Chapitre 2
« Je me fiche de tes erreurs passées, ce qui compte, c'est la personne que tu es chaque jour. »
Comment pouvait-elle savoir?
Theo Raeken l'observa de loin, assis aux tables de pique-nique. Elle dégageait quelque chose de surnaturel, il pouvait le sentir. Mais, il ne parvenait à identifier ce qu'elle était. Mais, il savait que c'était Karelle, de quelques nuits passées.
- Cette fille-là, fit Lydia en remarquant le regard de Theo. Elle me fait penser à Deaton, mais elle n'est pas une druidesse. Ni un loup-garou. Encore moins une chimère. Je n'arrive pas à mettre le doigt sur ce qu'elle est. Et je me demande si ce serait une erreur de te dire qu'elle est très puissante.
- C'est une erreur, affirma Malia qui venait d'arriver. Ce type lui zapperait ses pouvoirs.
Malgré tous les évènements précédents, elle avait toujours du mal à pardonner à Theo.
- Pas elle. Comme Scott, elle semble très rare et il me semble que personne ne peut les lui prendre.
Il se leva lorsque Karelle quitta son casier. Malia lui attrapa le bras :
- Pas si vite, trou d'cul!
Theo tenta de se dégager d'un coup sec, mais la coyote-garou avait la poigne forte. Elle le libéra lorsque Karelle fut hors de vue. Theo le remarqua et lui lança un regard noir avant de fuir à son premier cours. Ce qu'il vit en arrivant le fit sourire : sa première classe était français et Theo la trouva assise au pupitre habituellement vide, à côté du sien. Il se glissa sur son siège et elle se retourna vers lui. Il lui offrit son charme :
- Je m'appelle Theo Raeken, fit-il en tendant la main.
- Karelle Martin, lui annonça-t-elle.
Elle la serra doucement, mais rapidement. Il aurait voulu prolonger le contact, mais elle tourna son attention vers la professeure. Theo ne parvint pas à décrocher ses yeux de la chevelure d'or jusqu'à ce que Malia lui lance un surligneur à l'arrière de la tête.
- Bon, vu que la nouvelle vient sûrement d'une école qui n'a sûrement pas le même quotient d'éducation que nous et qui est aussi sans doute aussi stupide que vous tous, je ferrai une exception : Karelle tu te mettras en équipe avec Theo pour faire les exercices.
Mais, Karelle avait très bien compris. Le français était une langue seconde peu maitrisée pour chacun d'entre eux, mais Theo avait saisi son nom. Malgré tout, la professeure-sans-filtre répéta sa demande en anglais en ajoutant :
- Je veux le tout sur mon bureau à la fin du cours. Faites sûr d'inscrire vos noms sur les deux feuilles.
Theo offrit à la nouvelle intelligente un sourire plus large, charmeur pour faire chier Malia qu'il sentait en pleine observation. La nouvelle se pencha sur le travail, repoussa sa chevelure derrière son oreille gauche et lui demanda :
- C'est le français de France ou du Canada qu'elle enseigne?
Theo fut abasourdi : il y aurait deux sortes de français?!
Remarquant son expression, Karelle lui expliqua :
- Chaque région a sa façon d'évoquer le français avec des mots et des expressions qui lui sont propres. Par exemple, au Canada, le parler du Québec possède des locutions différentes de l'Ontario. Certains mots ne sont pas les mêmes entre le Canada et la France.
Puis, elle ajouta pour elle-même :
- Je vais mettre plusieurs réponses, alors. Deux ou trois synonymes devraient suffire pour cette emmerdée sans respect.
Il était clair qu'elle allait remplir toutes les lignes. Theo mordilla son crayon et l'observa travailler sur la traduction de certains mots anglais en français et corriger les erreurs de grammaire d'un texte à erreurs. Theo la surprit lorsqu'il, d'un coup sec, tapa son crayon à mine contre la page qu'elle remplissait à une vitesse impressionnante.
- Pas si vite, s'il-te plaît, je veux apprendre! la supplia-t-il.
Elle repoussa le crayon avec sa plume :
- Bien. Laisse-moi faire le tout, puis je vais t'enseigner ce que j'ai fait.
Theo sourit :
- OK.
