Chapitre 3
La cloche retentit dans la classe, au moment où le professeur Adrians termine d'inscrire l'intitulé de notre prochain devoir sur le tableau noir. La classe prend tout juste le temps d'en prendre note, avant de filer dans le couloir. Lucretia à ma gauche et Shelly à ma droite, je traverse à mon tour le pas de porte, le nez plongé dans mon sac pour finir d'y fourrer mes affaires sans ménagements.
- Vous voulez une chocogrenouille ?
Je regarde la brune Shelly qui nous tend, à Lucretia et moi, deux grenouilles hyper-caloriques. Elle-même en a déjà une entre les dents, qu'elle mâchouille d'un air tranquille.
- Non, merci, répond la commère de Poudlard. Je n'ai pas envie de me retrouver avec la culotte de cheval de ma mère.
- Et toi, Eve ? demande de nouveau Shelly.
Je ne suis pas très sucreries à la base. Ni très chocolats d'ailleurs. Je préfère un bon plat cuisiné, plutôt qu'une pâtisserie. Mais le petit air de chiot perdu que prend Shelly, suite au refus de Lucretia, me pousse à accepter l'offre. J'attrape alors la confiserie, avant de la fourrer dans une des poches de mon sac.
- Merci, je la mangerai plus tard, dis-je en guise d'excuse à Shelly en voyant ses yeux suivre mon geste. Je n'aime pas grignoter entre les repas.
Et pour cause, vu l'embonpoint qui sévit dans la famille paternelle, mieux vaut éviter les prises de risques.
- Vu qu'on a terminé les cours pour la journée, que fait-on à présent ? demande Lucrétia, alors que nous suivons le troupeau Serpentard qui prend la direction de la salle commune.
Je jette un œil à mes deux amies, avant de leur annoncer :
- Je vais à la bibliothèque, commencer le devoir de potions. Si ça tente l'une d'entre vous . . .
Lucrétia fait une grimace qui veut tout dire, mais Shelly reste indifférente, tout occupée qu'elle est à mâchonner sa chocogrenouille.
- Tu m'excuseras la bêcheuse, mais j'ai mieux à faire que de m'enfermer avec la vieille Pince. Éclate-toi bien ! me souhaite Lucrétia, en couvrant Michael Flint d'un regard prédateur.
Elle ne tarde d'ailleurs pas à le rattraper et à engager la discussion. Je m'arrête au milieu du couloir, consciente de ne pas prendre la bonne direction pour parvenir à la bibliothèque au plus vite, et fais demi-tour. Ce n'est cependant qu'au bout de cinq pas que je remarque l'absence de Shelly. Je me retourne mais elle a disparu. Je fronce des sourcils, soucieuse pour elle, avant de passer à autre chose. Elle nous fait tout le temps le coup ; on la reverra sans doute au dîner, et elle-même ne se souviendra sans doute pas de ce qu'elle a fait de sa soirée.
A la bibliothèque, je marche lentement devant le comptoir de l'accueil et jette un regard à Mme Pince, qui semble occupée à lister une pile de livres qui tient en équilibre précaire juste à côté d'elle. La vieille femme doit sentir mon regard sur elle car elle relève la tête à temps pour croiser mes yeux. Nous échangeons un signe de tête amicale, avant que je ne disparaisse entre les monumentales étagères de la bibliothèque.
Bien que jugées trop imposantes par une majorité des élèves de Poudlard, moi je trouve les rangées de livres de cette pièce absolument incroyables, même après avoir passée six ans à les contempler au moins une fois par semaine. C'est une chose que jamais les moldus ne verront. Aucune personne dénuée de pouvoirs magiques ne pourra reproduire l'exploit de faire tenir autant d'étagère bourrées à craquer dans une aussi grande pièce. Et les faire monter aussi haut, sans craindre de tout voir s'écrouler sur la tête des visiteurs.
