Je gagne pas de sous, l'univers ne m'appartient pas.


Depuis le cours de métamorphose, Hermione était un peu confuse.

« C'était vraiment impressionnant, Mione ! », commença Ron.

Ca y est, ils allaient encore lui en reparler pendant tout le petit déjeuner.

Le roux insista, la bouche à moitié pleine d'œufs au plat, « C'est sûr, un Animagus si gros, Même McGonagall a fait des yeux… »

Hermione ne savait plus où se mettre. Elle siffla entre ses dents, « Combien de fois il faudra que je vous le dise ? La taille d'un animal n'est pas fonction de la puissance du sorcier. Lisez l'article du professeur McGonagall dans Métamorphose mensuel, j'en ai assez de vous le répéter !»

Ron persista, « Oui, mais le type d'animal, si ! Quand même, c'est pas courant, une - »

« Ron ! », l'interrompit Ginny, « Tu as fini ? Tu vois bien qu'Hermione n'est pas à l'aise avec ça. N'insiste pas ! ».

Harry arriva enfin au secours d'Hermione, à son tout, « Et toi, Ron, c'était chouette cet épervier. Je te parie qu'on pourra faire des parties de chasse terribles ! »

Ron haussa les épaules.

« Quand tu veux ! Jamais tu ne m'attraperas. Il faudrait sauter plus haut que ça. »

Hermione intervint, « Tu sais, ça m'a fait quelque chose, Harry, de voir que tu ressemblais tellement à Patmolle. »

Ron ne peut s'empêcher de lancer, « Sûr, j'ai été soufflé. Je pensais que tu serais quelque chose de … tu sais, plus… gros. »

« Merci, Ron », persifla Harry, « J'apprécie le commentaire… »

« Allons, tous les deux », tempéra Hermione, « Vous feriez mieux de vous concentrer pour tout à l'heure. Ce n'est pas encore gagné, il faut pouvoir reproduire la transformation et la tenir six heures de suite avant d'être enregistré officiellement. »

Ron maugréa, « Rabat-joie ! »

Ginny ajouta avec un sourire carnassier, « Attend que je me transforme aussi, Ron, tu auras intérêt à voler vite, sinon je te plumerai moi-même. Je me sens très féline, figure-toi. En attendant je laisserai ce plaisir à Hermione. »


Tous les septièmes années, ainsi qu'une quinzaine d'élèves de l'université de Magie d'Edimbourg étaient regroupés sur la pelouse devant le château. Le professeur McGonagall, assistée du professeur Aquilus McCoulm, expliquait les règles des futures sessions de Métamorphose.

« Restez à portée de vue. Je ne veux pas vous voir attaquer d'autres élèves. Ceux qui n'arriveraient pas à se transformer pourront reprendre de la potion à deux reprises. Après, ils devront abandonner les essais. »

McCoulm toussota pour attirer l'attention de la sorcière. Le professeur d'université était trapu et grisonnant, avec une barbe et des moustaches dignes du clansman qu'il était. Il semblait arborer fièrement son appartenance écossaise. Par dessus sa chemise à longues manches bouffantes aux poignets et large col lacé, il portait une robe noire sans manche qui évoquait les vestes de highlanders. Un sporran sur l'équivalent sorcier d'un kilt complétaient sa tenue.

McGonagall laissa la parole à son collègue.

« N'oubliez pas que la métamorphose est un art difficile, jeunes gens. Il n'y a pas de honte à échouer. Pour mes élèves, j'attends une exploration plus poussée de vos capacités, sensorielles en particulier, avec rédaction d'un parchemin de 60 centimètres. La prochaine fois, vous explorerez vos capacités magiques résiduelles dans votre forme animale. Mais je vous le redirai d'ici là. »

Son regard perçant balayait la foule pour trouver ses étudiants.

« Le professeur McGonagall et moi-même vous surveillerons. N'hésitez pas à nous interpeller si vous avez des questions. »

Il regarda la sorcière, qui hocha la tête et conclut, « Vous avez deux heures. »

Elle prit sa forme de chat. Le sorcier se changea en faucon pèlerin et prit son envol pour planer au dessus des élèves.

Hermione hésitait. Autour d'elle, les étudiants plus âgés avaient pris leur forme animale. Ses camarades essayaient de se transformer. La concentration se lisait sur les visages. Et si elle n'y arrivait pas ? Et si elle avait oublié les explications du professeur McGonagall ? Et si je n'arrivais pas me contrôler ? Ou si je blessais quelqu'un ? Et si elle craignait que ses amis ne prennent peur et ne la rejette ?

