BONJOUR. Oui je suis très en retard, mais Dieu, cette fic est HYPER LONGUE et dure à écrire (et j'étais aussi très fainéante et overbookée par la fac, sérieux, on a peut-être moins d'heures mais quand on vit seul le temps passe tellement plus vite on voit rien passer). Bref, je vous remercie tous pour vos reviews qui m'ont bougée - sisi - et particulièrement Smilie pour ses conseils et son aide.

En ce qui concerne le chapitre précédent : j'ai vu que beauuucoup étaient choqués par Samandriel et son incinération. Sachez que mon choix n'est pas irréfléchi, et que j'ai sans doute pas mal été influencée par 11 saisons de Supernatural aussi, dont certaines revues plusieurs fois. C'est pas ma faute si j'ai des lignées de sel partout dans mon studio et que j'ai toujours une barre de fer dans mon sac au cas où...

Pour ce chapitre, je dois vous prévenir d'importants spoiles (enfin plus ou moins, disons que je m'arrange pour flouter un peu) concernant le film "Snowpiercer : le Transperceneige" que j'ai regardé... hier pour pouvoir l'écrire. Vous voyez ce que je fais pour vous ? /PAN/ D'ailleurs c'est un film pas mal avec Chris Evans dedans *-*

En vous souhaitant une bonne lecture~


JOUR 2


Lorsqu'il ouvrit les yeux, Sam se rappela tout de suite où il était et ce qu'il s'était passé, contrairement à certains qu'il entendit questionner sur leur situation actuelle.

Il devait être tôt, sa tête le cognait encore et il avait l'impression de ne pas avoir dormi de la nuit. Ce qui devait être vrai, en partie. L'obscurité du tunnel s'était un peu éclaircie – à moins que ça ne soit son imagination.

Gabriel s'était déjà levé. Peut-être n'avait-il pas du tout dormi. Rien dans ses faits et gestes ne trahissait son manque de sommeil dans ce cas-là.

– Salut Sammy, dit-il en le constatant éveillé. Bien dormi ?

– Disons que j'ai connu mieux. Comment vont les autres ?

– J'en sais rien. Pas mal, je suppose.

Sam fronça des sourcils et tenta de cacher sa grimace lorsqu'il se releva, mouvement qui lui rappela douloureusement son hématome au ventre.

Au premier coup d'œil il put déduire une vision globale de la situation.

Garth et Chuck dormaient encore, le reste du groupe s'activait déjà pour la majorité d'entre eux. Jo s'était mise à préparer les rations pour tout le monde avant de les distribuer, histoire de constituer de bonnes parts équitables. Si Sam n'était pas venu voir Ash avant d'aller se coucher, il aurait presque pu croire qu'il avait veillé toute la nuit pour retrouver du réseau. Mais il voyait bien à l'expression que son visage arborait que rien n'y faisait, malgré ses habiles manipulations.

Crowley s'était renfermé dans son coin avec une sacoche sur laquelle il travaillait ardemment sur des papiers (plutôt des dossiers) qui devaient être très importants pour son boulot. Sans doute un patron d'une grande entreprise coincé au mauvais endroit au mauvais moment pour les affaires... Il allait sûrement être d'humeur grincheuse dans les heures à venir. Voire les jours à venir.

Kevin et Anna s'étaient assis à côté de Balthazar et lui posaient des questions auxquelles il répondait de son mieux. Charlie était restée dans son coin, non loin de Jo, à relire des notes sur son téléphone – sûrement celles d'un proche, vu l'expression qui trahissait son visage.

En s'approchant un peu, il vit Meg près des éboulements en train de chercher une ouverture ou quelque chose qui lui permettrait de trouver une sortie et s'échapper de là.

Sam savait que son comportement s'assimilait à de la lâcheté pour abandonner cette option-là aussi rapidement mais il valait mieux se rendre à l'évidence que c'était impossible. Meg aurait beau faire, si jamais elle réussissait à dégager une roche, elle ne pourrait jamais dégager le reste. On parlait de tonnes de roches là, pas d'une petite montagne de cailloux que l'on pouvait creuser à la pelle... Il l'entendait pester et jurer d'ici.