Dix minutes plus tard, Karelle s'appliqua à expliquer son travail à Theo qui buvait ses paroles. Lorsqu'il eut enfin appris quelque chose, ils se mirent à parler de tout et de rien. Theo la sentait moins réservée puisqu'elle répondit à l'un de ses sourires.
- Allez, les deux plus stupides de la classe, debout! fit la professeure en désignant Theo et Karelle. Vous allez donner la réponse à la dernière question pour «aider» la classe!
Theo vit que Karelle se retenait de rire.
Il n'y avait qu'une seule craie au tableau.
- Une craie pour deux demi-cerveaux, les insulta la prof.
Theo prit la craie, regarda l'enseignante et la casa en deux sous son nez ahuri. Il déposa doucement une moitié dans la paume ouverte de Karelle qui semblait avoir apprécié son attitude. Theo et Karelle se partagèrent leurs feuilles de réponses en écrivant au tableau.
Lorsque Theo eut fini, Karelle regarda son travail. Elle rajouta quelques accents sur des «e» accent aigu. Theo la regarda de haut en bas avec chaleur, mais Karelle ne vit pas le désir dans le regard de Theo. L'enseignante, si.
- Theo Raeken.
- Oui, madame?
- Tu sais que tu es un salopard? Je suppose que tes parents sont des ivrognes que peinent tellement à travailler pour ramasser leurs sous pour quelque chose à boire qu'ils ne prennent pas le soin de t'aider dans tes devoirs. T'es tellement stupide en langue seconde que c'en est effrayant.
Il n'avait aucune idée de ce qu'elle venait de dire, mais il sentait que c'était très méchant. Même Malia semblait scandalisée : elle ne voulait pas être la prochaine, ce qui était très probable, à subir la terreur de leur maîtresse. À sa grande surprise, Karelle prit sa défense, plein de mépris dans la voix :
- J'aiderai Theo à remonter sa moyenne, articula-t-elle dans un français impeccable. Mais, vous savez, mademoiselle, que je me demande si ce ne sont pas vos parents qui étaient alcooliques parce qu'il y a des erreurs dans la dernière question du travail. Il me semblait que «raconter» ne prenait qu'un «c» et que «week-end» était un anglicisme et que la forme correcte était «fin de semaine»? Une erreur de frappe, sans doute…
Mme Je-sais-presque-tout-et-j'insulte-mes-élèves ouvrit la bouche pour protester, les yeux exorbités d'étonnement, mais Karelle continua à la remettre à sa place :
- D'ailleurs, je pourrais rapporter votre cas d'abus verbal à la direction. Il y a des caméras, n'est-ce pas, dans les classes? Or, si vous commencez à traiter vos étudiants avec respect et de ne pas faire exprès de les couler, je pourrais peut-être oublier l'affaire? Ah, oui, au fait… Vous augmenterez la note de Malia et de Theo à un C+. L'affaire est-elle dans le sac?
La sonnerie retentit.
- Je vous laisse réfléchir à ma proposition, lui souffla Karelle avant de prendre ses choses et se sauver à sa prochaine classe.
Theo se jeta à sa poursuite, Malia sur les talons.
- Qu'est-ce que tu lui as dit? lui souffla Malia après avoir frôlé son épaule. J'ai entendu mon nom et j'ai compris «C+».
Karelle se tourna et leur fit un sourire doux :
- Je l'ai remise à sa place. Elle n'a pas le droit d'insulter les étudiants ainsi. Si elle ne veut pas que je rapporte ce qui s'est passé à la direction, je lui ai demandé d'augmenter votre moyenne à un C+. Je sais que vous aviez des «E». Ainsi, ça vous permettra de graduer et peut-être d'augmenter votre moyenne à un «B» d'ici la fin de l'année.
Elle sortit un papier d'entre ses cartables :
- Dis, vous savez où se trouve le gym? Le 51A? C'est ma prochaine classe.
Malia lui arracha le papier des mains et Theo lut par-dessus son épaule :
- Une autre classe avec moi, viens je t'y amène.
Malia lui redonna son papier en baissant les yeux :
- Je vois que tu as mathématiques avec moi après le dîner.
- T'inquiètes, fit Karelle en souriant à Malia qui daigna rencontrer son regard, je déteste aussi les mathématiques.
Theo la pressa :
- Viens, on va être en retard! Je dois aussi ramasser mon sac de sport dans mon casier. Le coach nous donne environ quinze minutes pour nous changer.
