Rating : T, par sûreté.
Genre : science-fiction, aventure.
Résumé : Saviez-vous qu'il n'existe pas qu'un seul univers, mais un ensemble de dimensions interconnectées et toutes différentes ? Et les Horcruxes de Voldemort sont précisément dispersés dans ce multivers… Prise en compte du tome 7. MultiUA.
Pairings : bientôt du HPDM, mais pas pour tout de suite. Et d'autres couples un peu plus… « sombres », on va dire! Et ça commence dès maintenant...
Disclaimer : Le monde d'Harry Potter (du moins, la dimension IV.62442) ainsi que ses habitants ne m'appartiennent pas, ils sont à J.K. Rowling. En revanche, l'intrigue et tous les autres mondes qui apparaissent ici sont de moi… même si en l'occurrence, j'ai effectué quelques emprunts à la bête réalité ! Car ce monde de la seconde série est en fait notre monde…
Playlist: Welcome To My Life et Me Against The World, Simple Plan, album Still Not Getting Any...
Chapitre 2 : Un monde sans magie
- Monde II. 83246, banlieue londonienne, XXe siècle. 4, Privet Drive, Little Whinging, Surrey.
1er septembre 1992. 7h04.
Une voix perçante rompit le silence du matin, accompagnée de coups sourds et répétés sur la porte.
« Allez, debout ! Immédiatement ! »
Le petit garçon de douze ans qui dormait dans le placard à balais, derrière ladite porte, se réveilla en sursaut. Sa tante tambourinait toujours contre la paroi.
« Vite, debout ! », continua à hurler Pétunia de sa voix peu amène.
Harry l'entendit s'éloigner vers la cuisine. Il se tourna vers le dos et essaya de se rappeler le rêve qu'il était en train de faire. C'était un beau rêve, avec une lettre magique et une école fabuleuse, et il eut l'étrange impression d'avoir déjà fait le même songe auparavant.
Sa tante était revenue derrière la porte.
« Ca y est ? Tu es levé ?, demanda-t-elle.
-Presque, répondit-il en se frottant les yeux.
-Allez, dépêche-toi, je veux que tu surveilles les œufs. Ne les laisse surtout pas brûler. Je veux que mon Dudley ait un bon petit-déjeuner pour son premier jour d'école. »
Harry ne put s'empêcher d'émettre un grognement, quelque chose qui ressemblait à « Comme s'il avait encore besoin de manger…
-Qu'est-ce que tu dis ?, glapit soudain sa tante.
-Rien, rien… »
Aujourd'hui, Dudley et lui entraient en huitième année. Autrement dit, en deuxième année de collège.
Enfin, pas au même collège, cela dit.
Si Dudley était inscrit à Smelting, un collège privé où l'oncle Vernon avait fait ses études, Harry devait en revanche se contenter de Stonewall, le collège du quartier. Malgré le léger soulagement que constituait le fait de se trouver dans un autre établissement que son cousin, Harry éprouvait tout de même une certaine appréhension à l'idée de retourner à l'école.
Non seulement on s'y moquait de ses lunettes rafistolées au papier collant et de son uniforme ridicule (de vieilles affaires de Dudley teintes en gris, les Dursley n'ayant pas voulu consentir à dépenser le moindre centime pour lui), mais il avait déjà vu plus d'une fois l'intérieur du trou des toilettes de près. Trop près, même. A vrai dire, on l'y avait à peu près noyé, comme on le faisait à Stonewall pour tous les nouveaux. Bien qu'il soit très rapide, Harry ne pouvait pas faire grand-chose contre les embuscades tendues par la bande de Gordon.
Et le problème supplémentaire, c'est qu'il n'avait jamais dépassé le stade de nouveau pour Gordon et les autres.
Bref, la journée s'annonçait mal.