Par la suite, la répartition du partage de l'eau s'établit et tout le monde fut servi convenablement à la demande. Ils ne manquaient de rien pour l'instant, ce qui était plutôt bon signe. Évidemment ce n'était pas non plus le genre de repas équilibré que Sam avait l'habitude de prendre – sa « nourriture de lapin » comme disait Dean.

Garth et Jo continuaient à se charger du contrôle des produits alimentaires. Les blessés restaient bien sûr les premiers à être servis.

En fin d'après-midi, Sam et Kevin avaient tous deux observé et soigné du mieux possible les blessures de chacun d'entre eux, et même si le jeune étudiant ne disait rien et conservait un visage impassible, Sam savait au fond de lui que tout pouvait s'aggraver d'un moment à l'autre. Il suffisait simplement que l'un d'entre eux réagisse mal à ses blessure et tout pouvait plonger.

Et pourtant ils s'évertuaient à passer leur temps auprès d'eux, leur répétant encore et encore qu'ils étaient là s'ils avaient besoin de quoique se soit.

Que pouvaient-ils faire d'autre, de toute façon ?

Mais... mais ce qui lui semblait être le pire était l'état de Balthazar. Malgré son comportement qui se voulait rassurant et ses positions ironiques, il était évident que sa santé ne s'améliorait pas du tout. En une nuit, son visage avait déjà perdu de ses couleurs et ses traits s'étaient durcis. Il ne se plaignait jamais alors qu'il était en position de le faire. Il en avait tous les droits. Sam aurait presque envie qu'il le fasse. Juste pour qu'il arrête de tout prendre sur lui et de faire comme si tout allait bien. D'une certaine manière, il lui rappelait un peu Dean.

Mais non, Balthazar ne faisait rien de tout ça. Il continuait. Il hochait de la tête et souriait, sauf que Sam lisait dans ses yeux qu'il savait qu'ils ne pourraient rien faire en cas de problème. Et cette situation allait le rendre fou.

Si jamais l'un d'eux mourrait entre leurs mains, que feraient-ils ? Il vivait un véritable cauchemar. Ils vivaient un véritable cauchemar.

L'arrivée de Charlie le sortit de ses pensées morbides.

– Sam ? l'appela-t-elle en secouant un verre d'eau pour qu'il prenne une pause.

– J'arrive.

A la première gorgée, il se rendit compte à quel point il avait eu soif et l'avait ignoré. Il remercia la jeune fille avant de se mettre à discuter avec elle sérieusement.

– Où en sommes-nous avec les réserves de nourriture ?

– On a quelques boîtes de conserves et friandises, dit-il. En ce qui concerne les boissons, nous n'avons plus que cinq ou six bouteilles d'eau et une de bière.

Ça ne leur donnait qu'au maximum quatre jours, peut-être cinq en positivant.

– Hey. Tu fais du bon boulot. C'est impressionnant ce que tu arrives à garder ton calme comme ça, tu te donnes vraiment à fond.

– Hein ?

– J'ai beau me répéter sans cesse de garder mon calme, j'aurai été incapable de faire ce que tu fais. Seule, j'aurai certainement paniqué.

– Mais tu te serais rapidement reprise, lui assura Sam.

– Peut-être.

Elle ne paraissait pas vraiment convaincue.

Ils s'essayèrent contre la paroi en s'arrangeant pour ne pas avoir trop froid, et soufflèrent un instant. Charlie tournait et retournait entre ses doigts un pendentif. A la manière dont elle en prenait soin, on pouvait aisément deviner qu'il lui venant de quelqu'un qui lui était cher.

L'attention de Sam fut attirée par la jeune femme sur la photo lorsqu'elle l'ouvrit.

– Qui est-ce ?

– Ma petite-amie. Dorothy.

Sa voix était chargée d'émotions et il paraissait évident qu'elle éprouvait un besoin vital de parler avec quelqu'un. Sam l'invita à s'ouvrir de son mieux possible.

