— Non.

Sans quitter une seule seconde leur inflexible collègue des yeux, deux sorciers frottèrent machinalement leur cicatrice respective, au front pour l'un, au cou pour l'autre, sous le regard curieux de leur compagne respective, restée à l'écart.

— Vous vous rendez compte de ce que vous me demandez ?! couina Flitwick, indigné. C'est… humiliant, enfin !

— Allons, tout de suite les grands mots, lâcha Snape d'un ton blasé par la réaction, clairement disproportionnée selon lui, de l'enseignant de sortilèges.

— Vous êtes l'homme de la situation, fit remarquer Harry avec un grand sourire amadoueur.

— Dites plutôt le seul que vous avez sous la main ! répliqua vivement Flitwick qui ne s'en laissa pas conter.

Commençant à s'impatienter, le directeur adjoint se tourna brièvement vers le-cornichon-à-lunettes-auquel-la-vieille-folle-à-lunettes-a-confié-le-poste-de-professeur-de-métamorphose-dans-le-seul-et-unique-but-de-lui-pourrir-la-vie-ce-qui-constitue-une-preuve-réelle-de-l'existence-d'une-ligue-des-porteurs-de-lunettes-indiscutablement-décidée-à-poursuivre-les-persécutions-de-sa-personne-entamées-par-son-premier-membre-Albus-Dumbledore.

— Filius, vous avez du sang de Gobelin, non ? se souvint Snape. Peut-être pourrions nous négocier le prix de votre aide ?

— Cliché typique, s'agaça le concerné. Les gobelins ne sont pas nécessairement cupides, vous savez ?

— Bien sur, il n'y a qu'à prendre l'exemple de Gripsec pour le prouver… railla Harry avec un rictus moqueur.

Aussi étonné par sa propre acerbité que ses deux anciens professeurs, le jeune homme fronça les sourcils.

— Vous fréquenter me transforme en vous malgré moi ! lança-t-il en pointant un index accusateur en direction du compagnon de sa meilleure amie.

— Il me semble plus juste de dire que j'ai une bonne influence sur vous.

— Parce que vous appelez ça une « bonne influence » ?

Profitant de l'altercation se profilant, Flitwick s'éclipsa sans que ses collègues ne s'en aperçoivent.

— Ce n'est pas une mauvaise chose que de devenir moins niais, Potter ! Si vous aviez eu un peu plus de jugeote, nous ne nous serions pas retrouvés dans cette situation, je vous rappelle !

— Puisqu'on en est aux souvenirs, qui a dit à ce type qu'on pouvait estimer à vue d'œil le nombre non-négligeable de neurones qu'il lui manquait, hein Snape ?

Un tic nerveux crispa la commissure des lèvres du concerné. Puis il eut un geste brusque, saisissant violemment l'appendice en fourrure qui se dressait dans le dos du jeune homme. Celui-ci en fit aussitôt autant avec la sienne.

— Je n'aurais jamais pensé vous dire ça un jour mais : LACHEZ TOUT DE SUITE MA QUEUE ! rugit dangereusement Snape.

— Pas avant que vous ayez lâché la mienne ! contra Harry, déterminé à ne pas céder.

Et les sorciers se jetèrent l'un sur l'autre pour essayer de se la libérer, ignorant que les élèves de passage dans le couloir étaient progressivement en train de se rassembler autour d'eux, riant aux larmes.

— En cours tout le monde ! finit par les disperser Hermione qui, tâchant de dissimuler son amusement, alla aider son compagnon à faire passer sa queue sous ses vêtements pour la bloquer dessous.

— Allez, plus vite que ça ! les pressa Ginny en faisant la même chose avec le sien.

— Peut-on savoir ce que vous êtes encore allés inventer tous les deux ? leur demandèrent-elles ensuite.

Les bras fermement croisés contre le torse, ils se mirent dos à dos dans une intention partagée de snober l'autre avant de parler tour à tour, ne s'adressant qu'à leur compagne.

