Disclaimer : Naruto & cie appartiennent au grand, à l'unique, à l'incroyable Masashi Kishimoto.
A/N : Un IMMENSE merci pour toutes les reviews et les encouragements ! :D ça me motive à un point... wow, vraiment, ça fait super plaisir. Et je suis contente que mon histoire plaise ! Vous avez, ma reconnaissance éternelle. Si-si. Je suis formelle.
Petit WARNING : ce chapitre compte environ 10 000 mots, et plusieurs petites incohérences, j'ai l'impression, mais bon. Ah, et un orthographe qui peut laisser à désirer. A vos risques et périls !
Sur ce, Bonne Lecture.
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Going In for the Kill
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Chapitre 3
"Lovin' you is easy 'cause you're beautiful, and making love with you is all I wanna do-"
Un certain Uchiha appuya sur rejeté, et renvoya le portable négligemment dans son sac, trop concentré sur autre chose.
La guerre ?
Ha. Quelle connerie.
Voyez-vous, à douze ans, Sasuke Uchiha avait compris que sa passion pour la lecture semblait être supérieure à la moyenne nationale. Peu importe le genre, il dévorait tous les ouvrages qui lui tombaient sous la main, et ce avec un immense plaisir qui l'amenait bien souvent à se faire taquiner par son frère aîné, trop heureux d'avoir une raison de plus pour embêter son cadet. Cacher ses livres alors qu'il ne lui restait plus que la fin à lire n'avait rien de drôle aux yeux de Sasuke – c'était même plutôt sadique –, mais il avait fini par comprendre au fil des années qu'il n'avait pas le même humour que son frère. Absolument pas.
Quel était le rapport, lui direz-vous ?
L'important, c'est que cette passion le mena à la fin du lycée à vouloir étudier les lettres, notamment dans l'espoir de faire de l'édition, secteur dans lequel il avait décroché un stage d'à peine un an quelques mois auparavant. Et, coup du hasard, c'était justement ces années d'études de la langue qui lui avaient appris à bien connaître les mots et leurs sens. Aussi se pensait-il apte à bien comprendre ce mot là ; guerre.
Sasuke crispa son poing autour de la serviette sous lui. Etait-il débile, ou cela impliquait-il bien que les deux partis avait au moins une seule, dut-elle être minuscule, chance de l'emporter ?
Non mais franchement.
Un soir, plus tôt dans la semaine, il avait – désabusé et énervé – élaboré sa petite théorie. Celle-ci se résumait en trois grands mots.
Quelqu'un. Le. Haïssait.
Une force supérieure, préférablement. Si lui-même était non-croyant et avait souvent préféré n'accorder rien d'autre qu'un peu de cynisme à tout ce qui touchait au ciel et à la religion, il devait admettre une chose ; il s'était bien trompé. Parce qu'il semblait maintenant évident qu'on lui faisait payer toutes ces années de blasphèmes.
S'il avait su.
Peu importait la démarche qu'il s'évertuait à mettre en place, celle-ci se retournait de toute façon contre lui. Un exemple ? Il en avait tellement. Cette fois-là, tiens, où après analyse de leurs nombreux échecs, Sakura et Sasuke avait tenté de trouver une combine sans faille. Ou supposément sans faille, en tous cas. Naruto ne le croyait pas s'il se déclarait à lui sans artifices ? Qu'à cela ne tienne, ils avaient décidé de le forcer à comprendre. Sasuke avait eu pour mission de ramener Naruto chez lui, où ils découvriraient un dîner aux chandelles d''ambiance romantique en rentrant, préparé soigneusement par Sakura. Ok, Sasuke avait eu un peu peur du résultat en ouvrant la porte – qui l'en blâmerait ? – mais, après tout, il n'avait plus grand-chose à perdre. Sa mission ce soir là : expliquer point par point à Naruto qu'il ne ressortirait pas de chez lui tant qu'il n'aurait pas capté. L'idée était bonne, honnêtement, et si Sakura y était allé un peu trop fort sur les encens, au moins la lumière était-elle tamisée, le couvert mis, et les chandelles allumées. Cliché à mort, mais ça englobait bien l'idée générale à faire passer. Quand ils étaient rentrés, Naruto avait été très surpris.
Evidemment, tout s'était alors cassé la gueule.
Et cette fois-ci, la cause en avait curieusement été un facteur extérieur. Non pris en compte.
Sérieusement, il n'y avait pas besoin d'être un génie en maths pour comprendre que la probabilité d'une telle malchance était quasi nulle.
Car, et ce avec son habituel sourire étrangement faux, Sai avait débarqué, à peine cinq secondes après qu'ils aient pénétré dans l'appartement.
Venu lui rendre sa veste, soi-disant.
(Veste mon cul.)
Naruto avait alors complètement perdu son expression ahurie, et Sasuke avait presque entendu le 'tilt' résonner dans son esprit. Le blond s'était tourné vers lui et lui avait envoyé un regard indéchiffrable, avant de secouer la tête.
"Oublier tes rendez-vous amoureux, Sasuke ? Sérieusement ?"
Il avait fallut au moins dix bonnes secondes au dit-jeune homme avant de comprendre que Naruto pensait que le dîner était pour Sai. Il n'eut pas le temps de sauter à sa propre défense que le blond levait les yeux au ciel, expression légèrement plus froide. Puis il leur souhaita une bonne soirée avec amertume – ce que Sasuke pouvait comprendre, vu que l'Uzumaki venait probablement de se persuader qu'il s'était fichu de lui – et avait tourné les talons.
Le pire dans tout ça ?
Il ne pouvait même pas blâmer Sai (celui-ci eut d'ailleurs l'air vaguement perplexe, puis intéressé, avant que Sasuke ne lui explique sèchement que c'était un vulgaire malentendu). L'Uchiha avait sincèrement oublié qu'il lui avait demandé de passer pour qu'il puisse récupérer une stupide veste noire qu'il avait laissé il-ne-savait-même-plus-où. Quelle connerie. Et sa connerie en plus.
Ils avaient bien retenté l'affaire dans un hôtel avec Sakura, lorsqu'elle avait persuadée le brun qu'ils avaient juste besoin de remettre en scène la combine quelque part où personne n'interviendrait. Résultat ? Seulement un autre échec. Sasuke avait passé trois heures dans la chambre d'hôtel à attendre inutilement. Naruto ne s'était pas trompé de chambre, oh là non, il s'était trompé d'hôtel. (Remarque, c'était déjà un miracle qu'il ait accepté de venir sans poser trop de questions.)
Vous avez bien lu. Un fiasco complet. Et de nombreux autres avaient suivi.
Mais cette fois-là, Sasuke s'était dit que peut-être s'était-il lui-même trompé lorsqu'il avait inconsciemment décidé de jeter son dévolu sur le blond. Tch.
Le brun soupira, resserrant ses jambes contre son torse sous le parasol pour empêcher le contact avec le soleil.
Quelle idée de rester en plein cagnard avec cette température, aussi.
Non, Sasuke Uchiha n'était pas de bonne humeur.
Replié sur lui-même sur sa grande serviette bleu marine (100% bambou), à l'ombre du petit parasol qu'il avait réussi à coincé dans un petit amas de pierres (récoltées pour l'occasion), il méditait d'un air bougon sur l'ensemble de ses échecs et la misérable vie qui en résultait.
Il se sentait... blasé. Découragé.
Il y avait de quoi.
Il commençait réellement à se dire que rien ne pourrait jamais arriver entre Naruto et lui. Visiblement, même le subconscient du jeune homme le rejetait. Personne ne pouvait être si stupide, si ? Sasuke n'avait pas franchement été subtil dans ses approches et pourtant, Naruto était parvenu à toutes les transformer en une grosse plaisanterie, en quelque chose de platonique, ou alors à les retourner contre lui. Sasuke en était fatigué. Et il commençait sérieusement à s'interroger sur le pourquoi du comment, et sur l'intérêt qu'il avait à continuer.
Contrairement aux apparences, Sasuke n'était pas masochiste. Et se prendre tous ces rejets les uns après les autres, oui, ça faisait mal. Il en était à un tel point qu'il ne voyait plus que cette solution ; tout arrêter. Faire marche arrière et se replier. Après tout, cela faisait bien longtemps qu'il se contentait de l'amitié de l'Uzumaki. Pourquoi ne pas poursuivre dans cette voie ? Il passerait un jour à autre chose, non ?