– On était supposée partir en voyage la semaine prochaine. Elle travaille énormément, bien trop. Je fais ce que je peux de mon côté, et le week-end dernier, je lui ai annoncé que j'avais assez économisé pour nous autoriser un voyage, et faire en sorte qu'elle se repose un peu.

Elle se recroquevilla un peu plus sur elle-même.

– Dorothy est la seule personne qui se soit autant dévouée pour moi depuis que ma mère est à l'hôpital. Elle est la personne la plus importante de ma vie, et si je meurs, je n'aurai jamais l'occasion de lui dire. Ça paraît... ça paraît stupide, hein. Mais... je pense lui écrire quelque chose sur mon téléphone au cas où, si je ne m'en sors pas. Je t'arrête de suite, je n'ai aucune intention de mourir. Mais je suis réaliste, et... tu devrais faire de même.

Sam l'écouta sans un mot.

Il hocha simplement de la tête, sachant parfaitement que Charlie le voyait autrement, plutôt comme la certitude de laisser une trace derrière elle à ceux qu'elle aime. Mais lui ne pouvait pas faire ça c'était comme renoncer à s'accrocher à la vie. Tout ça n'était bien sûr que dans la tête purement psychologique, mais d'un autre côté... ça avait son importance.

De tout manière, le jeune homme n'avait aucune idée de ce qu'il pouvait bien dire à Dean et Bobby. Ce n'était pas sa faute s'il avait été pris dans cet éboulement, et ils savaient déjà qu'il les aimait. Pour lui, laisser une note ne ferait que retourner le couteau dans la plaie. Il n'avait aucune idée des mots qu'il devrait choisir, ou pas. Que pouvait-on bien pouvoir dire à la veille de sa mort... ?

Charlie s'excusa en disant qu'elle devait aller voir où en était Kevin, mais il était clair qu'elle voulait seulement avoir un moment pour elle, seule.


Gabriel traînait de plus en plus avec lui quand ce n'était pas pour rester avec Balthazar ou pour scruter les rochers écroulés, comme s'il pensait pouvoir les dégager par magie. Il passait le plus clair de son temps à lancer des remarques ironiques et emplies de sarcasme à tout va... et si, au départ, cela avait prodigieusement agacé Sam, il lui en était maintenant reconnaissant, car il lui rappelait la vie « à la surface » et l'espoir de la retrouver – même s'il se garderait bien de le lui dire.

Il y avait un certain degré de patience et il n'allait pas l'encourager au risque d'avoir un Gabriel insupportable sur le dos vingt-quatre heures sur vingt-quatre. D'autant plus qu'il n'avait aucun échappatoire ici.

– Si j'pouvais, je dirai pas non à une bouteille de bière, grommela-t-il subitement.

Sam soupira. Il ne dirait pas non non plus pour être honnête.

– T'as qu'à t'imaginer que l'eau que tu bois est de la bière, lâcha-t-il sans se rendre vraiment compte qu'il reprenait les paroles que lui jetait son frère lorsqu'ils étaient petits, quand il râlait et voulait manger autre chose que ce qu'il avait dans le plat.

– C'est vraiment con comme conseil, maugréa Gabriel.

– Je ne te le fais pas dire.

Il haussa un sourcil.

– Alors pourquoi tu ressors des âneries pareilles ?

– Pour que tu la boucles peut-être, mais ça a pas l'air de marcher.

– Ça m'étonnerait que ça arrive un jour, ou alors le Père Noël fait sa relève de cadeaux sur une paire de Nimbus 2000 et ses rennes sont des licornes arc-en-ciel.

Le jeune homme retint un sourire.

– J'ai vu que t'avais pas encore mangé, reprit Gabriel. Fais gaffe, parce que niveau bouffe, tout le monde s'observe et si tu abandonnes ta part, quelqu'un pourrait bien te la prendre. A commencer par moi.

– Tu veux rire ? rétorqua Sam. T'as quasi-rien avalé.

– C'est parce que j'ai déjà des réserves de graisses moi. Et puis je suis habitué.

– Menteur.

– Change pas de sujet, à la base on parlait de toi et de ta cervelle de moineau.