— J'étais en train de boire un verre dans un bar avec Ron, fit Harry. Quand il est entré...

— … boire un verre avec Lucius, dit Snape. Et on a failli repartir en constatant qu'ils servaient les cornichons boiteux.

— Bienvenue dans le monde très personnel de monsieur où les condiments savent marcher !

— Il est étonnant que l'idée puisse vous paraître absurde.

— Je dois comprendre quoi, au juste ?

— Que vous êtes pourtant bien placé pour savoir qu'il peut arriver qu'un aliment soit doté de jambes.

— Bref ! les incitèrent à poursuivre les sorcières, sentant la situation prête à dégénérer à nouveau.

— Des clients du bar ont proposé une séance de lancer de nain… reprit Harry avec circonspection, devinant déjà ce que sa meilleure amie allait en penser.

— Et bien sûr, l'interrompit Hermione, outrée, comme vous avez trouvé cette pratique insupportablement dégradante pour les personnes de petite taille, vous n'êtes pas restés.

Faisant une entorse à leur évitement visuel, les sorciers échangèrent un bref regard.

— N'est-ce pas ? insista sèchement la professeur de défense contre les forces du mal.

— Pas tout à fait, répondit Snape après un temps et presque à voix basse. Avec l'agitation que l'annonce a provoquée, pas moyen d'atteindre la porte.

— Ca n'explique toujours pas comment vous vous êtes retrouvés avec une queue de singe, fit remarquer Ginny.

— Un type s'est exagérément pavané après avoir fait le meilleur lancer. Et ça a un peu agacé Snape, qui l'a insulté.

— Vous permettez, Potter ? Je lui ai d'abord fait observer que si on prenait en compte son poids et celui de son nain, il n'y avait pas de quoi se vanter. La distance atteinte était largement en-deçà de celle à laquelle il aurait pu l'envoyer s'il s'y était pris un peu plus intelligemment. Après, je l'ai insulté.

— Et moi, j'ai dit que j'étais d'accord et j'ai rigolé à l'insulte. Là, il nous a mis au défi de faire mieux puisqu'on était « malins comme des singes ». D'ailleurs, l'expression aurait dû nous faire tiquer…

— Il a dû utiliser un informulé parce que nous ne nous sommes pas rendus compte sur le coup qu'il nous avait fait apparaître une queue. Quand nous nous en sommes aperçus, nous avons essayé de la faire disparaitre mais il nous a dit qu'elle réapparaîtrait tant que nous n'avions pas battu son score.

— Sauf qu'il faut venir avec son propre nain et qu'on n'en a pas.

— Alors vous êtes allés demander à ce pauvre Flitwick, en déduisit Hermione, abasourdie. C'est affligeant, vous m'entendez ?! A-ffli-geant ! Vous devriez avoir honte, messieurs !

Ginny, dont les joues gonflées tremblaient de retenue depuis un moment, éclata de rire.

— Oh n'exagère pas, ce n'est pas si grave, tempéra-t-elle en retrouvant son sérieux. Viens, ajouta-t-elle, l'attrapant par le bras pour l'entraîner à sa suite, laissons les chercher une solution à leur problème et allons faire le plein de banane au cas où ils n'en trouveraient pas.

— Tu réalises un peu l'exemple qu'ils donnent aux enfants ? s'exaspéra Hermione en s'éloignant avec elle.

Ayant perçu le dernier mot de sa phrase, une idée germa dans l'esprit des concernés qui comprirent tous les deux à la lecture de l'expression faciale de l'autre que celui-ci avait pensé à la même chose.

— Personne n'a dit qu'il fallait absolument un nain en tant que Nain… commença Snape.

— … non, il faut que ce soit un nain en tant que personne de petite taille, continua Harry.

Rictus pour le premier et sourire pour le second, satisfait dans les deux cas.

— Je vais chercher Evelyn.

— Et moi James.