Bon là, pour le coup, c'est beaucoup plus long! Enjoy !
Chapitre #3 – There's a face that I used to see
Watson s'élança vers le comptoir de l'accueil. En le voyant, la réceptionniste s'exclama :
« Ah, Docteur, nous avons deux patients qui – »
« Internez-moi ! » s'écria Watson en posant ses deux mains sur le bureau.
« P… pardon ? » bafouilla la jeune femme en ouvrant de grands yeux.
« J'ai des symptômes d'hallucinations, mettez-moi au calme au service psychiatrie ! Je vous le demande, par pitié, aidez-moi… »
« Je… je ne peux pas refuser une telle demande. Vous connaissez le chemin… »
Watson jeta un coup d'œil à la porte et vit la longue silhouette de Sherlock se précipiter vers l'hôpital.
« Vite ! Internez-moi, ça recommence ! Je le vois partout ! C'est un cauchemar ! »
« Euh, oui, bien sûr, je… James, viens ici ! Service psychiatrie, enfermement jusqu'à ce qu'il demande à sortir ! »
« Merci, murmura Watson, oh Seigneur, merci, ça va s'arrêter… »
« Qu'est-ce qui vous chagrine ? » lui demanda l'infirmier James en haussant les sourcils.
« Je vois un ami mort autour de moi, il me parle, il fait exactement comme s'il n'était jamais parti…. »
« Ouais, je vois, traumatisme persistant. Restez zen, Doc', ça va s'arranger après quelques semaines au blanc. »
Il suivit James, jusqu'à ce qu'il entende à nouveau Sherlock l'appeler.
« Attendez ! »
Watson ferma les yeux, atterré.
« Encore cette voix… Vite, enfermez-moi ! »
« L'homme qui nous court après ? demanda James. Ben je le vois aussi, hein. Si c'est ça votre fantôme, ben c'est un vrai mec, je dis ça je dis rien. »
Un vrai mec ?
« Vous… vous le voyez ? »
« Bah touchez-le, si vous étiez du genre à avoir des hallucinations tactiles vous seriez plutôt par terre en train de crier comme un possédé, si vous voyez c'que j'veux dire.
Watson attendit que Sherlock arrive à sa hauteur, le cœur battant à tout rompre.
« John, arrête de t'enfuir comme ça, je ne suis pas mort ! C'était une illusion, j'étais vivant quand tu as essayé de prendre mon pouls au bas de l'immeuble ! Je peux tout t'expliquer, John, viens avec moi à l'appartement et je te dirai ce qu'il s'est réellement passé. Pourquoi es-tu comme ça, franchement ? » ajouta-t-il en faisant la moue.
« Mais… parce que tu es tombé du haut d'un immeuble juste sous mes yeux ! explosa Watson. Pourquoi deux ans ? Deux ans, Sherlock ! Pourquoi pas le lendemain ? »
« Trop dangereux. » répondit Sherlock d'un ton catégorique.
Watson baissa les yeux, et sa vision se troubla. Encore une des sacro-saintes bonnes excuses de Sherlock. Il essuya prestement les larmes qui coulaient sur ses joues et regarda le détective bien en face.
« Sherlock, tu comprendras que je suis désolé, mais j'en ai vraiment besoin. Vraiment. »
Sherlock haussa un sourcil, et Watson lui assena un énorme coup de poing dans la joue gauche. Le détective s'écroula par terre, et en voyant sa silhouette recroquevillée le médecin fut pris d'une rage folle. D'habitude c'était moi qui pleurais dans un coin… C'est ton tour ! Il lui envoya une série de coups de pied dans les côtes, jusqu'à ce que l'infirmier James le plaque au sol pour l'immobiliser.
« Va te faire foutre ! cria Watson à Sherlock. Tu m'as encore pris pour le dernier des glands, tu m'as laissé mijoter pendant deux ans ! DEUX ANS ! Retourne dans la rue où tu vivais, je m'en fous, ne reviens jamais à Baker Street ! Jamais ! Tête de con, va, toujours le même ! Ça ne te fait absolument rien que j'aie passé deux ans à pleurer et à déprimer ? Je suis un soldat, Sherlock, on ne me laisse pas me mettre dans cet état ! »
« John, dit Sherlock en toussant et en se redressant avec difficulté. Je comprends, mais ne te venge pas sur moi ! »
« Il faut que je frappe qui alors ? s'étouffa Watson. Crève ! »
Il se mit à donner des coups de poing dans le vide, et James s'exclama :
« Il faudrait savoir ! Vous vouliez qu'il soit vivant, alors vous devriez être super heureux et limite lui faire un câlin, non ? »
Watson se força à respirer lentement, finit par se détendre et murmura :
« Sherlock, on rentre. »
Le voyage en taxi qui suivit fut le pire de toute sa vie. Il regardait par la fenêtre, ignorant intentionnellement les regards fréquents de Sherlock qui se tournait vers lui pour rencontrer ses yeux et lui parler. Il n'osait pas imaginer ce qui suivrait. Allaient-ils rester comme ça jusqu'à la fin de leur vie ? A se snober dans la même pièce pour toujours ? Il sentit à nouveau des larmes couler sur ses joues. Depuis quand je suis aussi émotif, sérieusement ? Quelque chose pesa sur sa manche, et il tourna les yeux vers son blouson. Sherlock avait posé sa main sur son bras, lui adressant un regard inquiet.