– On n'a jamais parlé de ma cervelle de moineau.

– Maintenant c'est fait.

Il y eut un temps de pause. La fatigue se sentait, c'était presque comme si elle s'avançait sournoisement dans le noir et qu'elle s'apprêtait à les assaillir d'un moment à l'autre.

– Je vais retourner voir Balthazar.

– Ouais.

Sam passa à côté de lui en lui frôlant l'épaule. Il le sentit se figer, comme s'il voulait ajouter quelque chose, et demanda :

– Oui ?

– … Non, rien. Fais juste pas l'idiot avec tes portions, sinon tu pourrais bien être le premier à t'évanouir. Et là, ils vont tous paniquer. Moi j'm'occupe pas de ces cas-là, lâcha-t-il d'un air dédaigneux.

Évidemment, il n'allait pas trop s'enfoncer dans la gentillesse non plus. Il restait désagréable un minimum.

– T'inquiète pas. Et... fais attention aussi, répondit Sam en esquissant un faible sourire.


– PUTAIN ! REVIENS ICI ! SALE VOLEUSE !

Sam se réveilla brutalement en sursaut et fut sur pieds en moins de temps qu'il n'en fallait. Le temps que sa vue s'adapte à nouveau à l'obscurité, il réalisa qu'il s'était assoupi sans le vouloir et, de s'être laissé aller comme ça ne lui plaisait absolument pas. Il voulut se giffler lui-même.

– Sam ! cria quelqu'un, sans doute Kevin.

En balayant les environs du regard, il comprit assez rapidement que les choses avaient commencée à déraper durant son « absence ». Du coin de l'oeil, Sam vit Gabriel grincer des dents. Le calme et l'ordre n'avaient vraiment pas tenu longtemps.

– ARRÊTE-TOI, SALOPE !

Un homme et deux femmes se coursaient sur les rails ; la première protégeait un sac dont les bouteilles d'eau dépassaient, les deux autres la harcelaient d'insultes et lui intimaient de revenir. Avant que Sam ou quiconque n'ait le temps d'intervenir, Chuck – l'homme qui poursuivait la voleuse – se jeta sur elle et la plaqua au sol. Le bruit du sac percutant le gravier suivit de l'eau s'écoulant hors de leurs bouteilles résonna aux oreilles de Sam.

Et merde.

Garth s'interposa et les sépara énergiquement tandis que Sam, qui s'était rapproché pour se rendre compte des dégâts, fixait avec indifférence la fille qui hurlait avec fureur au sol. C'était Meg.

Jo râlait à côté en constatant qu'il ne restait plus grand chose de leur réserve d'eau. De trois bouteilles, il ne restait qu'une remplie et demi, peut-être un peu plus. Elle récupéra ce qu'elle put et jeta les deux autres, vides, au loin avec force en poussant un cri de rage. Puis, de dégoût et de colère, elle balança un coup de pied dans le ventre de la voleuse qui poussa un grognement de douleur.

– TU TE RENDS COMPTE DE CE QUE TU VIENS DE FAIRE ? cracha-t-elle.

L'autre ricana.

– Hé ben quoi ? Fallait pas rêver, tu croyais vraiment que tout allait se passer comme vous le vouliez ?

Jo leva le poing mais Kevin s'interposa avant qu'elle n'ait le temps de faire quoique se soit.

– Attends !

– Elle a tout brisé ! Tout ! Notre chance de survivre ! Tu sais ce que ça veut dire, Kevin ?!

– On va déjà faire le point, et puis on verra. On est pas des sauvages, c'est pas en s'emportant que ça ira mieux.

Sam fixa Kevin, impressionné. Ce n'était qu'un adolescent, un gosse, et il se comportait en parfaite connaissance de cause, bien mieux que certains adultes.

– Relevez-la, demanda Sam en s'adressant à Chuck.

L'homme grimaça mais obéit. Dans un réflexe de survie – stupide – Meg voulut se carapater une fois libérée mais Sam s'interposa de toute sa taille – et inutile de préciser que sa taille, elle était assez impressionnante, surtout dans un immense tunel sombre. L'effet n'aurait pas été le même si quelqu'un comme Gabriel s'était mis à sa place.

