Blade and Needle
J-2 avant le défilé.
Pour Kurt Hummel, l'heure des essayages était venue.
Une tasse de café brûlante dans les mains, il observait le portant contenant l'intégralité de ses créations en attendant l'arrivée d'une de ses amies ayant accepté de jouer la mannequin cabine.
Portant la tasse à ses lèvres, Kurt souffla dans le but de refroidir le liquide sombre tout en avançant lentement vers les vêtements. Il sirota une gorgée avant de tendre la main vers les tissus sombres pour les caresser du bout des doigts.
Dans deux jours son rêve se réaliserait ou au contraire tournerait au cauchemar. Il devrait se démarquer des autres élèves, tous aussi passionnés et talentueux que lui, et séduire le jury par ses modèles. Une bonne collection de fin d'étude pourrait lui ouvrir plus facilement les portes du monde sélectif du milieu de la mode. Et avec énormément de chance, il arriverait peut-être à attirer l'attention sur son style, à obtenir un soutien considérable pour monter sa propre ligne et à se frayer une place dans le planning de la brillantissime Fashion Week new-yorkaise de Bryant Park. Seulement grâce à une chance et un talent hors du commun bien évidemment...
La sonnette de la porte d'entrée le sortit de ses songes. Il posa sa tasse sur sa table de travail entre une chute de tissu émeraude et une boîte d'aiguilles, puis alla ouvrir à une immense et maigre jeune fille blonde. Il la mena immédiatement dans la petite chambre lui servant d'atelier et défit la première tenue du cintre. Elle retira rapidement son slim et son débardeur pour passer la robe qu'il ferma avec soin.
Kurt recula de quelques pas et observa le résultat. Il voyait ses vêtements portés pour la première fois et savait que quelques retouches s'imposaient. Il lui demanda de se tourner afin de juger la robe de dos et attrapa quelques épingles sur sa table de travail. Kurt les glissa entres ses lèvres et ajusta les épaules en essayant de ne pas la piquer.
Une fois terminé, il lui retira délicatement la robe et passa à la deuxième tenue. Il en fit de même avec toutes les pièces et la remercia chaleureusement quand ils eurent terminés. Elle le serra dans ses bras et s'enfuit à son cours de yoga. Kurt referma la porte, attrapa son portable sur la commode de sa chambre et lut le message que Blaine lui avait envoyé environ une heure plus tôt. Il y répondit en marchant jusqu'à la cuisine dans le but de se refaire du café.
De Blaine Anderson :
Bonne journée mon coeur. Je t'aime - B
A Blaine Anderson :
Bonjour à toi aussi. Tu passes dîner ce soir ? - K
Remettant l'appareil dans la poche arrière de son jean, il appuya sur le bouton de démarrage de sa cafetière et sortit le lait de son réfrigérateur. Il en ajouta au liquide brun, rangea la bouteille et avala en vitesse le contenu du mug. Il le reposa sur le plan de travail et retourna s'enfermer dans son atelier.
Kurt réajusta ses vêtements durant le reste de la matinée et n'arrêta qu'aux alentours de treize heures lorsque son portable vibra. Il jeta un rapide regard vers l'écran avant de reporter son attention sur la blouse en mousseline brodée qu'il raccourcissait légèrement. Il la termina minutieusement, la remit sur son cintre et quitta la pièce son téléphone à la main.
De Blaine Anderson :
Avec plaisir. Je serai là vers 19h30. Tu me manques - B
Il était dix-neuf heures lorsque Blaine quitta le comptoir à souvenirs situé dans la hall du Gershwin Theatre pour récupérer ses affaires. Il noua la ceinture de son trench autour de sa taille et attrapa sa sacoche en cuir brun usé par la hanse avant de quitter le vestiaire.
En revenant dans le hall, il fit signe à ses collègues vérifiant les billets des spectateurs en bas des escalators, puis poussa la lourde porte de verre. Il rejoignit Broadway en se frayant un chemin à travers la foule venue passer la soirée à Times Square.
Blaine sourit en repensant à sa première visite dans le quartier. Il était resté fasciné devant tant d'animations et avait parcouru l'avenue de long en large, passant devant tous les théâtres, admirant chaque affiche. Malheureusement, cette magie l'avait quitté bien rapidement. Times Square, Broadway et les théâtres étaient devenus sa routine. Il travaillait cinq jours par semaine au Gershwin, trois après-midi et deux représentations, depuis environ un an et espérait quitter rapidement les t-shirts et posters pour monter sur les planches. Il secoua la tête et descendit les marches de la bouche de métro.
Blaine sortit de la rame cinq stations plus tard pour se retrouver en plein coeur du West Village. Il marcha rapidement vers Charles Street, quelques blocs plus loin, et sonna à l'interphone de l'immeuble de Kurt. Un bip strident lui autorisa l'entrée, il monta au troisième et dernier étage. Kurt déverrouilla la porte et fila dans sa minuscule cuisine.
Il déposa ses affaires dans le salon avant de le rejoindre. Blaine enlaça son petit ami occupé à tailler un poivron rouge en lamelle et se blottit contre son dos en soupirant. Kurt détourna la tête de sa planche à découper pour déposer un léger baiser sur ses lèvres.
- Salut, soupira Blaine en posant la tête sur son épaule.
Il raffermit sa prise autour de la taille du châtain et l'embrassa dans le cou. Après un moment de silence paisible, Blaine se détacha de Kurt et laissa glisser ses mains sur ses hanches pour maintenir un contact.
- J'ai un truc pour toi.
Kurt leva un sourcil pour l'inciter à continuer, mais il quittait déjà la cuisine pour récupérer une boîte en carton cubique dans sa sacoche. Revenant sur ses pas il la lui tendit. Aussitôt les lèvres de l'autre garçon s'étirèrent en un petit sourire et il posa son couteau sur le plan de travail pour saisir l'objet. Il l'ouvrit et en sortit un mug noir barré de l'inscription blanche "Wicked".
- Blaine, rit-il. C'est adorable, mais à force je n'aurai plus assez de place pour les ranger.
Il désigna d'un signe de tête l'étagère en bois au dessus de l'évier où trôner une imposante collection de tasses à l'effigie de toutes les comédies musicales jouées à Broadway. Parmi elles se trouvait deux ou trois autres mugs identiques, ainsi que quelques uns représentant une jolie jeune fille blonde murmurant à l'oreille d'une sorcière verte.
Kurt posa son cadeau en attendant de le ranger avec les autres présents de son petit ami et le remercia en l'embrassant tendrement.
Une fois sa fourchette reposée sur la table, Kurt sauta de sa chaise et sourit largement en fixant Blaine en train de s'essuyer la bouche avec une serviette de table.
- J'ai une surprise pour toi, annonça-t-il joyeusement.
Son petit ami releva la tête intéressé par cette déclaration. Il croisa les bras sur sa poitrine et Kurt lui fit comprendre qu'il revenait, puis fila vers son atelier. Il revint quelques instants plus tard en tirant un portant de vêtements.
- Des fringues ? soupira Blaine. Sérieux, chéri ? Je pensais que tu devais dépenser moins.
- Ce ne sont pas n'importes quels vêtements. Ce sont les miens, la collection que je présente. Je les ai enfin tous terminés, expliqua-t-il tout excité.
- C'est génial, mon coeur.
- Viens, je vais te présenter la collection.
Blaine se leva et le rejoignit près du portant. Kurt attrapa le premier cintre et débuta sa tirade en lançant régulièrement des regards vers lui pour être sûr d'avoir son attention. Au bout de la cinquième pièce, Blaine ne put s'empêcher de soupirer en examinant le nombres de vêtements restant. Kurt se tut sur le coup et ses grands yeux bleus s'écarquillèrent. Il raccrocha la veste qu'il tenait avant de se tourner vers son petit ami en le foudroyant du regard.
- Dis-le moi si ça ne t'intéresse pas, siffla-t-il. Si je ne t'intéresse pas.
- C'est pas ça, Kurt. Tu m'intéresses et tout ce qui te touche également, mais…
- Mais quoi ?
- Finir la soirée à t'écouter parler de ton défilé n'est pas réellement ce dont j'avais rêvé.
Il perçut la colère émanante de son petit ami et continua :
- Je suis extrêmement fier de toi et heureux pour toi, sauf que ce soir j'espérais passer une agréable soirée à discuter de tout et de rien ou regarder un film en te serrant contre moi. Seulement on en est, comme d'habitude, arrivé à ça, expliqua-t-il en désignant le portant en grimaçant.
- Donc, le problème c'est ma passion ? se moqua Kurt.
- Ne dis pas n'importe quoi. Je remarque simplement que ça fait plus d'un mois qu'il n'y a plus que ton défilé qui compte. Je veux juste un moment avec toi et juste toi, sans aiguille ou croquis. Pas forcément quelque chose d'exceptionnel, sortir manger une part de pizza au coin de la rue me suffit. Tu me manques, Kurt.
- Tu es égoïste, répondit simplement ce dernier.
- Qu… Pardon ?
- Tu passes ton temps à me saouler avec des choses dont je n'ai rien à faire, comme le foot, la boxe ou tout autre sport, s'exclama Kurt.
Blaine soupira en se laissant tomber sur une chaise. Il passa nerveusement ses mains dans ses boucles brunes avant de répliquer :
- Je pensais que tout partager avec l'autre était justement une des choses merveilleuses dans notre couple. Vraisemblablement ça fait cinq ans que je me trompe.
- Arrête tes conneries !
- Te souviens-tu de la dernière fois où tu m'as demandé comment j'allais ? s'anima Blaine.
Kurt ne répondit pas et quitta la pièce agacé.
- T'as raison, ce n'est surement pas important. Tant que je continue à tout faire pour toi, tout ira bien.
- Arrête ! cria Kurt en se retournant vivement. Arrête ou pars, ça ne sert à rien que tu restes si c'est pour passer tes nerfs sur moi.
Blaine acquiesça faiblement en récupérant ses affaires et quitta l'appartement en silence.
Il rentra chez lui, enfila un bas de pyjama et se repassa mentalement cette soirée désastreuse en se haïssant pour tous les propos horribles qu'il avait eu envers Kurt. Il se releva pour récupérer sa boîte à cravate et se dirigea vers la salle de bain.
Ce soir là, Blaine se coupa six fois. Une coupure pour chaque reproche fait à son petit ami.
Note de l'auteur : Aimé ? Pas aimé ?
Si quelqu'un veut secouer Kurt ou réconforter Blaine, une review et je vous arrange ça.
Pour information, il y aura normalement sept chapitres à cette fiction.
Merci beaucoup pour votre lecture et à mardi prochain.
