Ciao a tutti,
Je poste le nouveau chapitre concernant l'enfance de Deathy, parce que Louna est malade et qu'elle m'a fait sa moue de "knacki tristoune".
Et que Perigrin est gentille parfois, oui ça lui arrive parfois, mais seulement quand elle l'a décidé !
Je vous laisse découvrir la suite plus dure de la vie d'Innocenzo.
Merci à Kane-chi pour la correction de ce chapitre :3
Bonne lecture,
Perigrin.
Chapitre 2
Innocenzo le nouveau
De retour au Sanctuaire, le Pope garda auprès de lui le nouvel arrivant. Des bruits se propagèrent partout à peine eut-il un pied posé sur le sol sacré. Tous les apprentis désiraient connaître l'identité du nouveau.
Pour le moment il fallait déterminer de quelle nature était son cosmos et pour quelle armure il allait postuler. Pour le savoir Cenzo devait l'invoquer tout simplement mais voilà, tête de mule il ne cédait pas, ne contentant pas le Pope. Ce dernier ne pouvait se permettre de le garder avec lui indéfiniment, d'autant plus que Mû attendait de revenir au treizième temple pour sa formation.
En tous les cas l'italien prit ses marques instantanément – c'est le moins que l'on puisse dire. Il traumatisait les domestiques en leur faisant des blagues plus ou moins malveillantes et s'ingéniait à le faire tourner en bourrique, le défiant sans arrêt.
Ce matin, Shion descendit de son temple pour emmener Cenzo visiter les baraquements des apprentis bronze, argent et lui montrer les arènes. Les présentations avec les autres enfants ne furent pas une réussite. En à peine quelques minutes il réussit le tour de force de se faire des ennemis ou d'impressionner les autres. C'est que pour son jeune âge il imposait déjà le respect et la crainte. Ses yeux outremers affreusement durs trahissaient une nature sombre, voire inquiétante. Certains de ses camarades fondirent en pleurs ou se cachèrent derrière les plus grands pour se protéger de lui. Au contraire, fier, le nouveau triompha et fanfaronna en investissant le terrain de son charisme. Il ne fallait pas le chercher et c'était lui et uniquement lui qui dicterait sa loi ici. Après ces épisodes peu concluants, l'Atlante et le petit marchèrent jusqu'aux arènes. Il ne manquait plus que les apprentis or et ils auraient fini leur tour.
Quand le Grand Pope arriva, tous se courbèrent y compris les minis Gold. Cenzo se moqua d'eux en ironisant sur leur comportement de lèche-botte. Lui jamais il ne s'abaissait devant le vieux. Au contraire, il le défiait pour tout et n'importe quoi. Le patriarche fit les présentations et un petit s'approcha du nouveau. Il s'agissait de Milo apprenti de Léōnidàs chevalier du Scorpion, âgé de deux ans. Il trottina jusqu'à son homologue.
— Tu veux être mon copain ? demanda Milo.
La moue dédaigneuse, Cenzo fit un geste leste de la main comme pour enlever une poussière gênante.
— Ca va pas ! T'es qu'un bébé ! Je ne parle pas aux bébés pleurnicheurs. Dégage.
Le petit grec le regarda circonspect en reniflant. Il lui donna un coup de pied et rétorqua vexé.
— T'es qu'un méchant ! Je t'aime pas ! Va-t-en !
Puis il courut jusque vers son maître en tirant la langue à Cenzo.
Kléonas, chevalier actuel des Gémeaux, le détailla de la tête aux pieds. Il se mit à rire bruyamment en montrant ses canines acérées.
— Vous plaisantez Grand Pope ? Ce minus tout crasseux ne peut pas représenter l'avenir de la chevalerie ? Vous l'avez trouvé où celui-là ? Dans un refuge pour chiens ? Il doit être infesté de puces. Sa place n'est pas parmi nous. Déjà il ne rivalisera jamais avec Saga.
Personne ne dit mot. Seul Shion réfuta.
— Kléonas, je ne te permets pas. Comment peux-tu le juger sans savoir ce qu'il vaut ?
— Mais il ne vaut rien justement. C'est bien ça le problème. Il prend la place d'un autre apprenti bien plus méritant. Jetez-le ni plus ni moins.