« Tu me lâches tout de suite. »
« John, ne fais pas cette tête… »
« La ferme, tu me lâches. »
Sherlock fit la moue et reposa sa main sur ses genoux, silencieux. Watson essuya ses larmes et reposa son regard sur la fenêtre. Lorsqu'ils arrivèrent à Baker Street, le médecin renifla et sortit de la voiture sans un mot. Il n'avait absolument pas envie de parler à Sherlock, et c'est en silence qu'il ouvrit la porte et entra. Ils tombèrent immédiatement sur Mme Hudson, inquiétée par l'absence de « Bonjour » venant des intrus.
« Qui est-ce ? Cherchez-vous quelqu– »
La logeuse avait les yeux fixés sur Sherlock, estomaquée.
« Mais… maaais… »
« Je vous laisse en discuter. » marmonna Watson en s'éclipsant vers leur appartement.
Il entendit vaguement un « Mais qu'est-ce qu'il a ? » de Mme Hudson, mais ne répondit pas. Que dire ? Il était choqué de la réapparition de son ami, après avoir passé deux ans à pleurer en revoyant sans cesse sa chute, dès qu'il fermait les yeux, dès qu'il ouvrait son frigo et s'imaginait y voir une tête coupée, des yeux, des dents, tout ce qui était possible… Une petite voix au fond de sa tête lui disait que Sherlock était revenu, que tout allait bien, mais le reste de son esprit n'y croyait pas. Allait-il encore se réveiller en sursaut, comme cette nuit il y a cinq mois où il avait rêvé que son ami revenait ? Exactement la même scène, d'ailleurs. Il avait si peur de se sentir tomber et d'ouvrir les yeux en fixant le plafond dans le noir…
Il était planté au milieu de l'appartement. Que faire, maintenant ? S'asseoir, attendre, manger, sortir, crier ? Crier aurait été une bonne idée, clairement. Et remettre sa main dans la figure de Sherlock, accessoirement. Sherlock… Il jeta un regard vers la porte sans le vouloir. Arrête de le chercher, il est là… Non, pas encore, il est dans le couloir, est-ce qu'il va venir vite ou pas ? Est-ce que je dois lui faire à manger… Non, attends, je ne sais même pas pourquoi je m'énerve comme ça ! Il s'inquiétait beaucoup trop, vraiment. Sherlock n'était plus couvert de sang sur le pavé, il avait de quoi rester en vie dans les cinq mètres qui le séparaient de la porte ! Watson était fatigué, fatigué, fatigué… Il alla s'écrouler dans son fauteuil et soupira de lassitude. Que dire ?
Il entendit Sherlock entrer et refermer la porte un peu plus doucement qu'à son habitude. Mais c'étaient les mêmes gestes, la même respiration, le même pas. Comme si rien ne s'était passé entre le moment où ils s'étaient vus vivants pour la dernière fois et sa réapparition dans son salon. Watson ne se tourna pas vers lui, ne voulant pas lui monter un seul signe d'intérêt. Il ne voulait pas lui donner l'impression que ce n'était pas grave, même si au fond de lui il mourait d'envie de savoir comment il avait simulé son suicide aussi magistralement. Mort sous ses yeux, littéralement… Comment avait-il fait ?
Watson n'entendit plus de bruit. Sherlock était apparemment resté debout, immobile à côté de la porte, sans rien faire. L'atmosphère d'embarras qui régnait dans la pièce était insupportable, mais Watson ne voulait pas briser le silence. Enfin… Rah, merde, à la fin.
« Tu veux manger ? » marmonna le médecin sans se retourner.
« Ça… ça va aller. »
Watson n'aimait pas beaucoup cette voix. Son ami était visiblement affaibli, ce n'était pas le timbre de voix d'un homme repu et en forme. Il se leva et se dirigea vers le frigo sans le regarder.
« Café ? Gâteaux ? Je peux aussi faire un vrai plat, j'ai des haricots, si tu veux. »
Pourquoi est-ce que je ne suis pas capable de lui parler froidement, franchement ?
« Euh…, murmura Sherlock. Rien, rien, je t'assure. »
Watson finit par se tourner vers lui et écarquilla les yeux. Sherlock avait tellement maigri que seul son manteau était reconnaissable. Ses cheveux avaient un peu poussé, les pointes visiblement coupées sans miroir à plusieurs reprises, et son visage était émacié et beaucoup plus pâle que d'habitude. Il avait l'air totalement épuisé, au bout du bout de ses ressources physiques.
« Mange. » répliqua Watson en lui tendant une miche de pain et du jambon de dinde dans une assiette.
« Non, vraiment… » dit Sherlock en reculant.
« Tu as passé les deux dernières années à manger dans des palaces, et là c'est trop misérable pour toi, c'est ça ? » lança le médecin en fronçant les sourcils.
Sherlock ne répondit pas. Une sorte de malaise se lisait clairement dans ses yeux.
« Ou alors, dit Watson, tu t'es habitué à manger beaucoup moins et voir toute cette nourriture d'un seul coup te donne des vertiges ? »
« C'est ça… » acquiesça Sherlock avec un maigre sourire.
« Qu'est-ce que tu mangeais ? »
« Tes gâteaux. »
« Hein ? Juste mes gâteaux ? s'exclama Watson, alarmé. Tu ne mangeais que quatre petits gâteaux par jour ? »
« Oui, je n'aime pas voler, et je n'avais pas d'argent. »
« Tu plaisantes… Oh mon Dieu, Sherlock, mais mange, mange ! Ordre de ton médecin ! » le pria-t-il en lui tendant l'assiette.