L'enfant chercha à tâtons ses affaires, en chassant les araignées qui s'y étaient installées un peu partout. Puis, une fois habillé, il alla dans la cuisine et s'occupa du petit-déjeuner, comme sa tante le lui avait ordonné. Il fut bientôt rejoint par l'oncle Vernon et Dudley, vêtu de l'uniforme ridicule de Smelting : frac marron à queue de pie, pantalon de golf orange et canotier. Comme d'habitude, Harry tenta de dissimuler son sourire sardonique.
Il eut beaucoup moins envie de rire lorsqu'il dut lui aussi aller à l'école, une fois le repas achevé -du moins, le peu du repas qu'il avait pu absorber, son cousin lui en ayant volé une grande partie juste pour le plaisir de le voir le ventre creux. Alors que les Dursley montaient en voiture déposer leur Duddlynouchet adoré, lui partit à pied, muni d'un vieux cartable déchiré, son uniforme flasque sur le dos.
Arrivé aux portes du collège, il dut réprimer un soupir de soulagement à l'idée de ne pas avoir fait de mauvaise rencontre sur le chemin.
Mais c'était trop beau pour durer.
« Tiens, mais qui voilà ? Ce serait pas l'Eléphant, dites ? »
Adossés au grillage, Gordon, Dennis et Malcom, d'anciens membres de la bande de Dudley qui s'étaient empressés de composer leur propre groupe une fois entrés au collège, le narguaient. Le surnom d' « Eléphant » avait été attribué à Harry dès le premier jour, à cause de la couleur pachydermique de son uniforme, si différent de celui des autres. Il lui était resté pour sa dimension ironique : le petit gamin maigre n'avait décidément rien d'un éléphant.
« T'as de la chance que les cours commencent bientôt, l'Eléphant, murmura Dennis de sa grosse voix rauque. Mais t'inquiète, moi et mes potes, on s'occupera de toi à la récré. »
Harry frissonna et vint s'aligner dans la file qui constituait sa future classe. Manque de chance, la majeure partie de la bande de Gordon, sans parler de Gordon lui-même, en faisaient partie.
« Je suis maudit », ne put s'empêcher de penser le petit garçon.
Pendant la journée, il fit de son mieux pour les éviter. L'institutrice n'était pas la même que l'an dernier, et lui permit de rester dans la classe pendant les deux récréations de la journée. Puis, à la fin des cours, il rentra seul –presque en courant- en espérant que ses tortionnaires l'avaient oublié. Ce qui n'était pas le cas, bien sûr.
Ils le rattrapèrent aux environs du parc de Magnolia Road.
« Ben alors, l'Eléphant, on essaye de nous fausser compagnie ? », lui glissa une voix familière tandis qu'on lui tendait un croche-pied. Il trébucha et tenta de se protéger le visage pendant que les coups pleuvaient.
Il ne savait pas vraiment au juste pourquoi ils s'en prenaient à lui. Si ses souvenirs étaient justes, ils n'avaient même jamais tenté de le racketter, tant il était évident sur son allure qu'on ne s'occupait pas de lui. Mais depuis la primaire, c'était Harry leur punching-ball, leur souffre-douleur –et la situation n'était pas près de changer.
Si seulement il avait le pouvoir de se défendre, ou au moins de les fuir…
Malcom lui décocha un dernier coup de pied, puis décida qu'il s'était assez amusé.
« A la prochaine, moucheron. »
Rajustant ses lunettes, l'enfant se releva en retenant tant bien que mal ses larmes. Inconsciemment, il serra les poings.
Un jour, il se vengerait.
- Même monde, Ecosse, XXe siècle. Site historique de Poudlard, ruines.
1er septembre 1992. 18h32.
Il n'y eut pas d'effets spéciaux ostentatoires. Un vortex argenté s'ouvrit simplement au beau milieu du paysage de loch écossais pour cracher six voyageurs interdimensionnels touts tremblants.
Le premier mouvement d'Harry, à plat ventre comme les autres, fut de vérifier d'un simple geste que son épée était toujours bien sanglée au harnais qu'il portait dans le dos.