Le sang du petit insulté ne fit qu'un tour dans ses veines. D'une impulsion qu'il ne maîtrisa pas il enflamma son cosmos. Comme la fois où il se trouvait à Naples. Des rayons dorés lumineux s'échappèrent de sa frêle personne, une flamme bleue apparut au bout de son index. Elle vibrait et oscillait de plus en plus frénétiquement au fur et à mesure que la colère envahissait Cenzo. Elle grandit également en s'effilochant pour se perdre dans l'air. Et là tous se rendirent compte que ses capacités dépassaient largement le stade de prétendant bronze ou argent. Shion sourit, il avait trouvé son futur chevalier du Cancer, celui qui se joue de la Mort. Celui qui danse avec les âmes, les domptant et les caressant de son cosmos doré. Car oui et mille fois oui. Il ne pouvait y avoir de doute, le petit possédait le feu sacré de la plus haute caste de la chevalerie d'Athéna. Il en était sûr. Maintenant ne restait plus qu'à apprendre la bonne nouvelle à l'actuel chevalier en titre, à savoir la trouvaille de son apprenti. Il le prendrait en charge dès son retour, car le Pope l'avait envoyé à la recherche de sa relève. Il parcourait le globe depuis près d'un an déjà sans succès. Et dire que l'enfant prodige résidait non loin d'eux, quelle ironie.
— Je vous présente Innocenzo futur chevalier du Cancer. Je vous prierais de le traiter comme les autres apprentis or messieurs. Je ne veux aucune discrimination. Ai-je été clair ? déclara Shion en fixant Kléonas de ses prunelles expressives.
Ce dernier rabattit sa cape derrière lui et regagna sa place vers son apprenti.
Les choses devinrent différentes. Innocenzo gagna encore plus en assurance, s'amusant à tourmenter ses camarades. En attendant de rencontrer son maître, il s'entraînait avec les autres apprentis or et résidait au palais popal. Le matin, ainsi qu'en début d'après-midi, les leçons portaient sur l'entraînement physique, l'endurance et l'apprivoisement de sa cosmo-énergie. La fin de journée était consacrée aux cours de français, mathématiques, sciences physiques, langues étrangères et divers arts. La formation d'un chevalier d'or se devait d'être complète, ceux-ci représentaient l'élite de la garde d'Athéna. Il ne pouvait y avoir d'inculte à son service. « Un corps saint dans un esprit saint », tel était le dicton de Shion.
Le petit prenait ses marques malgré quelques rebellions disséminées au fil des semaines. Quand un beau jour Ivoa chevalier du Cancer vint se présenter devant son Pope pour son retour de mission. Un garde ouvrit la porte et l'homme se posta en face de son souverain, droit. Il se pencha, mettant sa main sur son cœur en signe de respect.
— Grand Pope.
— Ivoa, bienvenue à toi. Cela me réjouit de te revoir. Ta mission s'est-elle bien passée ?
— Oui votre majesté. Quoique je suis navré de n'avoir pas su trouver moi-même mon apprenti. Je vous ai causé des désagréments. Je vous prie de bien vouloir m'excuser.
— Ce n'est rien allons. Pour tout te dire, ce fut par le plus grands des hasards que j'ai perçu l'appel d'Innocenzo.
— Oui mais pourtant vous étiez à Jamir, loin d'ici… Moi aussi j'aurais pu, non j'aurais dû le sentir. Je suis désolé.
— Tout ce qui compte c'est que nous l'ayons trouvé ! Et il est ici parmi nous. J'ai débuté son apprentissage en t'attendant. Bien. Tu pourras prendre la suite dorénavant. Je vais te le présenter et tu pourras l'emmener dans ton temple.
— Oui Grand Pope.
Shion demanda à un garde d'aller chercher l'enfant.