Sherlock considéra la nourriture d'un œil fatigué, puis commença à mâcher lentement le pain. Ses yeux se mirent à briller et il engloutit tout le jambon en finissant jusqu'à la dernière miette de pain. Watson ne l'avait jamais vu manger autant, et il en était rassuré. Au moins, son ami serait en pleine forme, ou du moins il reprendrait un peu ses couleurs.
« Il fallait revenir. » grommela Watson en mettant son assiette vide dans l'évier.
« Je ne pouvais pas, John, je te l'ai déjà dit… »
« Ah ! Ça m'énerve déjà ! s'écria Watson en se détournant de lui. Tu vas me sortir ton couplet de C'était pour ta sécurité, John !, mais je m'en fiche ! Tu pouvais revenir au bout d'un an au pire, pas deux, alors pourquoi ? Est-ce que tu peux me trouver une bonne réponse à ça ? »
« John, je… Aïe ! »
Il se plia subitement en deux, et Watson se pencha vers lui.
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Tu m'as fêlé une côte avec tes coups de pied, j'ai mal… Mais ça va passer. »
Watson renifla de dédain. Il n'avait même pas envie de discuter.
« Ce n'est rien par rapport à ce que j'ai subi pendant ces deux dernières années. Plains-toi, Sherlock, mais je ne m'excuserai pas ! »
« Je n'attendais pas d'excuses, j'ai juste eu mal subitement. » répliqua Sherlock en se massant le torse.
Watson secoua la tête et tourna les talons pour retourner dans son fauteuil. Je ne vais pas le masser à sa place, sans blague. Il se frotta les yeux et sentit sa bouche se tordre de tristesse, il était au bord des larmes. Qu'était-il en train de faire, franchement ? Le temps qu'il se demande ce qu'il aurait dû faire ou pas, Sherlock s'était dirigé en boitant vers le sofa, bien en face de lui. J'aurais dû bouger ce truc. Il s'assit avec légèreté dessus, visiblement extrêmement soulagé d'enfin se trouver dans un endroit confortable, le ventre plein bien que brisé en mille morceaux par John et ses coups de pied sauvages. Il commençait sincèrement à regretter de l'avoir frappé, Sherlock avait l'air si faible, si misérable au fond de son sofa, l'air totalement en-dehors de la réalité.
Et dire que c'était vraiment lui et en vie, juste devant ses yeux. Il n'arrivait toujours pas à y croire, mais la petite voix dans sa tête criait de plus en plus fort qu'il devait sourire et être soulagé. Les yeux fixés sur son ami ressuscité, Watson inspira longuement et murmura :
« Est-ce que tu veux… quelque chose ? »
« Euh… Juste rester là, pour réfléchir. » répondit Sherlock en joignant ses deux mains.
« Réfléchir. Bien. »
« Pourquoi ? Ça ne te plaît pas ? » demanda Sherlock en haussant un sourcil.
« J'aurais éventuellement préféré que tu me racontes comment tu n'es pas mort. Eventuellement, bien sûr, puisque que tu as l'air totalement désintéressé par le fait que j'ai passé deux ans à faire des cauchemars en voyant ton fichu cadavre dès que je fermais les yeux… »
Sherlock cligna des yeux plusieurs fois, puis dit :
« J'ai sauté dans un camion-poubelle rempli de matelas, de coussins, exactement dans l'angle prévu pour que tu ne me voies pas atterrir sur le sol, et des SDF de mon réseau m'ont barbouillé de sang. Ensuite, tu étais trop choqué pour voir que j'étais en réalité vivant. Et puis Molly a falsifié mon rapport d'autopsie, et on a mis le cadavre de Moriarty dans mon supposé cercueil pour l'enterrement. Voilà, John. »
« Non, non, pas voilà, pourquoi m'as-tu fait ça ? Pourquoi as-tu sauté en racontant n'importe quoi ? »
« Oh. Les hommes de Moriarty tenaient en joue Mrs Hudson, Lestrade et… toi. Il fallait que je saute, j'avais le choix de ne pas sauter si Moriarty était en vie, mais il s'est suicidé pour m'obliger à me suicider. Mais j'avais prévu cette réaction, et j'ai dû simuler ma mort pour que ses hommes ne vous tuent pas tous les trois. J'ai voulu attendre quelques années avant de revenir, au cas où ils se souviendraient encore de toi, mais je n'ai pu attendre que deux ans. »
Watson se frotta à nouveau les yeux. Pourquoi n'arrivait-il pas à lui pardonner immédiatement, alors qu'il était évident qu'il avait fait tout ça pour lui ?
« Sherlock, encore une question… Pourquoi deux ans, finalement ? Tu disais plusieurs années, mais pourquoi uniquement deux ? »
« Je pensais que ça t'avait assez blessé, et maintenant tu voudrais que je revienne au bout de cinq, dix ans ? » demanda Sherlock en fronçant les sourcils.
« Non, je préfère deux ans, à bien y réfléchir, mais pourquoi si peu, si c'était pour ma sécurité ? »
« J'en avais assez de vivre seul. Malgré tout ce que tu peux penser, John, j'aime beaucoup vivre ici. »
Watson ouvrit la bouche puis la referma, ne sachant pas trop quoi répondre à ça. C'était tellement inhabituel de sa part… Et il avait l'air si fatigué !
