de ses missions avait capotée. Il était sergent, était positionné en France depuis un moment, et la résistance souhaitait avoir accès à des plans – Charles n'avait jamais réussit à faire cracher le morceau à l'allemand sur la nature de ces derniers, il se doutait juste qu'ils devaient être d'une importance capitale. -, qu'il avait réussit à voler, certes, mais son supérieur avait émit des doutes quant à sa crédibilité. Il avait filé à la première permission acquise. Depuis, un membre bien plus influent que lui dans la hiérarchie le couvrait, prétextant un quelconque rétablissement dans une clinique Suisse. Histoire qu'il puisse revenir en Allemagne plus tard, si besoin. La deuxième raison était la mort de son père, tué dans un attentat. Mauvais endroit, mauvais moment. Cela ne l'avait pas peiné plus que cela, mais, cela signifiait surtout une augmentation de ses responsabilités et, surtout, la perte d'une partie de sa couverture. Son père avait toujours réussit à cacher ses origines juives aux autorités, chose bien pratique – pas qu'il dénigrait ses origines, bien au contraire – quand on essayait d'infiltrer les rangs nazis pour la résistance. Et, la troisième était la disparition de son petit-frère. Envolé, sans laisser de traces, à la sortie du lycée. Erik avait cherché partout, avait fait appel à tous les contacts qu'il connaissait, mais rien, pas un seul indice.

Ah, si. Peut-être quelque chose. La Pologne. La Pologne et ses « camps de travail et de réinsertion pour les juifs ». C'est comme cela qu'ils les appelaient. Est-ce que c'était pour cela qu'Erik n'avait pas hésité une seule seconde quand on lui avait proposé cette mission, celle d'aller sur les traces de ces convois, d'user de son rang dans l'armée pour découvrir où tout cela pouvait mener ?

Bien sûr.

Tout s'était déroulé ainsi.

Les lèvres d'Erik sur les siennes, dans son cou, laissant des marques derrière leur passage, preuves que tout n'avait pas été qu'un rêve, qu'une illusion. Sa voix contre son oreille, grave et rêche, l'accent omniprésent et doucereux, qui ne cessait de lui rappeler que, désormais, tout irait bien.

Les mêmes mots, des mois plus tard, sur le quai d'une gare. Les derniers mots avant de disparaître dans le néant.

Charles jeta sa cigarette sur le sol. D'un coup de talon, il l'écrasa. Il passa une main sur son uniforme, partiellement couvert de boue, plus par réflexe qu'autre chose. Le Major Winters leva à peine les yeux quand il pénétra dans la tente, s'arrêtant devant lui au garde à vous, l'esprit encore empli des souvenirs et des précédents émois et scènes vécues.

-Major, je ...

-Je sais pourquoi vous êtes là, Sergent. Repos.

Charles fronça les sourcils, croisant le regard bleuté de son vis-à-vis et supérieur. Sa décision n'avait été prise que très récemment. Personne ne pouvait être au courant.

-Vous voulez vous rendre en Pologne. Ne me regardez pas avec ces yeux là, Sergent, je connais mes hommes mieux que personne, vous encore peut-être plus. Vous êtes spécial, Xavier, votre parcours l'est tout autant, et je sais que vous vous êtes surtout engagé pour retrouver quelqu'un qui vous est cher. Je ne ferai aucun commentaires là-dessus, je ne pense pas être en droit de vous juger. J'ai donc prévenu le haut commandement et ils vous accorde la permission de vous rendre avec quelques autres soldats dans la division Russe qui s'occupe de la libération de la Pologne, et notamment des camps tels que ceux-ci. C'est bien cela qui vous intéresse, n'est-ce pas ?

Il hocha la tête, croyant à peine sa chance. Erik, retrouver Erik. L'espoir se touchait presque du doigt.

-Major, je ne saurai comment vous remercier ...

L'homme eut un faible sourire au coin des lèvres. Il secoua légèrement la tête et baissa de nouveau les yeux sur les plans posés sur la table, spécifiant par ce geste que la conversation était terminée.

-Retrouvez-le, Sergent. Je pense que c'est le plus important.

Il salua de nouveau et sortit de la tente, un regain d'énergie au corps. Le ciel allemand était brumeux et gris. C'était le printemps. Charles prit une profonde inspiration. L'air était chargée d'électricité. La Pologne n'était pas si loin. La fin était proche.


J'espère que ce deuxième chapitre vous aura plu ;)