Elle lâcha un rire nerveux et cracha par terre. Sam discerna un œil au beurre noir lorsqu'elle se tourna vers la droite. Il fronça les sourcils. Les autres n'avaient juste pas eu le temps de lui en mettre une, du moins pas au visage, alors qui lui avait infligé cette blessure ? Elle ne l'avait pas au départ.

– Quoi ? Qu'est-ce que t'as à me fixer ? T'as du malQu'est-ce qu'il y a, Sam Winchester ? Hein ? Tu vas me punir ? M'attacher quelque part ? Me frapper, comme l'autre blonde ?! Mais vas-y, fais-toi plaisir, qu'est-ce que ça changera ?

Elle n'était pas du genre à vivre aux crochets des autres, bien au contraire. Elle était plutôt le type de fille à en avoir vu des vertes et des pas mûres, et ça se sentait rien qu'avec son attitude et sa mine revêche.

Le partage et elle, ça faisait trois. Ça ne l'étonnerait même pas si elle n'en connaissait pas l'exacte signification.

– De toute façon, personne ne sortira d'ici vivant ! ricana-t-elle. Vous le savez déjà tous putain, arrêtez de vous berner !

– Non, le coupa Sam. Ce n'est pas vrai. On sortira tous d'ici vivants, promit-il.

– Ouais c'est ça, marmonna quelqu'un.

– Ne la laissez-pas partir, ordonna Chuck avec plus ou moins d'assurance. Elle va devoir payer ce qu'elle a fait.

Leur système d'organisation commençait à virer de bord et chancelait dangereusement. Il ne pouvait pas laisser ça se produire. Pas alors qu'ils n'étaient qu'au deuxième jour : qui sait combien de temps allaient-ils rester là-dedans ?

Il devait faire quelque chose pour réparer ça. Tout de suite. Avant que ça ne dégénère.

– Non, ça ira, annonça Sam en se retournant, le sourire au lèvre. C'était ma part. Je boirai moins. Alors s'il vous plaît, calmez-vous.

L'hésitation et la béatitude se lut sur leurs visages, mais Sam se concentra sur ce qu'il venait de décider sans vraiment y réfléchir en prenant bien soin d'ignorer Gabriel qui le fusillait du regard.

De toute façon, il n'y avait pas trente-six mille façons de les calmer. Il préférait encore se priver de ration que d'avoir à subir quelque chose comme l'incinération de Samandriel une nouvelle fois.

– Sam, dit-il d'une voix dure en se retenant d'ajouter « putain de merde ».

– Bordel, que quelqu'un la frappe, on peut pas accepter ça ! répliqua Jo. Sam, on ne peut pas laisser passer ce genre de choses, c'est bien trop grave !

– Hey, tu l'as déjà frappée, tu crois que c'est pas assez déjà ?

Ash se mit face à eux et attira toute leur attention.

– Ne vous inquiétez pas, on va s'occuper d'elle, lança-t-il en posant sa main sur l'épaule de Sam. On va déjà l'emmener quelque part qu'elle réfléchisse un peu à ce qu'elle a fait, mais elle reste dans notre champ de vision, pendant une heure. Et je ne partage pas ton avis, Sammy. Elle n'aura pas sa part d'eau, du moins pas avant après-demain.

– Elle a déjà bu aujourd'hui ?

– Oui.

Il réfléchit.

– Ok.

Les autres haussèrent un sourcil.

– Ok ?

– Ouais. On verra plus tard au pire.

Ils « attachèrent » – ou plutôt immobilisèrent – Meg à une porte brisée du train et l'abandonnèrent là un moment pour se réunir et faire le point sur la situation.

– Tout le monde est là ?

Tout le monde était là – sauf Meg, qui les insultait au loin.

– Jo, on a quoi niveau boisson ? Nourriture ?

– On se serre la ceinture et ça passe. Mais on se serre la ceinture. Vraiment.

Il hocha de la tête.