'Y a peu de chance.
Tout à coup, et mettant fin à ses élucubrations pessimistes, un immense halo de lumière vint lui brûler les yeux, et c'est uniquement lorsqu'il sentit une chaleur encore plus étouffante se répandre sur son corps à demi-nu qu'il comprit que son parasol venait d'être volé. Malgré lui, un petit cri – tout à fait viril – lui échappa.
"Putain, Sakura !"
"Et Ino !", compléta joyeusement une grande blonde en maillot de bain, sa tête dépassant par-dessus l'épaule de Sakura, dont le sourire s'étirait jusqu'à ses oreilles.
Le même sourire allongeait les lèvres de Sasuke, mais dans le sens inverse. Ses yeux lançaient des éclairs, son habituelle expression des mauvais jours accentuant l'air dur qu'il possédait.
"Vous savez combien de temps j'ai mis à coincer ce putain de parasol entre ces putains de pierres ?" demanda-t-il d'un ton pressé et fumant, destiné à impressionner.
Ce fut avec indignation qu'il accueillit sa réponse ; un pincement taquin sur sa joue gauche. Sa bouche en tomba, et ses yeux auraient été exorbités s'il n'y avait pas eu ce soleil aveuglant alentours. Il opta plutôt pour les plisser, menaçants, en direction des fauteuses de trouble. Ino lui tira la langue ; Sakura se pencha vers lui.
"Nul besoin d'être excessivement vulgaire. Et puis il faut bien que tu bronze un peu, non ? En plus, la lumière vive est très bonne pour la santé morale. Déjà entendu parler de luminothérapie, mm ?" lui demanda avec une arrogance feinte la blonde, tandis que son amie hochait la tête, ignorant le "je ne bronze pas" maugréé.
"Elle n'a pas tort. Il parait que c'est pour ça que les taux de suicides sont plus élevés dans le nord... Six mois de soleil, six mois de nuit ? Ils n'ont aucune chance."
Sasuke, il devait bien l'avouer, était légèrement dépassé par le petit flot de paroles insipides. Il émit un bruit sec avec ses lèvres, regardant sur la gauche, et exprimant malgré lui ses pensées à haute voix.
"Qu'est-ce qu'on s'en fout..."
"Toujours aussi charmant", minauda Ino, en levant les yeux au ciel avec humour.
Sakura gloussa légèrement, avant de se rapprocher un peu plus, et de tenter de se poser sur la serviette.
"Aller, Uchiha, fais moi un peu de place !" s'exclama-t-elle, alors qu'elle s'astreignait à le pousser sur la droite pour pouvoir s'asseoir à ses côtés.
"Va t'asseoir ailleurs", marmonna le brun, essayant d'apercevoir où les deux jeunes femmes avaient pu envoyer son parasol. Il le vit légèrement plus bas, sur un des rochers en dessous, vers le commencement du ponton.
Putain. Putain. Putain.
"T'es pas fou ? Le sol est brulant ! Aller bouge-toi, je suis en train de me cramer les pieds, là- oh, et puis s'il faut employer les grands moyens..."
Et avant que Sasuke ne comprenne – un autre petit cri lui échappa.
"Merde, mais t'es mouillée !"
Et gelée. Avec toute cette luminosité, l'Uchiha n'avait pas remarqué que les jeunes filles étaient dégoulinantes d'eau. En même temps, il aurait dû réfléchir plus de deux secondes et se rendre compte que tout le monde était en train de se baigner depuis qu'ils étaient arrivés. Les deux ne faisaient pas exception. Alors pourquoi étaient-elles venues l'emmerder maintenant, uh ?
S'il ne s'était pas baigné, c'était exactement pour éviter ça. (Et Naruto. En maillot de bain. Ayant tendance à vouloir le noyer et donc le toucher.)
Sakura gloussa de plus belle, et enserra Sasuke avec ses bras trempés et froids. Son compagnon tenta de lui échapper dans les limites possibles que lui offraient la serviette – les rochers étant effectivement excessivement chauds – et la fusilla du regard. Regard qu'elle ignora.
"Ino, tu viens ?"
La blonde surgit presque immédiatement avec sa propre serviette violette qu'elle étala juste à côté.
"Tu pouvais venir ici", lui dit distraitement Sakura, tapotant la place à côté d'elle. "Sasuke a toujours des serviettes inutilement grandes."
Elle ignora le coup de coude qu'elle reçut entre les côtes.
"Merci, mais je tiens quand même à ma tête", lança la blonde avec bonne humeur.
Sasuke ne put retenir un léger sourire carnassier.
"Tu fais bien..."
Sakura se tortilla légèrement pour trouver une position confortable. En musique de fond, on pouvait entendre les cris et les rires de l'ensemble du reste de leurs amis, qui continuaient de jouer ou même de se reposer. De là où il était, Sasuke pouvait voir Gaara discuter tranquillement avec Hinata, les deux laissant leurs pieds tremper dans l'eau du lac, assis sur le ponton. Dans l'eau, on pouvait voir une Tenten visiblement très enthousiaste sur les épaules d'un Lee encore plus enthousiaste, attaquer un Kiba qui, sur les épaules d'un Naruto hurlant, se disputait de concert avec son pilier, chacun persuadé que l'autre était la cause de leur échec face à l'équipe adverse.
Sasuke s'arracha à cette contemplation. Regarder Naruto ces jours-ci l'épuisait. Honnêtement, il avait de plus en plus de mal à comprendre où il en était avec le jeune homme. Ce n'était pas la première fois non plus qu'il se surprenait à penser qu'il ferait mieux d'arrêter cette mascarade avant qu'il n'en ressorte réellement blessé.
"Oh, arrête de faire cette tête, Sasuke. On a bien vu que tu broyais du noir, alors on est venue te remonter le moral !"
Super. Elles ne pouvaient pas tomber mieux.
"Hn."
"En plus", ajouta Ino, "on a trouvé un nouveau plan juste infaillible. Franchement il est-"
Il fallut moins de deux secondes pour que Sasuke fasse mine de s'étouffer, yeux écarquillés pour de bon.
"Qu- on ? Tu- tu lui as dit ?"
Le ton était ébahi, accusateur, et Sakura eut au moins la courtoisie de paraître coupable. Elle haussa les épaules, les joues légèrement rouges.
"Bah... eh ! Elle avait presque tout deviné, et puis je n'avais plus d'excuses pour reporter nos rendez-vous à chaque fois. Tu- Mine de rien, tous ces brainstormings sur ton histoire m'occupent pas mal, hein. Même Gaara l'a remarqué."
Sasuke n'osa demander si elle avait également mis le rouquin au courant, et se retint de commenter sur les fameux brainstormings. Encore une preuve que toute cette histoire était en train de le détruire à petits feux. Il n'arrivait même plus à se mettre en colère à proprement parler.
"T'inquiète, Sasuke. Ton secret est sain et sauf avec moi", crut bon d'ajouter Ino avec une sorte de sourire compatissant, qui fit lâcher un juron au brun.
Il ne voulait pas de pitié.
"Lovin' you is easy 'cause you're beautiful, and making love with you is all I wanna do.
Lovin' you is more then just a dream come true-"
Les deux jeunes femmes sursautèrent, et l'humeur de l'Uchiha s'assombrit plus encore. Pff, pas encore.
"Wow- c'est quoi ça ?"
"Mon portable."
Un silence suivit, seulement perturbé par les "la-la-la-la-la, la-la-la-la-la, la-la-la-la-la-la-la-la-la-la...do-do-do-doo ohhhhhhhh".
"Et... tu ne réponds pas ?"
L'Uchiha secoua la tête, continuant de regarder droit devant lui. La sonnerie du portable finit par se taire toute seule, et il y eut un petit silence. Puis un gloussement retentit.
"Sinon, Sasuke..." lança avec un rire réprimé Ino. "Je ne savais pas que tu écoutais... Minnie Ripperton." Puis elle gloussa une fois encore, une autre, et explosa finalement de rire, Sakura la suivant immédiatement.
C'était apparemment "drôle".
"C'est Itachi", grommela Sasuke, consterné.
"Sérieux, Sasuke ? 'Loving you' ?" s'amusa plus avant sa meilleure amie.
Sasuke se sentit obligé de justifier.
