Les membres de La meute restèrent un instant interdits, un peu effrayés. Néanmoins, ils ne posèrent pas de questions, ils connaissaient suffisamment le tempérament du père de la jeune fille pour savoir qu'il y avait dans le sang des Yukinokaze une sorte de goût du sang…

L'un d'entre eux, Hoko, remit une mèche de ses longs cheveux d'argent en place et se décida à aller aborder la survivante…Il rangea son immense lance dans l'étui qu'il portait dans le dos et s'approcha à pas lents de la jeune fille. Cette dernière lui jeta un regard étrangement neutre, en comparaison de la colère qu'elle avait dégagée quelques instants auparavant. Sans chercher plus loin, il lui tendit la main et l'aida à se relever.

"Dame Fuyuko…votre mère doit vous attendre…

- Ma mère a déjà sûrement succombée aux blessures que lui a infligé le monstre qu'est mon géniteur…répondit, tranchante, la jeune fille

- Je suis sure qu'elle sera restée en vie le temps de vous dire au revoir, répliqua doucement Yumi, une autre garde, en tapotant doucement son épaule.

- Alors allons y, répondit la jeune fille"

Suivie par les quatre ninjas, l'enfant partit en courant sur les toits, jusqu'à la demeure des Yukinokaze. Quand elle rentra dans la pièce principale, elle vit que toute la maisonnée s'affairait, tentant de sauver la maîtresse de maison, envoyant des émissaires avertir Sandaime, se préparant aux recherches pour retrouver le fugitif. Fuyuko alla jusqu'à la chambre de sa mère, où cette dernière, enveloppée dans une couverture tachée de sang, reposait, debout devant la fenêtre, d'où elle pouvait voir le jardin éclairé par le clair de lune. Elle fit un timide sourire en voyant son aînée revenir, cette dernière le lui rendit.

"Allez, intima-t-elle à tous ceux qui se trouvaient dans la pièce, je dois m'entretenir avec elle"

Tout le monde savait bien qu'elle n'en avait plus pour longtemps…Bariki avait, en la transperçant, touché d'un seul coup une dizaine de points vitaux…Ils obtempérèrent donc, respectant la dernière volonté de leur maîtresse.

"Fuyuko…

- Mère…je vous vengerais…

- Fuyuko, nous as-tu jamais aimé, ton père et moi ?…

- Mère, mon père a bafoué votre honneur, et de plus…

- …de plus ?

- …vous avez tout de même été ma mère, et une bonne mère, de surcroît. Et, malgré qu'un shinobi ne doive pas se laisser submerger par ses émotions, votre mort prochaine m'attriste…"

La mère resta interdite en entendant ces paroles, tellement inhabituelle venant d'une petite fille qui avait toujours été solitaire et qui avait très jeune compris le 25ème commandement des ninjas : "Tu ne montreras jamais tes sentiments".

"Je ne pensais pas entendre un jour ces mots sortirent de tes lèvres…

- Mère, pour vous, je deviendrais l'une des plus puissante shinobi du monde, et je tuerais mon père, afin que votre honneur souillé soit lavé de cet affront et que vous puissiez reposer dignement…

- Fuyuko…je ne te demande pas cela, je…"

Elle tomba à terre, la position debout était maintenant devenue intenable. Elle le sentait, la mort n'allait pas tarder à venir la chercher, elle sentait déjà sa main qui s'approchait de son épaule…Elle la repoussa…Elle fut prise d'une toux atroce, et du sang surgit à la commissure de ses lèvres, coulant le long de son visage d'albâtre, le visage d'une princesse…ou même celui d'une reine.

"…occupe toi de tes frères et sœurs…transmet leur le savoir de leurs deux familles, afin qu'ils soient aussi dignes, respectés ou crains que tu le seras, car je ne doute pas que tu seras une grande, très grande shinobi…"

Elle marqua une pause, reprenant son souffle, et avalant difficilement sa salive. Cette dernière était maintenant imprégnée d'un infernal goût de sang…

"Fuyuko, une dernière chose…"

Elle fit apparaître un énorme rouleau recouvert de symboles, sur lequel étaient marqués, côte à côte, les noms de tous les membres de la lignée Kesshônohiryû, jusqu'à celui de sa mère, Kenmei.

"C'est maintenant à toi, ma fille, la plus puissante de notre lignée, de devenir la compagne de Kyoshôhiryû(1)…"

Fuyuko s'écorcha le pouce sur sa dent, un filet vermeil s'écoula le long de son doigt. Elle s'en servit pour écrire de son sang son nom sur le parchemin.

"A présent, devient ce que tu dois devenir, ma fille !"

Et, dans un râle, la femme s'effondra contre sa fille, lui donnant alors sa place de matriarche des Yukinokaze Kesshônohiryû. Fuyuko s'agenouilla, doucement, et se mit à pleurer sans bruit, les larmes roulant sur ses joues avant d'aller perler dans les cheveux de sa mère.


(1) Kyoshôhiryû signifie "Grand maître des dragons"