Titre : La toile des souvenirs

Auteur: Suzan

Note : Les personnages, les lieux et autres appartiennent tous à la grande prêtresse, j'ai nommé JK. Rowling - sauf mention contraire.

Avertissement : Ce texte mets en évidence des relations entre adultes, considérez-vous comme prévenus.

Résumé : Hermione Granger a trente ans, divorcée, à peine remise de la Guerre, épaulée par son meilleur ami, est devenue Sorcière-Peintre. Elle réalise les toiles emprisonnant des souvenirs pour constituer des portraits, des photographies… Elle adore son travail jusqu'à ce qu'un beau jour un client particulier passe le seuil de sa boutique.

NDA : Bonjour à tous ! J'espère que vous allez bien en ce bel été... Merci à tous et à toutes pour vos lectures, vos mises en favoris et vos commentaires. Cela fait chaud au coeur de constater que cette histoire - si petite et née d'une idée si improbable - vous plait et que vous la suivez. La bonne nouvelle c'est que j'ai pu avancer un peu au niveau de l'écriture afin de garder un chapitre d'avance au minimum sur chaque publication... Pour TLS j'en suis au chapitre 5 et j'espère que la suite de l'histoire vous plaira... Nous allons plonger un peu plus dans la vie trépidante de la famille Malefoy... Bonne lecture et à très vite !


La toile des souvenirs
Apprendre à peindre


Le premier souvenir était celui d'un enfant. Elle s'y plongea délicatement. Un garçon blond qui ressemblait férocement à l'enfant qu'elle rencontrerait quelques mois plus tard, se tenait devant une porte dans ce qu'elle pu identifier être le Manoir Malefoy. Toute l'attention du jeune garçon était tournée vers la poignée de la porte. Lorsque celle-ci coulissa, elle dévoila Lucius Malefoy dans toute sa splendeur. Hermione eut un mouvement de recul avant de se rendre compte de la bêtise de son geste.

- Que fais-tu ici Drago ? S'enquit son père sur un ton trainant.

- Je vous attendais, Père, répondit le petit garçon en essayant d'imiter au mieux la démarche et la voix de Lucius.

Hermione capta une lueur de fierté dans le regard du sorcier blond.

- Un Malefoy n'attend pas, il arrive précisément au bon moment, asséna Lucius en ouvrant la marche.

Si Drago fut déstabilisé il n'en montra rien et suivit son père la tête haute, les épaules droites. Ils descendirent des escaliers pour se trouver dans une pièce de réception. De nombreuses familles affiliées à Voldemort étaient présentes. Une banderole proclamait « Joyeux anniversaire Drago » sur toute la largeur de la pièce. Des ballons volaient dans les airs et Hermione assista aux salutations protocolaires.

Il était presque amusant de voir le petit garçon copier en tout point l'attitude de son père. Ce besoin de reconnaissance était presque effrayant quand elle y pensait. Au tout début de leurs années à Poudlard, l'avis du père de Drago avait constitué pour lui la loi martiale. Ce qu'il disait était vrai, ce qu'il faisait était bon. Le reste n'était que pour leurs inférieurs.

Cette attitude avait hérissé Hermione pendant des années. Elle comprenait maintenant comment elle s'était forgée : dans le regard dur d'un père toujours plus exigeant.


Tout se brouilla, les couleurs se mélangèrent pour se réassembler. Hermione se trouva dans une scène familière, Poudlard, la dernière manche du tournoi des trois sorciers. Elle avait la vision du labyrinthe de la troisième tâche. Son propre point de vue de ce souvenir était décalé en contrebas vers la droite. Elle l'avait beaucoup visionné, angoissée, lorsqu'elle avait commencé à apprendre l'Occlumencie. Cet art de l'esprit était totalement nécessaire lorsqu'on aspirait à être Portraitiste. Il ne fallait pas finir ronger par les souvenirs qu'il fallait visionner tout au long de la journée.