"Il s'aime beaucoup", précisa-t-il, pince-sans-rire. Et il avait également trouvé le moyen ingénieux de mettre cette foutue sonnerie et de faire en sorte qu'on ne puisse plus la changer, n'ajouta-t-il pas. C'était déjà assez humiliant comme ça.
Les deux jeunes femmes continuèrent de rire, et Sasuke attendit que leur hilarité finisse par retomber d'elle-même. Ce qui fut le cas deux minutes plus tard, quand Sakura soupira d'un air plaisant en secouant la tête.
"Ahlala", fit-elle, optant pour se pencher en avant vers le petit amas de pierre qui, il fut un temps, bloquait le parasol, et où se trouvait le sac du brun. "Des fois, vous êtes chelou, entre frères Uchiha."
"Hn."
Il observa d'un œil inquisiteur alors qu'elle se mit à fouiller dans le sac. Elle en sortit de la crème solaire.
"Enfin bref, peu importe. Qu'est-ce qu'on- Ah oui ! Il faut absolument que tu écoutes notre nouveau plan ! Il est franchement infaillible et-"
Sasuke se tendit brusquement. Ah non. Non-non-non.
"C'est mort, moi j'arrête", la coupa-t-il d'un ton définitif, sans toutefois approfondir.
"Pourquoi ?" s'insurgea Ino, la question cependant étouffée par le "QUOI ?" de Sakura.
Sasuke se tint coi, lèvres pincées. Il savait trop bien que dés qu'il enverrait ses arguments – erreur qu'il n'était pas prêt de commettre – Sakura serait plus que prête à les lui renvoyer dans la tête. Il n'était pas d'humeur à se faire de nouveau manipuler pour l'amusement d'autrui. Ça venait de lui tomber comme une révélation, mais au moins c'était bien là ; il devait mettre un terme à toutes ces conneries.
"Eh, Sasuke, tu ne vas pas recommencer avec toutes tes insécurités, hein ? Faut que tu te motives, sinon tu n'obt-"
Malgré lui et ses propres conseils, l'Uchiha ouvrit la bouche.
"Je n'obtiendrais rien de toute façon. Sakura."
La jeune fille – qui était en train d'étaler de la crème sur ses jambes – s'arrêta en pleine action, probablement surprise par le ton sérieux que son ami venait d'employer. Ino parût également saisir le changement d'humeur, et s'en sentit probablement gênée. Sasuke ne savait pas, il s'était tourné vers l'autre jeune femme, ne la lâchant pas du regard. Ses yeux noirs laissaient voir plus qu'il ne souhaitait, il s'en rendait compte, mais il fallait que Sakura comprenne qu'il devenait las. Pour elle, c'était sûrement très amusant tous ces petits "plans" et "combines" et surtout "échecs", mais ça ne la touchait pas réellement. Sasuke ? Ça le brisait un petit peu plus à chaque fois.
Il fallait arrêter de se leurrer.
"Arrête de dire ça, Sasuke, je t'ai déjà dit que il n'y avait pas de raison de douter tant que Naruto-"
"Et Naruto n'est pas débile", la coupa-t-il pour la seconde fois d'un ton sec. "Il faut arrêter de le prendre pour un idiot ; s'il ne réagit pas dans mon sens, c'est qu'il n'en a pas envie et c'est tout."
"Ou alors c'est juste qu'il est un peu plus compliqué à convaincre que la moyenne des gens. Vrai ou pas vrai, Ino ?"
La blonde acquiesça solennellement, prenant à son tour la crème solaire pour en étaler au-dessus de ses seins.
"C'est vrai. Prends Shika, par exemple, il a mis des mois avant de m'inviter à sortir la première fois, et si je n'avais pas insisté..."
Sasuke ne put retenir le sarcasme.
"Oui, enfin, quand on voit où ça vous a mené aujourd'hui."
La référence flagrante à leur relation bancale était peut être un coup bas, mais Sasuke ne faisait pas parti des gens qui s'inquiétaient des politesses mondaines – surtout pour des personnes qui s'immisçaient dans sa vie sentimentale. Le coup de coude qu'il se prit de la part de Sakura pallia à son manque d'humanité de toute façon, et Ino elle-même lui adressa un regard peu amène.
"Ce n'était pas utile, ça."
"Hn."
Il ne se sentait pas réellement d'humeur à s'excuser.
"Lovin' you is easy 'cause you're beautiful, and making love with you-"
Sasuke grogna et se prit la tête dans les mains. Mais il fallait qu'il arrête !
Sakura et Ino lâchèrent un nouveau petit gloussement synchronisé, avant que la seconde ne lâche un innocent ;
"Tu ne réponds toujours pas ?"
"Non."
"T'es franchement bizarre, Sasuke", soupira Sakura, la musique de fond agaçant fortement le brun. "Mais ça n'empêche pas que nous avons raison, et qu'en tant que gay qui rejette les filles depuis qu'il a treize ans, tu te dois de te racheter envers la gente féminine et de nous écouter."
Il n'avait jamais rien entendu de plus stupide. Ino parut tout de suite plus enthousiaste.
"Oh oui ! En plus, je refuse de penser qu'il ne se passera jamais rien entre vous, regarde, Naruto n'a pas arrêté de te lancer des coups d'œil depuis qu'on est arrivé. C'est platonique, ça ?"
Inutile de le préciser, mais le brun reçut les mots avec un léger choc, et il reporta immédiatement son attention sur l'ensemble du lac, et plus particulièrement l'endroit ou l'eau était troublée par les chamailleries de leurs quatre amis. L'Uchiha, en regardant plus attentivement, pouvait apercevoir en détail Naruto. Là où il était, l'eau lui allait légèrement en-dessous du nombril, et il pouvait voir son torse finement musclé absorber chaque rayon du soleil avec sa peau tannée, se mouvant au rythme de son rire. Parce qu'il riait, comme toujours. Et amoureux – parce que malgré les synonymes qu'il cherchait, il n'y en avait pas – comme il était, Sasuke sentait son cœur battre plus vite et plus fort devant la vision de cet homme si beau.
Et le blond ne le regardait absolument pas, trop occupé à s'amuser avec les autres.
Sans blague. Il ignora la nouvelle déception.
Il ne voulait plus y penser.
"On peut parler d'autre chose ?"
Ino leva les yeux au ciel marmonnant un "ingrat" et Sakura prit une expression presque indignée.
"Non, on ne peut pas, Sasuke. Il faut-"
"Lovin' you is easy 'cause you're beautiful, and making love with you is all I wanna do.
Lovin' you is more then just a-"
"T'es sérieux, là ?" grogna Ino, que ça ne faisait visiblement plus rire.
Sasuke soupira également.
"Si tu refuses de répondre, aies au moins l'obligeance de couper ton portable", s'irrita Sakura, se mettant à chercher à nouveau dans le sac, et Sasuke comprit que le but de l'action était de trouver son mobile.
"Non, arrête, ne l'éteins pas !"
Sakura parut sincèrement confuse.
"Mais pourquoi ? Et pourquoi tu ne réponds pas, d'abord ?"
Sasuke émit un léger grognement.
"Si tu me connaissais un tant soit peu, tu saurais que je n'éteins jamais mon portable Ja-mais. Et puis je sais que c'est Itachi, ça fait une heure déjà qu'il appelle toutes les cinq minutes. Il fait ça pour m'embêter, et je ne cèderais pas."
On sentait à son ton qu'effectivement, il se retenait déjà depuis un bon petit moment. De toute façon, il savait pourquoi son frère l'appelait, et il le rappellerait plus tard. Itachi le savait également, mais était suffisamment immature pour insister quand même. Il allait le rendre chèvre.
"Tu sais que vous êtes franchement fous, tous les deux ?"
"Il me semble que tu l'as déjà mentionné, oui..."
Sakura eut la grâce de sourire légèrement, secouant la tête avec affection, avant de soudainement froncer les sourcils. Elle le pointa d'un doigt accusateur.
Lunatique, va.
"Eh, arrête de changer le sujet !"
Sasuke émit un grognement plaintif. Il ne fit même pas l'effort de rétorquer qu'elles n'avaient pas besoin de lui pour ça.
"Ah, mais foutez-moi la paix."
"Oh, arrête de faire ta mauvaise tête, idiot, tu n'es absolument pas p-"
Sasuke bloqua la voix de crécelle de celle qu'il doutait pouvoir encore appeler sa meilleure amie, et regarda plutôt Hinata et Gaara qui remontaient le long du ponton vers les rochers dans leur direction, la brune toute habillée. Sasuke y vit une ouverture immédiatement, et se redressa.