« Tu m'en veux, John ? »
« Oui, évidemment, mais ça finira par passer. En attendant, laisse-moi digérer cette histoire, et ne me parle pas de tout ça. Fais comme d'habitude. Enfin pas trop, sinon tu vas m'énerver ! »
Sherlock fit un petit sourire épuisé, les yeux mi-clos, prêt à s'endormir sur le sofa, et Watson ne put s'empêcher de rire doucement. Le détective consultant ferma totalement les yeux et chuchota :
« John, tu m'as… manqué. »
« Est-ce que tu penses sérieusement ce que tu dis ? Ça ne te ressemble pas d'avoir des sentiments, tu sais… »
« Ce ne sont pas des sentiments, je suis heureux d'être ici, c'est beaucoup mieux que dans la rue… »
« Oui, forcément, si tu compares le trottoir et mon sofa, ça n'a pas grand-chose à voir avec moi. » répliqua Watson en soupirant.
Dire qu'il avait cru que Sherlock s'intéressait cinq minutes à son existence.
« Mais je crois que ce serait beaucoup moins bien si tu n'étais pas aussi dans cet appartement. Vraiment. »
« Ah… Ça change tout, merci. »
« Mais… j'étais sincère, John ! » s'exclama Sherlock en ouvrant les yeux.
« Moi aussi, je te remercie d'apprécier ma présence, c'est tout ! »
« Ah…, soupira Sherlock en refermant les yeux. Tu me parles si froidement que j'ai cru que tu étais sarcastique. »
« Excuse-moi, je suis un peu sur les nerfs, surpris de te revoir, assez heureux mais… épuisé, je crois. »
Le détective se pencha sur le côté, à moitié en train de s'endormir, mais il se remit droit en sursautant, avec un cri de douleur.
« Sherlock ? »
« Ma côte… » gémit le détective en appuyant une main sur son torse.
Aïe. C'est vrai.
Watson se leva précipitamment, ce qui lui donna le tournis, et se pencha au-dessus de son ami.
« Montre. » dit-il en soulevant son t-shirt.
Oh mais quel con, sérieusement…
Le torse de Sherlock était presque entièrement violet. Il se mordit la lèvre en voyant l'étendue des conséquences de sa colère. Il palpa le torse de son ami au niveau de sa côte fêlée, et déclara :
« Bon, c'est la cinquième, il faut juste attendre. Dans deux jours ça ira mieux. »
Sherlock lui fit un petit sourire qui lui fendit le cœur.
« Désolé, Sherlock, j'ai été con, franchement très con. Et ta joue ? » demanda-t-il en tournant sa tête.
Belle ecchymose. Bravo, vraiment.
« Putain, je t'ai vraiment salement amoché… Désolé pour ma réaction un peu… »
J'avais dit que je ne m'excuserais pas, mais je commence à me rendre compte que j'avais tort, là… Il secoua la tête et remit en place le t-shirt de son ami. Sherlock lui toucha le bras et murmura :
« Je comprends pourquoi tu étais en colère, John, ne t'inquiète pas… »
« Qu'est-ce que je peux faire pour que tu me pardonnes ? » demanda Watson, avant de se rendre compte qu'il racontait n'importe quoi.
« Je t'ai fait souffrir pendant deux ans, c'est déjà bien assez… Viens à côté de moi, je veux que tu sois là. »
« Euh… Je peux rester sur le fauteuil toute la nuit, si ça te rassure. J'irai acheter des draps pour ton ancien lit demain, je les avais… »
… brûlés en pleurant comme un possédé…
« … revendus. »
« Non, je veux que tu viennes ici. »
Watson s'assit à ses côtés sans rechigner, cette fois-ci. Sherlock était dans un état de fatigue avancée, il avait dormi dehors pendant deux ans en mangeant quatre gâteaux par jour, et aussi étrange que cela puisse paraître il avait peut-être besoin d'un peu de chaleur humaine. Et sa définition de l'amitié était « dors à côté de moi », visiblement. Sherlock voulait sûrement être avec n'importe qui, et se mettre dans son lit était un peu trop extrême… Finalement, c'était la façon la plus normale de se sentir proche de lui et rassuré, en effet. Watson s'installa plus confortablement dans le sofa et ferma les yeux.
« Ça va, maintenant ? » demanda-t-il à Sherlock.
« Oui, c'est beaucoup mieux… » soupira le détective en s'endormant très rapidement.
Watson voulut se lever pour s'installer dans le fauteuil en face, mais Sherlock attrapa son bras dans son sommeil. Même endormi, il a des réflexes… Le médecin secoua la tête avec un sourire et posa sa tête sur le dessus du sofa, ce qui lui fit immédiatement très mal aux cervicales. Il regarda autour de lui, mais rien ne pouvait lui servir d'oreiller. Il soupira en silence, jusqu'à ce que Sherlock serre encore plus fort son bras comme lui et le tire jusque sur son épaule. La tête sur le t-shirt de Sherlock, ses longues boucles brunes dans les yeux, Watson rougit et attendit. Non, il n'avait pas l'intention de le lâcher… Le médecin ferma les yeux. Après tout… ça lui faisait un oreiller.
