Chapitre 2 – Présentations

Aliya se réveilla sur un large canapé dans une grande pièce ornée de tableaux, de tapis et de fleurs. Elle passa sa main sur sa nuque, qui lui faisait encore mal. Soudain, des souvenirs se bousculèrent : elle avait vu son ami se faire tuer. Prise d'une soudaine nausée, elle se précipita vers le balcon et se pencha en avant. Rien ne sortit. Après avoir reprit son souffle, elle se redressa et fut captivée par le paysage : le rose du ciel nuageux tentait les montagnes, et des oiseaux volaient vers un lac, dont l'eau était troublé par une légère brise. La jeune femme crut avoir été projetée dans un autre monde si bien qu'elle n'avait pas remarqué qu'on la contemplait aussi.

-Magnifique, n'est ce pas ?

Elle sursauta.

-Vous…

-Pagan Min, roi de Kyrat et du style en passant. Enchanté ! Et tu es ?

Aliya lui répondit avec un regard noir.

-Hm hm…très parlant ! Tu te demandes certainement pourquoi je t'ai ramené ici…pourquoi…je ne t'ai pas tué avec les autres…

-…

-J'ai trouvé que tuer une aussi belle jeune femme que toi serait un incommensurable gâchis…

Pendant qu'il déblatérait en marchant, Aliya le suivait des yeux avec un regard mélangeant haine et consternation : pourquoi des vêtements roses ? Et puis, regardez-moi cette coupe de cheveux ! Il se croit au carnaval ?! Toutefois, quelque chose la mit mal à l'aise…l'aura que dégageait cet homme excentrique était particulière…dangereuse…fascinante.

-…et ce qui nous conduit à maintenant.

-…

-Oh, s'il te plaît, parle-moi, ne me laisse pas blablater tout seul.

-Vous avez tué mon ami…en face de moi !

Par un élan de colère, elle courut vers le dictateur pour le frapper. Il fit une manœuvre telle qu'elle se retrouva plaquée face au mur, un de ses bras pliés contre son dos…et une espèce de stylo collé contre sa tempe.

-Ne bouge pas. Je ne souhaiterais pas avoir à perforer ce superbe visage.

Elle essaya quand même de se libérer, mais c'est qu'il a de la force, le bougre ! Des larmes montèrent dans ses yeux.

-Vous avez tué Taram !

-Oh, cet insignifiant primate n'aurait pas dû jouer au plus fin avec moi. Quand on fait du tort au roi, on le paye de sa vie.

Avec sa main libre, il poussa les cheveux de la jeune femme et dévoila sa nuque. Il emprisonna ses doigts dans la dense chevelure et déposa un baiser dans son cou. Le contact de ses lèvres sur sa peau la fit frissonner.

-Si je te lâche, tu me promets de rester tranquille ?

-…

-Allez, sois gentille et réponds-moi.

-….D'accord.

-Gentille fille.

Il la lâcha lentement. Aliya prit son bras en gémissant. Elle n'osait pas regarder son interlocuteur. Ce dernier retourna dans la pièce.

-Ah, les femmes…des roses bien difficiles à cueillir ! Mais tout ceci n'exclut pas le fait que je ne connaisse toujours pas ton nom. Alors ?

Il se retourna et croisa le regard de la jeune femme, qui s'en retrouva paralysée. Après quelques secondes, elle détourna ses yeux.

-Je…je m'appelle…Aliya…Aliya Kundravati.

-Aliya…quel nom magnifique ! Eh bien, très chère Aliya, je te souhaite la bienvenue à Kyrat ! Ah, ne bouge pas, je reviens !

Il loua encore la beauté du nom avant de décrocher son téléphone et sortir de la pièce. Quand la porte se referma, elle s'assit sur le canapé, pensive. L'aurait-il tué si elle avait réussi à s'échapper de son emprise ? Cela lui fit froid dans le dos…mais pas autant que le sentiment qu'elle avait ressenti quand il lui a embrassé le cou. Pagan revint et la sortit de ses pensées.

-Aliya, je te présente Sati. Elle prendra soin de toi, alors n'hésite pas à l'appeler si besoin ! Sati, prépare-la pour ce soir.

-D'accord.

Aliya regardait Sati en se levant. C'était une femme d'une soixantaine d'années, habillée d'une robe simple avec quelques motifs. La jeune femme se sentit quelque peu rassurée. Le dictateur se retira après avoir échangé un regard avec la domestique.

-Bonjour, Aliya. Comme l'a dit Pagan, je serai là si besoin !

-…Merci.

Elle fut étonnée de voir que Sati avait appelé le tyran par son prénom. Mais n'y prêta pas plus attention. Cette dernière examina ses vêtements.

-Eh bien ! Ces vêtements sont bien sales ! Déshabille-toi.

-P…Pardon ?!

-Tu vas dîner avec Pagan, tu te dois d'être présentable, non ?

-Je ne veux pas manger avec lui ! Il a tué mon ami et a failli me péter le bras !

-Je t'en prie, excuse-le…Pagan est comme ça…il a toujours voué une haine sans limites à ceux qui le trahissent, et encore plus pour ceux qui mettent tout hors de contrôle.

Ces derniers mots intriguèrent la jeune femme…ceux qui mettent tout hors de contrôle ?

Après avoir été déshabillée, Sati l'invita à entrer dans son bain. Bien qu'elle fût stressée, Aliya se dit qu'un moment de relaxation ne lui ferait pas de mal. La sexagénaire lui fit signe de venir vers elle pour lui laver les cheveux.

-Dîtes…Sati…que pouvez-vous me dire sur Pagan Min ? Qui est-il ?