« Bouh, j'ai mal au ventre…, se plaignit Hermione.
-Moi aussi… , lui répondit en écho Ron.
-Tout le monde est là, ça va ? », s'enquit Harry, sitôt relevé. Des acquiescements hagards le rassurèrent. « On a eu de la chance de ne pas être tombés dans le lac.
-Tu es sûr qu'on est au bon endroit, Malf… Draco ?, demanda Neville, inquiet.
-Certain, fit l'intéressé. D'après le différenciateur portable, tout va bien.
-On a réussi, alors ! », s'exclama Luna en souriant. Les adolescents furent alors emportés par un instant d'euphorie générale.
« Mais où est passé Poudlard ? », s'alarma tout de même Ron.
Ils se situaient sur une île, au milieu d'un grand lac -tous deux semblables à ceux du grand parc. Seulement, à la place de l'école de sorcellerie qu'ils venaient de quitter se tenaient désormais les ruines d'un château, entourées de larges pancartes. Elles affichaient un avertissement, peint en lettres rouges : Défense d'approcher. Edifice dangereux.
« Mais oui ! La seconde série se constitue de mondes dénués de magie…, chuchota Hermione, brusquement interdite.
-Est-ce que nos sortilèges pourront fonctionner, ici ? », l'interrogea Harry. Il éprouva un curieux sentiment de perte à la vue de ce qu'était devenu dans cette dimension l'établissement qui avait constitué plus qu'un foyer pour lui, ces dernières années. C'était un peu, réalisa-t-il soudain, comme se retrouver devant les décombres de sa maison. Il ressentirait sûrement quelques bribes de ce sentiment s'il devait jamais revenir un jour à Godric's Hollow.
« Sûrement, je crois que la magie opère tout de même, répondit Hermione en coupant le fil de ses pensées. Mais il faudra faire attention. Et ce n'est pas sans risques. En fait, ce sera un peu comme bousculer le tissu de cet univers…
-Ce qui veut dire ?, l'interrompit Ron, agacé.
-Ce qui veut dire qu'un portail peut s'ouvrir de manière aléatoire, si trop de pouvoir s'accumule au même endroit. Voilà. » Elle semblait contrariée.
« Quand vous aurez fini de papoter, on pourrait peut-être éventuellement se mettre à la recherche de l'Horcrux, lança Draco d'un ton ironique.
-Il y en a vraiment un ici?, demanda Neville, enthousiaste. Où est-il ? »
Prenant l'air concentré, le blond se mit à pianoter sur la tablette de son détecteur, mais il dut bientôt y renoncer.
« Je n'arrive pas à le trouver, se plaignit-il. Je suis sûr qu'il y en a un ici, seulement il est trop loin et les fréquences magiques ne fonctionnent pas correctement. » Il rangea son appareil avec une expression contrariée. «Cela n'arrange pas nos affaires. La première étape du plan était complètement basée sur l'utilisation du détecteur.
-Je croyais que tu pouvais te servir de ce truc n'importe où, Malfoy !, s'écria le roux. Tu affirmais même qu'il donnait les coordonnées précises de ce qu'on cherchait, lagitude et lontitude et je ne sais quoi d'autre…
-Latitude et longitude, Ron. Latitude et longitude, le corrigea Hermione d'un air las.
-Bah, c'est pareil, soupira le concerné en haussant les épaules.
-Qu'est-ce qu'on fait, alors ? », interrogea Neville d'une voix inquiète.
Spontanément, leur regard se tourna vers Harry, en espérant une directive de sa part.