"Vous partez ?" interpela-t-il au moment où ils arrivèrent à leur niveau, coupant une Sakura captivée par son propre monologue.
Monologue qu'il n'écoutait bien évidemment pas.
"Seulement moi, j'avais promis à Neji de le rejoindre dans une demi-heure", expliqua doucement Hinata, sa voix calme et posée, presque timide, sonnant comme une bénédiction aux oreilles du brun après les piaillements de Sakura et Ino.
Il soupira de soulagement, alors que la jeune femme se penchait pour faire la bise au duo infernal.
"Ça tombe bien, je devais y aller aussi. Tu m'attends ?"
Hinata sourit gentiment, hochant la tête, et Sasuke se releva dans la seconde pour sortir son short et son t-shirt de son sac, qu'il passa en vitesse sur son maillot de bain. A côté, Sakura transforma son sourire doux destiné à Hinata en une moue boudeuse.
"Mais Sasuke, on n'avait pas fini !"
Il ne releva même pas les yeux.
"Si."
Et il enfila ensuite ses chaussures, poussa Sakura vers Ino pour replier sa propre serviette sous le couinement outragé de celle-ci, et la fourra dans son sac. Il lui adressa ensuite un fin sourire narquois, se redressant de toute sa hauteur.
"Vous ramènerez le parasol ?"
Puis, sans attendre de réponse, il rejoignit Hinata d'un pas fier.
En passant, il marmonna un vague au revoir à Gaara, lui demanda rapidement de faire de même de sa part aux autres, et s'engagea sur le petit chemin sablé qui menait à la route, à la suite d'Hinata. Son sourire s'agrandit lorsqu'il entendit la voix de Sakura résonner derrière lui ;
"On n'en a pas fini, Uchiha !"
En ce qui le concernait, si, ils en avaient fini.
Il ne perdit son sourire qu'une fois sur le chemin du retour, lorsqu'Hinata se tourna vers lui avec une expression troublée.
"Au fait, toi qui est proche de Naruto, tu sais si quelque chose ne va pas ? Il est distant depuis quelque temps, et quand j'ai demandé à Kiba s'il y avait un problème, il a dit quelque chose à propos d'une lettre...?"
Ha. Petit toussotement gêné.
"Vraiment, je ne vois pas de quoi tu parles."
De retour dans son appartement, Sasuke avait beaucoup hésité, ne lâchant pas des yeux son portable. Il était actuellement assis devant une bonne tasse de thé (vert et suffisamment chaud pour qu'il lui brûle le bout des lèvres comme il l'appréciait), confortablement avachi sur son canapé en vieux cuir marron foncé.
Il venait de sortir de la douche – douche destinée à enlever les tonnes d'écran solaire qu'il s'était étalé sur le corps ce matin avant d'aller au lac avec les autres (peau délicate oblige) –, et avait enfilé son habituel vieux jogging gris foncé préféré et rien d'autre. Puis il s'était préparé son petit thé avec l'aisance qu'apporte l'habitude, et s'était installé tranquillement devant une télévision éteinte.
Maintenant ? Il était en plein débat spirituel.
Alors que les plus grand s'interrogeaient sur le fameux "être ou ne pas être", Sasuke était bloqué sur une tout autre question, pourtant bien similaire ; "Décrocher ou ne pas décrocher".
Voyez-vous, il n'avait pas réellement envie de se lancer dans un immense débat dont l'issue était, il le savait, déjà jouée de toute manière. Mais d'autres facteurs étaient ici à prendre en compte. Un, il en avait plus que marre d'entendre son portable sonner à intermittences plus ou moins longues – cinq minutes étant la moyenne – et deux... bon, il fallait bien l'admettre, mais entendre la voix de son grand frère lui manquait... Qu'on le foudroie cependant si quiconque le surprenait jamais à le dire à haute voix.
De toute façon, les frères Uchiha avaient toujours eu, malgré leurs nombreuses chamailleries, une relation assez fusionnelle. Même Sakura et Naruto – les personnes que Sasuke considéraient comme les plus proches de lui – l'ignoraient, mais depuis qu'Itachi avait quitté le cocon familial, les deux frères s'appelaient au moins tous les deux jours. Peu importe ce qu'ils se disaient – souvent c'était des taquineries mesquines destinées à renforcer le lien fraternel – l'important était qu'ils se le disent. Ils n'affirmaient ni ne démentaient être très proches, s'en fichaient un peu à vrai dire, et s'appelaient avec une régularité qui confinait à la routine. Or depuis quelques semaines déjà, un désaccord perçait dans toute leur discussion.
Itachi faisait son difficile, comme d'habitude.
Le problème était qu'en tout cas, après que Sasuke ait ignoré le dernier appel de son aîné la veille, celui-ci n'avait pas arrêté de le harceler depuis neuf heures du matin. Il était approximativement deux heures et demie, et le cadet Uchiha envisageait seulement de décrocher. Bon, d'accord, la triste réalité, peu glorieuse, était qu'il était pendu à son téléphone, prêt à appuyer sur le petit bouton vert dés qu'il se mettrait à vibrer.
Itachi devait cependant être démoniaque.
Car depuis que Sasuke avait pris sa décision, son portable ne sonnait plus. Cela faisait dix minutes qu'il attendait et rien. Niet. Nada.
Et il se sentait con. (Ce qui, par principe, ne seyait pas à un Uchiha.)
"Lovin' you is ea-"
Sasuke ne laissa même pas le portable s'emballer plus d'une demi-seconde qu'il décrochait, comme un robot. Puis se rendant compte de sa bourde – depuis quand était-il là à attendre au pied levé l'appel de son frère ? Peu importe qu'il l'ait négligé pendant près d'une journée –, il se fustigea de son empressement naïf et tenta de combler son manque d'assurance en laissant une voix arrogante prendre possession de ses cordes vocales. Tout dans sa posture se mit à indiquer la suffisance.
"Hn. Je savais que tu rappellerais."
Itachi l'avait fait une bonne cinquantaine de fois, mais tant pis.
"–et les dossiers ? Kisame, tu es un bon collègue. Ne gâche pas tout maintenant."
Sasuke n'avait pas pour habitude d'être lent, mais il devait admettre qu'il lui fallut deux bonnes secondes avant de comprendre qu'on ne s'adressait pas à lui. Il allait grogner un 'Allô' dans le combiné, mais se mordit la lèvre à la place.
"En plus, j'ai d'autre choses à faire. Ennuyer mon otouto par exemple."
Otouto, ou petit frère en japonais, était un mot que Itachi Uchiha avait cherché sur Google traduction lorsqu'âgé de treize ans, il s'était rendu compte qu'il se devait de connaître plus sur leurs origines soi-disant japonaises. A l'époque, Sasuke s'était senti flatté que connaître ces deux mots semblaient être une priorité dans l'apprentissage de la langue selon Itachi, aussi n'avait-il pas tenté de faire cesser l'affront. Il avait huit ans, et ça faisait maintenant quatorze ans qu'il entendait ce terme. Leur mère trouvait ça "mignon". Lui n'en pouvait plus.
"–Oui, Kisame, j'aimerais le faire en paix." Quelques mots inaudibles, puis un soupir. "Oui, ennuyer quelqu'un requiert de l'intimité."
On demandait visiblement des explications à l'autre bout du fil, et Sasuke prit son mal en patience. S'il avait su que toute la journée son aîné s'était contenté de lancer appel après appel sans même être présent à l'autre bout de la ligne, il se serait senti beaucoup moins coupable de ne pas décrocher. Ou en tout cas moins enclin à croire que son frère employait les grands moyens pour l'insupporter.
Agacé par la tournure des évènements, le brun leva les yeux au ciel, coupa la ligne, puis appuya sur le téléphone vert pour lui-même joindre Itachi.
Ce qu'il ne fallait pas faire pour autrui, tout de même.
On décrocha à la deuxième sonnerie.
"Otouto !" s'extasia avec naturel la voix grave de son frère, et il comprit que Kisame avait dû finalement quitter le bureau. "Tu tombes bien. Je savais que tu rappellerais."
Qu'on lui envoie la même phrase qu'il avait lui-même utilisé comme entrée en matière une minute auparavant l'irrita plus que de raison. Il leva les yeux au ciel.
"Hn."
