Il l'attendait. Son ombre se reflétait sur la surface immobile du grand lac. Les mains dans ses poches, il grattait la terre du pied, attendant son amie. Cedrella prit une grande inspiration et avança vers le garçon. Elle était sûre d'elle, bien plus qu'elle aurait imaginé.

Lorsqu'elle arriva à quelques mètres du Gryffondor, celui-ci releva la tête et afficha un grand sourire. D'un pas rapide, il la rejoignit. Sortant sa baguette, il murmura un Lumos qui éclaira leurs deux visages. Cedrella retint un soupir lorsqu'elle croisa le regard sombre de son ami. Les cheveux ébouriffés par le vent, il maîtrisait parfaitement l'attitude rebelle et détachée qui plaisait tant aux filles. La Serpentard ne faisant pas cas d'exception. Gênée par cette proximité nouvelle et par le silence qui s'était installé, Cedrella se mit à marcher.

Le Gryffondor fit disparaître la lumière blanchâtre du bout de sa baguette et la rattrapa en quelques enjambées.

-Tu pourrais au moins dire Bonjour, râla-t-il.

Elle ne répondit pas. Embêté, Septimus ajouta :

-Si c'est pour la brosse de ce matin, je suis désolé. Il ne fallait pas le prendre trop à cœur. Tu me connais...

La sorcière s'arrêta et dévisagea Septimus. Le regard qu'elle lui lança lui fit comprendre momentanément qu'il ne s'agissait pas de ça. Un silence pénible s'installa entre les deux amis.

-Salut, bougonna-t-elle, en reprenant sa marche.

-Enchanté de te voir !

Cedrella hocha légèrement la tête et s'enferma dans un mutisme qu'elle seule savait maîtriser. Son esprit était ailleurs. Une simple lettre et toute une journée de bonne humeur disparaissait.

-La princesse de Serpentard serait-elle encore mauvaise humeur ? plaisanta le sorcier en se plaçant devant elle.

-Il fait froid, se contenta de répondre Cedrella.

Tout en marchant à reculons, il ôta sa longue écharpe rouge et or, et la tendit à son amie. Elle ne prit même pas la peine de la regarder et contourna le garçon pour longer le lac.

-Prends-la ! insista-t-il en la lui mettant sous le nez. Elle est propre.

-Peut-être, mais elle est rouge, répondit Cedrella sans hésitation. Et il est hors de question que je porte les couleurs de Gryffondor.

Septimus ne put se retenir de rire et, d'un bond, il passa l'écharpe autour du cou de la jeune fille. Elle essaya de se libérer de son emprise mais la force du garçon était bien supérieure à la sienne. Sans lui adresser un regard, elle accéléra le pas tout en affichant une moue boudeuse.

-C'est bon, Cedrella, fit le sorcier pour se faire pardonner. Il n'y a personne. Tu peux faire ce que tu veux. Ce n'est pas comme si tout le monde était au courant que la princesse Black porte les couleurs de Gryffondor en cachette.

La jeune fille lui lança un regard assassin, avant de soupirer. Doucement, elle retira l'écharpe qu'elle lança au visage du rouquin. Son cœur meurtri se reflétait sur son visage. Elle fit quelques pas en avant pour être plongée dans une obscurité totale. Elle inspira. Quatre fois. Et lorsque son visage était redevenu neutre et que sa voix ne tremblait plus, Cedrella se retourna vers Septimus.

-C'est fini.

Septimus laissa tomber l'écharpe rouge au sol sous la surprise. Il se baissa et la ramassa dans un rire nerveux. Il se frotta la nuque d'une main nerveuse.

-Qu'est-ce que tu racontes, encore ? ricana-t-il.

-C'est fini, répéta la sorcière. Ce n'est pas difficile à comprendre. J'arrête.

-Tu ne veux plus qu'on soit amis ? fit le garçon, perdu.

-Arrête, Septimus. On n'a plus onze ans, reprit Cedrella en passant une main dans ses cheveux. Il n'est pas question d'amis ou pas.

-Mais... Je ne te suis pas.

La sorcière lui lança un regard de pitié. Un regard que Septimus détestait. Un regard dédaigneux et froid. Un regard de Sang-Pur, de Serpentard.

-Nous n'avons jamais été amis, Weasley. Une Black et un moins que rien de Traître à son Sang, un pauvre Gryffondor. On s'est bien amusés, c'était sympa. Maintenant, j'en ai assez de jouer avec toi. Ça m'ennuie.

En voyant le regard perdu et blessé du jeune homme, elle ajouta :

-Tu ne croyais tout de même pas qu'on était amis ?

Elle ricana méchamment. Septimus, quant à lui, restait sans voix. Il ne savait pas quoi répondre à tant de méchanceté. Avec difficulté il lui demanda si elle plaisantait. Elle devait plaisanter, ce n'était pas possible que ces six dernières années aient été une simple duperie, une horrible illusion.

Pour répondre à sa question, Cedrella sorti sa baguette de sa cape et, d'un mouvement de la main, elle souleva le garçon. Rompant le sort, elle l'envoya dans le lac glacé. Le garçon n'eut aucune réaction. De plus, sa cape de sorcier gonfla autour de lui, l'empêchant de nager vers le bord. La Serpentard plongea sa baguette dans l'eau et murmura un sort. En une fraction de secondes, la température du lac avait chuté de plusieurs degrés.

Septimus leva le regard vers sa traîtresse d'amie. Face à cette accusation silencieuse, celle-ci se contenta de hausser les sourcils. Elle s'en alla sans même se retourner. Si elle l'avait fait, il aurait vu ses joues immaculées et les larmes qui emplissaient ses yeux verts, la noyant littéralement dans son chagrin.

X

-Attention !

Trop tard. Le sortilège avait frappé la jeune fille en plein fouet. Ses cheveux s'étaient transformés en serpents grouillants, aussi vert que la couleur de ses yeux. Horrifiée, Cedrella lâcha sa valise et se mordit la langue pour ne pas hurler. Ses amies avaient toutes disparu, le courage n'étant pas le fort des Serpentard. Sur le quai, tous les élèves présents s'étaient amassés devant la bête de foire. Cedrella se retenait pour ne pas pleurer. La nuit avait été longue. Depuis qu'elle avait quitté Septimus, elle repassait en boucle la scène dans sa tête. Elle n'avait pas dormi. Pas une minute. Et ce matin, lorsqu'elle s'était levée, elle avait les yeux gonflés et les cheveux emmêlés. Elle avait mauvaise mine. Tout le monde avait remarqué que quelque chose n'allait pas. Tout le monde sauf un certain Gryffondor, borné et rancunier.

Une tête rousse fendit la foule. Suivit de sa bande, Septimus arriva devant la sorcières aux cheveux fous, les bras croisés sur le torse. Il affichait un air de satisfaction qui agaçait fortement Cedrella.

-Weasley ! s'insurgea-t-elle. Enlève-moi ça SUR LE CHAMP !

Face à l'agacement de la sorcière, Septimus jubila.

-Et pourquoi le ferai-je ? Tu es bien la reine des Serpents, non ? Tu devrais pouvoir t'en débarrasser.

Au fond d'elle même, Cerdrella avait mal. Ce n'était pas les petites piques habituelles qu'avait l'habitude de lui lancer Septimus. Là, ce n'était que de la pure méchanceté, une humiliation totale. Mais elle l'avait mérité. Ça, elle le savait bien. D'un geste de baguette elle fit disparaître les petits serpents. Elle s'empara de la valise et, la tête haute, monta à bord du Poudlard-Express.