Lorsqu'il se réveilla, Sherlock dormait encore. Ils étaient exactement dans la même position que la veille, et Watson se délivra rapidement de son emprise. Le détective se réveilla subitement en sentant ce mouvement, et se gratta le front en s'exclamant :
« Hein ? Où… »
Watson se tourna vers lui et vit l'expression de Sherlock changer du tout au tout. De complètement perdu, il reprit soudainement son air impassible et fermé.
« Ne refais pas cette tête-là, sinon je t'empêche de manger et de dormir, histoire que tu redeviennes honnête et sympathique comme hier soir. »
« Je suis toujours honnête. » répliqua Sherlock sans sourire.
« Redis-moi pourquoi tu voulais que je dorme à côté de toi, hier soir, par exemple. » lui lança Watson.
Il savait que Sherlock ne serait pas sincère.
« Je voulais que tu sois près de moi, c'est tout. »
« Ah… Bon, d'accord, mais ne fais pas cette tête, je te le répète ! »
Watson était surpris que Sherlock soit encore capable de montrer ses sentiments au réveil, même si c'était exprimé assez froidement.
« John ? Pourquoi es-tu toujours comme ça avec moi ? Sur la défensive ? »
« Parce que j'ai passé les deux dernières années à voir ton cadavre plutôt que ton air supérieur, et que ça change un peu mes habitudes. »
« Je… »
Watson retint sa respiration en voyant l'expression de désespoir de Sherlock. Il avait vraiment l'air sincère.
« Désolé d'être froid. » murmura le médecin en soupirant.
« Pas grave. »
Il n'arrivait pas à s'empêcher de le rabaisser, malgré leurs retrouvailles violentes puis assez tendres, rien n'était terminé. Il voulait absolument se débarrasser de tous ces sentiments contradictoires et recommencer à vivre tranquillement avec lui. Des enquêtes, des disputes, des sourires complices, des séances de violon mélancolique, il voulait tout ça, comme avant. Sherlock était un peu plus ouvert qu'avant, mais Watson, lui, s'était complètement fermé. Une vraie huître.
« Bon, Sherlock, je veux oublier tout ça et vivre comme d'habitude. Comme d'habitude, tu vois ? Qu'on arrête de se regarder comme des imbéciles, et qu'on vive tranquillement. Je ne comprends pas comment je peux être aussi énervé alors que je sais que ce n'est pas de ta faute si tu m'as abandonné pendant deux ans… Laisse-moi du temps pour accepter ça, et ne fais pas attention si je suis méchant. Sincèrement. »
« Ça va, John, j'ai bien compris. » répondit Sherlock en se levant pour aller boire un café.
« Non, attends ! » s'exclama Watson un peu trop fort.
Sherlock s'arrêta subitement et se tourna vers le médecin.
« John, sérieusement, tu es bizarre. »
« Bizarre ? Bizarre ? Je suis le mec bizarre, là ? Tu reviens après deux ans, et c'est moi le problème ? »
Sherlock ne lui répondit pas et commença à se faire du café.
« Tu m'écoutes ? » cria Watson, soudainement très énervé.
« Tu m'as dit de ne pas faire attention, John. Je ne fais pas attention. »
« … Je crois que je suis un con, Sherlock. » soupira Watson en secouant la tête.
« Ton esprit fait n'importe quoi, depuis ce matin, j'avoue ne pas comprendre… Tu as des sautes d'humeur, tu sais ? Si on allait au restaurant, ça te détendrait ? »
« … Non, je préfère rester ici avec toi. »
« Je ne pense pas, John, ça va encore plus t'énerver, de me voir toute la journée. »
« J'ai passé deux ans à rêver de te voir toute la journée, ça ne change pas grand-chose, je vivais avec toi, mais sans toi. »
Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer ce que je raconte ?
« Ah bon ? » fit Sherlock en haussant un sourcil.
« Ouais, des cauchemars atroces où tu tombais en boucle, idiot. » se rattrapa Watson en détournant les yeux.
« Désolé. »
Watson était à peu près persuadé que Sherlock ne pensait pas réellement ses excuses, mais il savait que ses réflexions étaient déformées par la colère. Des sautes d'humeur, voilà, c'était exactement ça ! Il détestait se sentir aussi énervé alors que son ami avait tout fait ou presque pour se faire pardonner, et qu'il lui avait tout expliqué. Il avait disparu de la circulation pendant deux ans pour lui sauver la vie, et il arrivait encore à lui parler méchamment. Le médecin décida de se secouer un peu et de surmonter son état quasi-dépressif.
« Sherlock, tu voudrais qu'on aille rendre visite à Lestrade et Molly, pour les prévenir que tu es en vie ? »
« Molly sait déjà que je suis en vie, puisqu'elle a falsifié mon rapport d'autopsie… Et je n'ai pas très envie de voir Lestrade. Plus tard, peut-être. »
Il resta silencieux quelques secondes, puis ajouta :
« Et puis, je préfère rester ici. »
« D'accord… Bon, comme tu voudras. »
« John, tu as l'air un peu plus calme… C'est mieux. »
Watson leva la tête et regarda Sherlock.
« Ah ? Eh bien… tant mieux, alors. J'ai honte de m'être emporté comme ça, excuse-moi, vraiment. J'étais tellement… »
Il sentit que ses jambes tremblaient, et posa une main sur le dossier du fauteuil pour rester debout. Il ferma les yeux et sentit immédiatement qu'il allait pleurer dans les trois secondes à venir. Plus la peine d'essayer d'être discret… Il renifla et se mit à sangloter bruyamment en se frottant les yeux, presque incapable de rester sur ses deux pieds. Il tomba sur les genoux, ne trouvant plus la force de résister.