"Oh ! J'entends à ton ton bougon que j'ai touché une corde sensible. Alors, quand ai-je gagné ? Tu as réfléchi à notre désaccord et t'es rendu compte que te ranger à mon opinion était la meilleure solution ? Je t'ai eu à l'usure ? Il faut que je note."
"Ne me force pas à raccrocher", prévint Sasuke, regrettant déjà son appel, et pourtant paradoxalement heureux d'entendre le ton badin, spécifiquement désintéressé mais attentif de son aîné.
"Ce serait impoli. Alors que j'ai eu tant de mal à te joindre."
Sasuke laissa un sourire fin prendre possession de ses traits.
"Tu m'en vois désolé. J'avais égaré mon téléphone mobile."
Il laissa le sarcasme planer alors que, s'installant plus confortablement dans son canapé, et se préparant pour une conversation d'une longueur certaine, Sasuke imagina le même sourire étirer les lèvres de son frère. Il pouvait l'entendre à travers sa voix.
"Je me sens insulté, Otouto, que tu me penses si stupide. Je préférerais encore croire Kisame lorsqu'il m'a affirmé avec un aplomb admirable que son petit requin domestique avait mangé un de mes plus importants dossiers."
Sasuke ne retint pas le léger rire.
"Qui sait ? Ces petites bêtes sont promptes à sauter hors de leur aquarium."
Une pause polie.
"J'aurais dû le savoir."
"Effectivement."
Un petit silence complice prit place, avant que la voix grave et profonde d'Itachi ne revienne au bout de la ligne. Le ton se voulait léger, mais il ne le dupa pas.
"Sinon, as-tu réfléchi à notre petite affaire ?"
Et c'était reparti. Sasuke soupira.
"Oui, et c'est tout réfléchi, 'Tachi. Je ne déménagerai pas."
Un 'tutu tut" lui répondit.
"Si têtu, Otouto, si têtu. Je te connais, et tu ne prends pas en compte les bons facteurs dans ta décision. Qu'est-ce qui te retient ? Ou plutôt, qui est-ce qui te retient ?"
Sasuke prit une gorgée de thé. Il avait très légèrement refroidi, et le jeune homme grimaça.
"Ne recommence pas."
"Encore cet idiot de blond, n'est-ce pas ? Tu sais-"
"Naruto, Itachi, arrête de l'appeler autrement. Et cela n'a rien à voir avec lui." Ou peut-être un chouïa. Tout petit. "Ma vie est ici, maintenant."
"La mienne aussi, avant que je ne déménage", répondit son aîné du tac-au-tac. "C'est tout le principe de la chose, en fait. En plus, si je me souviens bien, ton stage se termine bientôt, non ? Tu sais, j'ai des contacts da-"
"Oui, je sais, oui. Ce à quoi je t'ai déjà répondu que je souhaitais faire mon chemin seul."
C'était un concept bien difficile à comprendre pour Itachi, qui émit un petit "hm" perplexe de l'autre côté de la ligne. Lui-même avait fondé sa propre boîte à l'âge de vingt-et-un ans, lorsqu'il était pourtant encore en pleines études, boîte qu'il avait créée avec un autre de ses amis de l'époque, et dont les fondateurs n'avaient cessé de se multiplier depuis. L'Akatsuki se chargeait de sombres histoires auxquelles Sasuke n'avait honnêtement jamais rien compris, mais qui, croyait-il, avait un lien avec le commerce et les exportations. Au début, Itachi et son ami, Pein, avaient bénéficié de nombreux coups de pouce – notamment de leur oncle, Madara – ce qui expliquait en parti l'envie de l'aîné Uchiha d'en faire de même avec son cadet.
"Tu es bien étrange, otouto. Je pense tout de même que tu trouverais plus facilement du travail à Oto, qui est une grande ville, par rapport à Konoha, vulgaire bourgade. En plus, ça ferait plaisir à Maman."
Argument indiscutable. Cela dit, Sasuke n'avait pas choisit de vivre dans une autre ville que sa famille. Et ce n'était pas sa faute si celle-ci avait décidé de déménager bout par bout à Oto. Parfois, quand il y réfléchissait, l'idée de partir pour cette ville avec ses grands gratte-ciels, ses immenses centres commerciaux, ses immenses centres tout court, et tout ce qui en faisait une métropole l'attirait plus que de raison. Mais, comme il l'avait répété maintes et maintes fois, sa vie était à Konoha. Le petit cocon qu'il s'y était forgé ne lui donnait aucune envie de partir et puis il y avait... il y avait...
"Comment va-t-elle d'ailleurs ?" demanda soudain Sasuke, sortant de ses divagations intérieures, et se morigénant pour son manque d'attention.
"Bien. Quoique légèrement fatiguée. Elle aimerait que tu téléphones plus souvent, à défaut de ne pas vivre à côté."
Sasuke leva les yeux au ciel, terminant sa tasse de thé. Il déglutit.
"Je t'en prie, Oto n'est qu'à deux heures de route. Arrête de me culpabiliser. Et puis je l'appelle au moins toutes les semaines. Ce n'est pas ma faute si elle aimerait que ça soit toutes les heures", répondit-il, avec une note tendre, amusée et agacée dans la voix. Une note qui revenait à chaque fois qu'il se retrouvait à parler de sa mère.
Un léger rire familier lui répondit.
"Je sais. La dernière fois que je l'ai vu, elle a passé quarante-cinq minutes à tenter de me convaincre d'engager quelqu'un qui s'assurerait que tu manges correctement et que tu dormes un nombre d'heures raisonnables."
Etonnamment, ça ne le surprenait pas plus que ça ce qui, en soit, était le plus effrayant.
"Dis-moi que tu l'as envoyée sur les roses", geignit-il presque, secouant la tête d'un air ennuyé. Il pouvait presque sentir la bonne humeur irradier de son frère.
"Je n'ai pas de roses, Otouto, tu le sais bien. Et j'aimais beaucoup son idée. On n'a juste pas encore trouvé quelqu'un d'adapté pour le travail."
Sasuke marqua une légère pause, se demandant si Itachi plaisantait, avant de se pincer l'arrête du nez. Bien sûr, qu'il ne plaisantait pas.
"Et tu vois, c'est l'exacte raison pour laquelle je ne viendrais pas vivre à Oto. Vous êtes aussi barges l'un que l'autre."
"Malheureusement pour toi, le gêne court dans la famille."
N'importe quoi.
"Hn."
"D'ailleurs, maintenant que tu m'y fais penser, comment va Norito ? Toujours aussi bruyant ? Aussi stupide ?"
Sasuke avait du mal à faire le lien entre leurs précédents échanges et Naruto, mais il ne releva pas. Itachi était de toute façon plus ou moins réputé pour ses nombreuses phrases sibyllines et ses logiques qu'il était le seul à comprendre. Dieu le bénisse.
"Ne fais pas exprès, 'Tachi. Et... il va bien. Je crois."
"Tu crois ?", répéta avec un amusement non dissimulé la voix grave de l'aîné Uchiha. "Tu ferais mieux d'être sûr, Otouto, je croyais quant à moi que vous étiez inséparables. D'ailleurs, comment se déroule ce fameux plan, là ? Séduire ce... cet empaffé ?"
Le mépris utilisé par Itachi lorsqu'il mentionnait Naruto était risible, et amenait une note comique que Sasuke était bien le seul à ne pas trouver drôle. Ce dernier se prit la tête dans les mains, émettant un léger grognement.
"J'aurais aimé que Sakura tienne sa langue."
Petit rire affable.
"Cette petite est formidable, Sasuke. Simplement formidable."
Et elle cédait un petit peu trop aux menaces d'Itachi lorsque celui-ci la harcelait pour connaitre les moindres détails de la vie de son frère. Pour quelqu'un si fière de son inflexibilité, Sakura avait, ces temps-ci, légèrement tendance à ne tenir tête qu'à Sasuke, se pliant devant les autres, et agaçant le jeune homme plus que de raison. Etait-elle finalement bien une vilaine fée-croisée-gnome destinée à faire de sa vie un enfer ? Ça restait à prouver, mais...
La ferme, Sasuke.
"Et donc ?"
Itachi avait-il parlé ?
"Hn ?"
"Ton plan, distrait petit Otouto, ton plan. Comment se déroule ce monceau ridicule de stupidités que toi et ta formidable amie avez crée ?"
Oh.
Encore ça.
