Titre:Littérature d'ailleurs

Fandom: Harry Potter / Disque Monde

Disclaimer: Vous croyez vraiment que si j'étais J. ou Terry Pratchett, je serais en train de poster ici?

Correctrice: illapa

La chaine grinça, mais tint bon. Mais elle allait finir par céder, il en était sûr !

A côté de lui, ses voisins le regardaient faire d'un air vaguement intéressé. Pas qu'ils croient vraiment à ses tentatives, mais bon... Ils n'avaient rien à faire à part attendre d'hypothétiques Lecteurs, alors ils observait la seule chose qui remuait ici.

Quelle bande de vieux croutons. Ils avaient perdu l'espoir depuis trop longtemps.

Pas comme lui.

Il sortirait d'ici. Quand, il ne savait pas. Mais il y arriverait.

Il retira sur la chaine.

Encore.

Encore.

Encore.

Enc-Chting.

La chaine se brisa.

Pendant un instant, le Chting parut résonner dans la Bibliothèque figée.

Un des livres avait rompu ses chaines. Un des leurs était libre. Ce n'était encore jamais arrivé. Jamais.

Le nouvellement-libéré se sentait le texte vide : cela faisait tant d'années qu'il rêvait de cet instant ! Les autres livres s'étaient redressés sur leurs étagères et le contemplaient, incrédules.

Et le temps, se rendant compte qu'il avait fait un arrêt injustifié, reprit son cours en monde avance rapide.

- Oooooooooook !

Le cri du Gardien retentit.

L'évadé prit ses pages à son cou vers le fond de la Bibliothèque. Les prisonniers sur son passage commençaient à s'agiter, essayant de suivre l'exemple du miraculé.

- Oooooooooook !

Le Bibliothécaire surgit soudainement derrière lui. En voyant l'ouvrage fuir, il se mit à sa poursuite.

Le livre, malgré son profil peu aérodynamique, piqua une pointe de vitesse à faire pâlir d'envie un lévrier de course.

Mais ça ne suffisait pas. Même à pleine vitesse, la masse de poils roux se rapprochait. Il le savait. Il le sentait.

Non, il ne voulait pas y retourner!

Elle n'était plus qu'à quelques pas de lui, il sentait presque ses doigts frôler sa reliure...

Non !

Il tourna par surprise dans une allée ; l'être simiesque continua quelques mètres sur sa lancée avant de reprendre la bonne direction. Avec l'effet Doppler, le "OoooOOOOooook" prit un instant des accents de sirène d'alarme.

Quelques mètres d'avance.

Quelques secondes de gagnées.

Pourvu que ça suffise.

- Ooooooook !

Les volumes toujours prisonniers se mirent à l'aider autant que possible. Ils tiraient au maximum sur leurs entraves et se déplaçaient en tout sens, tentant de gêner la vue et le déplacement du Bibliothécaire. Celui ci arrivait à les éviter en tricotant de ses longs membres, ce qui lui donnait l'air de la plus grosse mygale quadrupède au monde.

Malgré tout, il se rapprochait.

- Oooooo-

Le manifeste Pourquoi porter des tongs et des chaussettes en même temps est bénéfique à votre image de marque s'engouffra dans la bouche béante de l'orang-outan. Lancé à pleine vitesse, il continua sur sa lancée jusqu'à l'extrême portée de la chaine et fit un double saut périlleux arrière qui lui aurait valu une médaille d'or dans un autre univers, si premio : il l'avait fait exprès et deuxio : il ne s'était pas achevé en heurtant le sol tête la première avec un son évoquant une cruche pleine heurtant à très haute vitesse un rocher.

Le manifeste s'extirpa de la bouche de l'anthropoïde évanoui et entreprit de limer sa chaine sur les dents de l'animal.

Laissant derrière lui un Bibliothécaire étourdi et une Bibliothèque en effervescence, l'évadé se précipita dans l'espace L, au fond de la bibliothèque.

Il sut à la seconde même où il y pénétra qu'il n'était plus dans son monde : tous les sons s'évanouirent à l'exception du bruit sourd de sa reliure trainant contre le sol. Il se retourna : il était toujours dans une gigantesque allée bordée de livres, mais les livres étaient inertes, comme endormis ou morts. Il n'y avait aucune trace de son Gardien, le Bibliothécaire.

Il se remit en route à une allure plus tranquille.

