CHAPITRE TROIS

Merci beaucoup pour vos superbes reviews, je suis désolée de ne poster que si tard!

En vous souhaitant une bonne lecture,

Misro.


Sherlock


Blanc. Blanc. Blanc. Les éclats de lumière semblent comme percer à travers mes paupières, j'ai mal à la tête, mais me force tout de même à ouvrir les yeux, grimaçant. Une ampoule tressaute affreusement au plafond. Partout du blanc, cette couleur livide qui hante ma peau et à présent les murs, mes prunelles se dilatent, et je tente de me redresser :

« Reste couché. Je ne sais pas si le Sativa est entièrement éliminé par ton organisme.

-Laisse mes états de santé en dehors de ça veux-tu ? »

Mycroft est là. Mi-ombre mi-soleil, entre la fenêtre et la porte, il m'observe depuis certainement trop longtemps, et n'a probablement pas eu besoin des analyses pour reconnaître l'odeur du cannabis émanant de mes cheveux.

« Où est John ?

-Dans sa chambre. Il a dû subir un bon lavage d'estomac, ce poison était tenace. L'aconit napel entraîne la paralysie successive des membres, tu le savais ? John doit le savoir, lui. Quelques grammes absorbés et c'est la mort assurée, malgré l'antidote. Fort heureusement, notre ami médecin n'en a absorbé que quelques milligrammes, et on lui a administré l'antidote à temps. Il n'a perdu que peu de sang, au final. »

Je caresse pensivement mon arcade alors que mon torse s'abaisse de soulagement. Je glisse mes jambes en dehors des draps, grognant à mon frère qu'il peut foutre le camp. Après tout, ce n'est pas lui que j'ai appelé, mais Lestrade. Mycroft serait bien la dernière personne que j'appellerais à l'aide en cas de besoin.

« Tu as encore maigris, et je doute que la drogue soit bénéfique à…

-C'est bon, arrête le sermon, ça va. »

Deux enfants. Nous sommes deux enfants, l'aîné qui joue le rôle du père, le cadet qui représente l'adolescent agacé. Nous le faisons si bien que nous oublions à quel point nous avons des points communs, c'est la mémoire Holmesienne, à n'en pas douter. Je me rhabille avec une certaine lenteur, les éléments fourmillant sous ma boîte crânienne : John a été empoisonné, et il ne faut pas être un génie pour faire un lien avec mon enquête du moment.

« Sherlock ? »

Lestrade vient d'entrer dans la pièce, essoufflé, visiblement, et probablement escorté de ses imbéciles d'acolytes qui doivent attendre derrière la porte. Je remets mon manteau et mon écharpe, attendant qu'il prenne la parole.

« Il y a des problèmes. Tes analyses sont positives, tu risques d'avoir des problèmes si …

-Je m'en occupe. », Lâche tranquillement Mycroft en reprenant son parapluie. Je n'aime pas le sourire qu'il adresse à l'inspecteur, cette petite lueur dans ses yeux alors que sa voix se fait plus caressante. Lestrade l'ignore superbement, ce qui me fait rire en mon for intérieur : l'inspecteur n'est pas un homme qui se laisse faire, et rare sont les êtres qui résistent au magnétisme de mon frère.

« Par ailleurs…On vous a trouvé allongé l'un sur l'autre…

-Et ? »

Je suis agressif pour une raison qui m'échappe, Lestrade rougit, balbutie qu'il a eu tors de demander ça, et se détourne de moi pour reprendre contenance alors que je sors de la pièce, partant à la recherche de la chambre de John. Après son passage en soins intensifs, il doit être fatigué, mais je ressens un besoin certain de le voir.

« … »

Quand je pousse la porte, il n'est pas seul. Il y a une femme, près de son lit, installée sur une chaise, qui tient sa main dans la sienne.

« Sherlock ? »


John


Je suis là, rouge vif, et soudain la situation change. Il ne faut qu'un pas à Sherlock pour qu'il semble comme aspirer toute la vie de la pièce, tout l'intérêt qu'Irène me portait se déporte immédiatement sur lui. Je le sais, je le vois. Ses yeux brillent, elle se recoiffe innocemment, croise les jambes. Cela devrait m'attrister, mais je n'en suis simplement que plus jaloux. Toujours Sherlock. Toujours en premier, toujours celui qui est au centre du monde.

« Je venais voir si tu allais mieux. »

Il se fiche visiblement de savoir que mon dernier rendez vous est a trente centimètres de moi. Il s'approche, regarde mes pupilles, puis recule :

« Bon. Tu es en vie. C'est suffisant. Quand rentres-tu ? Nous avons toujours cette empoisonneuse sur les bras, même si… Je pense qu'il sera très facile de l'attraper.