« John ? »
Il ne répondit pas, terrassé par une crise de larmes insurmontable, et se recroquevilla sur le sol, secoué par des sanglots impossibles à contenir. Il entendit vaguement Sherlock s'asseoir devant lui sur le tapis, et sentit ses mains se poser sur ses épaules.
« John, regarde-moi. »
Il se força à arrêter de trembler et ouvrit ses yeux rougis par les larmes.
« Je suis là, John. Je vais rester ici pour toujours, c'est promis. »
« T'es pas encore en train de me mentir ? Je suis un imposteur, n'importe quoi, putain… »
« Tu sais pourquoi j'ai dit ça. Mais c'était faux, bien sûr… Là je peux te le dire sans mentir : je reste là. »
Watson essaya de sourire, mais sa poitrine fut à nouveau secouée de sanglots incontrôlables et il se remit à pleurer.
« Oh non, John, arrête ça… »
Watson entendait bien que Sherlock ne savait pas comment réagir, et il se sentait gêné de l'embarrasser comme ça. Le médecin inspira longuement et posa à son tour ses mains sur les épaules de son ami.
« Je vais essayer de… de ne pas faire ça… tout le temps. »
« Si ça peut t'aider à aller mieux… »
« Et toi, Sherlock, ça t'arrive de pleurer ? »
Le détective haussa les sourcils d'un air totalement innocent, ce qui fit rire Watson.
« Oh, si, je me souviens, tu avais pleuré à Baskerville ! »
« Je n'ai pas vraiment pleuré, se renfrogna Sherlock. C'était une réaction due à la peur, pas la tristesse. »
« Ouais, mais tu as ressenti des émotions, contrairement à d'habitude, et ça t'a bouleversé. »
« Tu pleures parce que ça change de tes habitudes ? Qu'est-ce qui est si différent maintenant ? » demanda le détective.
« Eh bien, je suis très ému que tu sois revenu, je pensais vraiment devoir refaire toute ma vie sans toi… Alors même si au début j'étais très en colère, je crois que je commence à être heureux que tu sois ici. Tu m'as manqué, terriblement manqué, Sherlock. Si tu pars une deuxième fois, je te retrouve et je te décapite, c'est clair ? »
« Tu auras bien le droit de le faire… Mais je ne partirai pas, ne t'inquiète pas. C'était… beaucoup trop horrible de ne plus être ici avec toi, John, vraiment. »
« Horrible ? Est-ce que tu peux ressentir ce genre de choses, toi ? » fit Watson avec un sourire en coin.
« Beaucoup plus que tu ne peux l'imaginer… Je crois que j'ai souvent pleuré, mais de l'intérieur. Est-ce que ça existe ? »
Le regard de Sherlock était presque vague, et Watson eut le cœur brisé de le voir aussi triste, soudainement. Il l'attira contre lui sans réfléchir, et le serra dans ses bras, peut-être un peu trop fort. Il posa son menton sur l'épaule de son ami et se remit à sangloter. Mon Dieu, depuis quand suis-je devenu une adolescente ? Il sentit que Sherlock se serrait contre lui, ce qui l'émut encore plus.
« Sherlock… » murmura-t-il.
« Je suis… content. »
C'était bien sherlockien, comme remarque.
« Alors moi aussi… C'est le plus beau jour de ma vie. » soupira Watson en le serrant encore plus fort dans ses bras.
Il sentit soudain les lèvres de Sherlock contre son cou et rougit violemment. Non non non, reste calme, c'est juste que ses lèvres sont énormes et sont près de… Ooooh je ne peux pas rester comme ça ! Il mit fin à leur étreinte, respirant rapidement, et Sherlock le regardait d'un air médusé.
« J'ai fait quelque chose de… ? »
« Euh, non, rien. Mais j'ai tellement faim, Sherlock ! » dit le médecin en se raclant la gorge.
Il se leva à toute vitesse et se rua vers le frigo.
« Purée, carottes, haricots, courgettes ? »
« John, pourquoi tu – »
« Bacon, steak, jambon, Knackies ? »
« John, écoute-moi ! »
Watson referma le frigo et se figea.
« Quoi ? »
« Qu'est-ce qui te prend ? J'ai fait quelque chose qu'il ne fallait pas faire, c'est ça ? »
« Laisse tomber, Sherlock, j'ai imaginé un truc, mais ce n'était pas réel. Bon, qu'est-ce que tu veux manger ? »
« John, dis-moi ce que c'était. »
« Bon… Qu'est-ce que tu as tenté de faire pendant qu'on euh… qu'on s'enlaçait ? »
C'était vraiment bizarre, dit comme ça. Enlacer son ami sur un tapis n'était peut-être pas l'événement le plus normal de sa vie…
« J'ai… Oh John, désolé, je ne sais pas ce que j'ai fait… »
L'air perdu de Sherlock lui fit de la peine. Il n'eut pas le temps de réagir, car il poursuivit :
« J'étais tellement pressé de te revoir, mais je n'arrivais pas à comprendre pourquoi… Pourquoi j'ai passé autant de temps à penser à toi alors que je me moque totalement de ce que peuvent penser les gens… »
« C'est parce que je suis ton seul véritable ami, Sherlock. » murmura Watson.