« Euh…, balbutia-t-il, peu enclin à endosser le manteau du commandement. Apparemment, continua-t-il d'un ton plus affirmé, il est temps de passer au plan B. » Certains sourirent à sa blague d'un goût douteux. « Donc je propose qu'on se sépare pour mener l'enquête. Il faudrait que l'on réfléchisse à ce que l'on ferait si l'on était à la place de Voldemort. »
Tous eurent un léger frisson à l'audition du nom honni, mieux maîtrisés chez certains –telle Hermione- que chez d'autres. Comme à son habitude, Ron ne put s'empêcher d'esquisser une petite grimace, mais se reprit rapidement. Quant à Draco, il trembla violemment, de tout son corps, juste avant de se redresser et d'arborer un air féroce. Tout au fond de lui, le Survivant songea que l'ancien Mangemort n'avait rien oublié…
« Ecoutez, commença justement ce dernier, je pense qu'on devrait interroger les doubles de ceux qui sont des partisans du Seigneur des Ténèbres dans notre propre monde. Si… Si j'étais à 'sa' place, je crois que je me reposerais sur des valeurs sûres.
-C'est un raisonnement qui se tient », acquiesça Hermione.
Harry était d'accord, mais…
« C'est extrêmement dangereux. Et si le Voldemort de ce monde s'en rendait compte ?
-Je suis prêt à prendre le risque, riposta le blond. Si vous voulez, je peux même être le seul à suivre cette piste, tandis que vous cherchez l'Horcruxe d'une autre manière. »
Luna éleva doucement la voix.
« Même si cet univers est globalement dépourvu de magie, ses animaux y sont sensibles. Dans la seconde série, les chats sont par exemple capables de ressentir les ondes. Si on en contactait sur le plan astral, je suis sûre que…
-On a pas le temps, Luna, la coupa Harry avec mauvaise humeur.
-Mais si, ça peut être intéressant, au contraire, le contredit Neville. Je veux bien chercher avec elle. De mon côté, je sais que les plantes à Pipaillon tremblent et frémissent dans un environnement magique, et c'est une espèce assez courante. Et vu que j'ai quelques notions de dématérialisation, je pourrais contacter leur ki -je veux dire, leur aura.»
A la grande surprise d'Harry, Hermione se rangea de leur côté.
« Je veux bien vous aider, dans ce cas. Les voyages astraux sont eux aussi dangereux, vous aurez besoin de quelqu'un pour surveiller vos enveloppes corporelles.
-D'accord, fit alors le chef –présumé- de l'expédition. Ça donne deux équipes : Luna, Neville et Hermione, et de l'autre côté Ron, Malf… Draco et moi.
-Attends, attends, je n'ai pas tout saisi, là, le contra Ron. La première équipe fait quoi au juste ?
-Laisse tomber, Weasley. Il y a trop de synapses en jeu, ton cerveau ne tiendra pas le choc., siffla Draco, malveillant.
-Nous, on cherche l'Horcrux sur le plan astral, et vous sur le plan physique., expliqua Luna, conciliante.
-Ah, OK., réalisa Ron. Bien. Qui va où ?
-On peut rester sur l'île, intervint Luna. C'est un lieu puissant, au niveau spirituel, à cause de la grande forêt qui l'entoure. Le problème, c'est que Poudlard n'y est pas vraiment.
-Ou bien vous pouvez accomplir le rituel au cercle de pierres d'Avebury, suggéra Draco. Dans le Wiltshire. C'est près de chez moi… enfin, c'est près du manoir Malfoy dans notre monde. »
Dans notre monde… Les trois mots résonnèrent au sein de l'esprit de chacun des six adolescents, qui furent l'espace d'un instant pris d'une profonde nostalgie pour leur univers natal, et également d'une certaine appréhension, voire répulsion, à l'égard de la dimension où ils se trouvaient, qui était non seulement retardée technologiquement, mais aussi non-magique. Ils comprirent aussi qu'au fond, ils n'étaient pas encore tout à fait prêts à se séparer. Le groupe possédait en soi un aspect rassurant.
Ce fut Harry qui brisa l'instant de silence.
