Chapitre 3 en avant !
Dans le hall de la fac, il y avait une rangée de casiers de forme cubique, comme dans les gares, mis à la disposition des étudiants. Castiel en avait un à lui, dans lequel il rangeait méticuleusement livres et documents utiles à sa journée de cours. Étant d'une maniaquerie peu ordinaire, tout y était bien agencé de sorte à optimiser un maximum l'espace. Quand il ouvrait la porte de son casier, rien ne tombait...habituellement.
Cette fois, une enveloppe que l'on avait dû glisser dans la fente tomba à ses pieds. Il la ramassa et, curieux, l'ouvrit.
A l'intérieur se trouvait une clef plate et un petit mot écrit à son intention :
Ce soir, 21h. Bloc C, Chambre 201
Pas de signature.
Il eut beau examiner attentivement l'écriture, il demeura bien en peine d'en déterminer l'auteur ; cependant, loin d'être naïf, il se doutait de l'identité de l'expéditeur.
La présence de la clef dans sa poche ne fit comme plus pesante, et il se sentit rougir. Fébrilement, il joua avec tandis qu'il refermait son casier.
Il n'était même pas sûr d'avoir les tripes de se rendre au rendez-vous.
.
Castiel hésita longuement avant de se décider à y aller.
Il se retrouva pourtant plus vite qu'il ne l'aurait cru devant la porte marquée du nombre 201, et il se mit à réfléchir. Il était encore temps de faire marche arrière. De fuir en somme.
Les mains tremblantes, il inséra la clef dans la serrure et tourna celle-ci. La porte s'ouvrit dans un grincement discret qui le tétanisa sur place.
A l'intérieur, tout était noir.
Il demeura quelques secondes sur le seuil, puis il prit son courage à deux mains et pénétra dans le logement étudiant.
Il referma lentement la porte derrière lui pour permettre à ses yeux de s'habituer à l'obscurité. Les bras tendus devant lui, tâtonnant timidement le mur qu'il longea, il finit par trouver une nouvelle porte close.
Il n'osait allumer la lumière de peur d'être surpris. Il ne se sentait pas pour autant à l'aise et craignait un piège.
Cependant, lorsqu'il ouvrit la seconde porte, il déboucha dans la petite pièce où dormait Dean.
Étendu sur un grand lit deux places placé en dessous de la fenêtre, le jeune homme était plongé dans un profond sommeil. Le drap seul préservait sa pudeur, entortillé au niveau de son entrejambe, car le reste était nu, et brillant de sueur. L'odeur musquée de sexe ne laissait aucun doute sur l'activité qui lui avait demandé tant d'énergie.
La lueur orangée du réverbère, à l'extérieur, se diffusait dans la chambre, donnant au corps de Dean un halo doré. Celui-ci était d'une rare perfection, et bien que l'ayant déjà vu, Castiel ne put résister à l'envie de l'observer de plus près. Il vînt s'asseoir au bord du lit.
Il se perdit dans la contemplation de ce corps offert à ses regards. Le parfait abandon de Dean dans le sommeil le rendait aussi beau qu'en plein jour. Bien sûr, Castiel aimait Dean dans ce qu'il avait de vivant, dans ses sourires et ses expressions, l'assurance de ses gestes, la fierté dans son attitude ; il les admirait beaucoup.
Mais la paix qu'il dégageait en ce moment-même était une rareté qui ne faisait qu'accentuer davantage l'envie de Castiel de le posséder.
Il ne pouvait pas se leurrer. La beauté de Dean y était pour beaucoup. Cependant, il ressentait quelque chose pour lui qui lui serrait le ventre, quelque chose de difficile à percevoir pour lui, parce qu'il n'aimait rien ni personne, pas vraiment. Il était toujours seul dans son petit univers, ne laissant personne y entrer.
Comme l'avait suggéré Benny, il pourrait faire bien des choses. Il pourrait écarter ses longues jambes glabres qui hantaient ses fantasmes depuis si longtemps, et lécher la peau sensible entre ses cuisses. Il pourrait utiliser ses mains larges aux jointures saillantes pour se masturber, comme Benny l'avait fait avec ses propres doigts – il en gardait un souvenir ému qui l'avait déjà fait jouir plusieurs fois dans le secret de sa propre chambre.
Il pourrait, s'il en avait l'audace, glisser son gland tout contre la joue de Dean et regarder le liquide pré-séminal souiller sa peau de pêche, ses joues couvertes de taches de rousseur. A cette image, le début d'érection qui commençait de déformer son pantalon se pressa plus encore contre la toile de son entrejambe.