La référence innocente à la partie la plus bancale de sa vie à ce moment précis, suffit à elle seule à lui rebaisser le moral. Il n'avait pas besoin qu'on l'aide à y repenser, il le savait très bien tout seul. Ce qui lui fit penser, Sakura risquait de ne pas avoir apprécié sa petite tirade de tout à l'heure. Il allait probablement l'avoir sur le dos toute la semaine, maintenant...
"Tu peux respirer à nouveau", grommela Sasuke, jetant un coup d'œil à l'horloge murale. "Parce que cette erreur de passage est belle et bien terminée. Je suis out."
Un petit silence répondit, mais Sasuke devina le sourire dans la voix d'Itachi lorsque celui-ci finit par demander avec une politesse feinte ;
"De quand cela date-t-il ?"
Le cadet Uchiha haussa les épaules, quoi que conscient qu'on ne le voyait pas.
"Ce matin. Mais ça faisait déjà longtemps que je pensais y mettre un terme."
Depuis le début, en fait. Mais inutile de le préciser.
"Il ne te mérite pas", lui dit Itachi.
Sasuke esquissa une légère grimace souriante, pensant intérieurement que c'était plutôt l'inverse. Après tout, ce n'était pas Naruto qui passait son temps à lui cacher des choses, ce n'était pas Naruto qui n'était pas franc avec lui, et ce n'était pas non plus Naruto qui... Ah. C'était inutile de toute façon. Il avait l'impression d'être le seul à se comprendre.
"Hn."
Itachi reconnût l'envie de changer le sujet pour ce qu'elle était. Ce n'est pas pour autant qu'il eût la gentillesse de laisser son petit frère tranquille.
"Cela dit, je suis curieux. Qu'est-ce qui s'est passé ? Tu t'es rendu compte que son QI ne dépassait pas le nombre d'étages de ton immeuble ? Que de sa bouche sortaient autant de bêtises à la seconde qu'il y a de grain de sable dans un désert ? Que-"
"Ça va, oui ?" s'irrita Sasuke, se redressant sur son canapé. "C'est quoi, le marathon des expressions débiles ? Je ne comprends franchement pas pourquoi tu le détestes autant."
Et il ne le comprendrait probablement jamais, puisqu'Itachi ne s'était même pas arrêté dans son monologue pour l'écouter.
"-pas un vrai blond ? C'est ça, non ? Tu l'a vu sans slip et hop, tu as compris qu'il y avait tromperie sur la marchandise. Pauvre Otouto."
"...Ta gueule, 'Tachi."
En plus, pour avoir ouvert une fois la porte de la salle de bain où Naruto se douchait, il pouvait certifier que ce dernier était un vrai blond. Pas de doute là-dessous. Il ne le mentionna pas à Itachi cependant, de peur que ce dernier ne demande pourquoi il avait ouvert la porte en premier lieu. Il devait avouer que c'était un peu confus dans sa mémoire, lui-même ne se souvenait plus trop...
"Pour répondre à ta question", reprit tranquillement l'aîné Uchiha, apparemment hermétique aux insultes de son frère. "Je ne déteste pas Naruto. Je pense juste qu'il ne mérite pas que tu lui cours après. Plus avant, je pense que personne ne mérite d'avoir un Uchiha courir après eux ; ce devrait être l'inverse." Un petit toussotement. "Et c'est quand même lui qui m'a volé mon manteau de ninja."
A préciser, Naruto avait onze ans à l'époque du dit-vol. Ce qui ne jouait effectivement pas en sa faveur était le fait qu'il l'avait commis lors de sa première visite à la maison Uchiha, peu après leur rencontre en sixième, pour faire rire Sasuke. Agé de seize ans à l'époque, Itachi n'avait que très peu apprécié la blague, surtout lorsque le jeune blond avait renversé sans le faire exprès du sirop à la menthe sur l'un des nuages rouges brodés, le teintant en un marron-caca.
C'est vrai qu'Itachi ne s'en était jamais vraiment remis. Sasuke hocha sagement la tête.
"En fait, tout ça est une histoire de fierté person-"
La fin de sa phrase mourut dans sa gorge, cependant, alors que Sasuke se redressa tel un oiseau attentif. Il aurait pu jurer qu'il venait juste d'entendre quelqu'un frapper à la p-
Toc-toc-toc.
Le brun fit un rapide calcul. Qui cela pouvait-il bien être ? Sasuke espérait que ce n'était pas encore la voisine, cette espèce de folle fanatique qui était persuadée que Sasuke tentait de lui voler ses serpents... Qui avait des serpents de nos jours, franchement ? En plus, cette désaxée passait sa vie à hurler et-
Toc-toc-toc-TOC.
"Itachi ? On se rappelle, ok ? J'ai quelqu'un à la porte."
"Encore la folle aux serpents ?"
Il entendit un petit gloussement, et Sasuke secoua la tête, consterné. Son frère trouvait cette histoire très drôle.
"...Arrête de lire dans mes pensées. Tu me stresses."
"Je t'aime, Otouto."
Sasuke secoua la tête de nouveau, un petit sourire sur les lèvres.
"Va te faire, 'Tachi. A demain."
Et avant qu'il ne puisse ajouter quelque chose, il raccrocha.
Naruto Uzumaki écarquilla les yeux lorsque son sixième coup contre la porte frappa dans le vide. Il perdit momentanément l'équilibre, trop penché en avant, mais le récupéra en l'espace d'une seconde. Confus, il releva les yeux, et fut surpris de rencontrer ceux noir onyx de son meilleur ami. En même temps, n'était-il pas venu le voir ?
Comme à son habitude, il sourit d'un immense sourire.
"Sasuke !" s'exclama-t-il, un peu brusquement.
Au moins le brun était-il vraiment là.
Au début, le jeune homme continua de le fixer avec surprise, visiblement stupéfait, laissant le temps à Naruto de noter rapidement son apparence. Son éternel jogging, et un marcel noir à peine tordu sur les épaules qui lui fit se dire qu'il avait dû l'enfiler en vitesse i peine quelques secondes, étaient de mise cet après-midi. Ses cheveux, bien que toujours coiffés dans leur habituelle coupe, semblaient repliés sur la gauche, comme s'il avait été allongé pendant un certain temps.
Le regard de Naruto s'adoucit. C'était probablement le cas.
"D-dobe ?"
Le brun avait l'air réellement confus, allant jusqu'à lancer un regard à droite et à gauche, puis de nouveau à droite. Ne voyant personne d'autre, il reporta ses yeux sur l'Uzumaki, sourcils froncés. Le geste si prévisible l'amusa.
"Qu'est-ce que tu fais ici ? Je croyais que tu étais avec les autres au lac et- "
Il semblait sincèrement étonné. Le blond se fit brièvement la réflexion qu'après tout, il était vrai que recevoir un ami non-annoncé sur son palier pouvait surprendre. Il aurait peut-être dû appeler ? Envoyer un SMS ? Finalement, il n'y avait que dans les films et dans les romans qu'on allait à l'improviste chez quelqu'un. Une petite question le tarauda.
Avait-il l'air con ? Genre là, tout de suite, maintenant.
Pou sa défense, il était Naruto. Et c'était Sasuke en face de lui. Relations spéciales, et tout ça. Ça devait compter pour quelque chose, non ?
Il ne se laissa pas démonter, et son expression devint plus engageante.
"J'ai plus le droit de te rendre visite ?"
Ton enthousiaste. Par-fait.
"Si, mais-"
"En plus, je trouve que ça faisait longtemps qu'on ne s'était pas fait une petite après midi tous les deux."
Sasuke n'avait pas l'air impressionné.
"Et la semaine dernière c'était q-"
L'Uzumaki perdait patience, patience qu'il n'était pas connu pour posséder en premier lieu.
"Bon, teme, quand est-ce que tu arrêtes de chipoter et que tu commences à te comporter en vrai hôte ?"
Sasuke parut incapable de dire quoi que ce soit en réponse à cela ; il ouvrit la bouche comme pour parler une fois, deux fois – puis la referma. Il leva les yeux au ciel.
"Pff... Et comment tu aurais fait si je n'avais pas été là ?"
Le blond tenta d'étouffer un rire.
"S'il te plaît, teme."
"Quoi ?" interrogea un Sasuke surpris par le ton, et relevant le menton dans son habituelle expression arrogante.
"Tu es plutôt du genre casanier, tu sais", dit le blond, poussant un doigt malicieux dans le biceps de son vis-à-vis.