Quand Cenzo vit cet homme, toute envie de le faire enrager s'évapora comme par magie… L'enfant détailla son nouveau maître. Ivoa était originaire de Polynésie, il portait sur lui la marque des hommes de son pays. De par son teint basané, tanné par le soleil mais aussi de par ses multiples tatouages tribaux qui couvraient l'ensemble de son corps. Car même en armure ils s'évadaient des pièces de métal pour courir le long de ses bras, sur sa nuque. Il devait en avoir probablement sur d'autres parties de son corps. Cette particularité frappa le petit. Le chevalier portait les cheveux courts, en bataille. Leur teinte tirait sur le gris cendré, ce qui tranchait avec son teint hâlé. Ses yeux étaient d'un bleu-vert comme les lagons de ces îles tropicales, aussi limpides qu'insondables, presque irréels. Ivoa détonnait de ses collègues, il avait un physique atypique. De plus, sa grande carrure imposait la crainte sans qu'il n'ait besoin d'ouvrir la bouche. Mais quand il le faisait, il en sortait un timbre si profond, si caverneux que tous se taisaient devant lui.
Le chevalier examina son novice sous toutes les coutures sans rien laisser paraître de ses impressions.
Shion les présenta officiellement puis poussa le petit vers le chevalier. C'est d'un pas réfractaire que Cenzo alla vers son nouveau mentor. Ivoa baissa la tête en le regardant hautainement puis lui ordonna de le suivre.
L'enfant peinait à rattraper les grandes enjambées de l'homme tant il marchait vite. Ce dernier ne fit pas cas de la difficulté du petit à descendre les marches à son rythme. Ils passèrent dans tous les temples pour refaire les présentations de rigueur. Le premier fut celui des Poissons. Andreas, l'actuel porteur de l'armure les accueillit avec un sourire discret à leur arrivée.
— Alors Cenzo, tu te plais ici ? demanda le chevalier épineux.
Le petit ne lui répondit pas, alors d'un coup brusque sur l'épaule, Ivoa le bouscula.
— Andreas t'a posé une question. Réponds !
— Oui je me plais monsieur, appuya Cenzo.
— Je vais te présenter mon apprenti…
Il éleva la voix.
— Aphrodite viens s'il te plaît nous avons un nouveau venu. Viens lui souhaiter la bienvenue.
Un petit enfant s'approcha timidement, caché à demi derrière une colonne, les mains jointes devant lui comme pour se protéger. Ce petit garçon portait les cheveux mi-longs ce qui étonna Cenzo. Il avait un grain de beauté sous l'œil qui le rendait unique en son genre, son teint rosé, frais comme une brise d'été intrigua l'italien. Ce garçon paraissait tellement propre… Immaculé, pur, enfin quelque chose de similaire. Cette impression sauta aux yeux du nouveau. Aphrodite se terrait toujours derrière sa colonne, une rose à la main. Andreas tendit la sienne en l'appelant doucement.
— Viens Aphro voyons… Ne fais pas ton timide.
Ce dernier s'approcha de son maître pour se coller contre sa jambe, le chevalier lui caressait la tête.
— Pfff, c'est à ça qu'il ressemble ton apprenti ? Ne me dis pas que c'est ta relève ou je me gausse ! railla Ivoa. Remarque il ne dépareillera pas avec toi…
— Ca veut dire quoi je te prie ce sous-entendu ?
— Ca veut dire qu'à trop le couver tu en fais une chochotte. La preuve, je ne l'invente pas. Je ne parierais pas cher de sa peau sur un terrain de bataille. Il se ferait tuer en quelques secondes et encore je suis gentil. Tu me désoles, réellement…
— Nous n'avons pas les mêmes façons d'enseigner mais sache que la mienne vaut cent fois la tienne.
— Oui si tu le dis… Bon, on s'en va.
Il traîna son apprenti par le bras. Cenzo tourna la tête pour regarder une dernière fois ce garçonnet précieux.
— Voilà tout ce que je ne veux pas, apprit Ivoa en sortant. Moi de mon vivant jamais je ne t'éduquerai à la façon d'Andreas. Il surprotège son apprenti, ça se voit. Toi tu seras un homme. Un vrai chevalier, fier et fort. Le plus fort de tous. Tu surpasseras ce maudit Saga ! Je vais lui montrer moi à ce Kléonas de quel bois je me chauffe, il ne sera pas dit que tu n'égales pas le sien. Tu l'écraseras ce Saga de malheur !
Le chevalier du Cancer se figea pour dévisager son apprenti en le tenant par les épaules. Sa poigne ne se voulait pas menaçante mais sa force oppressait les membres de l'enfant. Il le secoua en rajoutant.