La tribune était placée en hauteur et des jumelles permettaient de suivre ce qu'il se passait dans le labyrinthe. Sa mère et son père encadraient un Drago impassible. Le jeune adolescent était totalement pris par l'action qui se déroulait sous ses yeux. Il observait les différents obstacles qui s'opposaient aux élèves élus. Pour sa part, Hermione ne quitta pas Lucius Malefoy des yeux. Des multiplettes de luxe étaient placées suffisamment loin de son visage – pour ne pas laisser de marque – pour qu'elle puisse distinguer ses expressions. Elle repassa le souvenir à cet instant précis, plusieurs fois, s'imprégnant de la physionomie du modèle, tentant de saisir ce qui le constituait.

Son air impassible était déjoué par son regard, elle le comprenait enfin. Ses vrais ressentis se lisaient dans le fond de ses prunelles. Il comprenait la dangerosité de l'exercice et voyait en Krum un adversaire à la hauteur. Il fronça les sourcils. L'étudiant de Durmstrang devait être à présent soumis l'Impérium. Le choc se lut sur son expression un quart de seconde après qu'Harry et Cédric aient disparu.

Le regard que le couple échangea par dessus la tête de Drago lui retourna l'estomac. Le visage du jeune homme se ferma entièrement, l'inquiétude marquant ses prunelles. Une peur indicible se dégagea des Malefoy. Lucius se leva accompagné de sa femme et de son fils. Ils s'éloignèrent de la tribune à pas comptés. Se camouflant dans la pénombre, ils attendirent quelques minutes, sur le qui-vive. Le coup ne sembla pas prévenir et Lucius s'effondra sous la douleur, tenant son bras gauche.

Le visage de Narcissa se désagrégea. Elle soutint comme elle put son mari tandis que le regard de Drago reflétait toute l'horreur de la situation. Lucius reprit doucement son souffle.

- Je dois y aller, affirma-t-il en serrant sa famille contre lui. Narcissa, tu sais ce qu'il te reste à faire. Drago, aide ta mère. A bientôt.

Lucius lâcha sa famille et s'enfonça dans les frondaisons. La mère et le fils échangèrent un regard angoissé. Narcissa se recomposa une expression très vite.

- Nous devons survivre Drago, chuchota-t-elle en reprenant son chemin vers la tribune. C'est tout ce qui compte.


Les couleurs se mélangèrent, laissant à Hermione le temps de se remettre. Le souvenir était affreux. Elle ne savait plus qu'en penser. Elle avait eu l'impression de voir partir le héros courageux à la guerre alors qu'il s'agissait de Lucius Malefoy, fervent partisan de Voldemort. Son estomac se retourna encore une fois. Elle prit plusieurs respirations pour aborder calmement le souvenir de Narcissa. Drago l'avait prévenu, il ne fallait pas le brusquer. Elle attendit donc que la scène se mette en place.

Elle vit Narcissa jeune. Elle devait juste atteindre la majorité magique. Son teint de porcelaine était magnifique et elle portait une robe de sorcière somptueuse. Une autre personne s'affairait autour d'elle et elle entendit Narcissa soupirer.

- Mère, ma robe est parfaite, cessez je vous prie.

Le ton employé était tranchant et la femme accroupie devant sa fille cessa tout mouvement. Elle se redressa et l'observa. Un chignon retenait souplement ses cheveux d'or. Des fleurs fraîches délicatement arrangées rehaussaient sa tenue.

- Narcissa, sois plus gracieuse ma chérie, émit la femme d'un ton tout aussi sec que celui de sa fille.

Une troisième femme entra dans la pièce. Hermione eut un choc car elle la reconnut immédiatement : ses cheveux noirs, son timbre de voix, ses yeux gris… Mrs Black était de retour.

- Druella, Narcissa, quelle belle journée ! Les salua-t-elle à la manière d'une diva.

Le décor se précisa autour d'elle. Hermione se trouvait dans une pièce du Manoir Malefoy. A peine eut-elle le temps de s'en rendre compte que les trois femmes avancèrent dans la demeure jusqu'à une double porte. Druella embrassa sa fille tandis que Walburga se contentait de lui envoyer un baiser. Elles disparurent par une porte dérobée.

Lorsque la double porte bascula, Hermione comprit. Elle assistait au mariage de Lucius et Narcissa Malefoy. Elle fut foudroyée en apercevant Lucius devant le mage. Il ressemblait trait pour trait à Drago plus jeune, mêmes airs, même maintien aristocratique, même élégance désuète. Narcissa n'avait donné à son fils que la forme du visage. Le regard de la jeune sorcière avançant vers l'autel était lumineux. Elle semblait sincèrement ravie d'être là et de se marier à cet homme. Les yeux de Lucius reflétaient une certaine admiration pour sa future femme.