Au dessus de moi, les entrelacs que tracent les poutres de bois du plafond se voient à peine dans la pénombre. Ce n'est que parce que je les connais par cœur que je peux encore distinguer leur présence, à peine dévoilée par les quelques torches présentes. Si je connais aussi bien la bibliothèque, c'est parce que j'y ai passé beaucoup de temps, autant pour réviser, que pour épauler Mme Pince dans son travail, lors de mes trop nombreuses retenues. Sans doute dois-je remercier James Potter pour cela. Au moins, grâce à lui, ai-je pu découvrir un univers dont je ne me lasserai sans doute jamais.
Je cesse de marcher le nez en l'air, quand je sors d'entre les étagères pour me retrouver dans un espace de travail peu fréquenté. Il n'y a qu'une Serdaigle d'une douzaine d'années, à l'autre bout de la zone, qui ne relève même pas la tête à mon arrivée. Sans doute ne m'a-t-elle pas entendu arriver. Je m'installe à la table la plus proche, donnant sur une fenêtre entrouverte qui laisse passer le vent frais d'octobre. Je la ferme aussitôt, avant de glisser un regard automatique sur le parc vide, pour revenir ensuite sur mon but initial.
En quelques minutes, je sors mes affaires et entame mon devoir de potion. J'élabore un plan de travail assez sommaire et jette quelques idées sur le papier, avant de me lancer activement dans la rédaction de mon introduction. Plongée dans mon travail comme je l'ai rarement été, ce n'est qu'au moment où j'entends quelqu'un se racler bruyamment la gorge près de moi, que je prends conscience de la compagnie qui vient de s'installer.
Je relève la tête de mon parchemin, et tombe nez à nez avec le visage de James Potter juste en face, installé à ma table. Dire que je suis surprise de le trouver là est un euphémisme.
- J'ignorais que tu savais où se trouvait la bibliothèque, fais-je aussi tôt après avoir remarqué sa présence, sans même réfléchir préalablement à ce que j'allais lui dire en guise de salutation.
Potter ouvre la bouche pour riposter, mais se retient d'émettre le moindre son. A la place, il se met à mâchouiller l'intérieur de sa bouche
- Pour ton information, j'y viens très souvent. Comment crois-tu que je puisse réussir mes examens si je ne viens pas réviser ici un minimum ?
Honnêtement, je n'y ai jamais réfléchi. Et ce n'est pas comme si sa vie personnelle m'intéresse au plus haut point. Sauf quand il s'agit de lui faire des crasses. Enfin, avant.
- Alors si tu es là pour faire tes devoirs, pourquoi est-ce que tu viens m'emmerder ? demandé-je, avant de replonger dans mon parchemin sans même faire semblant de m'intéresser à sa réponse.
Sans dire le moindre mot, Potter fait alors glisser une liasse de feuilles par dessus mon parchemin.
- Qu'est-ce que c'est ? fais-je en redressant la tête, surprise par son geste.
- Mes notes de l'année dernière. Enfin, plutôt un condensé que j'avais fait pour mes révisions de fin d'année. Si ça peut t'aider, je te les donne.
Un petit instant de silence s'installe entre nous, le temps que l'information atteigne bien mon cerveau. Puis, je remets en doute l'efficacité de mon ouïe. Avant de réaliser que, oui, il a bien proposé de m'aider. Je cherche alors confirmation sur le visage de Potter. Il me dévisage, dans l'attente de ma réponse. Je baisse la tête sur ses feuilles, et vois marquer en gros « Potions » tout en haut, en rouge vif, tracé sans aucun doute possible par la main brouillonne d'un garçon.
- T'es malade ?
Ma réaction n'est sans doute pas celle escomptée par le Gryffondor, vu qu'il roule des yeux d'un air exaspéré.
- Je comprends que mon envie subite de t'aider ait de quoi surprendre, mais je veux seulement réparer quelques uns des pots cassés. Après tout, si ta moyenne n'est pas géniale, c'est aussi à cause de moi. Mais bon, si tu ne veux pas de mon aide ...