Il fallait qu'elle soit honnête avec elle-même. Elle avait peur. Ron n'avait pas eu tort, au petit déjeuner. Sa forme animal trahissait une puissance magique certaine. Elle n'aimait pas être de nouveau dans cette situation : plus puissante, donc différente. Encore une fois différente des autres. Même si elle savait au fond d'elle-même que l'idée était ridicule, elle ne pouvait pas s'empêcher d'avoir peur que ses amis l'abandonnent, maintenant qu'ils n'avaient plus besoin de son cerveau pour vaincre Voldemort.

Elle jeta un coup d'œil vers Harry. Il fermait les yeux, et on commençait à entrapercevoir sa forme de chien noir à travers lui.

Elle se tourna vers Ron. Il avait presque réussi sa transformation. D'un coup, il n'y eut à sa place qu'un épervier, l'air surpris. Il s'éleva dans les airs en tourbillonnant, criant de joie.

Hermione le vit revenir vers elle et il se mit à tournoyer au dessus de sa tête. Il la regardait et elle entendait presque ses encouragements. Rassurée sur la fidélité de ses amis, elle sourit et se concentra sur ses sensations animales.


Un peu plus loin, dans le donjon, Severus Rogue commençait à douter de ses capacités de maître de potion. Il soupçonnait Albus Dumbledore d'avoir versé une potion dans son petit déjeuner, mais si c'était le cas, il ne s'était rendu compte de rien.

Cette bonne humeur qu'il ressentait était hautement suspecte… La pointe d'anticipation à l'idée de se transformer et de se mêler aux autres Animagi signait indubitablement le fait qu'il était drogué…

Il entra dans une salle de classe et ne put retenir un sourire avant de se glisser dans les sensations animales.

Il testa ses griffes et s'ébroua, avant de ressortir d'un pas souple.

Des deuxièmes années de Pouffesouffle traînaient dans les couloirs en plaisantant entre eux. L'Animagus s'assit, fixant les élèves, le bout de sa queue martelant le sol paresseusement.

Quand ils virent devant eux un tigre blanc qui leur barrait le passage, la stupeur les figea sur place, avant que la vue de ses babines légèrement retroussées sur ses crocs d'ivoire ne les fasse fuir comme des damnés.

Il ne l'avouerait jamais, mais le professeur de potion de Poudlard louait Albus et Minerva pour leur idée. Il était heureux d'avoir retrouvé ces sensations perdues depuis si longtemps.

Il repartit nonchalamment vers le parc.


Hermione n'était pas la première à s'être transformée. Mais elle avait mis beaucoup moins longtemps que d'autres, à partir du moment où elle avait commencé.

Maintenant, elle restait assise, à regarder Harry poursuivre Ron, qui le narguait en faisant du rase-motte au dessus de ses oreilles. Susan Bones était devenue un poney couleur paille, qui trottinait dans l'herbe. Parvati Patil accompagnait Lavande Brown. Hermione ne savait plus laquelle était le paon et laquelle était la perdrix.

Elle avait même entraperçut Drago Malfoy filer vers les bois, une fois qu'il avait pris sa forme de faisan. Elle gloussa à l'idée que le prétentieux haïssait cette forme animale qui le représentait si bien. Son esprit curieux refit son apparition et elle commença à s'interroger sur le lien entre forme animale et personnalité du sorcier.

Un mouvement à la limite de son champ de vision la tira vite de ses pensées. A sa grande surprise, elle reconnu Luna en biche. Elle sourit intérieurement quand un cerf la rejoignit et la poussa du museau. Elle pensa que Mme Longdubas serait fière de son petit-fils, qui avait une forme d'Animagus puissante.

Elle était aussi contente pour Neville et Luna. Elle avait lu que parfois, partager la même forme d'Animagus signifiait une compatibilité de caractère. Apparemment, la transformation avait permis à ces deux-là de s'avouer leur attirance mutuelle.

Elle fut tirée de ses pensées par un feulement derrière elle. Elle s'était mise un peu à l'écart pour ne pas effrayer les autres, et elle ne s'était pas rendue compte que quelqu'un l'avait rejointe.


En sortant dans les jardins, Rogue sourit intérieurement en voyant la ménagerie qui s'ébattait sur l'herbe. D'humeur exceptionnellement joueuse, il pensa sauter au milieu des élèves pour avoir le plaisir de les voir s'enfuir dans tous les sens. Mais son esprit solitaire reprit le dessus et il préféra trouver un endroit plus calme pour tester ses nouvelles capacités tranquillement.

En contournant le château, ses pensées changèrent de tournure quand il posa les yeux sur une superbe tigresse du Bengale, assise à l'écart à regarder ses camarades.

Albus, espèce de vieux…! Pas d'intrusion dans ma vie privée, hein ?