Hermione s'approcha, guettant chaque expression de son visage. Lorsqu'elle eut intégré chaque courbe, chaque détail le souvenir se dissolut. Hermione fut projetée en dehors de la Pensine. Elle se précipita sur sa toile et les yeux encore embrumés, elle esquissa.


Comme à chaque début de portrait, Hermione reprit le tricot. Elle ne trouvait rien de plus relaxant et de plus thérapeutique. C'était l'une des premières choses que sa mère lui avait transmise pour gérer ses angoisses. Le visionnage de souvenirs ne lui appartenant pas pouvait être très lourd. Pour le portrait d'Anthéa, elle avait du voir plus d'une centaine de souvenirs, de la petite enfance à l'âge adulte. Tout ce qui la constituait avec été répertorié minutieusement.

Elle avait compris au bout du troisième souvenir pourquoi son portrait n'avait pas été fait auparavant : il révélait que Nott Sénior faisait parti des Mangemorts. Aucun Portraitiste n'aurait voulu faire ce tableau, c'était bien trop dangereux. Hermione avait laissé de côté ses propres jugements. Elle n'était pas là pour punir le père mais pour aider le fils.

Un portrait magique était souvent l'unique commémoration que les sorciers apportaient à leurs morts. C'était une façon de les faire revivre, de se souvenir, de leur rendre hommage. Elle se rappela la phrase de son maître : « Nous ne faisons pas cela pour les défunts, nous le faisons pour les vivants. »

C'est pour cette raison uniquement qu'elle avait fini par accepter la commande de Drago. Elle n'avait aucun jugement à porter sur Lucius en dehors de sa relation avec lui. Elle devait dissocier ce qu'il avait été avec elle et ce qu'il avait été avec sa famille. C'était pour cette dernière qu'Hermione esquissait et peignait.

Les aiguilles s'agitèrent presque férocement sous les pensées qui émanaient d'Hermione. C'étaient dans ces instants que Pattenrond lui manquait le plus. Lorsqu'elle était jeune, il lorgnait férocement les aiguilles et jouaient avec. Plus âgée, il inventait une bêtise pour la faire sourire. La dernière fois qu'elle avait vu son demi-fléreur, elle le brossait dans le jardin des Weasley pour le mariage de Bill et Fleur. Leur départ précipité ne lui avait pas permis de se renseigner sur ce qu'il lui était arrivé. Elle espérait qu'il ait pris la fuite. Elle ne l'avait jamais retrouvé – l'un de ses nombreux traumatismes.

Elle compta les mailles et souffla de contrariété. Il lui en manquait deux. Défaisant ton travail, elle songea qu'elle pourrait se rendre utile au couple Potter en tricotant pour le nouveau-né. Daphné avait attendu trois mois pour être certaine que cet enfant-là serait des leurs. Il naitrait donc en hiver et aurait besoin de petits chaussons, gilets et autres bonnets pour lui tenir chaud. Elle irait acheter des modèles sur le Chemin de Traverse. Elle reprit son ouvrage laissant ses pensées divaguer.

Cela faisait trois ans que les Potter essayaient de concevoir un enfant, depuis leur mise en couple officielle. En effet, Ginny aux quatre vents, Daphné et Harry s'étaient rapprochés à la suite de différents débats houleux au Ministère. La jeune femme avait repris le siège des Greengrass au Magenmagot et ils se rencontraient souvent. Une liaison s'en était suivie, sur presque deux ans. L'amitié qu'ils avaient développée à Poudlard était bien commode pour cacher une relation plus profonde. Hermione avait été très étonnée de l'apprendre, n'ayant elle-même rien vu des cachotteries de son meilleur ami.

Harry avait du se sentir horriblement mal et horriblement seul. Son instinct lui disait de changer de compagne et son sens de l'honneur et du devoir lui disait de ne surtout rien changer. Le dilemme avait du le tordre en deux. Finalement la pensée de vivre sans Daphné – et son ultimatum – avait eu raison de ses scrupules. L'annonce du divorce d'Hermione et Ron avait été un choc, l'enchainement avec la rupture d'Harry et Ginny avait fait les beaux jours des magasines people sorciers.