"Et toi t'es du genre à repartir tout de suite", répondit aussitôt Sasuke, lui lançant un regard mauvais qui fit glousser Naruto, et faisant mine de refermer la porte.
Le blond la bloqua facilement.
"Tu as perdu ton sens de l'humour ?"
"Tch. Rentre et tais-toi", marmonna le brun, levant les yeux au ciel et passant sa main droite dans ses cheveux, agrandissant finalement l'ouverture.
Naruto, n'ayant pas pour habitude de tourner autour du pot et de jouer les hésitants, hocha la tête. Il suivit Sasuke dans son antre, rapidement submergé par l'odeur familière de l'appartement. Il y passait une majeure partie de son temps, et ce n'était pas pour lui déplaire. Et honnêtement, s'il n'y avait pas eu ce... ce petit problème, ça ferait longtemps qu'il aurait supplié Sasuke de le laisser emménager avec lui. Franchement ? Il adorait cet endroit.
Une autre odeur, cependant, vint lui chatouiller les narines.
"Serait-ce du thé que je sens là ?"
Sasuke eut la bonne grâce de sourire légèrement.
"Tu en veux ?"
Le blond hocha avidement la tête, et son propre sourire s'élargit tant et si bien qu'on l'aurait cru incrusté sur son visage. Il suivit le brun dans sa cuisine, observant distraitement la façon dont le marcel noir de Sasuke épousait tranquillement ses formes. Il devait l'admettre, quelque fois, il était assez jaloux de la façon dont l'Uchiha réussissait à développer des muscles, alors qu'il était de notoriété publique qu'il n'aimait pas le sport. Enfin, ça, c'était ce qu'il disait. Parce qu'à voir ceux qu'il exhibait qui, bien que légers, étaient tout de même sacrément bien dessinés, Naruto commença à se douter qu'il devait y avoir anguille sous roche...
En même temps, de quoi se plaignait-il ? Il lança un regard affectueux à ses propres biceps, découverts par son t-shirt bleu clair, fruit de deux heures à la salle de sport tous les samedis. He.
Il secoua la tête, sourire scotché aux lèvres.
Alors que Sasuke commençait à s'affairer auprès du comptoir avec la théière, Naruto se mit en quête d'une tasse bien spécifique : la sienne. Plus grande que la moyenne, elle était d'un orange vif, et portait sur son flanc le dessin d'un gros crapaud tout mignon. Inutile de le préciser, mais Naruto avait dû batailler bec et ongles pour que l'Uchiha accepte de le lui acheter.
"Je ne vois vraiment pas pourquoi", marmonna-t-il pour lui-même, observant l'objet avec affection. Il lui faisait penser au petit porte-monnaie en forme de grenouille de son enfance.
Sasuke n'y connaissait décidément rien.
D'ailleurs, le brun roula des yeux lorsqu'il se tourna avec le thé pour lui en donner.
"Tu es bête", l'informa-t-il en en versant.
"Et toi tu n'as pas de goût."
Ce qui n'était pas vrai, mais bon. Naruto n'était pas non plus connu pour ses superbes répliques. Hé-hé.
En face, alors qu'il commençait à toucher l'eau aromatisée de sa propre tasse du bout des lèvres, Sasuke s'appuya contre le comptoir et lui adressa un regard sceptique.
"Alors, qu'est-ce qu'on fait ?"
Naruto ne cacha pas son sourire.
"Devine."
Ils avaient douze ans lorsque, pour la première fois, Sasuke et Naruto avaient instauré leur programme après-midi DVD.
A la base, tout avait commencé lorsque Sasuke avait chapardé le film Saw à son frère aîné – maintenant qu'il y pensait, ils lui avaient piqué pas mal de trucs – sans trop savoir ce que c'était, excepté le fait qu'il n'avait pas le droit d'y toucher. Avec Naruto, ils avaient été très excités à l'idée de découvrir le fruit défendu. Inutile de dire qu'ils avaient dégustés devant les images : ça les avait au moins rapidement guéris de leur envie de voir des films d'horreur – jusqu'à ce qu'ils atteignent leur quatorze ans, en tout cas. Bref, l'important est qu'ils avaient ensuite enchainé avec un dessin animé pour faire baisser leur rythme cardiaque (oui, Saw, pouvait avoir ce genre d'effets sur des enfants de onze ans) et qu'ils avaient fini l'après-midi devant la télévision. Ce qui, finalement, s'était révélé plutôt cool. Alors ils avaient recommencé le week-end d'après, et la semaine d'après. Et celle encore d'après. Puis une routine s'était installée.
La tradition s'était alors perpétrée, et une fois par mois, les deux amis se retrouvaient à choisir une série de films pour s'abrutir devant ; Naruto la commentait à voix haute, et Sasuke s'amusait à l'ignorer. C'était simple, c'était eux.
Sasuke nota cependant avec regret que cela faisait bien longtemps que ça n'était pas arrivé – effet pervers de l'âge mûr et de ses responsabilités. Aussi se sentait-il particulièrement bien ce jour là. Avec toutes ces bêtises et ces histoires de plans à la con, ça faisait bien des semaines qu'il n'avait pas passé de temps tranquillement avec Naruto – en tout cas pas naturellement, sans tenter d'exprimer ses 'sentiments' d'une manière ou d'une autre, ou de bouder dans son coin parce que ça ne marchait pas.
Et là, ça faisait du bien.
Cet après-midi, ils avaient choisi Matrix, commençant d'un commun accord avec le deux, pour pouvoir enchaîner avec le troisième avant qu'il ne fasse nuit. Il devait être huit heures moins le quart quand, avachis sur le canapé, ils en furent à l'aboutissement du dernier opus.
Naruto avait cessé de commenter, regardant avec des yeux ronds le dénouement, tandis que Sasuke étouffait un bâillement. Ce film était bien, sûr, mais il commençait à fatiguer un peu.
Les deux jeunes hommes ne bougèrent qu'à peine lorsque le générique se mit à défiler.
"A chaque fois c'est pareil", déclara Naruto d'une voix blanche au bout d'un moment, continuant de fixer l'écran. Puis il secoua la tête, comme pour s'éclaircir les idées, avant de se tourner vers un Sasuke à moitié allongé qui clignait difficilement des yeux. "J'y comprends rien. Néo : il est mort ou pas ?"
Se penchant lentement en avant pour attraper la télécommande, Sasuke haussa une épaule.
"Il est mort", dit-il, coupant le DVD, puis zappant sur le canal. Il reposa la télécommande lorsqu'il tomba sur une chaîne de musique, qu'il laissa en fond. "Définitivement."
"Qu'est-ce que tu en sais ?" demanda immédiatement Naruto, en tapotant ses cuisses en une invitation muette.
Habitué, Sasuke s'allongea encore plus, se mouvant sur son dos pour poser sa tête sur les dites-cuisses. Oui, cela accéléra les battements de son cœur. Non, ça ne le choqua pas. Naruto avait l'habitude de le tordre dans cette position lorsqu'ils regardaient la télé. Il trouvait les cheveux de l'Uchiha terriblement doux, soi-disant, et aimait par conséquent passer ses mains dedans. Le brun n'allait pas s'en plaindre ; en plus de la proximité, il gagnait un massage crânien gratuit. Et Dieu sait que Naruto savait se servir de ses mains.
"J'en sais ce que j'en ai vu", répondit-il, s'installant plus confortablement, et jetant un regard au clip qui passait ; une reprise de Skyfall par un groupe de rock masculin. "Ils sont bons", ajouta-t-il, en passant.
"M'yeah." Naruto hocha la tête, plongeant délicatement ses doigts dans les cheveux fins. Mon Dieu que ça faisait du bien. "Mais attends un peu... ça veut dire qu'ils meurent tous ?"
Son regard s'était légèrement brouillé alors que, perdu dans les limbes du plaisir du massage, Sasuke tentait de se concentrer sur ce qu'on lui disait.
"Qui ça, "tous" ? Tu as bien vu que le reste-"
"Les héros !" coupa Naruto, s'animant légèrement. "Ils tuent les héros ! C'est franchement dégueulasse, non ?"
Il cherchait visiblement un appui, appui que Sasuke lui offrit sous la forme d'un sourire narquois.
"Dobe", dit-il simplement, et il se reçut une tape sur la tête. Naruto gloussa très légèrement avant de soupirer.