— Tu feras tout pour devenir le plus fort promets-le moi !
— Oui… Oui je serai le plus fort…
— Je n'ai pas entendu ! Répète-le et appelle-moi maître à présent !
— Je serai le plus fort maître, promis-juré !
Satisfait de sa réponse il poursuivit sa descente.
Ils passèrent également dans les trois temples restants pour mettre un terme à cette coutume grotesque. Bien évidement, la tension augmenta dans le temple des Gémeaux. Kléonas se tenait adossé à un pilier les bras croisés avec Saga à ses côtés, l'air grave.
Le grec nargua son collègue comme à son habitude.
— Ah revoilà le petit va-nu-pieds… Eh bien Ivoa tu n'as pas tiré le bon numéro. Navré mon ami.
Ivoa grogna pour marquer son mécontentement pendant que le premier jubilait comme jamais.
— Attends qu'il surpasse ton précieux demi-dieu en toc… Il est plus jeune et c'est seulement le premier jour que je l'ai. Mais au bout d'un an tu verras le résultat. Toi tu l'as eu plus jeune, attends que celui-ci ait dix ans comme le tien et on en reparlera.
— Mais reparler de quoi franchement ? Je ne veux pas briser tes illusions mais personne ne dépassera Saga. C'est comme ça il faut t'y faire. C'est le plus doué d'entre tous, mon enseignement est le meilleur de surcroît.
— Je vois aussi que tu as l'égo le plus surdimensionné de nous tous. Saga aussi héritera de cette tare ?
— Si Saga hérite de cette tare comme tu dis, moi je plains le tien. Il héritera de ton inculture, le pauvre. Il ne part pas avec les bons atouts dans la vie.
— Bon, je vais te laisser parce qu'honnêtement, devoir rester avec toi plus de dix minutes me donne des envies de meurtre. Il serait dommage d'entacher ma réputation en éventrant un de mes collègues.
Kléonas se pencha en une courbette ironique puis enchaîna.
— Mais comme tu voudras très cher confrère. Au plaisir…
Ivoa continua ses réflexions sur ses pairs en enfonçant le grec.
La première soirée en compagnie du chevalier du Cancer ne fut pas des plus agréables. De retour, le polynésien prépara un repas vite fait puis ordonna au petit d'aller se coucher. Il ne voulait pas l'avoir dans les pattes soit disant. Il obéit en ne sachant pas quoi penser de cet homme à l'apparence autoritaire.
Quelle ne fut pas sa stupéfaction quand il se vit tiré du lit sur les coups de cinq heures du matin. Son maître entra dans sa chambre en claquant la porte, alluma la lumière qui lui agressa les yeux et défit les couvertures, le laissant découvert. Les yeux tout collés de sommeil, Cenzo se les frotta mollement.
— Pas de tire-au-flanc chez moi. Debout et plus vite que ça !
Le petit bailla mais il n'eut pas le temps de poser de question que le quatrième gardien prit son bras pour le suspendre dans le vide.
— J'ai dis dépêche-toi ! Ne me fais pas attendre j'ai une sainte horreur de ça !
Sa voix forte réveilla totalement le petit impressionné malgré lui. Le peu de fois où Ivoa lui avait adressé la parole il avait perçu instantanément un ton toujours incisif, presque agressif. Il ne plaisantait pas. Il traîna son apprenti toujours par le bras pour le pousser dans la salle de bain.
— Habille-toi. Sur la chaise il y a une tenue d'entraînement. Mets-là et retrouve moi en bas du premier temple dans moins d'un quart d'heure, tu es prévenu.
Il claqua la porte en partant.
L'enfant se dépêcha comme il le put, arriva à bout de souffle et épuisé devant son maître qui l'attendait les bras croisés.
— Tu en as mis du temps. Je te préviens, je ne tolérerai pas de mollasson dans mes rangs. Tous mes apprentis doivent se mettre au pas compris ? Grâce à moi tu feras un chevalier du Cancer exceptionnel. C'est ce que je vise.
— Et bien tu t'y prends tard mon pauvre. Pour y parvenir il te faudrait plus d'un millénaire, je te vois mal atteindre l'excellence… ironisa Kléonas qui descendait avec Saga.
