CHAPITRE TROIS
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Bonjour à tous, voici la suite de mes délires d'auteure frustrée. Je tiens encore une fois à remercier tous les lecteurs qui ont pris le temps de me laisser une review, c'est toujours un vrai plaisir ! Merci aussi à Frozensheep, qui comme d'habitude a eu la gentillesse de me relire et de me donner des conseils très pertinents. Je bénis également l'inventeur de l'ordinateur portable (et ma petite maman qui m'a permis d'avoir le mien à moi perso) car grâce à ça je peux taper ce qui va suivre sans quitter le réconfort de mon lit douillet. Et quand on a passé une journée de mois d'août dans un état larvaire sans restriction, légèrement mélancolique et carrément à plat, le mode moule accrochée à son rocher qui attend la marée, je peux vous assurer que rester pelotonnée dans son pieu en ne faisant rien d'autre que laisser son imagination en roue libre, c'est le pied total. Et en écoutant Runrig (merci encore Froz, le mec là-haut sur son nuage te le rendra au centuple) c'est encore mieux ! Cette tranche de vie personnelle et inintéressante refermée, je pris mes lecteurs de bien vouloir me pardonner, et je rappelle que tous les personnages évoqués appartiennent à JKR, que je ne tire aucun argent de ce qui va suivre, et que je décline toute responsabilité devant les dégâts collatéraux (soins psychiatriques, achat d'armes à feu, surconsommation de chocolat…). Dernière précision : si les deux premiers chapitres collaient plutôt au point de vue de Charlie, ce chapitre là, et probablement aussi le suivant, sont du point de vue de Drago. Bonne lecture !
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Drago émergeait lentement d'un très joli rêve. Il s'étira mollement et sentit sous sa main une peau nue. Ah, ce n'était peut-être pas un rêve alors… Il ouvrit les yeux, observa le dos musclé de son amant, ses boucles brunes emmêlées, un bras enserrant l'oreiller. Un beau mec, vraiment. Il suffisait juste qu'il ne parle pas.
Son ventre lui manifestant bruyamment son appétit, il se leva, ramassa un jean froissé près de la porte, l'enfila et sortit de sa chambre en refermant soigneusement derrière lui. Il n'aurait pas pris toutes ces précautions avant, mais après ce qui s'était passé la veille, mieux valait ne pas provoquer inutilement la sensibilité de Charlie. Il s'étonna lui-même de porter autant de considération aux réactions du rouquin. Depuis quand ce que pensait une autre personne lui importait ? Ce qui l'étonnait encore plus, c'est qu'au lieu de s'en amuser, il s'était senti vaguement blessé par son visage horrifié. Enfin, il avait eu l'air horrifié. Après, c'était peut-être une de ses expressions ordinaires. Quel coincé, ce grand garçon.
Ledit grand garçon avait d'ailleurs l'air de n'être pas rentré. La porte de sa chambre béait, et la cuisine comme la salle de bain semblaient désertes. Drago se sentit légèrement mal à l'aise, il commençait à se demander s'il n'aurait pas mieux fait de clarifier les choses dès le début pour éviter une situation de ce genre. Il se colla une gifle mentale pour avoir cédé à tant d'altruisme et chercha quelque chose qui pourrait faire office de petit déjeuner.
Au moment où il arrêtait son choix, faute d'alternative, sur un morceau de fromage périmé, la porte d'entrée s'ouvrit et se referma. Il jeta un coup d'œil, et constata, inexplicablement rassuré, que Charlie se tenait en un seul morceau dans l'entrée.
-Bonjour, lança-t-il d'une voix volontairement indifférente, avec l'expression imperturbable assortie.
Charlie, qui devait visiblement s'attendre à un autre accueil, piqua un fard, son regard coula du torse nu jusqu'au jean froissé. Il se donna une contenance en posant ses clés, et brandit un sac de course.
-J'ai de quoi petit-déjeuner, marmonna-t-il.
-Tant mieux, ça devenait critique. Mais c'était mon tour de faire les courses, merci.
-De rien. J'ai pensé que tu serais trop… occupé.
Un silence assez pesant suivi, pendant lequel Charlie s'absorba dans la contemplation du coin à plantes vertes. Drago finit par se pencher pour lui prendre des mains le sac de courses, et commença à les ranger. Il se sentait d'humeur conciliante ce matin :
- Pose-toi. T'as mangé ?
-Non, répondit Charlie en s'asseyant dans le canapé. Il observa fixement la porte fermée de la chambre de Drago. Ce dernier se décida à le laisser mariner, prit un sac poubelle et y balança méthodiquement toutes les bouteilles vides de la table basse. Le bruit aurait pu réveiller un mort, et c'était d'ailleurs précisément le but. Il entendit derrière la porte fermée des grincements de matelas. Il retourna dans la cuisine, mit de l'eau à chauffer et sortit le pain, la confiture, le café, puis revint poser des tasses sur la table basse, juste au moment où la porte s'ouvrait derrière lui. Charlie rougi furieusement, et Drago en ressentit une pointe de satisfaction.