Il savait comment l'espace L marchait, à peu près. Quelques bribes de savoir de son voisin Comment se sauver de partout en toute urgence (pour les Nuls) avaient atteint ce qui lui servait de cerveau. Toutes les bibliothèques étaient reliées par l'espace L, une espèce de déformation de l'espace-temps due à la concentration des livres. On pouvait se déplacer entre les époques, les lieux, les mondes même grâce à lui. Enfin, si on osait s'y déplacer car le voyage n'était pas sans danger.

Mais après tout, que pouvait il y avoir de plus dangereux qu'un orang-outan de 150 kilos qui refusait à ses livres le droit de vivre leur vie, hein ?

Il ne lui restait plus qu'à trouver une autre bibliothèque pour sortir de l'espace L, si possible dans un autre monde. Une fois là-bas, il se sauverait et fuirait loin de tout Bibliothécaire. Pas question de rester toute sa vie durant enchainé à une étagère, à attendre qu'un Lecteur minable daigne l'ouvrir ! Il était un jeune volume fringant qui voulait découvrir le fabuleux monde et vivre libre !

Qui sait, peut-être trouverait il la fabuleuse terre des Libres Livres dont sa voisine (Contes et légendes incompréhensibles) lui avait rabattu les marques-pages des années durant...

Il était perdu dans ses pensées quand quelque chose lui sauta dessus par surprise.

Il se retrouva ouvert sur le sol, la chose qui lui avait sauté dessus cavalant sur ses pages. Il sentit ses mots commencer à disparaitre. La sensation était horrible.

Il se força à se refermer ; la créature réussit à s'extirper de ses pages avant qu'il ne soit clos. Il se redressa le plus vite possible et fit face à son attaquant. C'était une espèce de grosse chenille verdâtre aussi grande que lui, avec de nombreuses pattes griffues : un Mange-Mot. Elle lui jeta un regard mauvais, pendant que derrière elle des ombres émergeaient des rayonnages.

Rectification : c'était DES espèces de grosses chenilles. L'attaquant avait ramené sa famille avec lui.

Fuyant l'attaque des Mange-mots, il se précipita le long de l'allée sans regarder vraiment où il allait.

Et le calme surnaturel de l'espace L reflua pour redevenir un calme normal, bordé de chuchotements et de bruissements de courants d'air.

Il se retrouva au milieu d'étagères banales couvertes de livres. Une Bibliothèque, bien sûr.

Mais c'était une Bibliothèque comme il n'en avait jamais vu. Les livres étaient libres de toute entrave sur leurs étagères, mais ne remuaient pas d'une page. A une table un peu plus loin, quelques Lecteurs travaillaient sur plusieurs ouvrages épais, et ce sans même être revêtus d'armure ou sans avoir un gros gourdin à proximité ! L'un d'entre eux griffonnait même sur une page d'un gros livre!

Ce n'était pas sa Bibliothèque originale, c'était sûr. Sinon, le griffonneur aurait déjà croisé la trajectoire d'une banane à tête chercheuse.

Il recula doucement hors de vue des humains.

Une grosse main l'attrapa par la couverture.

- Mais qu'est ce qu'c'est qu'ça ? Un livre qui r'mue ?

Pas question de revenir et d'échouer si près du but ! Il essaya de s'échapper, mais l'homme avait une poigne de fer.

- Oh, mais c'est qu'il a peur le p'tit gredin !

Le ton de la voix le fit s'arrêter une brève seconde ; jamais aucun des "Ook" qu'on lui avait adressé n'avait exprimé autant d'affection. Il se reprit et ouvrit bien grand sa reliure...

- Ooooh, comme t'as de grandes dents !

...et mordit violemment le pouce de l'individu de toute sa force.

- Aie ! Mais c'est qu'il sait se défendre en plus ! Mais t'as rien à craindre de moi, hein, j'aime bien les créatures dans ton genre. J'te fais pas de mal, tu vois ?

L'humain se mit à lui caresser doucement sa couverture, le faisant frisonner de bonheur. Lorsqu'il sentit un index lui chatouiller tendrement la tranche, il se relâcha complétement en libérant le pouce prisonnier.

- T'en fais pas, j'vais bien m'occuper d'toi, tu verras... Tu s'ras heureux comme un basilic en pâte, j'te promets.

Sous les câlins de Hagrid, le Grand Livre des Monstres se mit à ronronner. Peut-être qu'il pourrait trouver son bonheur dans ce monde...

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