Comme habituellement il provoquait de ses pics son collègue. Les deux ne pouvaient se sentir. À tout bien y réfléchir, personne ne supportait le chevalier des Gémeaux à l'égo surdimensionné aussi bien que le chevalier du Cancer abrupt et incisif. Ils étaient loin de faire l'unanimité.
Ivoa allait répondre quand une main se posa sur son bras en signe de soutien. Ce n'était que Dara le chevalier de la Vierge. Son ami le plus précieux, peut être le seul. Il lui adressa la parole par télépathie.
— Inutile de riposter. Kléonas attise le feu du conflit. Tu le connais mieux que n'importe qui. Concentre-toi sur ce qui est vraiment important. Quand ta fin viendra, ne voudrais-tu pas avoir le sentiment d'avoir accompli ton devoir sans heurt et sans tâche assombrissant ton parcours ? Laisse-le avec ses médisances.
Le polynésien emprisonna cette main pour confirmer les dires de son ami.
— Tu as raison Dara… Bon, gamin on y va. Une dure journée commence.
Durant l'entraînement de son élève, le chevalier repensa aux paroles et à l'attitude toujours philosophique de son ami. Le birman possédait une aura apaisante, remplie de compassion pour les Hommes en général. Il fut le seul qui lui porta une réelle attention en le soutenant parfois contre les autres. Car Dara n'hésitait pas à prendre position quand la situation l'exigeait. Souvent il le retrouvait dans son temple, le soir pour discuter, dîner ou jouer aux cartes. Ces moments de divertissement le coupaient un peu de la monotonie de sa vie spartiate. Avec le chevalier de la Vierge, il abandonnait sa rigidité pour redevenir un homme accessible, plus simple, car le blond platine comprenait tout, lui y compris. Cette bouffée d'air fraîche ranimait un peu de sa bonté. Un peu… Celle-ci malheureusement s'estompait aussi vite en présence des autres.
Et cette teigne de gosse qui l'empêchait d'aller le retrouver le soir ! Quelle peste ! Quelle poisse !
Non pas qu'il ne prenait pas sa tâche de mentor au sérieux, mais il détestait les enfants tout simplement. Qui plus est, devoir partager sa vie avec quelqu'un d'autre n'était pas chose facile pour un ours de son acabit. Ceci était d'autant plus vrai qu'il s'agissait d'un minot à peine sorti des couches-culottes. Ivoa n'avait pas une once de tendresse envers ces êtres rampants et collants. Il fallait absolument que Cenzo gagne en maturité et obéissance pour être ne serait-ce que toléré.
Les premiers jours furent abominables pour le novice. Les courbatures prenaient place partout entre ses muscles et ses tendons se rétractaient quand il bougeait ses membres. Il ne parvenait plus à lever un bras au dessus de sa tête… Alors devoir porter des blocs de pierre devenait mission impossible. Quand il n'y arrivait pas ou que le bloc tombait, Ivoa le punissait, le forçant à recommencer. Les tours de piste à n'en plus finir détruisaient ses terminaisons nerveuses, ses jambes ne le soutenaient plus. Les points de côté l'assaillaient de part et d'autre de ses flancs, le gênant dans sa respiration mais son maître n'écoutait rien. Il le cinglait avec la lanière de son ceinturon ou à coups de trique dans le dos. Quand le petit chutait sous le poids des corrections, le polynésien l'agrippait par les cheveux le forçant à se relever.
Brimades – coups – punitions – enfermement – privation était le quotidien de Cenzo. Car quelques fois, quand l'adulte se trouvait aux frontières du raisonnable, il enfermait son disciple dans un placard pendant des heures pour ne plus le voir et ne pas lui casser la colonne. La patience n'était pas sa principale vertu. Tout comme la psychologie. De même, quand il pensait que son élève ne progressait pas assez vite, les châtiments pleuvaient en cascade. L'homme inventait sans cesse de nouvelles punitions autant physiques que psychiques pour casser le mental du petit. Le briser pour le reconstruire, le façonner à sa manière.
