Maybe I'm ashamed to want you back, maybe I'm afraid you'll never stay. *
« Ce n'est plus qu'une question de temps. »
« De temps ? » répéta-t-il, incrédule.
« Oh, chéri, tu sais de quoi je parle. »
Le blond pencha la tête en plongeant ses prunelles claires dans le regard sombre de son interlocuteur. D'une voix dure, il s'écria : « Je croyais qu'on avait un accord ! » « Avait. En effet. » Il plissa les yeux et déglutit difficilement. Foutue faiblesse. « Tu ne peux pas. » Le brun s'approcha de lui, un macabre sourire collé aux lèvres. « Je m'ennuie. » murmurèrent ses lèvres. Il épousseta son costume noir d'un geste dédaigneux et continua : « J'ai besoin d'action. » « Pas lui. » « J'ai besoin d'un nouveau jeu ! »
Après avoir quitté Mrs. Hudson, John était remonté dans sa chambre, un air penaud figé sur le visage. Il se maudissait d'avoir eu une idée si stupide. Il ne voulait pas tourner la page. Il s'accrochait à un espoir ridicule, immature, impossible. Une espèce de rêve irréalisable mais qui le plongeait dans une douce léthargie à chaque fois qu'il fermait les yeux, qui le berçait de courage chaque matin quand il les rouvrait. Le matin, quand son pied heurtait le parquet froid de sa chambre, il espérait de tout cœur retrouver son ami dans le salon, assis sur son fauteuil ou debout, les yeux rivés sur la rue et son Stradivarius collé au menton.
Mais il n'y avait rien.
Aucun bruit. Du néant. Le silence habituel quand il versait de l'eau chaude dans sa tasse.
Alors il attendait le soir.
Il espérait rentrer du travail et le voir, allongé dans son lit, endormi.
Mais il n'y avait rien.
Aucun bruit. Ce même néant. Ce même silence habituel quand il se déshabillait pour aller se coucher. Pas l'ombre d'un revenant, pas le moindre espoir. Mais il s'accrochait, il ne renonçait jamais. Il y avait cette foutue conviction au fond de lui. Il avait très vite arrêté de visiter sa tombe, il ne supportait plus de voir son nom gravé sur cette pierre noire qui lui rappelait que trop bien la couleur de ses cheveux.
Lorsque son regard sauta d'un détail à un autre dans sa chambre, il ressentit un pincement au cœur. Il se revoyait, quelques ans plus tôt, le sourire aux lèvres, le corps chaud d'adrénaline et jamais, jamais, il n'aurait pu penser qu'il allait devoir faire face à la mort de son meilleur ami. Il soupira profondément blessé.
Il ne savait pas par où commencer mais il repoussait l'instant où il devrait toucher à la chambre de son ami. Il se sentait stupide de garder la chambre du détective, mais il continuait d'y croire, son cœur n'arrivait pas à renoncer à la possibilité de le revoir franchir le seuil de la porte, habillé de son long manteau noir et son écharpe bleue. Il baissa la tête et renifla. Au fond, il devait… grandir. Mûrir. Passer à autre chose. Oublier. Mais encore une fois : « Je ne le peux pas car je ne le veux pas » capitula-t-il dans un murmure. Il voulait vivre avec les souvenirs de son ami et de ces espoirs construits par son cœur au fil des jours passés sans lui.
Puis, John l'aimait trop pour l'oublier.
Il ferma le dernier carton dans un ultime effort.
Il soupira. Il avait accumulé tellement de babioles au cours des trois dernières années, sans s'en rendre compte qu'il en restait étonné. Chaque objet lui rappelait une enquête, une remarque sarcastique de son ami, un fou rire, une course poursuite… Il regarda sa chambre.
Elle était aussi vide qu'à son arrivée. Il sentit un frisson parcourir son échine pendant que son cœur se faisait bouffer par la nostalgie. Il se souvint de la première fois qu'il s'était allongé dans ce lit après avoir couru dans Londres. Cette nuit-là, dans ses draps, il avait ri comme il ne l'avait jamais fait. Son rire découlait de l'adrénaline qu'il avait accumulée tout au long de la soirée. Jamais dans sa vie, même devant l'horreur de la guerre, son cœur avait battu autant que lorsqu'il avait été avec le détective. Il sourit. Enfin, sortant de sa douce léthargie habituelle, il attrapa son téléphone qui trainait encore sur sa table de nuit et se hâta de taper un message.
