Les trois jours qui suivirent la mort du grand Flowright furent mornes. L'empereur ennemi avait eu vent de ce décès le jour même. Le fils du grand Flowright était plus fragile et plus vulnérable. Il échafaudait déjà un plan pour s'emparer du mage afin de mettre sa magie à son service. Même s'il avait son propre magicien, celui(ci était loin d'être le meilleur et il ne faisait certainement pas le poids face à Fye. De plus, enlever le nouvel empereur déséquilibrerait son royaume et le fragiliserait d'avantage. Il se chargerait d'éloigner ce guerrier de malheur. En s'emparant de Fye D. Flowright, il gagnerait le Japon entier.

Cette journée était particulière pour le royaume. Fye est maintenant devenu empereur et magicien et aujourd'hui était la cérémonie de l'enterrement du grand Flowright. Tous les membres qui avaient servi l'empereur, des conseillers politiques aux domestiques en passant par les banquiers étaient vêtus de noirs. Fye regardait le paysage par la grande baie vitrée de sa chambre. Lui aussi avait revêtu le costume traditionnel des jours sombres. Il avait revêtu un kimono noir à ceinture bleue, le bleue étant la couleur de la famille Flowright. Il portait, par dessus ce kimono, une épaisse cape noire et, accrochée à la ceinture, l'épée familiale qui se transmettait de pères en fils depuis des générations. Cette épée symbolisait le pouvoir, seul l'empereur avait le privilège de la porté. Il repensait au cadavre de son père et à la conversation qu'ils ont eu avant sa disparition. Son père souhaitait tellement qu'il trouve une femme, en réalité, il avait attendu ce jour depuis bien longtemps, mais Fye, aveuglé par sa jeunesse et persuadé que son père était immortel, n'avait pas tenu compte de ses désirs. Maintenant qu'il n'était plus, il voulais, en son honneur, réaliser le rêve de son père.

Kurogané entra dans la chambre, il avait également revêtu ses habits de cérémonie mortuaire. Bien que le noir était sa couleur à la base, il portait cette fois un pantalon moulant et des bottes montantes jusqu'au genoux. Le ninja voulait voir Fye seul à seul avant la cérémonie. Il ne savait pas comment agir face à lui depuis la disparition de Flowright. Il l'aimait, profondément même, mais il se demandait si le moment était approprié pour des déclarations d'amour, des câlins ou même pour lui faire l'amour. Il avait adoré pouvoir toucher son mage et, aujourd'hui plus que jamais, il voulait passer sa vie prés de lui pour le protéger mais aussi pour l'aimer. Il s'approcha de lui et lui enlaça la taille. Fye se dégagea immédiatement.

Je... heu... je suis désolé Kurogané, mais je voudrais oublier ce qu'il s'est passer cette nuit-là. Fit le mage en regardant le sol les larmes aux yeux.

Kurogané recula d'un pas afin de respecter la décision du mage. Le visage impassible il se mit à genoux devant son nouvel empereur et lui dit durement :

Tes désirs sont des ordres, je reste à ton service et, ayant juré de veiller sur toi jusqu'à ma mort, je remplirai cette mission.

En réalité, le cœur de Kurogané venait de se brisé. Ses mains tremblaient mais le ninja fit tout ce qu'il pouvait pour que le mage ne le remarque pas. Il ne voulait pas le faire culpabiliser en plus. Fye posa sa main sur la tête du guerrier en guise de remerciement puis quitta la pièce. Une fois seul, Kurogané se releva en gardant la tête baissée. Il savait que c'était trop beau pour durer. Il avait oublier son rôle premier, mourir pour le protéger s'il le fallait, rien de plus, rien de moins. Alors, pour la première fois de sa vie, il sentit couler des larmes le long de ses joues. Il écarquilla les yeux en récupérant un peu de cet étrange liquide. Ce furent ses premières larmes et il en était choqué. Un guerrier de sa trempe n'avait jamais apprit à pleurer et cela lui était interdit car, pleurer une fois, c'est pleurer sans cesse, et face à l'ennemi, il perdrait de sa crédibilité de guerrier. C'est ce qu'on lui a toujours apprit. Il redressa la tête et se jura de n'aimer que son empereur jusqu'à son dernier souffle et de veiller sur son bonheur, même si cet amour n'était pas partagé. Sur cette pensé, il quitta la pièce à son tour en y laissant ses derniers souvenirs de bonheur. Il n'y entrerai plus jamais.