-C'est une pièce rare, qui possède deux faces bien différentes.

-Où voulez-vous en venir ?

-Je t'en prie, tutoie-moi, ça me fera plaisir. Je disais par là qu'il a deux personnalités: l'une est cruelle, brutale et cynique. L'autre est douce et bienveillante.

-La deuxième face…c'est une blague ?

-Je t'assure que non. Sous ses airs de dominateur se cache un homme charment et attentionné. Il aime juste un peu trop le « Qui aime bien, châtit bien »…mais le découvrir par toi-même serait plus parlant, n'est-ce-pas ?

-Hm…Je doute d'en avoir envie…

-C'est peut-être trop demandé pour toi…surtout après ce qu'il s'est passé en si peu de temps, mais…veux-tu bien lui laisser une petite chance ?

-Je…

Pagan ? Un homme doux ? Du peu qu'elle avait vu, cet argument ne tenait pas une seconde ! Quand bien même, elle ne le connaissait que depuis quelques heures…

Sati eu fini de la baigner. Pour l'habiller, la vieille dame opta pour une tenue chinoise en soie et avec des nuances de rose. Elle la para avec des boucles d'oreilles ornées de rubis. Enfin, elle coiffa ses cheveux en tresse et y incrusta des perles blanches.

-Ouah…je n'ai pas l'habitude de me voir aussi…féminine. Merci, Sati.

-Mais de rien. Je crois qu'il est tant d'aller dîner.

Aliya baissa la tête. Sati s'approcha d'elle et la lui releva avec sa main.

-Tout ira bien. Je resterai avec toi, si cela peut te rassurer.

La jeune femme essaya de sourire, en vain. Elles se dirigèrent ensuite vers la salle à manger. Elle était vraiment tendue et ne cessait d'imaginer des scénarios qui finissaient tous par sa mort. Sati n'arrivait que trop peu à la calmer. En attendant, le stress fit place la colère. Pagan n'était toujours pas là. La vielle dame la conjura de patienter encore un peu. Il arriva enfin.

-Mesdames, veuillez m'excuser pour cette attente, j'étais…ouah, eh bien, très chère, vous êtes très en beauté ! Sati, tu es la meilleure, elle est parfaite !

-Je te remercie. Elle souhaiterait que je reste avec elle pendant le dîner. M'autoriserais-tu ?

-Je t'avoue que j'aurais aimé être seul avec elle, mais puisqu'elle a insisté, alors tu peux rester.

-Merci.

Il s'assit à sa place et se mit à fixer la jeune femme. Enervée et mal à l'aise, ses yeux étaient bloqués vers le bas. Mais comme elle sentait le regard du tyran sur elle, elle rougit, ce qui l'énervait encore plus.

-Pagan, cesse donc de la fixer ainsi, ne vois-tu pas que tu l'indisposes?

-Ah…j'en suis navré...mais je n'arrive pas à détacher mes yeux de cette petite princesse.

Aliya soupira. Ce dîner promet d'être long. Pagan, amusé par la situation, se délectait de la taquiner. La jeune femme serrait les dents. Sati la faisait tenir bon, heureusement. Après le dîner, il décida de lui raconter une histoire. Aliya comprit bien vite qu'il parlait de lui et de son ascension, passant de fils de la pègre chinoise à souverain gouvernant d'une main de fer.

Ce récit la fit réaliser à quel point l'homme qui était en face d'elle était dangereux. Une première face bien décrite par Sati auparavant.

-Et sinon…qu'allez-vous faire de moi ? Non, parce-que…je ne vois pas vraiment l'utilité de ma « captivité » ici.

-Captivité…voilà un mot qui m'inspire ! Mon bel oiseau, tu vas rester au palais avec moi pour me tenir compagnie. Je serais un grand fou si je laissais partir une si belle créature.

Elle se leva brusquement.

-Quoi ?! Mais c'est quoi, votre problème ? On ne se connaît que depuis tout à l'heure et vous me proposez ça comme ça ?!

Indignée, elle marcha d'un pas vif en direction de sa chambre. Sati regardait Pagan d'un air désespéré. Lui, la regardait avec étonnement.

-…Tu crois que je suis allé trop vite ?

-Tu exagères ! De là à la comparer à un vulgaire oiseau…

-Ce n'est pas comme si je l'avais comparé à…

-Peu importe…je vais aller la voir.

Alors qu'elle s'éloignait, Pagan s'affala sur sa chaise et il pensa, une de ses mains tenant son visage. Un moment, il sourit sournoisement.

-Jay, viens voir.

Le soldat s'exécuta. Jay Ignatkovitch était un des soldats d'élite de Pagan. Un mercenaire de 37 ans qui n'a plus sa réputation à faire, tant il excellait dans ses missions.

-Va donc endormir ma petite colombe de sorte à ce qu'elle repose jusqu'au petit matin.

-Compris.

Il se retira d'un pas vif pour exécuter son ordre.

Pendant ce temps-là, Sati rejoignit la jeune femme, toujours outrée par la scène précédente.

-Il est malade... !

-Mais enfin, que fais-tu ?

-Je dois partir d'ici. Ce Pagan Min est un fou ! Je suis désolée, Sati, je…je n'y arriverai pas.

-Aliya…

Elles furent interrompues par le soldat.

-Jay ? Que se passe-t-il ?

-La « petite colombe » doit se reposer dans son nid.

En un éclair, il lança une seringue endormissante dans l'épaule de la jeune femme, qui ne mit pas longtemps à succomber.

-Tu devrais la changer.

Avant même que Sati ne puisse réagir, il repartit. Poussant un soupir, elle entreprit de la mettre dans une tenue plus propice à la nuit avant d'aller faire de même.