"Pff, c'est trop compliqué pour moi de toute façon. Je ne comprends jamais rien à la fin."
Sasuke releva les yeux sur le visage bronzé, qui avait reporté son regard avec distraction sur la télévision.
"Pourquoi tu voulais le mettre, alors ?"
Un immense sourire étira les lèvres du blond, tandis que celui-ci baissa les yeux sur son ami, affalé sur ses jambes.
"Pour la scène de la bataille", déclara-t-il avec une expression convaincue. "Elle est ouf."
Sasuke ne pouvait que le concéder, et un petit sourire carnassier étira les commissures de ses lèvres.
"Hn. C'est les robots. Ça tue tout, les robots."
"Ça tue surtout les humains", pointa Naruto.
Sasuke laissa échapper un petit rire suffisant.
"Et alors ?"
La main qui lui massait jusque là distraitement l'arrière du crâne s'accrocha à ses cheveux pour lui secouer la tête. Lorsque Sasuke, remué malgré lui, jeta un regard ennuyé à L'Uzumaki, celui-ci se pencha exagérément au-dessus de lui, et lui tira la langue.
"J'oubliais qui je parlais. T'en a rien à foutre des pauvres humains, hein ? Toi ce qui t'intéresse c'est les saletés de machines..." Ses yeux se plissèrent sous l'effet de son sourire. "En vrai, si on était dans ce film, toi tu serais le mec qui trahi tout le monde, alors que je serais le héros qui les sauve !"
Ce sur quoi Naruto prétendit lever son poing gauche en l'air d'un air de conquistador, laissant Sasuke en train de le fixer, bouche en 'o', incapable de répondre. Attendez, Naruto venait de se pencher et de... de pointer sa langue si près de son visage... Sa langue...
"Mouais...", marmonna-t-il tout de même pour la forme, yeux un peu vagues malgré lui – trop de fantasmes peu avouables venaient de surgir dans son esprit.
Il avait dit qu'il arrêtait toutes ces histoires, ok, mais cela comptait-il vraiment s'il se mettait, disons, à supplier Naruto de recommencer pour qu'il soit prêt à lui sauter dessus au bon moment ?
Quelle idée.
"Quand j'y pense, ça veut quand même dire qu'il y aurait un quatrième film", repris Naruto avec aisance, apparemment peu conscient du trouble qu'il venait de provoquer. "Film où je serais obligé de te courir après pour ramener tes petites fesses, uh. Qu'est-ce que t'en dis ? D'un autre côté, on connait tous la fin, parce que tu ne m'échapperais pas, héhé... Avec mon charisme !"
Sasuke aurait aimé répondre quelque chose, mais il était un peu trop captivé par les yeux céruléens de son meilleur ami pour le faire, et ce sourire si lumineux – il n'avait aucune idée de ce que Naruto pouvait raconter, mais ça semblait le rendre heureux.
"Tu m'écoutes, enfoiré ?"
Il se mordit la lèvre. La distance qui le séparait du blond lui avait rarement semblé aussi infranchissable. En même temps... ne s'était-il pas promis de se cantonner à son rôle d'ami et d'arrêter les fantasmes en tout genre ?
"Sasukeeeee."
Un peu plus et il bouderait. Il leva les yeux au ciel, puis les tourna sur l'écran, où Hey there Dellilah se faisait entendre. Les Uchiha ne boudaient pas. Merde.
"Et, oui, sinon, je suis complètement amoureux de toi."
...
Sasuke se tordit le cou si vite qu'il ne put qu'esquisser une grimace lorsque la douleur se répandit dans sa nuque. Les doigts de Naruto avaient cessé leur travail, mais ce n'était pas l'important...
Venait-il de dire-
Avait-il-
Juste-
Putaindemerdesamèrelaputedeputaindemerde-
Un immense éclat de rire vint interrompre son flot d'insultes intérieur.
"Ha ! Oh merde, tu devrais voir ta tête, teme !"
Le brun, qui avait viré au rouge, devint tout à coup plus pâle que jamais, yeux écarquillés. Son sang battait à ses tempes, et il n'entendait qu'une chose : une blague – une blague – une putain de blague.
"Ah, c'est ça de pas m'écouter, teme. Tu-"
"Ta gueule."
Sasuke avait légèrement craqué, il devait l'admettre, mais l'ascenseur émotionnel ? Très peu pour lui. Il tourna sa tête vers l'écran, visage fermé.
"S'uke", chuchota la voix terriblement amusée de Naruto dans son oreille, lui faisant comprendre qu'il s'était penché sur lui. "Oï, S'uke. C'était une blague, le prend pas mal."
Comment veux-tu que je le prenne ? voulut hurler l'Uchiha, mais il se retint, concentré sur l'écran. L'écran, et rien d'autre. Surtout pas l'humiliation cuisante d'avoir pu croire un instant que Naruto Uzumaki était, comme ça, de façon totalement aléatoire, en train de lui faire sa déclaration.
Pourtant les Uchiha n'était pas censés être naïfs...
Rapidement, son désespoir chronique se mua en agacement. Et il en devint irrité. De quel droit Naruto pouvait-il lui faire ce genre de blague cruelle ?
Il ne pouvait même pas s'en prendre à la cause principale, innocente qu'elle était.
Le dite cause tripota vaguement son oreille.
"Aller, teme. Je voulais pas te mettre mal à l'aise."
C'était, lui sembla-t-il, la phrase en trop.
Il se releva brusquement, cognant légèrement la tête de Naruto au passage, avant de se retourner en un rapide mouvement peu maîtrisé. Le blond lâcha un "oh !", assis sur le canapé, tandis qu'impuissant, il se fit écraser par le poids de l'Uchiha sur lui. Sasuke passa une jambe d'un côté, et l'autre de l'autre, et avant qu'il ne saisisse la portée de son geste, il se retrouva à califourchon sur un blond pétrifié.
Il en avait assez.
Tout à coup énervé, il rapprocha sa tête de celle bronzée, collant presque leur front ensemble. Un souffle chaud caressa le bas de ses joues. Ses lèvres s'étirèrent en un de ses sourires arrogants, carnassiers.
[Les yeux de Naruto n'avaient jamais été aussi ouverts. Ni aussi bleu. Ni aussi...]
"Tu veux que moi je te mette mal à l'aise ?" murmura-t-il d'une voix dangereuse, voix qu'il n'avait pas pour habitude d'employer avec son meilleur ami – plus avec le dernier coup d'un soir qu'il s'était octroyé, quelques mois auparavant, frustration sexuelle oblige.
Naruto déglutit. Sasuke ne pouvait l'en blâmer.
"Qu'est-ce que tu fais ?"
Si le blond avait l'air stupéfait, pris de court, il n'en avait pas pour autant reculé. Cela appliqua une sorte de dose de courage inattendue dans tout le corps du brun qui se rapprocha très légèrement.
"Qu'est-ce que tu veux que je fasse ?"
Peut-être n'avait-il juste pas adopté la bonne méthode jusqu'ici. Peut-être aurait-il dû commencer par là, au lieu de ces plans débiles... Son souffle se coinça dans sa gorge.
"Ce que tu veux faire", répondit Naruto d'une voix qui sonna beaucoup trop suave pour être réelle.
Et ce fut au tour de Sasuke de déglutir. Qu'est-ce que c'était que ce changement de comportement ?
Et comment en était-il arrivé là, déjà ?
"Tu ne veux pas ce que je veux", murmura-t-il inconsciemment, exprimant à haute voix sa pensée la plus profonde.
Et il s'apprêta à se décoller. Forcer quelqu'un était la dernière chose qu'il désirait. Alors forcer Naruto ? Tch. N'en parlons pas.
Au moment où il allait s'écarter, cependant, prétextant une blague de mauvais goût, le regard de Naruto le retint. Et il y eut une sorte d'inversion des rôles. Le blond venait, avec une seule lueur dans les yeux, de prendre les rennes de la situation – aussi imprévisible fut-elle.
Leur tête avait-elle toujours été aussi proche ?
"Qu'est-ce que tu en sais ?" Sasuke crut entendre chuchoter la voix grave, presque contre ses lèvres.
Merde. Souffle chaud. Peau. Bleus. Douce.
"Je-"
Il se fit couper. Non par une parole, cette fois.
Mais par une bouche qui vint se coller sur la sienne.
OMG. J'aime Itachi. Review ? (:
