Salut mes lapins. Ça roule ?

Voici ce nouveau chapitre, un peu long à venir je vous l'accorde, mais là tout de même. J'espère qu'il vous plaira !

Bonne lecture,

Laukaz


Une lumière vive réveilla Tony en pleine nuit. Il se redressa sur son matelas en grommelant, persuadé que Loki était venu le harceler, lui qui avait décliné son offre de venir le rejoindre.

Il resta bouche bée en découvrant que celui qui se tenait accroupi à côté du lit, et qui venait d'allumer la lampe de chevet, n'était pas sa Némésis.

C'était Peter Parker. Impossible de confondre sa silhouette arachnéenne, ses yeux moqueurs et sa coupe de cheveux ridicule. Des cicatrices fraîches et des ecchymoses recouvraient son visage. Il était vêtu de haillons, et des croutes de sang séché marbraient la peau de ses bras, de ses jambes et de son torse.

Flegmatique, il paraissait ne pas souffrir, alors qu'il aurait dû être à l'agonie. Mort, en fait. Il aurait dû être mort, au vu de ces blessures.

Des milliers de pensées se bousculaient dans l'esprit de Tony. Spider-man, devant lui, en sale état mais vivant, et Wade, deux chambres plus loin, qui aurait donné sa vie pour le voir, et comment pouvait-il se trouver là, et que…

- Merde… J'hallucine ou quoi ? Spidey ?

Ses espoirs furent de courte durée.

- J'ai bien peur que non.

La silhouette de l'adolescent se troubla, laissant place à une créature trapue, violette à la peau visqueuse.

Un poids comprima le cœur de Tony.

- Ah, c'est vous.

Sa dernière rencontre avec un fantôme de l'espace remontait à plusieurs mois. Il n'oublierait cependant jamais à quel point ces monstres avaient changé sa vie.

- Désolé de vous décevoir, lui répondit une voix chuintante, comme le ton d'une lame coulissant dans un fourreau.

- La dernière fois que vous êtes venus, vous avez mis un beau bordel dans ma vie…

Le fantôme lécha ses lèvres charnues, ses paupières verticales se refermant sur ses yeux globuleux.

- Il se pourrait que je vienne pour l'inverse, cette fois.

Tony écouta longuement. Il ne comprit pas tout, mais un étrange soulagement l'envahit au fur et à mesure que la créature expliquait.

Lorsque le fantôme disparut de nouveau, l'ingénieur se laissa tomber sur ses draps.

Ce qu'il venait d'apprendre changeait la donne…

Il avait un plan.

Un plan qui n'allait pas plaire à un certain Asgardien.


- Je penserais que tu me rejoindrais, hier soir.

Tony s'étouffa sur sa brosse à dents, se retourna brusquement, effaré de découvrir un demi-dieu habillé de pied en cap qui le reluquait depuis l'autre bout de la salle de bain.

Il se rinça la bouche et entreprit d'attraper son jean qui traînait par terre. A peine debout, vêtu uniquement d'un caleçon et l'esprit brumeux, se retrouver ainsi sous le feu du regard divin le réveillait plus brusquement que prévu.

Loki interrompit son geste, posant une main sur le jean avant que son compagnon ne puisse en faire quoi que ce soit.

- Je n'ai pas le droit de m'habiller ?

- Ce ne serait que moi, non, tu n'aurais pas le droit. Et tu n'as pas répondu.

Tony se fit la réflexion que, décidément, depuis son retour sur terre, Loki était beaucoup plus entreprenant. Probablement le fait d'être confronté à la dévastation le poussait-il en ce sens.

- Moi aussi, je pensais que je te rejoindrais, grommela Tony, arrachant vivement le jean des mains blanches.

Il l'enfila en tentant d'ignorer le regard caressant. Loki lui apparut comme un chat à l'affut, prêt à sauter sur une malheureuse souris.

- Mais tu ne l'as pas fait.

Le Jotun s'était approché. Il glissa une main dans le dos de l'humain pour l'amener à lui. Cette proximité physique fit naître un mélange de gêne et de surprise chez Tony. Il ne sut comment se comporter. Lui rendre cette familiarité ? L'ignorer ? Il choisit l'exact milieu, ne rien faire.

- Brrr, quelle fraîcheur… Tu es encore plus froid que le pays où je suis né, susurra l'autre à son oreille.

Et cette voix, elle, était plus chaude que mille soleils.

Mille soleils, Tony ? C'est quoi cette phrase de merde ? Reprends-toi mon vieux, se fustigea-t-il.

- Ça m'ennuierait… Que quiconque ici découvre…

- Découvre ?

- Tu sais…

- Non, à vrai dire, je ne sais pas, souligna Loki, sa main effleurant distraitement les pommettes marquées de l'ingénieur.