Il fait un geste pour récupérer ses notes, mais je me jette dessus pour l'empêcher de les reprendre. Surprise, oui, mais pas totalement idiote.
- Non, je les veux bien. En plus, je bosse sur les potions en ce moment, alors ...
Il ne semble guère surpris par ma réaction. D'après le sourire qu'il cache en vain, il serait même plutôt amusé.
- Très bien, fait-il. Garde les autant de temps que tu voudras dans ce cas là.
Et sans ajouter un mot de plus, le voilà qu'il se baisse pour prendre des affaires dans son sac et commence à s'installer à ma table. Je jette un œil autour de nous, mais l'incongru de la situation ne semble pas émouvoir outre mesure les deux pelés et trois tondus qui ne se bousculent guère dans le coin. Je reporte mon regard sur Potter qui s'installe bien gentiment, sans plus s'occuper de moi. J'imagine que c'est sa façon à lui de me faire comprendre que le cesser le feu a bien été accepté.
D'un geste hésitant, je défroisse ses notes sur lesquelles je me suis jeté, avant de le mettre de côté pour plus tard. Puis, dans le silence studieux qui règne, je reprends mon travail là où je l'avais laissé.
Étonnement, je peux travailler comme je le souhaite, pas dérangé le moins du monde par la présence de Potter. Genre, comme si je faisais ça tous les jours, travailler sur mes devoirs avec le Gryffondor. Et, tout aussi surprenant, les deux heures que nous passons l'un en face de l'autre se déroulent dans un silence studieux. J'aurais plutôt pensé qu'il tenterait de m'agacer, histoire de provoquer une quelconque réaction chez moi, mais non. Il se contente de faire comme il a dit.
Lorsque l'heure du dîner arrive, je termine le paragraphe que je suis en train de rédiger puis remballe mes affaires. Je me lève et, avisant Potter toujours plongé dans ses révisions, j'hésite un instant sur la conduite à adopter. Dois-je lui faire signifier qu'il est l'heure de plier bagages, ou le laisser croupir ici jusqu'à ce que Mme Pince le trouve et le chasse à coups de balais aux fesses ? Je jette un œil sur la masse rousse et épaisse qui lui sert de chevelure et me racle bruyamment la gorge. Il relève la tête.
- Il est dix-neuf heure, lui dis-je simplement, avant de prendre la direction de la sortie.
Dans mon dos, je l'entends s'agiter pour ranger ses affaires. Alors que je tourne entre deux rayons, je jette un œil sur la table que j'occupais précédemment, ainsi que sur la silhouette de Potter qui enfourne sa plume dans son sac à dos. Puis, alors qu'il disparaît de ma vue, je m'interroge sur ce qu'il vient de se passer, peu sûre de la conduite à adopter par la suite.
O0o0O
Je fais un léger écart pour éviter Barry Wilkes qui arrive en sens inverse, sans trop regarder où il va. Le souaffle sous le bras, il n'a d'yeux que pour les anneaux de buts situés à quelques mètres derrière moi. Quand il me dépasse, la bourrasque fait tanguer mon balai. Heureusement, j'ai l'habitude de voler sur le vieux nimbus 3001que j'ai récupéré à mon entrée dans l'équipe, dans une boutique d'occasion. Aussi, je n'ai plus autant de mal qu'au début à tenir en équilibre quand le temps joue en ma défaveur. Ce qui a considérablement diminué mon nombre d'heures passées à l'infirmerie.
- Brown ! Tu crois vraiment que c'est le moment de rêvasser ? meugle soudain Scorpius Malefoy, notre capitaine d'équipe, par dessus le bruit du vent.
Je jette un œil à la silhouette longiligne sous moi et me remets en mouvement, non sans adresser un geste injurieux au garçon une fois qu'il m'a tourné le dos. Non pas que le jeune Malefoy soit méchant, mais j'ai quand même un peu de mal à digérer le fait que ce soit un cinquième année qui soit passé capitaine de l'équipe, au départ du précédent en juin dernier. A la fin des cours l'année dernière, je me voyais déjà avec l'écusson étincelant sur mon uniforme de batteuse. A la rentrée, j'avais déchanté.