Hermione finit son rang l'esprit plus calme. La pelote de laine deviendrait bientôt une magnifique écharpe qu'elle doublerait et offrirait à Harry. Daphné avait un sens si aigu de la mode, qu'elle ne porterait jamais quelque chose de fait main amateur. Hermione sourit et alla se faire à manger.


Malefoy se tenait devant la boutique, les bras croisés, le regard songeur. Comment faisait-il pour lui faire sentir qu'elle était en défaut à chaque fois qu'ils se voyaient ? Elle ouvrait la boutique à neuf heures du matin et le sorcier blond débarquait systématiquement cinq minutes plus tôt. Vêtu d'une robe sorcière à la dernière mode, sa cape élégamment pliée sur son bras, il lui fit un signe de tête pour la saluer. Elle lui répondit de la même manière, déjà agacée alors qu'ils ne s'étaient même pas encore parlés.

Elle ouvrit la boutique, entra une rune dans le diagramme de protection pour désactiver certaines défenses et lui proposa de la suivre dans l'atelier. Deux chevalets supportant deux toiles se faisaient face : Anthéa était un travail en cours, esquissé, dont la première couche d'apprêt rendait le dessin plus profond, Lucius Malefoy n'en était qu'à l'esquisse, des coups de crayon passés pour dessiner sa silhouette, les mesures des proportions. Un porte-fiole circulaire à étage était disposé à côté des portraits. Celui de Mrs Nott était plein de fioles étiquetées, certaines vides. L'autre portrait n'en disposait que de trois. Drago ne fit aucun commentaire. Sa cape glissa de son bras pour dévoiler un petit coffret en bois.

Hermione l'en déchargea et le posa sur la table de travail. C'était un coffret en bois classique, aux armoiries de la famille Malefoy. Hermione en avait vu quelques uns dans son travail. Agrandis magiquement, ces coffrets servaient à contenir les souvenirs marquants de la vie d'une personne en vu de réaliser son tableau après son décès. Elle regarda Drago lever les protections sur le coffret et l'ouvrir avec une petite clé brillante. Un déclic se fit entendre et plusieurs étages apparurent, les uns emboités dans les autres, façon poupées gigognes.

Malefoy ouvrit le premier étage du coffret pour y trouver six fioles de souvenirs. Normalement ces souvenirs étaient les plus lointains, ceux de la première couche. Il fit un geste de la main à Hermione. Celle-ci se pencha et prit une première fiole datée de mai 1960. Elle vérifia le bon état de la fiole et de son contenu. Tout semblait impeccable. Elle la versa dans la Pensine et fit tourner le liquide, vérifiant que le souvenir n'avait pas été abîmé ou corrompu.

- Veux-tu... ? Commença-t-elle.

- Je viens avec toi, le coupa Malefoy avec une espèce de sourire de guingois. Les protections sur les souvenirs…

Oui, elle se rappelait. Elle prit donc la main du jeune héritier et plongea dans les souvenirs de son père. Lorsque le monde s'arrêta de bouger et de tourbillonner, des formes s'assemblèrent et devinrent plus nettes, plus précises. Une mélodie au piano se fit entendre et les deux sorciers se trouvèrent projetés dans une scène où un garçonnet effectuait des gammes sur un piano à queue.

- Le salon de musique du Manoir, souffla Drago à l'attention de son accompagnatrice.

Celle-ci fit un mouvement de la tête, lui montrant qu'elle avait compris. Ralentissant le déroulement du souvenir, elle s'approcha du petit garçon et commença à l'inspecter sous toutes les coutures. Lucius jeune possédait un physique assez semblable au Drago de onze ans qu'elle avait connu : même cheveux blonds, même menton pointu, même yeux. Il y avait une différence dans le nez et la forme du visage. L'expression n'était pas la bonne cependant. Lucius semblait appliqué mais également… apeuré ?