Tony ne sut comment finir sa phrase. C'était vrai : découvrir quoi ? Leur relation, plus étrange que tout ce qu'il avait connu jusqu'alors, ne pouvait pas être décrite en utilisant des mots conventionnels. Tout de même.

- S'ils te voient dans ma salle de bain en train de me caresser la joue, ça va jaser.

- Qu'en aurais-je à faire ?

Tony imagina, une seconde à peine, l'horreur qu'exprimerait le visage de Steve à cette vision.

- J'ai déjà fait bien pire que te caresser la joue, commenta Loki, jouant désormais avec les mèches brunes à portée de ses doigts.

Sensible à ces marques d'attention, Tony envisagea de se laisser faire, de s'abandonner à cette étreinte. Sa main droite se referma sur une épaule, sa main gauche sur le torse drapé de vert et noir. Un sentiment de bien-être accompagna ces gestes, si perceptible qu'il fit naître un sourire sur les lèvres fines du Jotun.

De lourds coups à la porte brisèrent la tranquillité de l'instant Tony se décolla du corps chaud qui l'appelait pourtant, regagnant la chambre en enfilant un tee-shirt à l'effigie d'un groupe de black metal.

- Oui ? cria-t-i à travers la porte.

La voix de Steve lui répondit.

- Bouge-toi, Stark. Réunion.

- Si tôt ? Moi qui pensais que tu m'amenais mon petit déjeuner au lit…

- Quand on aura gagné la guerre, peut-être. Pas avant. Je vais chercher Loki, on se rejoint tous pour un petit briefing.

Tony accepta l'offre, passa distraitement sa main dans ses cheveux pour tenter de les coiffer.

- Tu es beau, constata simplement Loki.

- Et toi tellement insistant que c'en est louche. Pas désagréable, ajouta Tony, comme pour se justifier, mais… Inhabituel.

Loki fit mine de réfléchir.

- Peut-être que je rattrape le temps perdu ?

Et, avec un clin d'œil, il disparut.


- Ce qui nous laisse deux jours pour vous préparer, conclut Steve, s'étirant sur sa chaise.

Natasha fronça les sourcils.

- Quand même. Je n'aime pas l'idée de les envoyer seuls tous les deux.

- Moi, non plus, appuya Loki, et sa voix était étrangement froide.

Tony haussa les épaules.

- Ne croyez pas que ça me plaît, mais c'est le plus sage. On ne peut plus risquer de vies inutilement. Wade est immortel – pardon mon pote, fallait choisir autre chose comme super pouvoir si tu ne voulais pas finir là-dedans-, et moi, je suis celui avec qui Loki communique le plus facilement. Accessoirement, je n'ai aucun rôle dans votre organisation au QG, mon absence ne manquera à personne. On infiltrera le camp ennemi, et on vous enverra des informations via télépathie. Peu de risques, beaucoup à gagner.

Wade le soutint. Personne ne fut leurré. Le mercenaire souhaitait se rendre dans la base des golems pour une seule et unique raison : y retrouver Peter Parker, qui y avait disparu avec une poignée d'hommes.

Natasha serra la main du schizophrène avec compassion. Du jour où Spider-Man avait disparu, aspiré dans le camp ennemi sans donner de nouvelles, Wade avait semblé mourir à petit feu, n'attendant qu'une chose : cette occasion d'aller chercher la vérité. La vérité pourrait être un Peter vivant, elle pourrait aussi être un cadavre.

Dans tous les cas, ne pas savoir le rongeait à petit feu.

Loki avait refusé, tout d'abord, de se ranger à l'avis général concernant ce plan.

Il aurait préféré accompagner Tony, plutôt que de le laisser entre les mains de cet homme visiblement instable.

Cependant, Steve lui avait soumis un autre problème. L'absence de Thor, et des Asgardiens. Il n'avait pas fallu longtemps à Loki pour invoquer Heimdall, et le bifrost. Encore moins longtemps pour qu'il se rende compte qu'un puissant sortilège obstruait cette voie de communication entre les dimensions.

« Si les Asgardiens envoyaient leurs forces… Si nous avions Thor… Ça pourrait changer le cours de la guerre ».

Voir le Capitaine, cet homme qui le détestait profondément, presque le supplier de s'intéresser à ce problème avait flatté le demi-dieu. Avec un peu de travail, il pourrait certainement lever le sort qui réduisait le bifrost au silence, et permettre à ses congénères, à son cher frère, de gagner la Terre. Après tout, il était l'un des plus grands sorciers, tout univers confondus.

Mais cela impliquait de laisser Tony Stark, mortel parmi les mortels, se jeter dans la gueule du loup, avec comme seul soutien un ancien mercenaire aussi stable qu'un noyau d'uranium.

-T'aurais pu dire aussi stable que le wifi au Pakistan.