Un peu plus loin sur le terrain, j'aperçois l'un des deux cognards qui s'approche de Albus, notre attrapeur, alors que ce dernier est trop occupé à chercher le vif d'or pour l'apercevoir. Je m'allonge sur mon balai, lui donne la puissance maximale possible et, arrivée à hauteur du garçon, donne un violent coup dans le cognard, qui va frapper les tribunes de Serdaigle.
- Potter, les cognards, fais gaffe aux cognards, nom d'un chaudron ! résonne dans le stade la, ô combien, douce voix de notre capitaine adoré.
Tous les deux, nous jetons un œil à Malefoy qui a atterri sur le terrain, sans doute pour avoir une meilleure vue d'ensemble.
- Il s'est passé quelque chose de particulier en cours aujourd'hui pour que l'on ait droit à son humeur de dragon ? demandé-je à Albus.
Le jeune homme aux cheveux noirs hausse des épaules.
- Pas que je sache. A mon avis, il nous trouve juste trop mauvais.
Puis, après un bref instant de pause, il ajoute :
- Il a pour ambition de gagner la coupe cette année.
Un bref rire sidéré m'échappe à l'idée saugrenue de voir l'équipe de Serpentard remporter le tournoi de Quidditch.
Depuis que James Potter est entré dans l'équipe en seconde année, Gryffondor rafle la coupe tous les ans. Malefoy rêve debout s'il croit pouvoir se mesurer à lui et son équipe surentraînée. Avant que Potter ne passe capitaine il y a deux ans, c'était Thomas Dubois qui supervisait leur équipe, le fils d'Olivier Dubois, le fameux gardien des Flaquemare. Et d'après les rumeurs, tout comme son père, le jeune Dubois était un capitaine intransigeant. Une particularité qu'il semble avoir légué à Potter.
- Si tu veux mon avis, Malefoy lit un peu trop le Chicaneur, dis-je à Albus, avant d'aller voler du côté de Wilkes, dont un cognard s'approche dangereusement.
L'entraînement de Quidditch dure encore une bonne demi-heure, avant que Malefoy siffle l'arrêt des jeux, sans doute grâce à la pluie diluvienne qui s'abat sur nos têtes. Nous atterrissons sur le terrain boueux et nous regroupons autour de notre capitaine pour avoir droit au discours accablant qu'il ne tarde pas à nous servir.
- C'était la-men-table ! martèle-t-il avec force en nous fusillant du regard chacun notre tour. Potter, c'est pas en faisant trois tours de terrain à la vitesse d'un veracrasse asthmatique que tu vas trouver le vif. Wilkes, regarde où tu vas, au lieu de foncer comme un bourrin vers les anneaux. Tu aurais pu tuer Dawn avec tes conneries !
Je jette un œil à June Dawn, en cinquième année et poursuiveuse de son état, postée à côté de moi. La main qui ne tient pas son balai tourne lentement au violet. Faudrait sans doute pas qu'elle traîne de trop pour se rendre à l'infirmerie.
- Brown, Davies ! s'écrie ensuite Malefoy. Les cognards, c'est votre affaire je vous rappelle. Votre but dans l'équipe, c'est d'éviter qu'on se les prenne dans la poire. Alors vous me ferez plaisir d'arrêter de compter sur l'autre pour qu'il fasse le boulot à votre place, compris ?
Non mais, il croit quoi lui ? Que les cognards nous laissent approcher gentiment et qu'ils se laissent taper dessus sans rien dire peut-être ? C'est facile à dire pour lui, il est poursuiveur ! Il a juste à attraper une balle inactif et à la balancer à travers de ronds de trois mètres de diamètre. Nous, on risque nos vies avec ses conneries de cognards ! On échange nos postes quand il veut.
Malefoy doit sentir le regard incendiaire que je luis sers. Il plante son regard droit dans le mien et s'approche jusqu'à ce que nos nez se frôlent. Et je déteste l'idée qu'il soit aussi grand que moi, ce morveux.