– On va bientôt distribuer la dernière ration de la journée, diminuée elle aussi du coup.

Chuck se risqua à prendre la parole.

– Mais on va pas mettre autant de temps que ça à se faire secourir, si ? J'veux dire, à vous entendre on a de quoi tenir une quasi-semaine, mais demain ou après-demain grand max, ils auraient le temps de nous dégager... non ?

Les regards se braquèrent sur lui. Sam jeta un coup d'oeil à tous les visages présents, et si la question paraissait débile – évidemment qu'ils n'avaient aucune idée de combien de temps ils resteraient là, et que même s'ils se faisaient secourir le lendemain avec beaucoup de chance, il valait mieux prendre des précautions – il décela une pointe de soulagement d'après certaines expressions.

Chuck avait posé une question que personne jusqu'à présent n'avait encore osé poser.

– On ne sait jamais, répondit-il simplement.

Et, aussi étrange que cela pourrait-il paraître, les autres se contentèrent de cette réponse sans plus s'enfoncer dans un pessimisme-défaitiste sur leur situation actuelle.


Ils allaient se coucher lorsque Chuck et Anna les appelèrent subitement.

– Hey ! Hey, venez voir !

La joie trahissait ses paroles, ce qui excita la curiosité des rescapés qui accoururent en moins de deux.

– Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?

Chuck croisa leur regard et son sourire se fana en réalisant ce qu'il venait de générer.

De l'espoir. Inutile.

– Oh... Oh, désolé, je sais que vous aimeriez que je vous dise que j'ai trouvé une solution pour sortir mais j'ai rien...

A ces mots, l'atmosphère redevint subitement plus lourde.

– … mais j'ai trouvé mon lecteur DVD, je croyais qu'il avait été détruit pendant l'accident, mais il fonctionne. J'ai justement acheté un DVD récemment et il reste assez de batterie pour tenter de le visionner... pour nous changer les idées, ça vous dit... ?

En vérité, c'était presque une supplication.

Foutons le camps de nos responsabilités un moment et réfugions-nous dans un univers fictif juste pour échapper à cette réalité de merde qui nous détruit tous un peu plus à chaque seconde. Par pitié.

– Et Ash, tu pourrais pas plutôt le trafiquer cet ordi pour joindre le monde extérieur ? questionna Balthazar qui n'avait encore rien dit jusqu'à présent.

Ash ne répondit pas et ôta l'appareil des mains de son possesseur pour l'installer sur ses genoux. Il le trafiqua durant cinq minutes, peut-être moins, avant de secouer la tête négativement.

– Désolé.

Soupir général.

– Bon, c'est quoi ton film Chuck ?

Snowpiercer, le Transperceneige. On m'avait dit que c'était un bon film...

– Je l'ai vu, il est pas mal, confirma Balthazar.

– De quoi ça parle ? questionna Crowley.

– Quoi, t'en as jamais entendu parler ?

– Si je demande c'est pas pour le plaisir, abruti, grinça l'homme.

– Bon, c'est un genre de science-fiction américano-franco-sud-coréen où l'espèce humaine est en voie d'extinction et toute la planète est gelée, le seul endroit où ils peuvent vivre c'est dans un immense train.

– … Tu te fous de notre gueule, c'est ça ? s'énerva Crowley. Ça se passe dans un FOUTU TRAIN ?

– Ben... c'est le seul DVD que j'ai sur moi, s'excusa Chuck comme s'il y pouvait quelque chose.

Crowley n'attendit pas d'en entendre plus.

– C'est bon, moi j'me casse.

Il se releva et retourna dans son coin où il avait rangé sa sacoche avec ses documents administratifs de travail. Les autres s'appliquèrent vivement à ne pas faire attention à lui – comme d'habitude. Ils avaient bien compris que ce type avait un foutu caractère et qu'ils n'avaient aucun intérêt à se frotter à lui.

Au même moment, Meg, qui avait été relâchée il y a peu, passa à côté du petit groupe sans leur prêter attention. Anna, prise d'une brusque bouffée de générosité, se tourna vers elle.

– Tu viens voir Snowpiercer avec nous, Meg ?