Mycroft hocha la tête pendant que son regard vacilla d'une ligne à une autre.
John observa patiemment sa posture, à peine aussi gracieuse que celle de son frère, avec ses jambes croisées et son pied qu'il secouait nerveusement. « Bien. » conclut-il après avoir terminé sa lecture. Il avait l'air contrarié, son sourire était forcé et retombait parfois dans une profonde anxiété. John arqua un sourcil et attendit une réaction. « Je suppose que je ne puisse rien faire pour vous en dissuader. » John esquissa un sourire peiné qui voulait tout dire. « Vous comptiez beaucoup pour mon frère, vous êtes certainement la personne la plus – » D'un geste de la main, le docteur mit fin à toute conversation, mal à l'aise. Il avait pris sa décision, il ne voulait pas reculer. Du moins, pas maintenant.
« Mycroft, je ne peux me résoudre à quitter Baker Street puis, un peu de compagnie ne me fera pas de mal, je hais la solitude. » L'aîné des frères Holmes lâcha un soupir, le regard plongé sur la feuille de papier noircie de la main du blond, puis, questionna innocemment : « Et Mary ? Mary Morstan ? Très jolie femme, brillante. » John eut un rire nerveux et plongea ses lèvres dans sa tasse encore chaude de thé. « Bien. » répéta Mycroft. Le blond voulut lui demander s'il allait bien, s'il pouvait l'aider. Il semblait désespéré, et avant qu'il ne puisse ouvrir la bouche, le brun continua : « Le loyer me semble respectable, mais… Accordez-moi cette faveur : envoyez-moi l'identité des personnes qui se présenteront. Je ne veux prendre aucun risque. » John hocha la tête. Après tout, l'homme avait fait tellement pour lui qu'il pouvait bien lui faire ce plaisir. Puis il avait su qu'il n'allait plus jamais avoir de vie privée le jour où il croisa les frères Holmes. Mais il s'en était accommodé et il sourit avec tendresse.
Mycroft finit par se lever, son éternel parapluie noir coincé sous le bras. « J'ai failli oublier… » Derrière John, Anthea se tenait majestueusement contre l'encadrement de la porte, un sac en carton coloré d'un vert pâle. Ses talons claquèrent au fur et à mesure qu'elle approchait du docteur. « Je suis passé par Paris ce week-end, charmant. J'ai pensé que ces quelques gâteaux vous feront plaisir. Ils appellent ça des chouquettes et des macarons. » expliqua l'homme. John attrapa le sac que lui tendait cette femme qu'il avait trouvé magnifique un temps.
Lorsque son regard croisa le sien, il se voyait en elle. Toujours auprès de Mycroft, comme il l'avait été pour son frère, toujours à leurs côtés pour servir, aider… Il lui sourit chaleureusement, et après lui avoir répondu d'un sourire crispé, elle quitta l'appartement. « Merci beaucoup. » John plongea ses doigts, curieux dans le paquet. « Mon régime n'a pas survécu. » rit froidement Mycroft, comme s'il s'était mis à haïr la pâtisserie française.
« Pourquoi êtes-vous allé à Paris ? »
Le sourire du plus vieux s'agrandit pendant que ses mains se resserrent autour du parapluie.
« La routine. » répondit-il sur un ton mystérieux en saluant d'un signe de tête l'ancien militaire.
Bonjour à tous !
J'ai l'honneur de vous annoncer que je poste ce chapitre en tant que... bachelière !
Et sinon, merci à tous pour vos reviews et à ceux qui suivent déjà mon histoire.
Le prochain chapitre se promet beaucoup plus intéressant, je vous le promet ! Merci et bonne vacance !
P.S : n'hésitez pas à me signaler des fautes.
* Heartbeat, JJAMZ.