- T'as quelque chose à dire, Brown ?
Je n'ai pas très envie de faire dix tours de terrain en courant sous cette pluie. Je préfère aller me prélasser sous une douche bien chaude, et m'imaginer en train de l'éviscérer. Il n'y a donc qu'une seule réponse possible, que je prononce avec mauvaise grâce et en serrant les dents :
- Non, capitaine.
- Bien. J'espère pour vous que la prochaine séance sera mieux, conclut-il en se reculant pour regarder le reste de l'équipe. Dans le cas contraire, ce sera double peine.
Un grognement unanime s'échappe des joueurs. Malefoy ne le relève pas et se contente de nous faire signe de filer dans les vestiaires. Nous nous exécutons avec plaisir.
J'emboîte le pas à June et Diane Smith, notre gardienne en cinquième année, lorsqu'elles rejoignent les vestiaires des filles. Nous nous déshabillons en silence, harassées et, pour ma part, inventant mille et une morts envers ce sadique de Scorpius Malefoy, les unes plus cruelles que les autres. Je m'enveloppe ensuite dans une serviette blanche et molletonneuse, et pénètre dans la première douche que je trouve, celle tout à droite.
La suite se déroule tellement vite que j'ai un peu de mal à comprendre ce qu'il se passe. Toujours est-il que je me retrouve subitement plaquée contre la paroi de la cabine de douche, une main sur la bouche et Potter me faisant face. Je fronce des sourcils. Je crois que j'ai loupé un chapitre.
- Evelyne ? Tout va bien ? Tu as glissé ? retentit alors la voix de ma coéquipière, dans la cabine jouxtant la mienne.
J'imagine que Diane a dû s'inquiéter d'entendre le bruit sourd qu'a causé mon plaquage intempestif contre la paroi. Elle se trouve dans celle d'à côté et comme elle n'a pas encore actionné l'eau, contrairement à June, elle a très bien entendu ce qu'il s'est passé.
Je ne peux pas répondre à Diane, vu que Potter a toujours sa main plaquée sur ma bouche, m'empêchant d'émettre un seul bruit. Mais si je ne réponds pas, Diane va finir par vraiment s'inquiéter et venir voir ce qu'il se passe. Ce qui risque d'être drôle. Vu comme elle est pudique - au début de son entrée dans l'équipe, elle refusait de se doucher en même temps que les autres filles - elle risquerait de plutôt mal prendre la visite surprise de James Potter.
En face de moi, ledit Potter semble comprendre que la situation n'est pas à son avantage, vu qu'il affiche la tête du mec complètement flippé.
- Pitié, chuchote-t-il à toute vitesse, réponds-lui que tout va bien, d'accord ? Je t'explique tout après. Je te jure, j'ai une explication en béton !
Je hausse un sourcil. La tentation est grande de vendre la mèche, ne serait-ce que pour les ennuis que ça va lui attirer. Mais en même temps, je suis curieuse de la connaître, son explication sois disant en béton.
- Evelyne ? appelle de nouveau Diane qui, au son de sa voix, commence vraiment à s'inquiéter pour moi.
J'acquiesce d'un signe de tête à la requête de Potter, et il ôte sa main de ma bouche. Mais il me regarde avec prudence, comme s'il s'attendait à un gros coup vache de ma part. Comme quoi, il me connaît plutôt pas trop mal.
- Je vais bien, j'ai juste dérapé, dis-je d'un ton fort pour couvrir le bruit de la douche de June. Je suis quitte pour un bon bleu sur l'épaule.
Ma réponse semble convenir à la gardienne, puisque je ne reçois qu'un « d'accord » soulagé en réponse.
Me désintéressant de Diane, je croise les bras sous ma poitrine et lance un regard éloquent à Potter. Maintenant, j'attends son explication.
- Je sais que tu as beaucoup de défauts Potter, mais je ne pensais pas que pervers faisait partie de la liste, dis-je.