La cérémonie débuta. Tous les gens de la cour étaient réunis autour du caveau Flowright. Le cercueil descendait doucement dans le trou pour y rejoindre celui de sa mère. Kurogané se plaça prés de lui selon la coutume. Un guerrier devait, durant n'importe quelle cérémonie, se tenir au côté de la personne qu'il protégeait en prenant soins de garder sa main sur son sabre pour montrer à tous qu'il était prêt à dégainer. Ce geste représente le symbole de la promesse prononcée il y a des années, par ce simple geste, il montrait sa loyauté et sa puissance de guerrier, apte à trancher ou à transpercer tout ce qui menaçait le nouvel empereur. Fye se tourna vers l'assemblée constituée de conseillers, du chef de son armée, des administrateurs et des banquiers tous accompagnés de leurs protecteur personnel qui n'étaient autre que des parents de Kurogané.

Moi, Fye D. Flowright, en ce jour de deuil, je déclare aujourd'hui, être prêt à prendre la succession du grand Flowright. Que ce royaume puisse, sous mon règne, connaître la prospérité et la paix. En tant que nouvel empereur et magicien mondialement reconnu, je m'y engage.

Kurogané était empli de fierté. Ce petit garçon qu'il avait connu il y a maintenant 13 ans était devenu son empereur. Jamais il n'avait ressenti autant de loyauté. Mourir pour lui serait un honneur et un plaisir. Il se demandait s'il aurait ressentit tout ca s'il avait du prêter serment à une autre personne. Est-ce son amour pour son mage qui le rendait si heureux malgré le rejet de ce dernier ? Peu importait, jamais rien ni personne ne le ferait douter à ce sujet.

L'assemblé se leva, ils étaient tous vêtus de noir, une banderole bleue accrochée sur l'épaule traversant leur torse et reconnurent en Fye, leur nouvel empereur, qu'ils serviraient et épauleraient avec autant de ferveur qu'ils l'ont fait pour Flowright. Tous ces gens avaient étés choisis pour leur loyauté envers le précédent empereur et c'était pour eux un honneur que de servir son successeur.

Un grand buffet trônait au milieu de la salle des cérémonies. Ce deuil devait être « fêté » comme il se doit. Fye gagna sa place à table, Kurogané à ses côtés. La coutume voulait que le guerrier personnel de l'empereur se présente prés de lui à chaque moment de la journée jusqu'à ce que ce dernier trouve une femme et fonde sa famille. Alors, quand ce jour viendra, il perdra des places à la table pour les laissées à sa femme et à son ou ses enfants. Kurogané le savait, et il avait comprit que le mage l'avait repoussé pour accéder aux désirs de son père. Il maudissait le jour ou une femme lui prendrait son trésor, mais il bénirait son bonheur. D'ailleurs, Kurogané aussi avait pour rôle d'engendrer la génération suivante de guerrier. Bien que sa famille soit nombreuse et que, même sans lui, l'avenir de son clan était assuré, ce rôle lui incombait tout de même. Mais il ne voulait pas mentir à une femme, il ne voulait pas lui faire croire qu'il tiendrait à elle plus que tout, sachant que ce rôle est déjà tenu par Fye. Il ne savait plus quoi faire, mais il attendrait que le magicien fonde sa propre famille avant de fonder la sienne pour être sur qu'il ne reste aucun espoir entre eux.

Kurogané avait passé la soiré à dévisager le nouvel empereur. Aucun sourire ne se dessinait sur son visage, il gardait les yeux perdus dans le vide. Alors son serviteur s'approcha de lui.

Monsieur, pardonner moi cette remarque, mais, veillant sur vous depuis votre naissance je n'ai jamais cessé de constaté que votre joie de vivre est contagieuse. Je comprend le malheur qui vous mine, mais tout le royaume compte sur vous monsieur.

Fye sorti de sa torpeur, et médita sur ces quelques sages paroles. Il repensait à son père qui avait su sourire quand sa mère les avaient quittés. Des faux sourires certes, mais des sourires tout de même. Il releva la tête et regarda son serviteur.

Vous avez parfaitement raison, excusez mon manque de discernement, fit le mage en arborant son plus beau sourire.

Toute l'assemblée ainsi que les serviteurs furent rassurés en voyant l'empereur sourire. Il continuèrent à parler et à manger. Kurogané quand à lui fit la moue et ne se laissa pas une seconde abusé par ce sourire plus qu'exagéré, mais au moins, Fye était sortit de sa torpeur et le ninja remerciait mentalement le domestique même s'il aurait voulu s'en charger lui-même.

La suite est en route. J'espère que vous appréciez cette lecture.