Toutefois, au lieu de céder à ses pulsions primaires, il se pencha vers le visage du jeune homme. Ce dernier avait de longs cils qui reposaient délicatement sur ses joues. Ses taches de son étaient invisibles dans la pénombre, mais il les devinait couvrant son nez droit et parfait.
Il plia un coude près de sa tête pour caresser ses cheveux, du bout des doigts, en se penchant davantage. Il retînt son souffle en écoutant celui de Dean, qui demeurait calme et régulier. Ses lèvres étaient légèrement entrouvertes, laissant passer un filet d'air.
Castiel posa tendrement les siennes sur la bouche de Dean et l'embrassa, prenant le temps de savourer le contact, la chaleur, la texture, et la honte qui le brûlait de l'intérieur, la jalousie intense. Une part de lui aurait voulu qu'il ouvre les yeux et qu'il le prenne dans ses bras.
Qu'il le veuille.
Hélas, ce n'était pas possible, et il devrait se contenter de ce qui était à sa portée.
Il gémit en appuyant davantage ses lèvres sur celles de Dean, caressant ses cheveux près de l'oreille.
Soudain, il perçut un froissement et se redressa vivement, se retournant en même temps.
Benny se tenait dans l'encadrement de la porte, appuyé nonchalamment au chambranle, un pack de bière dans la main.
Castiel resta interdit, la bouche soudain sèche. Le reflet de la lumière orange dans la semi-obscurité donnait à Benny des airs prédateurs. Son sourire et la manière dont il le regardait accentuaient cette impression, et Castiel se raidit en serrant les fesses, dans un regain d'excitation.
Benny posa les bières et retira sa veste ainsi que sa casquette, qu'il jeta sur le lit à côté de Castiel. Celui-ci sursauta au bruit que cela fit et revînt sur Dean, craignant qu'il ne se réveille.
« Ne t'inquiète pas, vu comment je l'ai épuisé, il ne risque pas de se réveiller. », susurra le cajun.
Castiel le dévisagea, le visage empreint de stupeur, tandis qu'il déboutonnait lentement sa chemise ; il était évident qu'il savourait le regard de Castiel sur lui, à la fois appréhension, attente et désir.
« Je penserais que tu serais un peu plus audacieux. », chuchota-t-il sur un ton faussement déçu.
Castiel était littéralement fasciné par le roulement des mots dans sa bouche, du grondement qu'ils formaient lorsque Benny parlait, avec son accent du sud bien à lui.
Une main ferme se posa sur sa nuque, et tout à coup, Benny était incroyablement près, de sorte qu'il put murmurer à son oreille :
« Ou alors peut-être que tu m'attendais ? »
Pivoine, Castiel baissa les yeux. Il capta néanmoins le rire bas de Benny, et quand celui-ci mordilla le lobe de son oreille, il ne put s'empêcher de gémir.
- Qu'est-ce que..., prononça-t-il, rauque.
- J'aime ta voix, grogna Benny en se plaquant contre lui. Laisse-moi l'entendre à nouveau.
Il renversa Cas sur le lit et s'empara de sa cuisse pour la lever contre sa propre hanche.
Castiel couina faiblement en percutant le pied de Dean et balbutia rapidement.
- Arrête de te moquer de moi !
Cependant Benny ne l'écoutait pas, défaisant le col de sa chemise pour lécher, sucer et mordre gentiment sa gorge. Castiel se cambra, incapable de se défendre contre cette attaque incongrue et tellement émoustillante.
Pourtant, il ne voulait pas se soumettre si facilement. Il griffa l'épaule de Benny en tentant de se dégager de son étreinte, mais ce dernier le surplombait, l'épinglant au matelas sous son poids, et il était, à priori, bien plus fort que lui.
- Du calme, Pretty boy, lui ordonna Benny d'un ton tranquille en lui volant un baiser.
Castiel frissonna au surnom. C'était bien la première fois qu'on lui disait ce genre de chose, et bizarrement, ça lui faisait de l'effet. Décidé à ne pas être en reste, il fourragea dans les cheveux de Benny, râpant son menton contre sa barbe en voulant répondre ardemment à son baiser.
D'une main, le cajun déboucla sa ceinture et ouvrit sa braguette. Il se détacha de lui pour lui retirer son pantalon avec une lenteur toute aguichante, le fixant dans les yeux. Cas le laissa faire, comme hypnotisé, et lorsque l'autre revînt entre ses cuisses pour lui arracher son sous-vêtement, il souleva le bassin pour lui faciliter la tâche.