- Ce n'est pas ce que tu crois, répond-t-il en levant les yeux au ciel d'un air exaspéré et en passant une mains dans ses cheveux désordonnés, au moment où Diane met à son tour l'eau en route, couvrant ainsi notre discussion. Je ne suis pas là pour mater, j'essayais d'échapper à Chloé Finnigan. J'ai cru que me cacher dans les vestiaires des filles était une bonne idée. J'avais seulement oublié que Serpentard avait entraînement le mercredi soir.
Je plisse des yeux, pas très convaincue.
- Chloé Finnigan, c'est une Serdaigle blonde en cinquième année, non ? demandé-je, histoire de vérifier qu'on parlait bien de la même personne.
Il acquiesce d'un signe de tête et colle les mains dans les poches dans son pantalon d'uniforme.
- Qu'est-ce qu'elle te voulait, que tu ne voulais pas lui accorder au juste ?
Potter soupire. J'imagine qu'il préférerait éviter de me raconter sa vie privé.
- Elle veut me proposer un rancard pour la sortie à Pré-au-Lard à la fin du mois, lâche-t-il de mauvaise grâce.
- T'as qu'à lui dire non, si tu ne veux pas.
- J'ai déjà refusé ! s'exclame-t-il à mi-voix, histoire de ne pas attirer l'attention des deux autres joueuse présentes dans la pièce. Mais ma réponse ne lui convient pas. Elle me harcèle !
Un sourire amusé s'épanouit sur mes lèvres, que je ne prends même pas la peine de dissimuler. Il est plutôt plaisant d'imaginer Potter, effrayé par une gamine de quinze ans.
- Ne te moque pas, fait-il avec un regard d'avertissement, tu ne connais pas Finnigan.
Je m'en fiche, c'est drôle quand même.
- Bien, elle est jolie ton histoire, conclus-je avec le sourire aux lèvres, mais au cas où ça t'aurait échappé, je suis là pour prendre une douche. Alors, si tu voulais bien quitter ma cabine.
Potter fronce des sourcils, mais ne fait pas mine de dégager.
- Elle doit être encore dans les parages. Je suis entré très peu de temps avant vous.
- Et qu'est-ce que tu veux que ça me fiche au juste ? Tu sors d'ici, un point c'est tout. Je n'étais pas en train de te demander ton avis.
Potter ouvre la bouche pour répliquer, mais au même moment, j'entends June quitter sa cabine. Elle a fini de se laver. Et ça semble ravir Potter, puisqu'il arbore un sourire malicieux.
- Si je sors maintenant, ta coéquipière va me voir, expose-t-il avec un ravissement non feint. Et déjà que les rumeurs sur ton attirance envers moi vont bon train, imagine ce que ce sera si ça se sait qu'on se retrouve dans les douches.
C'est un don absolument horripilant que possède Potter. Il est le seul capable de faire monter ma tension artérielle à un niveau mortel en moins de trente secondes. J'ai envie de lui éclater la tête contre le mur. Parce que, bien sûr, il a raison. Même si ça me hérisse le poil et que j'ai eu beau essayé de démentir la rumeur, elle est resté le monde n'a pas compris l'ironie du tatouage.
- Il faut que je me lave, Potter, susurré-je entre mes dents, serrant ma serviette entre mes doigts pour éviter de lui coller un gnon dans le nez. J'ai une retenue à dix neuf heure trente, grâce à toi je te le rappelle, et je ne peux pas être en retard.
Potter hausse des épaules.
- Je ne veux pas sortir maintenant, et tu ne peux pas m'y obliger sans ta baguette. Tu n'as plus qu'à aller dans une autre cabine.
Il est bête ou quoi ? Ce serait trop suspect que je change de cabine maintenant.
Il ne me reste donc plus qu'une solution.
- Ferme les yeux, ordonné-je à Potter d'un ton ferme en me décollant de la paroi.
- Pour quoi faire ? demande-t-il, un brin surpris.