Ivoa avait la réputation d'être un maître sévère, sadique limite tortionnaire mais Shion n'intervenait jamais dans l'éducation des apprentis. Il s'en faisait un point d'honneur. Des apprentis, l'homme rêche en avait déjà eu… Seulement ils n'étaient plus là pour raconter les choses qu'ils avaient vécues. A bout, ils mourraient tous à un moment ou un autre bien avant la finalisation de leur entrainement. Leurs décès n'émouvaient pas le tyran. Dans sa logique tortueuse s'ils ne survivaient pas c'est qu'ils ne méritaient pas de revêtir la précieuse armure de la constellation du Cancer. Seul un chevalier émérite avait le privilège de la porter.
ooOoo
Ce matin, Cenzo réussit à échapper à la surveillance de son maître. Les Gold tenaient une réunion avec Shion au treizième temple, les leçons du jour étaient données par des chevaliers d'argent. Autant dire que leur autorité n'impressionnait aucunement le petit rebelle.
Il s'esquiva jusqu'aux abords des arènes en laissant ses camarades, lui il voulait profiter. Depuis qu'il était arrivé dans ce pays étranger il ne faisait que s'entraîner et suer. Il avait besoin de se défouler, quoi de mieux que d'explorer les alentours seul ? Il rêvait d'aller se baigner au bord de la plage comme un enfant insouciant. Il continua son expédition pour regagner la côte, la notion de se perdre ne l'effleura pas un seul instant. Cenzo déboucha sur une baie léchée par les vagues. Un garçon se tenait debout au milieu de l'eau, les pieds immergés. L'écume blanche se déposait sur la naissance de sa cheville. Il regardait au loin, par delà l'horizon. Il était de dos mais Cenzo le reconnut instantanément. Il s'agissait de ce petit garçon précieux de l'autre jour… L'apprenti du chevalier des Poissons. Ses mèches azur volaient autour de sa tête, créant des fils de ciel s'étirant dans l'air. Le vent jouait avec ses mèches et ses vêtements mais cela ne semblait pas le gêner le moins du monde.
Incrédule, le mini cancer s'approcha à pas de loup. Comme poussé par une force inexplicable, il tendit sa main pour toucher l'enfant face à lui. Du bout des doigts, il les posa sur le dos d'Aphrodite. Après un sursaut de stupeur ce dernier se retourna, l'air apeuré. Ses grands yeux clairs miroitaient d'étonnement. Instinctivement, il joignit ses mains devant sa poitrine.
— Qu'est-ce que tu fais ici seul ? T'as pas peur de te prendre une ramonée parce que tu loupes l'entraînement ? demanda de but en blanc l'italien.
— Non. Je viens voir la mer.
— Pourquoi ?
— J'aime bien c'est tout. Et toi… Pourquoi tu es là ? Tu n'es pas avec les autres ?
— Bah non puisque je suis ici ! Je me suis sauvé, j'en avais marre. Mais toi, t'as pas peur de te faire battre ? s'informa Cenzo un sourire de complaisance collé aux lèvres.
— Je…
Aphrodite baissa la tête apparemment gêné.
— Tu quoi ? Continue…
— Je… Je ne serai pas puni parce que mon maître le sait. Il m'autorise à louper l'entranement avec les autres quelques fois…
— Pourquoi ? C'est pas juste ! T'es bien vu ou quoi ? Il y a des préférences à ce que je vois ! Pourquoi allez dis !
— Et bien… Les autres…
— Mais parle à la fin ! Arrête de trembler ! s'énerva Cenzo.
— Les autres s'en prennent à moi quand je me retrouve seul. Et pendant l'entraînement ils en profitent…
— Et pourquoi d'après toi ?
Stupéfait, Aphrodite releva la tête pour plonger dans le regard dur et acéré du nouveau. Son air farouche, inébranlable le surprit pour un petit de son âge. Cenzo semblait n'avoir peur de rien ni de personne.
— Ils disent que je suis une chochotte… apprit Aphrodite tristement.
Cenzo renifla en lâchant un sifflement.
— Ton maître est trop mou avec toi. C'est Ivoa qui me l'a dit. Tu devrais devenir dur pour plus tard. Tu feras quoi quand tu seras chevalier ? Hein ? Tu comptes chouiner devant tes ennemis parce que tu auras peur ? Ceux qui t'embêtent, tu devrais leur montrer ! Leur casser les dents ! Toi t'es un or pas eux alors de quoi t'as peur ?