«Tout est réglé, dans ce cas. Du moins, si le site d'Avebury existe ici. On ira au Wiltshire en balai, pour employer le moins de magie possible, proposa Harry. Les balais volants ne posent pas de problème ?, demanda-t-il aux deux scientifiques qui firent 'non' de la tête. Donc la première équipe ira là-bas et nous…
-… au manoir Malfoy, continua Draco sans se soucier de ce qu'il aurait pu vouloir dire. Peut-être que le double de mon père qui vit ici sait quelque chose des Horcruxes. »
Harry détestait qu'on lui coupe la parole, et ce n'était pas ce à quoi il pensait, mais il acquiesça malgré tout en silence. Inutile de susciter une nouvelle confrontation oiseuse.
Par la force des choses, il se disputait moins avec Draco Malfoy, ces temps-ci –bien que Ron ait joyeusement pris le relais. Et encore, les affrontements n'étaient jamais vraiment violents, comme avant. L'un et l'autre savaient quand s'arrêter.
C'était peut-être une caractéristique des temps de crise. Tout le monde conservait son énergie pour des combats plus importants. Bien sûr, une certaine tension restait toutefois présente entre le Serpentard et les autres, mais c'était aussi dû à des problèmes de confiance.
N'y pense pas., s'ordonna aussitôt Harry. Il ne devait pas douter de la loyauté du jeune Mangemort repenti, sinon il se mettrait à douter de tout.
Or il ne pourrait compter que sur ses alliés, dans ce monde hostile. Même les doubles éventuels d'eux-mêmes qu'ils étaient susceptibles de croiser pouvaient être des ennemis, ici…
-Même monde, XXe siècle. 4, Privet Drive, Little Whinging, Surrey.
1er septembre 1992. 16h47.
La lèvre inférieure blessée, le petit Harry rentra à la maison (du moins, là ou il vivait) en traînant derrière lui son cartable, dont une lanière s'était déchirée quand il était tombé. Heureusement, aucun Dursley n'était encore rentré. Il s'agissait probablement de la meilleure nouvelle de la journée.
Après s'être soigné du mieux qu'il le pouvait avec du mercurochrome, et après avoir tenté de réparer –en vain- son sac, le jeune collégien décida de prendre une glace au réfrigérateur, plaisir rare, et se précipita au premier étage en ayant vaguement le projet d'aller jouer avec l'ordinateur de son cousin. Mais tandis qu'il s'apprêtait à entrer dans la chambre de ce dernier, il passa devant la seconde chambre du pavillon, celle qui était remplie des possessions de Dudley, et un autre plan germa dans son esprit.
Après tout, ce petit prince pourri gâté ne se rendrait pas compte si l'un de ses jouets avait disparu. Il en avait tellement…
Les rares jeux qui étaient en possession d'Harry venaient de cette chambre, comme par exemple ses petits chevaux de bois. Au départ, ils étaient prévus pour être un beau cadeau de Noël, mais Dudley s'était empressé de les piétiner le jour où il les avait reçus, sous prétexte qu'il voulait à la place un Bioman radiocommandé. Personne ne s'était rendu compte de leur disparition, peu de temps après.
Il en était de même pour les quelques livres que comptait le placard. C'était probablement la seule chose à laquelle son cousin ne s'intéressait jamais. Et comme Vernon et Pétunia refusaient de l'inscrire à la bibliothèque municipale…
A force de privations, les Dursley avaient fini par inculquer le vol à Harry.
D'ailleurs, ils s'en fichaient totalement. Si l'enfant à leur charge devait un jour finir au Centre d'éducation des jeunes délinquants récidivistes de St Brutus, cela les arrangerait même, en fait.
Et quelle perception du bien et du mal pouvait bien détenir un être qui avait grandi au cœur de l'injustice, qui n'avait jamais vécu rien d'autre que des brimades, qui ignorait tout de l'amour ou de l'amitié- hormis ce qu'il en avait lu ?
Sa conscience muette, le petit garçon s'avança donc vers les étagères couvertes de poussière. Cela faisait relativement longtemps qu'il n'était pas venu ici. Comme toujours, il avait passé la majeure partie des grandes vacances à traîner dehors, pour éviter Piers et les autres amis de Dudley dont l'activité favorite constituait en la persécution des plus faibles –dont lui, bien sûr.