- Fait ce que je te dis pour une fois !
Je dois l'avoir convaincue, puisqu'il obtempère sans plus poser de questions. Un peu gênée, j'ôte alors ma serviette, la plie rapidement et m'en sers pour bander les yeux de Potter.
- Qu'est-ce que tu fous ? s'étonne-t-il.
- Toi et moi ne pouvons pas sortir, mais il faut que je me douche. Alors on va faire comme ça. Mais je te préviens Potter, si tu oses enlever cette serviette, ce que j'ai fait à Albus te semblera du petit lait à côté de ce que je te réserve. Compris ?
Il lève les mains en signe de capitulation. Je le tourne pour qu'il fasse connaissance avec la porte, et verrouille cette dernière puisque je n'ai pas eu l'occasion de le faire jusque là. J'actionne ensuite l'eau de ma douche et attrape le savon qui traîne pour commencer à me frotter.
J'avoue ne pas me sentir très à l'aise. J'ai beau ne pas m'entendre avec Potter, il reste un homme, et me savoir nue à côté de lui a de quoi me filer les nerfs. Je me demande si lui aussi, ça le gêne, et ce qu'il peut bien penser de cette situation. Je lui tourne le dos, par pudeur, même si j'aurais été sans doute été plus à l'aise dans l'autre sens pour pouvoir le surveiller. De temps en temps, je tourne quand même la tête pour vérifier, mais il reste face à la porte, les mains dans les poches. J'aurais pensé qu'il aurait au moins tenté un truc. C'est quand même pas tous les jours qu'un mec de dix-sept ans se retrouve dans une douche avec une fille nue. Le fait qu'il n'essaye même pas de jeter un œil est vexant. Suis-je si peu désirable ?
J'expédie ma douche le plus rapidement possible et éteins l'eau, avant de m'approcher de Potter.
- Je récupère ma serviette, le préviens-je en levant les mains vers sa tête. Tu ne bouges pas tant que je ne te dis pas que c'est bon.
Il acquiesce d'un hochement de tête. Je dénoue le nœud et déplie la serviette avant de m'enrouler dedans du mieux que je peux, histoire d'en exposer le moins possible. Mais bon, de toute façon, il a sûrement déjà vu tout ce qu'il y avait à voir pendant qu'on discutait. Peut-être qu'il m'a retrouvé si repoussante qu'il n'a pas voulu en voir plus, et que c'est pour ça qu'il n'a rien tenté ?
- OK, je suis présentable. Enfin, plus ou moins.
Potter se retourne. Il évite mon regard. Il a les joues rouges. J'imagine que, finalement, c'était gênant pour nous deux.
- Une fois sortis d'ici, dis-je, on oublie cette histoire, d'accord ?
- Ouais, répond-t-il d'une voix rauque, avant de se racler la gorge.
J'entends la porte des vestiaires s'ouvrir et se refermer. C'est sans doute June qui a fini de se préparer. Je fais signe à Potter de se pousser, pour que je puisse sortir. Il s'exécute. Je m'apprête à ouvrir la porte, mais sa main sur mon bras m'en empêche. Je le regarde.
- Euh . . . Merci. Je t'en dois une.
Je hausse des épaules, signifiant ainsi que je m'en fiche. Parce que si on commence à avoir des dettes l'un pour l'autre, je sens que ça ne va pas être triste. Et je n'ai pas besoin de ça dans ma vie en ce moment.
Je finis pas quitter ma cabine et rejoins le casier où j'ai laissé mes affaires. Diane a pratiquement fini de se changer.
- Tu n'as pas trop mal à l'épaule ? s'enquiert-elle, après avoir enfilé son pull.
- Non, je ne sens déjà plus rien.
- T'as eu de la chance, t'aurais pu te faire très mal. Sois plus prudente la prochaine fois.
Je hoche de la tête. La prochaine fois, je vérifierais surtout s'il y a personne avant d'entrer dans une cabine de douche. Parce qu'à Poudlard, on y fait quand même de drôle de rencontres.