— Mais… À plusieurs contre un…
— C'est une excuse ! cria Cenzo. Quand moi j'étais seul, il fallait bien que je me défende. Ma mère n'était pas là pour le faire. Je me suis battu seul contre plusieurs et alors ? J'en suis pas mort, la preuve ! Pfff, t'es qu'une mauviette.
Cenzo toisa son camarade puis se retourna. Au bout de quelques pas il revint en arrière pour prendre la main d'Aphrodite.
— Viens.
— Où on va ?
— Je te ramène dans ton temple.
— Mais pourquoi ?
— Parce qu'en te voyant avec moi, les autres ne viendront pas se frotter à toi. Grouille.
Les petits remontèrent sans se précipiter jusqu'à la maison des Poissons.
Quand ils entrèrent dans les appartements privés, Andreas mijotait un bon petit plat pour eux. Il se retourna un sourire doux affiché sur son visage et accueillit les enfants avec bonne humeur.
— Oh Aphrodite je vois que tu t'es fais un petit copain. C'est bien. Tu es le nouvel apprenti d'Ivoa si je ne me trompe non ?
— Ouais.
— Tu veux rester avec nous pour déjeuner ?
— Je ne sais pas… Mon maître va m'attendre…
— La réunion s'est terminée depuis peu mais Shion a retenu ton maître et quelques uns de mes confrères. Tu n'as pas à t'inquiéter, il ne rentrera pas maintenant. Allez, mange avec nous. Je serais heureux d'en connaître un peu plus à ton sujet.
Étonné d'être invité quelque part, Cenzo s'installa en gardant un peu de méfiance envers ce chevalier. Il n'apparaissait pas comme les autres celui-là. De ce qu'en connaissait le petit, il avait déjà vu l'ensemble des douze ors. Certains étaient clairement antipathiques comme le chevalier des Gémeaux pour ne pas le citer. D'autres semblaient plus « humains » mais froids ou hautains, comme Dara ou Esjar le chevalier du Verseau. Mais Andreas dégageait une humanité sincère, une aura douce émanait de sa personne. Cet homme à l'allure distinguée venait d'Autriche. Ses manières raffinées et son phrasé recherché le mettaient à l'écart des autres chevaliers. Il n'aspirait pas à se battre continuellement ou à imposer sa vision des choses à ses confrères.
Andreas était beau, extrêmement beau, peut être plus que le chevalier du Verseau. Il possédait une silhouette fine mais sculptée, ne négligeant pas l'entraînement physique. Sa longue chevelure rose pâle presque blanche, lui valait d'incessantes moqueries. Elle était lisse et fine mais l'homme la portait détachée, comme pour narguer ses pairs. Ses yeux, emplis de sollicitude, ressemblaient à deux pépites de chocolat, aussi pralinées que fondantes. On pouvait y lire tout l'amour qu'il portait pour son disciple dedans. Aphrodite avait de la chance, réellement une grande chance que de vivre auprès d'un modèle pareil.
Le déjeuner se passa le plus cordialement du monde, Cenzo observa la relation qui unissait Aphrodite à Andreas. Jamais un mot plus haut que l'autre n'était prononcé. Quand le chevalier commandait un ordre à son apprenti, il le dictait sur un ton neutre et respectueux. Le petit s'exécutait promptement sans défier l'autorité de son maître, lui vouant une confiance aveugle. Le futur cancer se prit à envier son camarade et à le jalouser un peu…
Plus tard dans l'après-midi, le douzième gardien raccompagna le petit au quatrième temple avec Aphrodite. Il pressentait un retour de bâton pour l'enfant, connaissant l'humeur exécrable d'Ivoa. Ce dernier ne permettait jamais à ses élèves des moments de liberté et encore moins de détente. Il aimait entretenir un climat de haine et de compétition pour que ses apprentis aient la même vision que lui. Pour qu'ils tentent de surpasser en force tous les autres, les excluant également de leurs pairs. Cenzo aussi dur soit-il avait besoin de se rapprocher de quelques camarades. La vie de chevalier étant assez cruelle, il était inutile de rajouter l'isolement pour ami. L'italien criait son besoin de reconnaissance, tout comme Aphrodite souhaitait gagner l'amitié de quelqu'un de sincère. Sa beauté était vue comme un obstacle à son intégration. Les autres le rejetaient parce qu'il ressemblait à une fille, son apparence androgyne représentait un frein pour son évolution sociale. Le futur poisson n'avait que trop peu d'amis, or on ne pouvait réellement les considérer en tant que tels… Soit ils se servaient de sa candeur pour lui faire faire ce qu'ils voulaient, ou l'utilisaient comme « bouche-trou » dans leurs petites querelles d'enfants. Au final, le suédois ne possédait pas de vrais amis.