- Tout chaud et sexy pour moi, le complimenta Benny en empalmant sa verge tendue.
Cas renversa la tête en arrière dans un grognement appréciateur, écartant les cuisses sans vergogne. Il en avait assez d'être taquiné. Cela faisait des semaines qu'il ne rêvait plus que de ça. Qu'on s'intéresse enfin à lui, qu'on le touche.
Soudain la bouche de Benny enroba son sexe et il perdit alors le contrôle de lui-même. Les paupières fermement closes, il replia les genoux, serra les doigts sur le draps, tressautant, se trémoussant de plaisir, tandis que le cajun lui infligeait des caresses incroyables avec sa langue experte ; ses mains calleuses s'aventurèrent sur ses fesses et les malaxèrent comme si elles étaient faites pour ça, et c'était la première fois que Castiel était aussi excité par cette partie de son anatomie. Il se mit à haleter, à trembler de tout son corps, et rapidement, l'orgasme vînt.
Benny s'écarta presque aussitôt, emprisonnant son sexe dans sa main. Puis, quand Castiel rouvit les yeux, il esquissa un sourire tendancieux et étala la semence encore chaude sur le ventre du plus jeune.
Ce dernier écarquilla les yeux, avant de reprendre doucement pied avec la réalité.
- Hey, arrête ça ! C'est sale !
- Ça ne te gênait pourtant pas de mettre ton nez dans le boxer de Dean la dernière fois, fit remarquer Benny, narquois mais détendu.
Il s'allongea près de Castiel, les jambes dépassant du lit.
Cas détourna les yeux.
- C'est différent. Dean, il est...
Benny le fixait à nouveau de son regard le plus perçant ; et pourtant, il n'exprimait aucun jugement, juste une expression neutre et presque bienveillante.
- Il est... ?
Castiel rosit :
- Il est spécial.
Le cajun hocha la tête. Cas se redressa et renfila chemise et pantalon. Benny le regarda faire d'un air grave.
- Mais pourquoi est-ce que tu penses qu'il l'est ?
Castiel se figea. Au début, il ne voulut pas répondre, mais finalement, il réfléchit.
Pourquoi Dean lui plaisait-il autant ?
- Je ne sais pas, admit-il finalement. Il est magnifique...mais en plus, il est...
Il poussa un soupir de frustration, n'arrivant pas à dire ce qu'il voudrait.
- Il est attachant, proposa Benny avec conviction.
Castiel lui jeta un regard surpris en nouant machinalement sa cravate.
- Oui...c'est ça.
Benny se leva et lui enleva la cravate des mains.
- Tu n'as pas besoin de ça, Pretty boy.
Il enlaça sa taille pour le presser contre lui et la chemise de Castiel lui colla au ventre à cause du sperme, provoquant un frisson de dégoût. Quand c'était sa propre semence, c'était tout de suite moins sexy.
Benny parut le remarquer, car il gloussa.
- La prochaine fois, c'est moi qui te couvrirait le ventre...
Il darda la langue dans son oreille.
- A moins que tu préfères que je remplisse ton petit cul vierge...
Et il empoigna son derrière avec force, le faisant crier sur le coup.
- Un peu moins de bruit, fit alors la voix de Dean, suivit d'un baillement.
Castiel sursauta et tourna la tête.
Entretemps, et pendant qu'il ne le regardait pas, Dean s'était redressé et assis dans le lit, le regard rivé sur eux deux. Il dégageait toujours cette assurance désarmante qui, même nu, lui accordait une prestance et un charisme sans pareils. Cas en demeura statufié.
Ensuite un brusque sentiment de honte l'envahit en surprenant le regard qu'échangèrent Dean et Benny. Il se sentit exclus, comme si on s'était joué de lui.
Il se dégagea brutalement, laissant Benny abasourdi. Il se précipita vers la sortie.
- Attends, s'exclama Dean mais il l'ignora.
Il sortit en courant de la chambre 201. Sa peau collait, il sentait la sueur et le stupre, et sa vision était floue à cause des larmes qu'il tentait de refouler.
Dean et Benny étaient fiers de leur coup ; lui se sentait toujours minable. Comment avait-il pu croire un seul instant qu'ils pourraient s'intéresser à quelqu'un comme lui ?
Le ridicule, nerdy et associal Castiel, toujours seul, tellement avide, tellement pathétique.
Cette fois il s'enfuit bel et bien.