Il était temps d'inspecter les récentes acquisitions littéraires de Dudley. En plus, ce n'était pas franchement comme si elles risquaient de lui manquer. Son cousin ne s'adonnait strictement jamais à la lecture, à part peut-être à celle de ce qu'il y avait écrit au dos des paquets de céréales. Et encore.
Après tout, personne ne s'apercevrait de la disparition d'un livre ou deux…
C'est bercé par toutes ces justifications plus ou moins fondées que le dévolu d'Harry se jeta sur un livre un peu particulier. Il se démarquait des autres de part son absence de titre.
Et surtout, si l'on le regardait suffisamment longtemps, il clignotait. Au sens propre du terme.
Intrigué, l'enfant prit le volume poussiéreux dans les mains. Brusquement, il sursauta quand il se rendit compte que la surface qu'il touchait n'était pas celle d'une couverture de carton comme il s'y attendait, mais celle d'un rectangle de métal, à la fois lisse et glacée.
C'est à ce moment que l'hologramme se désactiva, et que le Journal apparut.
« Oh ! », murmura le petit garçon, émerveillé et surpris.
On aurait dit une sorte de livre électronique, comme ceux qu'il avait pu voir aux mains des amis de Dudley. Sauf qu'en l'occurrence, la couverture de l'objet était gravée du titre « Journal », et ce qui aurait tenu lieu de première page avec un manuscrit ordinaire portait le nom « T.E. Jedusor » en plus petit. Les lettres paraissaient un peu usées, comme si l'artefact avait parcouru un long voyage et s'était quelque peu abîmé en route. Pourtant, il n'y avait rien dans la mémoire, du moins à première vue.
Ebloui par la valeur de ce qu'il venait de découvrir, Harry se hâta de regagner son placard, au rez-de-chaussée, et dissimula sa trouvaille sous la paillasse où il dormait. Au retour des Dursley, il se comporta comme si de rien n'était et accomplit toutes ses corvées ménagères sans rechigner. Ce fut bien plus tard, une fois qu'ils furent tous couchés, qu'il put sortir le livre électronique de sa cachette et s'y intéresser.
Seul dans l'obscurité, il s'assit en tailleur sur son lit de fortune et prit le rectangle métallique entre ses mains. A force de manipulations, il parvint finalement à l'allumer et à en activer les touches. C'était un peu comme les cours d'informatique qu'il avait eus à l'école. Sans trop réfléchir, il se mit spontanément à taper :
« Je m'appelle Harry Potter. »
Les lettres brillèrent brièvement, signes noirs et épars sur un fond blanc lumineux, puis disparurent.
Mais un instant plus tard, d'autres lettres se formèrent toutes seules sur la page virtuelle, à la grande surprise de l'enfant.
Bonjour, Harry Potter. Je m'appelle Tom Jedusor. Comment as-tu trouvé mon journal ?
Ces mots disparurent également, mais Harry eut le temps d'écrire –après un bref temps d'hésitation:
« Dans la bibliothèque de Dudley. »
Qui est-ce ?
« Mon cousin. Et je le hais. »
Il n'avait pas voulu écrire cela, mais les mots lui étaient venus spontanément. C'était comme si le journal l'obligeait à exprimer ses émotions les plus sombres, à exorciser sa colère.
Vraiment ? Et pourquoi donc ? J'aimerais bien que tu me racontes…
« C'est une longue histoire. En fait, je suis orphelin. Mes parents sont morts dans un accident de voiture… »
Pendant une bonne partie de la nuit, le petit garçon exposa ainsi sa vie au journal électronique. Sans se rendre compte qu'il lui concédait de plus en plus de force, d'énergie.
Sans se rendre compte que peu à peu, il était en train de lui livrer son âme.
Un chapitre bien plus long que le précédent, cette fois... Voilà, la suite arrivera plus tard, après mes épreuves.
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