C'est en entendant Tony s'exprimer dans sa tête que Loki se rendit compte qu'il avait pensé trop fort. Et ceci le troubla : il n'était pas du genre à se laisser distraire.

Il finit par se ranger à l'avis général. Tous se levèrent en discutant des derniers détails techniques.

La date, enfin, fut fixée.

Deux jours. Dans deux jours, Tony et Wade plongeaient en terre hostile, et ils n'auraient qu'un ancien ennemi, destructeur de Manhattan, ami des Chitauris et ancien complice de Thanos, pour les couvrir à distance.

La partie promettait d'être intéressante…


- Je n'ai pas confiance en cet homme pour prendre soin de toi.

- C'est ridicule. Je suis suffisamment grand pour prendre soin de moi-même.

- Quand on voit les situations où tu te retrouves, permets-moi d'en douter !

Loki tournait comme un lion en cage. Tony, assis sur son lit, soupira pour la millième fois.

Cela dit, l'idée d'être séparé de l'autre pour la première fois depuis de nombreux mois le perturbait également.

- Et pour les fantômes de l'espace ? Y as-tu seulement songé ? souleva Loki, bras croisés, toujours furieux de cette initiative fort déplaisante.

Tony se gratta le sommet du crâne, gêné.

-Ah, j'aurais peut-être dû t'en parler… Il se pourrait qu' l'un d'eux soit venu me visiter hier, avec l'apparence de Spider-man.

Curieux, Loki cessa de faire les cent pas. Il haussa un sourcil.

- Eh bien, ton ami Wade peut se réjouir : son âme sœur doit-être vivante quelque part.

Tony ne comprit pas : Loki expliqua.

- Les fantômes ne peuvent posséder qu'un corps vivant.

Le grand homme ne laissa pas le temps à son binôme d'exprimer sa joie à ce sujet : il se pencha en avant, ses mains agrippèrent les draps, son regard devint sérieux.

- Dis-moi.

- Pour faire court… Nous sommes libres. J'ai gagné leur confiance par mes actes passés, tu n'as plus à être garant de moi. On peut, physiquement se séparer. Soulagé ?

Loki assimila la nouvelle. Il voulait posait d'autres questions, mais repoussa à plus tard.

Soulagé ?

Pas vraiment.

- Comptais-tu m'en parler ?

- Je savais que tu n'aimerais pas mon plan… Le syndrome de Stockholm, normalement, c'est le capturé qui tombe sous le charme de son ravisseur. Il semblerait que dans notre cas, le ravisseur se soit aussi laissé corrompre.

La remarque dût déplaire à Loki : d'un demi-tour gracieux, il s'éloigna du lit sans un regard de plus.

- Bien, je m'en retourne en mes appartements.

Impossible de dire à sa voix s'il était vexé, déçu, triste ou tout à la fois.

Tony sentit sa gorge se serrer.

Peut-être était-ce la dernière fois qu'il voyait Loki. Il n'avait aucune idée de ce qui l'attendait, en dehors du Chalet, chez leurs ennemis. Il n'aurait que Wade, son bon sens, et les conseils à distance du demi-dieu. Il se rendit compte à quel point il comptait sur lui, jusqu'alors, dans toutes les situations catastrophiques dans lesquelles ils s'étaient retrouvés.

Le sentiment qui lui emplissait la poitrine monta jusqu'à ses lèvres, déborda sans qu'il ne puisse, ou ne cherche vraiment, à le retenir.

- Loki ?

L'intéressé ne répondit pas, toujours de dos, mais ne se téléporta pas non plus. Tony prit ceci pour une invitation à continuer.

- Je crois que je t'aime.


Un flottement s'étira dans l'atmosphère. Une seconde à peine.

- Je crois qu'il y a un verbe de trop dans ta phrase.

- Je t'aime, corrigea Tony.

Et il était surpris de constater à quel point c'était vrai. Il n'aurait su le définir clairement. Une ancienne haine, une amitié tour à tour bancale, solide, changeante, une relation charnelle, une fois, il y a longtemps, et cette étrange sensation depuis, un mélange de gêne et de malaise, des hésitations, une envie de le serrer dans ses bras.

Et, plus que tout, un besoin irrépressible d'être à ces côtés.

Il ne savait pas ce qu'ils avaient construit, ensemble, tout ce temps, mais ils avaient construit quelque chose. Quelque chose d'unique en son genre, souvent douloureux, forgé de mauvais souvenirs plus que de bons, mais quelque chose de fort.

Il songea au surlendemain, à leur séparation.

Et il se prit à regretter sa décision.

Les mains de Loki se refermèrent, poings crispés, épaules tendues.

Il se téléporta, laissant Tony seul face à de trop nombreuses pensées.


Bien bien bien…

Bientôt la suite !

Moi aussi, je crois que je vous aime. Un petit mot ? =)

Des bisous.

Laukaz.