Alors en voyant ces deux petits bannis du monde, Andreas désira les rapprocher instantanément. Un sentiment d'unité lui sauta aux yeux le jour où Ivoa passa dans son temple pour lui présenter Innocenzo. Deux puretés brutes liées à jamais, soudées par une amitié franche, équilibre fragile mais se solidifiant au cours des ans. Pourquoi ? Comment ? Ca il ne se l'expliquait pas, seulement cette certitude qui le poussait à vouloir les rapprocher était présente. Quand il partira pour l'autre monde, il aura la satisfaction de savoir qu'Aphrodite ne sera plus seul, qu'il partagera ses espoirs, ses doutes avec quelqu'un d'autre… Car malheureusement, pour un chevalier des Poissons, le temps était compté bien plus que pour ses pairs. Et ce petit italien lui insufflerait la force nécessaire pour se relever et combattre.
Ce que craignait Andreas se vérifia sans mal… Devant les marches de son temple, Ivoa se tenait droit tapant du pied, les bras croisés. Impatient et colérique il fusillait du regard Cenzo.
— Tu étais passé où petit avorton ? gronda l'homme tatoué.
— Ne te fâche pas. C'est uniquement de ma faute si Cenzo n'est pas rentré à l'heure. Il a gentiment raccompagné Aphrodite qui s'était égaré dans les hauteurs du Sanctuaire. Je lui ai demandé de suspendre son entraînement pour m'aider à le rechercher, mentit Andreas.
Ivoa lança un regard suspicieux puis se caressa le menton en guise de réflexion.
— Cela me semble obscur comme argumentation… Tu ne me prendrais pas pour un lapereau de six semaines pardi ?
— Jamais il ne me viendrait cette idée voyons… Je te dis la stricte vérité. J'ai remercié Cenzo en l'invitant à manger au temple. Ne le punis pas, il m'a été d'une grande aide.
Le polynésien fit la grimace en persiflant à travers ses dents serrées mais consentit à le laisser tranquille.
— Pour la peine demain tu rattraperas ton retard. Levé à quatre heures du matin. Et gare à toi si tu n'y mets pas de la bonne volonté ! Maintenant file dans le bureau, tu as des exercices de grec à terminer !
Cenzo baissa la tête et acquiesça en partant.
Le chevalier du Cancer s'adressa une dernière fois à son homologue.
— Je te préviens poiscaille… Ne t'avise pas de mettre des idées dégoulinantes de miel dans la tête de mon apprenti ! Ne lui ramollis pas le cerveau avec ta vision de l'amour universel et que sais-je… Sinon… C'est lui qui en subira les conséquences. Est-ce que je me suis bien fait comprendre ?
— Oh oui parfaitement… Ne n'inquiète pas, j'ai bien à l'idée que tu es un rustre doublé d'un homme de Cro-Magnon et que tu le resteras jusqu'à la fin de tes jours. Or vois-tu, tes menaces ne m'atteignent pas… Ce n'est pas parce que je ne suis pas le maître de Cenzo que je ne peux veiller sur son bien être… Si tu vas trop loin dans ta folie avec lui, sache que moi je serais là pour te recadrer… Si Cenzo et Aphrodite ont envie de se voir, tu ne les empêcheras pas… Me suis-je bien fais comprendre ?
Pour toute réponse, Ivoa émit un grognement caverneux puis se retourna pour rentrer dans son temple d'un pas lourd.
Andreas, satisfait de son petit effet, empoigna la main d'Aphrodite pour remonter chez eux. Qu'il le veuille ou non, les deux petits deviendraient amis, quoi qu'en pense le chevalier du Cancer.
(suite...)