-Ah bon ? »

Sherlock n'a pas pour habitude de parler de ce genre de chose devant des civils, et encore moins devant des femmes que je côtoie. C'est même très curieux, mais j'ai depuis longtemps cessé d'essayer de le comprendre. Comme un boomerang, notre dernière conversation me fait écho : « Et si tu avais été plus coopératif ? ». Je ne dois pas y penser. Mon ventre émet un gargouillis furieux, et une légère douleur me fait grimacer. Immédiatement, Sherlock s'approche :

« Repose toi. Sinon tu resteras plus longtemps à l'hôpital. Et oui, ce sera simple, c'est une meurtrière de pacotille, une incapable, une imbécile ! »

Il hausse le ton. Seconde incompréhension de ma part.

« Sherlock qu'est ce qui te prend ?

-Mais enfin John c'est une évidence ! »

Silence dans la chambre. Ils se regardent, et je sens que quelque chose se passe sans que je puisse simplement songer à les en empêcher. Je serais toujours celui qui regarde, les yeux écarquillés, furieux mais incapable de parler.

« L'heure des visites est terminée, messieurs dames. »

Mon médecin. Sherlock s'en va après m'avoir salué distraitement, fixant toujours Irène d'une lueur carnassière que je ne lui connais pas. La jeune femme m'embrasse sur la joue, non plus comme elle le faisait avant, avec tendresse, mais avec un extrême détachement qui me laisse de glace. A présent seul avec mon toubib, je n'attends pas qu'il finisse de m'ausculter pour repartir dans mes pensées.

« Si tu avais été plus coopératif ? »

Bon sang, comment oublier cette soirée ? Il ne s'agissait pas, en fait, de notre première rencontre a proprement parlé, mais de la fin de notre première enquête, j'avais eu si peur que Sherlock avait finit par m'inviter au restaurant, et m'avait regardé me resservir, verre après verre, alors que mes joues rosissaient sous l'effet de l'alcool. J'avais besoin de me vider un peu la tête, d'oublier l'horreur que nous avions vécu, l'un et l'autre, avec cette affaire de taxi fou. Je lui avais sauvé la vie, avais plongé presque malgré moi dans le cycle infernal de sa vie.

« Tu aurais pu mourir ! »

Moi, j'étais toujours celui qui s'inquiète.

« Et ? Tu as aimé ça, être dans l'action, agir. »

Lui, c'était celui qui exaltait les sens. Nous étions dans un petit coin, comme à notre habitude, lumière de bougie, vin blanc qui se tarissait dans la bouteille. J'entendais à peine la lumière d'ambiance, tout entier aux paroles de mon détective. Détective qui caressait pensivement son avant bras, sous sa chemise, place probable d'un patch anti-nicotine. Ses yeux perçants avaient picotés les miens, puis il avait sourit. Et là, à cet instant, j'avais réalisé à quel point il était hors du commun. Plus encore, vraiment beau. Il me fallait des qualificatifs simples pour analyser cet être compliqué.

« Tu sais, Sherlock… »

Je savais qu'il aimait les hommes. Il me l'avait fait comprendre à notre première rencontre, d'une façon si peu subtile que j'en avais d'ailleurs été bouche bée. Je…J'avais également cru, un instant, que je l'intéressais, chose stupide. Pourtant… Pourtant à ce moment… J'avais regardé ses lèvres ourlées, son franc sourire…Et… Les mots s'étaient assemblés tout seuls, comme une nuage de coccinelles qui apparaît de nul part et s'échappe aussitôt, sans contrôle.

« Tu sais… Si j'avais été plus coopératif, je crois…Que j'aurais voulu être plus pour toi. »

Je souriais béatement. J'étais saoul. Je le sentais, et cela m'amusait plus encore, j'appréciais mon ivresse, et surtout l'air stupéfait que Sherlock n'avait pu s'empêcher d'afficher. Il goûtait mes paroles. Les avalait. Les dévorait.

« Qu'est ce qui t'en empêche ? »

Sherlock était aussi celui qui donnait les clefs. Les clefs pour franchir les limites. Mais après, mon cerveau avait fait marche arrière, j'avais ris, lui avec moi , et ses prunelles avaient retrouvé cet éclat glacé que je lui connaissais.

Et maintenant, dans mon lit, mes mains abandonnées sur mes cuisses, je me demande en effet ce qui se seraient passé, ce soir là, si, au lieu de rire, je m'étais penché pour l'embrasser. Et, alors que cette idée me fait étrangement battre le cœur, j'ai comme l'impression de ressentir, au creux de ma paume, la branche de houx, cadeau de Noel odieux et délicat, à l'image de son propriétaire.


Boum badaboum. Y aura t-il du LestradexMycroft? John va t-il cesser de tergiverser? Sherlock va t-il tirer les cheveux d'Adler dans le couloir? Vous le saurez dans... Peu de temps je l'espère :)