La jeune femme lui adressa un regard hautain.

– J'en ai rien à foutre de votre film, rétorqua-t-elle.

Et elle s'éloigna vers les décombres sans un mot. L'attention du groupe se recentra sur le lecteur DVD, et se mirent d'accord pour le visionner. Ils s'installèrent tous les uns à côté des autres comme un groupe d'amis en soirée « pyjama », mais ils n'étaient proches non pas parce qu'ils étaient devenus les meilleurs amis du monde tout d'un coup, mais plus pour se tenir chaud et faire en sorte que tout le monde puisse voir l'écran et ne pas se gêner mutuellement. Ils s'étaient donc entassés sur des bouts de sièges qu'ils avaient dégagés et croulaient sous les couvertures qu'ils s'étaient fabriqués – il ne faisait pas si chaud que ça, sous terre. Et puis, regarder un film où le monde extérieur n'était que neige et glace n'aidait psychologiquement pas à avoir plus chaud.

Sam se retrouva coincé entre Charlie qui décida de faire de Sam sa peluche attitrée pendant le film en lui arrachant son bras lors des scènes les plus violentes – ce qui en fin de compte comportait 93% de l'histoire – et Gabriel qui commentait chaque scène sarcastiquement, avec parfois l'approbation de Balthazar. Kevin, Ash et Anna se taisaient et observaient, Jo se tendait nerveusement au moindre bruit et Garth flippaient littéralement sans le cacher et poussait des cris à tout bout de champ, notamment lorsqu'il hurla au bout de même pas quinze minutes de film : « OH MON DIEU SON BRAS ! » et qu'un Crowley furieux lui gueula au loin de la fermer mais que, à sa grande surprise, tout le groupe prit sa défense et envoya poliment l'homme mal rasé paître.

On n'insultait pas Garth. Point.

– J'aime Curtis, annonça Charlie comme si elle déposait un brevet sur son personnage préféré du film et qu'il lui appartenait.

– Edgar, il me fait penser au majordome dans le dessin-animé Disney des Aristochats.

– … Tu sais que rien que ce genre de remarques peut gâcher tout le film ? lâcha Chuck.

Gabriel lui adressa un sourire rayonnant.

– De rien, lui dit-il innocemment.

– « Ceci est le chaos en pointure 44 » releva Balthazar. Magnifique.

– Je confirme.

– Cette bonne femme aux dents de cheval me dégoûte, marmonna Jo.

Un long silence suivit cette déclaration avant la première révolte où Garth laissa échapper :

– IL VA CREVER !

Chuck leva légèrement le bras en lâchant un « tch » agacé.

– Il va mourir je vous dis.

– Mais non il va pas mourir ! On voit que lui depuis le début, c'est le héros de l'histoire. Et puis on en est même pas à la moitié, là.

Le soulagement se lut sur les traits de son visage.

– Ah oui, c'est vrai.

– Putain, ils ont vraiment pas de balles ces cons !

C'est au bout d'un énième assaut que Jo se replia sur elle-même en gémissant.

– Nooon ! Pas lui, je voulais pas qu'il meurt ! se lamenta la jeune femme blonde.

– Il allait mourir, c'était évident, dit Chuck.

– Ah ouais ? Et pourquoi ?

Il se tourna vers elle comme si sa question n'avait aucun sens à ses yeux. Ce qui devait être le cas, d'après son comportement.

– Il avait une tête trop sympa ! justifia-t-il

– Quoi, tu tues les gens parce que leur tête est « trop sympa » toi ?

– Non mais du coup, le public l'aime bien, et ça arrache des larmes,

– …

– La catharsis ça s'appelle, murmura Kevin dans son coin sans que grand monde ne l'entende.

– … Quoi ? continua Chuck en ignorant le jeune Asiatique.

– Rien, je me demandais juste comment tu fais pour vivre en analysant toujours tout et paraître aussi insensible.

– Je suis écrivain, répondit simplement Chuck comme si c'était la réponse à tout.