-B'jour, grommela le beau mec en lui collant un baiser dans le cou, et en allant s'affaler dans le canapé avec la plus grande désinvolture à côté de Charlie. Ce dernier semblait transformé en glace et ne savait plus où regarder. Drago constata que son amant avait eu la bonne idée de remettre son jean avant de sortir, et se décida à faire les présentations.
-Charlie, Jack. Jack, Charlie. C'est mon coloc', précisa-t-il avant de retourner s'occuper du café.
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Le petit-déjeuner se déroula dans un silence assez tendu, pour Charlie du moins. Et être serré à trois sur ce canapé ne facilitait pas les choses. Le rouquin finit par marmonner une vague excuse indistincte avant de prendre la poudre d'escampette. Drago profita du canapé pour s'envoyer une dernière fois Jack, puis lui signifia poliment qu'il était temps de dégager. Sans protester, le-beau-mec récupéra ses affaires et disparu.
Profitant de ce dimanche matin, de sa solitude et du moelleux des coussins, Drago s'assoupit. Il fut réveillé une heure plus tard par des coups timides à la porte.
- Pas moyen d'être tranquille, râla-t-il en réenfilant son jean, encore plus froissé, puis il se traîna jusqu'à la porte. T'as oublié les clés, ma puce ?, ajouta-t-il en déverrouillant la serrure, bien décidé à mettre Charlie mal à l'aise jusqu'au bout.
Sauf que ce n'étais pas Charlie sur le palier. Enfin, si, mais en fille.
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-Merde alors, il disait vrai alors, quand il prétendait vivre avec Drago Malfoy ?, s'extasia Ginny avec un grand sourire goguenard.
- Merde alors, répliqua-t-il d'un ton lugubre, il manquait plus que la sœur.
- Je dérange pas au moins ?, s'enquit-elle en lançant un regard appuyé au torse nu de Drago.
-Si, toujours. Entre, répondit-il en ouvrant grand la porte, de toute façon ça devient un squat Weasley ici. Un véritable terrier…
-Ahahaha, j'avais oublié cet humour si… Malfoy, lança Ginny avec froideur. Elle entra néanmoins sans se faire prier.
Il leva les yeux au ciel en refermant, puis alla chercher deux bouteilles de Bièraubeurre.
-Tant qu'à squatter, assieds toi, dit-il en lui tendant une bouteille. Elle s'exécuta en prenant bien soin de ne faire aucun commentaire sur les coussins éparpillés ni sur l'odeur assez révélatrice qui flottait dans l'appartement. Drago s'avachit à son tour, déboucha négligemment sa bouteille sur le coin de la table et dévisagea ouvertement Ginny. Il ne l'avait pas vu depuis Poudlard, et gardait d'elle le souvenir d'une jeune fille mignonne, potelée, un peu grande gueule. Elle semblait aujourd'hui presque décharnée en comparaison, avec de grands yeux tristes.
-Qu'est ce que tu fiche ici ?, balança-t-il en guise de préambule.
-Je réponds à l'invitation de mon frangin bien aimé, répliqua-t-elle sur le même ton, en soutenant son regard. Il t'a peut-être expliqué notre situation familiale du moment, et que ça devenait assez pesant pour moi ces derniers temps. Il m'a gentiment proposé de venir passer quelques jours ici quand je n'en pourrai plus, j'ai longtemps hésité, tergiversé, mais l'idée de revoir le grand Drago Malfoy était irrésistible. Si j'avais su que tu te baladais à moitié nu, je serais venue plus tôt, ajouta-t-elle avec un sourire en coin. Et puis accessoirement, je ne pouvais plus non plus supporter l'ambiance chez nous, alors me voilà. Je peux me barrer si ça t'emmerde, mais tu auras mon suicide sur la conscience, Malfoy.
Elle lui lança un regard moqueur et but d'un trait un tiers de sa bouteille. Drago dut admettre que dialoguer avec elle était plus intéressant qu'avec son frère. Elle ne se démontait pas devant l'adversité. Au moins, grande gueule, elle l'était toujours.
-Je m'en voudrais de priver ton frangin d'une aussi charmante visite, déclara-t-il d'un ton désinvolte en s'étalant davantage. Mais comme tu peux le constater il n'est pas là.
-Ouais, ça ne m'étonne pas. Il a dormi au Terrier cette nuit et il m'a lourdement demandé de venir lui tenir compagnie. Je crois que ça a un rapport avec le fait que tu couches avec des garçons.
Drago s'étrangla à moitié avec sa gorgée et un ricanement lui échappa.
-Oh le pauvre, il a eu tellement peur qu'il est allé pleurer dans les jupes de sa petite sœur ! Je le pensais pas si prude…
Ginny ricana à son tour :
-Si tu savais, c'est Charlie ! Un grand timide, très naïf et un peu niais. J'ai bien essayé de lui parler, de lui expliquer que deux garçons ou deux filles ça marche aussi très bien, mais il m'a pas laissée en placer une. Il était assez choqué je crois.
- Misère, je l'ai pas violé ton frère, lança Drago en tentant de retrouver une contenance neutre et indifférente plus conforme à sa réputation.
-Bin peut-être que tu aurais dû, répliqua-t-elle avant une nouvelle interminable lampée.