La colère grondait en lui. Le vieux fou avait soigneusement omis de lui parler de ça. Minerva avait dû trouver la coïncidence tellement romantique ! Satanés marieurs ! Ils lui paieraient ça, aucun doute là-dessus !

Sa colère s'était exprimée par un long grognement sourd. La belle avait tourné la tête et l'avait vu. Elle avait semblé se figer en statue de pierre pendant un instant, ses yeux d'ambre écarquillés.

Il soupira. C'était sûrement une étudiante de McCoulm. Sinon pourquoi organiser ce cirque avec le professeur d'université ?

Il s'assit tandis que la tigresse, qui avait repris ses esprits, s'approchait silencieusement. Agacé par le tour que lui avaient joué ses aînés, il avait perdu toute inclinaison pour le jeu. Il réfléchissait simplement à comment se débarrasser d'elle pour continuer son programme solitaire, tout en évitant de se dévoiler.

Elle devait connaître les théories sur les Animagi partageant la même forme, et elle ne lui ficherait sûrement pas la paix avant d'avoir fait connaissance.

Elle s'assit face à lui, le regard interrogateur. Il étrécit les yeux et fronça les babines sans montrer les crocs. Plus qu'à se comporter comme il l'avait toujours fait quand on menaçait son espace privé : la menace ouverte. Il soupira. Pour autant, pas question de blesser une élève.

Quand elle avança la tête, il grogna de façon menaçante en montrant les crocs puis la contourna pour partir à la recherche de son endroit tranquille, espérant qu'elle avait compris.

Elle commença à le suivre en grognant elle aussi. Il fit soudain volte-face et rugit en lançant la patte pour l'empêcher d'aller plus loin. Mais en veillant à rester à bonne distance et sans y mettre les griffes.


Hermione était indignée. Elle n'avait rien fait de mal, cherchant juste à étudier l'Animagus et il la menaçait. Quel manque de courtoisie ! Sûrement un serpentard ou un élève de McCoulm !

Du professeur McCoulm…se reprit-elle.

Elle s'étonna de son glissement de langage. La sauvagerie de la tigresse avait l'air de déteindre sur elle.

Quand elle le suivit pour lui faire comprendre sa façon de penser, il l'attaqua presque.

Elle hurla de rage et se jeta sur lui. Surpris, il recula pour lui échapper. Mais la colère qui couvait toujours en lui explosa. Il feula de nouveau et se défendit, au lieu de fuir.

Elle attaquait avec toute sa puissance, sans forcément calculer ses mouvements. Il avait l'avantage de ses longues années de contrôle et de stratégie, en plus de ses talents de duelliste. Il réussit à rester sur la défensive plutôt que dans l'attaque. Il n'avait pas oublié l'idée de ne pas la blesser. Mais elle ne ménageait pas ses coups.

Ils se rapprochaient des élèves. Pris dans leur lutte, ils n'entendaient pas McCoulm qui volait au dessus d'eux, ni McGonagall qui reprit sa forme humaine et essaya d'organiser les élèves qui courraient en tous sens.

Tout à coup, Hermione trouva une faille et dressée sur ses pattes, elle lacéra la joue du tigre d'un coup de patte, toutes griffes dehors.

Au même moment, debout lui aussi, il la déséquilibrait, et elle tomba à terre. Le contact du sol eut l'effet d'un électrochoc. Elle se retourna et se trouva sur le dos, le tigre haletant de douleur au dessus d'elle. La vue du sang déclencha chez elle un sentiment d'horreur tel qu'elle ne put maintenir sa forme animale plus longtemps.

Comme foudroyé, Severus Rogue plongeait son regard de tigre dans les yeux d'Hermione Granger. Elle semblait tétanisée, les yeux écarquillés, sa main ensanglantée contre sa bouche. L'effroi qu'il lut dans ces yeux d'ambre le fit revenir à lui. D'un mouvement puissant il détourna son corps de félin de la jeune fille et s'enfuit vers le château.

Hermione était paralysée par la terreur, la culpabilité, la honte. Comment avait-elle pu perdre la tête ainsi ? Blesser un étudiant. Elle était horrifiée devant son manque de contrôle sur ses émotions, sa force, le dangereux animal qu'elle incarnait.

Ca ne devait plus arriver. Elle allait dire au professeur McGonagall qu'elle arrêterait l'entraînement d'Animagus.

Les deux professeurs de métamorphose la trouvèrent allongée sur l'herbe, sidérée dans ses pensées.

« Miss Granger, vous êtes blessée ? », demanda la vieille femme. « Miss Granger, répondez-moi ! »

Le regard fixe, Hermione s'adressa au tigre d'une voix brisée, sans entendre son professeur, « Je suis désolée. »