Se relevant, elle fit dérouler le souvenir. Les gammes du petit garçon se poursuivaient, impeccables. Hermione était impressionnée par une telle maitrise à un âge aussi jeune. La fausse note arriva finalement. Des larmes apparurent immédiatement et stagnèrent au bord de ses yeux, comme s'il se retenait. Hermione aurait voulu pouvoir lui dire que ce n'était rien, qu'il ne fallait pas se mettre… La violence de l'instant lui tordit le ventre.

- Lucius ! Aboya une voix sèche.

Un homme richement vêtu se tenait sur l'un des fauteuils du salon. Elle ne l'avait pas vu jusqu'à ce qu'il intervienne. Le sorcier se leva, allant se poster devant le piano. Drago s'approcha d'Hermione, le visage impassible.

- Tes mains, Lucius.

Le corps agité de légers soubresauts, le petit garçon posa ses mains bien en évidence sur le clavier. D'un coup de baguette, le couvercle retomba lourdement sur les doigts de l'enfant qui se mit à pleurer, très fort. Le cœur d'Hermione se serra et elle ne nota pas que Drago lui serrait le poignet dans une tentative d'agir sur quelque chose. Un sort atteignit Lucius et le silence se fit. Pourtant, les larmes sur le petit garçon ne cessaient de couler. L'homme prit de nouveau la parole.

- Lucius, susurra-t-il. Cesse de pleurer. Un Malefoy ne pleure jamais, quelque soit le niveau de sa souffrance… Et la perfection ne s'atteint que dans la souffrance.

Ses phrases eurent un effet sur l'enfant. Celui-ci tenta de se maitriser, prenant de grandes inspirations. Lorsqu'il eut repris possession de lui-même, un nouveau sort augmenta la pression sur ses doigts. Le petit garçon résista vaillamment, cachant autant qu'il le pouvait la démonstration de sa douleur. Hermione sentit les larmes lui monter aux yeux.

- Bien.

Le sort de Silence fut retiré et l'on entendit clairement la respiration laborieuse du petit garçon. Le couvercle se releva sur un informulé et Hermione put constater les dégâts sur les doigts de Lucius. Rougis, ils avaient une forme bizarre. Le sorcier pointa sa baguette vers les mains de son fils et lança un charme de soin qui leur redonna une apparence quasiment normale.

- Reprends, ordonna-t-il avant s'aller s'asseoir.

Une nouvelle série de gammes s'éleva tandis que le souvenir se dissolvait.


Hermione retrouva avec soulagement son atelier. Le monde tourna autour d'elle et deux mains fermes la maintinrent au sol. Elle prit deux profondes inspirations. Elle avait vu pire, elle avait vécu pire également. Il fallait qu'elle relativise ce qu'elle venait de voir. Ses sentiments ne devaient pas affecter la vision qu'elle avait du portrait. Elle devait di-sso-cier. Expirant, elle releva ses barrières mentales avant de croiser des yeux mercure.

- Tout va bien Granger ?

Le visage était impassible. Hermione fut tenter de l'envoyer se faire pendre ailleurs mais une lueur de compassion brilla deux secondes dans son regard. Elle se contenta donc d'hocher la tête, en faisant un geste de la main signifiant « oui, oui ». Elle finit par croasser d'une voix légèrement plus rauque que d'ordinaire :

- Un thé ?

Malefoy hocha la tête en regardant plus attentivement les fioles de souvenirs, comme si celles-ci allaient lui permettre de déchiffrer leur contenu. Hermione prit sa baguette et la fit tournoyer en direction de la petite cuisine qu'elle avait installée près du lavabo de l'atelier. Lui faisant signe de la suivre, elle alla s'asseoir dans le petit salon de la boutique, versant le thé infusé dans deux tasses en porcelaine légèrement ébréchées. Pendant une seconde, cela causa une pointe de contrariété à sa propriétaire. Puis, Hermione haussa les épaules. Il n'y avait pas grand-chose qui était intact chez elle, de toute façon.

Malefoy l'avait suivi précautionneusement, pour éviter de croiser la théière en lévitation. Il s'installa face à elle et prit la tasse qu'elle lui tendit.

- Les autres souvenirs sont-ils du même acabit ? S'enquit la jeune femme en soufflant sur son breuvage.

Malefoy touilla sa tasse une fois de trop avant de lui répondre.