Le film durait deux heures, plus ou moins. Ce temps passé à regarder un film parut mettre en pause leur propre temps de vie. C'était un véritable trésor que d'avoir trouvé une distraction, un loisir dont ils pouvaient profiter dans cet endroit.

Toutefois, à la scène de confession de cannibalisme, personne ne pipa mot. Par absorption totale du film ou par peur de reporter le scénario du film à leur situation actuelle ? Quoiqu'il en soit, le sentiment général des rescapés se résumait à l'horreur de la révélation du passé de Curtis.

Et puis ce fut exactement à 1h36 de film que Charlie péta un plomb – après que la secrétaire blonde ait tiré sur Namgoong Minsu.

– LE CHINOIS ! cria-t-elle.

– Coréen, je crois que c'est un Coréen, reprit Balthazar.

– LE CHINOIS !

– Je crois qu'il est Co-

– RIEN A FOUTRE ! L'ASIATIQUE !

– ...

– Regarde, il est pas mort, tenta de la rassurer Garth.

– … Pas encore, ajouta sournoisement Gabriel.

Charlie retira son bras de celui de Sam qui somnolait plus ou moins et tenta de frapper son voisin sans grand succès – par contre elle avait bien réussi son coup sur Sam, point sur lequel elle s'excusa platement tandis que Gabriel se moquait sans retenue à côté.

Et puis l'ordinateur s'éteignit sans prévenir.

Et le silence retomba sur le groupe comme un voile de mort.

– Q-Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

– Il restait vingt-neuf minutes c'est une blague ?

– IL VENAIT ENFIN D'ENTRER DANS LE PREMIER WAGON !

– On a même pas pu voir Wilford.

Silence.

Ils n'avaient pas envie de bouger, crevaient d'envie de voir la suite et se sentaient trahis par le lecteur DVD de les abandonner au moment crucial de la fin. Foutue batterie. Elle n'aurait pas pu faire mieux.

– Du coup quelqu'un l'a déjà fini là... ? Juste histoire de connaître la fin... demanda Anna.

– A la fin ? Il meurt, lança Ash.

– …

– … Je blague.

– … C'est pas drôle.

– Crétin.

Ils rangèrent l'appareil et, trop fainéants pour bouger, se décalèrent seulement un peu et prirent la décision de dormir sur place pour la nuit – si nuit il faisait bien. De toute façon, ce n'était pas comme s'ils avaient beaucoup d'endroits très différents où ils pouvaient aller coucher.

Ils passèrent une bonne demi-heure à discuter et débattre sur le scénario du film et de ce que chacun en pensait, et puis finirent par émettre quelques hypothèses sur la fin et votèrent même sur celle qui semblait la plus sympa et logique à avoir. En fin de compte, malgré son thème assez dur et percutant, l'idée de se visionner Snowpiercer n'avait pas été si mauvaise et l'on remercia Chuck.

Sam s'allongea aux côtés de Gabriel et Charlie, enfouis sous un tas de couvertures, en songeant, le sourire aux lèvres, qu'ils ne craindraient rien pour le vol de nourriture ce soir puisqu'ils avaient tout rangé dans une valise sécurisée dont Jo avait la clé. Et avec Jo aux commandes, ils ne risquaient rien.

Tout n'allait pas si mal.


J'espère que vous aurez apprécié ce chapitre, n'hésitez pas à me laisser une review et même à me bouger en PM même de temps en temps, ça peut marcher - sauf si j'ai des exams ahah *cries* Mais je dois quand même vous avouer qu'avec toutes les fics en cours - ceux qui me suivent auront d'ailleurs constaté mon amour un peu trop énorme pour One Piece dernièrement - je fais de mon mieux.

A Oli la patate : sache que j'ai éclaté de rire en voyant ton commentaire. Merci par ailleurs, et je suis (pas) désolée d'écrire cette fic. Par contre, je regrette d'avoir dit que je m'inspirait d'un anime parce que du coup ça vous spoile pas mal mon histoire ;-; (si jamais des lecteurs lisent les reviews, je vous demanderai par ailleurs de ne pas nommer le manga dans vos commentaires histoire de ne pas le dévoiler)

Merci encore !