« Est-ce que c'est normal d'avoir envie de mettre sa tête contre l'épaule de son ami ? » demanda le détective avec une toute petite voix.
« Oui, c'est un besoin de tendresse, les amis font ça. »
Enfin, je crois…
« Je veux de la tendresse, John. Tu veux bien m'en donner ? »
« Euh… oui, bien sûr ! » dit Watson en glapissant presque.
Il resta planté là, assez gêné.
« Qu'est-ce que tu veux, comme tendresse ? »
Non mais qu'est-ce que c'est que cette question, franchement…
« Je ne sais pas, John, on peut peut-être faire comme avant… »
« Si tu veux, bien sûr. »
Pas comme si ça ne lui faisait pas plaisir, au contraire. Watson s'approcha de lui et lui prit la main en se collant contre lui. Pourquoi la main, il n'en savait rien, mais il avait très envie de le sentir au maximum, d'être bien sûr qu'il était en vie. Il lâcha ses doigts et passa ses deux bras autour de lui, l'enlaçant comme l'instant précédent, simplement heureux de savoir qu'il était revenu et qu'il voulait bien de son amitié. Sherlock se remit à l'embrasser dans le cou, et le cerveau du médecin fut instantanément court-circuité. Il ne pouvait pas imaginer une seule seconde que c'était la manière amicale de Sherlock de se comporter avec lui, mais il n'arrivait pas à se défaire de son étreinte. Le détective ne s'arrêtait plus, il enfouissait de plus en plus son visage dans le cou de Watson, le couvrant de petits baisers adorables mais qui lui procuraient des frissons totalement inédits, et le médecin bafouilla difficilement :
« Sh… Sherlock, qu'est-ce que tu fais ? »
« J'aime bien quand tu trembles, ça a l'air agréable. »
« Les amis ne se donnent pas de plaisir physique, Sherlock c'est très gênant, ce que tu fais ! »
« Mais tu avais l'air d'adorer ça, John ! répliqua le détective, sincèrement vexé. Pourquoi voudrais-tu que ça s'arrête ? »
« Mais… Non mais est-ce que tu te rends compte de ce que tu fais ? Tu fais des choses de… ben, de couple, pas d'amis ! » s'exclama Watson en essayant de se séparer de lui.
« Non, reste avec moi ! supplia Sherlock en le serrant plus fort. J'ai envie de… de te rendre heureux. »
Ah, parce que maintenant, ça lui arrivait de vouloir faire plaisir à quelqu'un ? Il avait l'air authentiquement inquiet, mais la flamme qui brillait dans ses yeux voulait dire encore plus que ses mots. Watson ne s'aperçut pas qu'il était en train de s'approcher de son visage, mais il était déjà trop tard. Sherlock dut penser que c'était une invitation, et il effleura ses lèvres des siennes, doucement, lentement, gentiment. Watson crut que son cœur allait exploser. Il mit quelques secondes à s'en remettre, pantelant, et souffla :
« Tu es sûr que c'est ta définition de l'amitié, Sherlock ? »
« C'était bien ? » fit simplement le détective.
« Mais… c'est pas le problème ! s'exclama Watson en rougissant encore plus. Tu es amoureux de moi, là, ce n'est plus de l'amitié ! »
Devant le regard d'incompréhension de son ami – enfin, ami… – il ajouta :
« Si tu as envie de m'embrasser, si tu l'as… fait, en plus, c'est de l'amour. Tu as envie de… passer à la vitesse supérieure, clairement. Est-ce que tu as fait ça par hasard, ou c'était volontaire ? »
Sherlock secoua la tête et l'embrassa à nouveau, avec beaucoup plus d'intensité que la première fois, et Watson se sentit fondre complètement. Une sensation étrange remuait dans le bas de son ventre, et il se mit à trembler. Il avait presque froid, et se serra inconsciemment contre Sherlock. Le détective se mit à caresser tendrement ses cheveux, avec une fougue dans ses baisers que Watson n'aurait jamais pu croire venir de lui, et le médecin commença à se sentir de plus en plus bizarre.
« A… arrête, Sherlock, je… » bafouilla-t-il en reculant, le souffle court.
« John, je veux vraiment me faire pardonner… » supplia le détective, rouge et pantelant.
« Oh non, c'est pas la peine, vraiment ! Euh… »
Il était extrêmement gêné, car il avait vraiment aimé ce baiser. Il en avait encore envie, d'ailleurs.
« Sherlock, depuis quand est-ce que tu es… gay ? »
« Je crois que je l'ai toujours été, mais… C'est toi que je veux, John, c'est pour ça que je suis revenu. »
« Juste pour ça ? »
« J'ai passé deux années à t'imaginer contre moi, à me demander comment t'embrasser sans que tu ne me frappes, à penser à des choses… des choses que je ne pensais pas voir une seule fois dans ma tête, je n'y comprends rien, John ! »
Le détective prit sa tête dans ses mains et ferma les yeux.
« Qu'est-ce qui me prend, John ? Qu'est-ce qui m'arrive ? »
« Sherlock, ne t'inquiète pas, c'est… euh, normal. »
« Normal ? Normal ? Je te force à m'embrasser, à m'enlacer, et tu trouves ça normal ? »
« J'en avais envie, il n'y aucun problème, je t'assure ! »
Sherlock reprit son souffle, les yeux fixés sur Watson qui rougissait à vue d'œil, et murmura :
« Je peux recommencer, alors ? »
« Seulement si tu as des sentiments. Des vrais. Pas juste parce que c'est agréable et que ça change de tes habitudes. »
« Est-ce que tu m'aimes, John ? »
Watson retint son souffle. Il avait envie de faire taire son cerveau et de répondre sincèrement, mais quelque chose l'en empêchait. Ah oui, peut-être ça : il était hétéro.