- Je l'ignore. Il nous est formellement interdit de visionner les souvenirs du chef de famille avant sa disparition.

Un silence se fit.

- Je comprends, émit doucement Hermione en prenant un peu plus de thé.

- Personne ne souhaite être confronté à quelqu'un qui sait tout sur sa personnalité, et certainement pas mon père, pointa Malefoy de sa voix trainante, un rien caustique.

La sorcière hocha maladroitement la tête.

- Je vais aider avec les souvenirs, émit le sorcier blond. Sur celui que nous venons de visionner, les protections étaient très fortes et sur les autres fioles c'est pareil. Je vais devoir être avec toi pour la première couche.

Ainsi donc, c'était cela qu'il faisait en vérifiant les fioles il y a quelques minutes. Hermione détourna la tête, légèrement agacée. Elle n'aimait pas que les proches assistent à son travail, encore moins lorsque l'un d'eux étaient présents lors de l'esquisse. Elle n'était jamais satisfaite de l'esquisse. Un regard extérieur pourrait la rendre totalement maniaque. Aussi, attaqua-t-elle.

- N'as-tu rien de mieux à faire ? Soupira-t-elle un rien exaspérée.

Le coin gauche de sa lèvre se releva en une moue qui aurait pu figurer comme illustration dans un dictionnaire. Quelle entrée ? L'ironie.

- Granger, je suis sûr que tu es tout à fait consciente que ses souvenirs sont dangereux pour n'importe quelle autre personne ne faisant pas partie des Malefoy. Si tu veux te passer de moi je ne vois que deux alternatives : faire appel à ma mère ou m'épouser.

L'agacement parcourut le corps de la jeune femme à la suite de sa déclaration. Elle ne comprenait pas comment Malefoy parvenait à la mettre hors d'elle en seulement quelques minutes. Elle pensait avoir grandi, entre la guerre, ses parents, son apprentissage… Elle n'était plus cette collégienne en permanence à brûle pourpoint, avide de connaissances et se référant aux adultes comme une autorité divine. C'est pourquoi elle utilisa ce qu'elle avait appris durant ses années d'apprentissage, elle inspira discrètement puis se concentra sur son Occlumencie. Sa colère s'apaisa rapidement et elle put répondre.

- Je ne savais pas que la bigamie était une possibilité dans notre beau pays, pointa-t-elle d'une voix posée.

Le mariage Malefoy-Parkinson avait fait la une des pages mondaines de la Gazette pendant des mois avant que la cérémonie n'ait officiellement lieu deux ans après la fin de la guerre. Hermione était encore en apprentissage et elle en avait eu vent car Maître Randford lui-même avait été choisi pour réaliser les photographies sorcières du mariage.

Le visage de l'homme se figea dans un masque d'impassibilité. Hermione sut qu'elle avait touché un point sensible et elle s'en voulut, un peu. Un lueur passa dans son regard, trop rapidement pour qu'elle comprenne de quoi il s'agissait.

- Quoiqu'il en soit, ce n'est pas une option… Et Mère ne souhaite pas visionner ces souvenirs.

Elle s'attendait à tout de la part de ce Serpentard imbu de lui-même. Une réponse type « Je suis bien suffisamment doué pour deux femmes dans mon lit ». Un truc qu'il l'aurait énervé au possible et qu'il aurait lâché avec un air de ne pas y toucher. Clairement pas à cette réponse plate sous-entendant que sa mère ne voulait être confrontée au décès de son époux. Il ne lui laissa pas le temps de se remettre et fit apparaître un carnet d'un coup de baguette. Il réfléchit, tournant les pages paresseusement.

- En m'organisant, je pourrais être présent tous les jours de huit heures à dix heures du matin et si besoin repasser en fin d'après-midi.

Hermione était scotchée. Côtoyer Malefoy ? Tous les jours ? Pendant combien de temps ?

- Pardon ?

- Cela te conviendrait ? S'enquit-il en notant les modifications avant qu'elle ne donne son accord.

- Non, nia-t-elle avec force. La fin d'après-midi est généralement chargée à la boutique. Et je n'ouvre pas avant neuf heures.

- Je te rétribuerai pour cette ouverture anticipée, si c'est cela qui te pose problème.

- Ou tu pourrais venir de neuf heures à onze heures.

- Non je ne peux pas, Granger, rétorqua-t-il calmement.

- Parce que Monsieur ne peut se conformer à un horaire pour une fois ?

Le visage de Drago marqua une pointe d'énervement.

- Pour ta gouverne, sache que je fais partie de cette race de gens absolument écoeurante qui ne dort que six heures par nuit, maximum. Donc avant de venir te voir à huit heures du matin j'ai déjà pris mon petit déjeuner, effectué mon footing, géré les affaires courantes. A dix heures je dois être au Ministère car c'est l'horaire des réunions de préparation pour le Magenmagot. Entre midi et quatorze heures, il y a les repas d'affaires, ensuite les sessions du Parlement, d'autres rendez-vous et enfin je dois généralement préparer les réunions du lendemain. Et ce n'est qu'un échantillon. Je te propose ces horaires car c'est tout ce qu'il me reste de temps disponible.

Mouchée, Hermione se retint de grimacer.

- Je veux bien commencer plus tôt, concéda-t-elle. Je travaillerai sur la toile dans la matinée. Il est inutile que tu reviennes dans la journée, je dois quand même faire tourner ma boutique.

Drago esquissa un sourire.

- Bien, nous avons un accord.

Il leva sa tasse de thé en guise de toast imaginaire. Avisant l'heure sur la pendule, il se leva.

- A demain Grangie.

Une espèce de grognement lui répondit et il disparut. Hermione souffla doucement. Pourquoi avait-elle dit oui au juste ?


RAR

Siana : Salut ! Heureuse de te revoir. Je suis contente que leurs personnalités te paraissent réalistes - je travaille dur dessus. J'ai toujours pensé que si Hermione n'avait pu retrouver ses parents, elle avait développé des méthodes pour compenser leur perte : une obsession, un changement de vie radical... Elle n'est pas qu'une Je-sais-tout à la fin de la guerre. Le happy end n'a pas lieu pour elle et c'est cette remise en question qui la mène à cette étude quasi maladive des souvenirs et de leurs pouvoirs... Au final je suis assez intriguée que personne n'ait posé la question : au fond est-ce qu'elle n'a pas choisi cette voie pour faire un tableau de ses propres parents ? J'espère que ce chapitre t'a plu, n'hésite pas à dire ce que tu en as pensé. A très bientôt !

Fan de twilight : Salut à toi et bienvenue sur cette histoire. Je suis heureuse que tu l'adores (rires). L'association Daphnée et Harry est peut être rare mais j'ai trouvé que c'était un bonne alternative au Ginny/Harry. Je voulais pas qu'Hermione puisse aller chercher des conseils auprès d'une autre Gryffondor en fait. Telle que je la voie, elle est assez solitaire et si elle a besoin d'une présence féminine (ses parents n'étant plus là) elle s'adresserait à la femme de son meilleur ami... D'ailleurs nous le verrons dans les prochains chapitres =°) Sans compter que je les trouve mignons tous les deux non ?
L'idée d'Hermione artiste est entièrement dédiée à ma meilleure amie, c'est elle le génie, je ne fais qu'écrire ! Le Dramione va mettre du temps à se développer mais nous allons plonger dans le passé de notre cher Drago... Par ailleurs je me le représente plus comme un.. Ryan Gosling que comme un Tom Felton quelque part. Je vois Drago comme une espèce de gentleman décalé. En tout cas j'espère que ce chapitre-ci t'a plu. A très vite !


Bavardage et autres idées

Je ne sais pas si vous l'avez tous lu, du coup je le rajoute ici, la publication se fera toutes les deux semaines jusqu'à la rentrée, j'ai réussi à avancer sur cette histoire. Je pense que vous allez aimer... Si le temps vous parait long entre deux parutions, n'hésitez pas à faire un tout sur mon profil, je suis en pleine rédaction/publication/réponses en ce moment... (rires)

J'avoue que je suis assez impatiente de vos retours sur cette première séance de travail entre les deux protagonistes. Qu'avez-vous pensé ? La description des souvenirs vous a t'elle paru réaliste ? J'essaie de travailler un passé de Lucius tout en contraste... Et leurs réactions face au visionnage ? A très vite et bonnes vacances !