« Non, Sherlock, je ne suis pas gay ! »
« Tu disais il y a cinq secondes que je pouvais encore t'emb– »
« Non ! le coupa Watson en fermant les yeux. Je dois… réfléchir. »
« Réfléchir à quoi ? s'exclama le détective avec une pointe de colère. Tu m'aimes ou tu ne m'aimes pas, ce n'est pas si compliqué ! »
« Eh eh eh ! Je t'arrête tout de suite, c'est à toi que j'ai posé la question en premier ! Tu vas m'expliquer immédiatement pourquoi tu m'as embrassé ! »
« Et toi, pourquoi tu m'as dit que tu en avais envie, et que tu me fais ta scène de pucelle juste après ? »
Watson en était à présent persuadé : ça cogitait sec dans la tête de son ami. Il était perdu et ne se mettait en colère, les larmes aux yeux, que quand il ne comprenait pas ce qu'il ressentait. La peur, le désir, c'était la même réaction… Le médecin inspira longuement et murmura :
« Calme-toi, Sherlock, on va s'expliquer. Tu m'as embrassé parce que tu as soudainement eu envie, d'ailleurs tu as encore envie de le faire, est-ce que j'ai tort ? »
« N… non, John. Je voudrais… »
Le détective rougit.
« Tu voudrais quoi ? »
« Je voudrais te toucher, être proche de toi, t'embrasser encore, rester avec toi tout le temps… »
« Euh… c'est déjà un peu ce qu'on fait en temps normal, rester ensemble toute la journée, non ? »
« Ce n'est vraiment pas assez pour moi ! s'écria Sherlock avec une expression de désespoir total. A chaque fois que je te vois, je ressens des choses bizarres, vraiment bizarres, des fourmis dans les jambes, les bras, j'ai l'impression d'être vide quand tu n'es pas là, je continue de te parler quand tu es hors de l'appartement… Et puis après j'ai passé deux ans à me demander comment faire pour revenir, à te regarder venir au cimetière, tu sais j'écoutais tout ce que tu disais à ma tombe, et ça me réchauffait le cœur, mais après… J'étais seul, tellement seul, je voulais tellement que tu souries en me parlant, pas que tu pleures devant mon nom gravé dans le marbre… Et puis je suis revenu et tu m'as ignoré, frappé, encore ignoré, parlé méchamment, et voilà que j'ai craqué et que tu me rejettes ! Je voudrais juste te dire qu'on peut faire comme avant, on peut faire comme si je ne t'avais pas sauté dessus comme un idiot, et puis… Oh, John, je suis désolé ! »
Watson était sonné. Il n'avait jamais entendu Sherlock lui faire part de ses sentiments, et encore moins en lui déballant un monologue aussi impressionnant… Quelque chose remua dans son estomac, et il se sentit presque fiévreux. Il en était sûr, à présent : il en avait rêvé. Pas de Sherlock revenant, Sherlock revenant pour lui. Sa vue s'embua et il essuya ses larmes, très ému.
« John… ? »
« Viens là. »
Sherlock tomba dans ses bras et fondit en larmes, ce que John n'aurait jamais pu imaginer. Ses épaules tremblaient horriblement, et il sanglotait bruyamment. Watson l'avait déjà vu simuler une crise de larmes pour faire avouer un témoin, et ça ne ressemblait pas à ça. Il était très sincère, ce qui émut le médecin encore plus que sa confession. Watson perdit ses lèvres dans le cou et les mèches de cheveux du détective, sans aucune retenue à présent. Il laissa ses mains passer sous la chemise de son ami et lui caressa le dos, de plus en plus alarmé par sa maigreur.
« Oh, Sherlock, il va falloir que je te nourrisse… »
« Pas faim… » marmonna le détective en embrassant son épaule.
« Je vais devoir te forcer, alors ! » répliqua Watson en desserrant son étreinte.
Sherlock avait l'air d'un zombie. Il avait tellement maigri… Et puis son air épuisé était terrifiant à voir. Seuls ses yeux brillaient d'une lueur presque sauvage, ce qui retourna l'estomac de Watson en une seconde. Ce bel homme qui le fixait avec ce regard… Il n'avait jamais apprécié le regard des hommes, mais là, c'était Sherlock. Je ne suis pas gay, j'aime Sherlock, c'est différent.
« Viens, Sherlock, je pense que tu devrais te coucher. »
« N– » commença Sherlock, puis il se mit à bailler.
« Ah, tu vois ! On pourra discuter de tout ça demain, allez, dors un peu. »
Il lui prit la main, ce qui envoya une décharge électrique le long de sa colonne vertébrale, et le guida jusqu'à son propre lit. Il achèterait des draps plus tard, le lendemain, sûrement. Une petite voix dans sa tête jubilait qu'il ne soit plus en froid avec Sherlock. Bon, j'ai fait encore mieux que me réconcilier avec lui… si on peut dire.
...
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Voilà ! La suite arrive, n'hésitez toujours pas à laisser des reviews, c'est le seul moyen des auteurs de savoir que vous avez lu leur fanfic ! ^o^