-Fais gaffe, je pourrais te prendre au mot…
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L'après midi commençait à être bien entamée que Charlie n'était toujours pas revenu, et la table était à nouveau recouverte de bouteilles vides. Passablement éméché, Drago en achevait une énième, la tête sur les genoux de Ginny et Œdipe sur son ventre à lui. Elle, cuvant ses bières précédentes, papouillait machinalement ses cheveux blonds. Ils venaient d'achever une conversation assez décousue sur des principes philosophiques plutôt flous mais d'une importance capitale, ça c'était certain. Lesquels, par contre, il avait déjà oublié.
- Pourquoi on n'était pas amis à Poudlard ?, demanda Ginny d'une voix pâteuse.
-Parce que tu traînais avec trois insupportables niais, répliqua-t-il. 'Scuse pour ton autre frère, mais j'ai jamais pu le blairer.
-Ouais, y'avais peu de monde qui pouvait… le blairer je veux dire.
Un long silence suivit, seulement perturbé par les ronronnements du chat.
-Pourquoi t'es là en fait ?, murmura Ginny, sans interrompre son massage capillaire. Elle n'avait pas besoin de préciser de façon plus spatio-temporelle le "là", Drago avait compris. Il s'était juré de ne jamais en parler, de ne pas se souvenir de sa famille, mais elle l'avait pris au dépourvu, et l'alcool avait affaibli ses défenses. Sa main dans ses cheveux aussi.
-C'est une histoire bien triste et inintéressante, répondit-il lentement, cherchant vainement à donner une intonation indifférente à ses propos. Mais il s'aperçut qu'il n'y arrivait pas, l'amertume déchirait chacune de ses paroles. Même la chaleur duveteuse et ronronnante du ventre d'Œdipe sous sa main ne parvenait pas à le défaire de sa mélancolie. Il chercha un moyen de commencer son histoire sans sembler trop pleurnichard.
-Tu te souviens de Pansy Parkinson ?, demanda-t-il, étonné d'entendre ce nom dans sa bouche après tant d'années.
-Yep, gloussa Ginny. Une affreuse et insupportable garce.
-Ouais, exactement, approuva Drago, la gorge nouée. Et bien, alors que je ne savais pas encore marcher, mes parents, fidèles à leur désir de reproduction inter Sang Pur, ont décidé qu'un jour je me marierai avec elle. Que cette union serait un pont de plus entre deux grandes familles de sang très ancien et puissant, et que nous aurions pleins de petits sorciers au sang très pur. J'ai appris ce projet au cours de ma quatrième année. Elle aussi probablement. Je m'en foutais au début, je trouvais ça plutôt cool qu'elle soit aux petits soins pour moi, une vraie esclave à mon service.
Il fit une pause, le regard dans le vague, essayant de retrouver au fond de lui-même celui qu'il avait été à cette époque. En vain.
-Qu'est-ce qu'on peut être con à cet âge là, poursuivit-il avec amertume. Je ne voyais pas plus loin que l'année suivante. Je n'imaginais pas une seconde que j'allais réellement me marier avec elle, c'était un futur très lointain, très incertain. Je ne l'aimais pas, mais je devais me dire inconsciemment qu'elle changerait brutalement un jour ou l'autre et deviendrait magiquement une fille belle, intelligente et intéressante. Mais les années ont passées, je me suis brutalement retrouvé en sixième année, avec ces histoires,… enfin, tu sais…
Sa voix se brisa, et il tenta de cacher sa faiblesse en simulant une toux. Ginny ne fut pas dupe une seconde mais continua d'observer un silence attentif.
-C'est cette année là que je me suis rendu compte que je ne me sentais vraiment pas concerné par les filles. Mais vraiment pas. Je comprenais pas pourquoi tous les autres mecs étaient si… ridicules avec elles, à les draguer, s'aplatir devant elles comme des chiens attendant un susucre. Je les méprisais, tous et toutes, et surtout Pansy. Je pouvais plus la voir en peinture, je supportais plus de l'entendre respirer. J'étais très seul...
Il se rendit compte de son ton plaintif et se redressa brusquement, tournant le dos à Ginny. Le chat tomba de ses genoux avec un piaulement furieux. Furieux, Drago l'était envers lui-même. Depuis quand se laissait-il aller à tant de sensiblerie ? Où était sa putain de carapace quand il en avait le plus besoin ? Et pourquoi racontait-il des choses aussi affreusement personnelles à une Weasley ? La brusque absence de la main chaude dans ses cheveux lui donna une impression glacée en comparaison. Mais, en dépit de toute sa rage, il devait admettre que cracher pour la première fois ce qu'il ruminait depuis si longtemps lui procurait une curieuse sensation de soulagement.
Légèrement alarmée par son long silence et par le dos tendu qu'il lui présentait, Ginny se racla la gorge.
-Tu peux me faire confiance, Drago. Pour ce que vaut pour toi la parole d'un Weasley, je peux te jurer que tout ce que tu m'as dit ne sortira pas d'ici. Tu n'es plus si seul que ça.
Il se retourna et vit son visage presque tendre, une expression d'inquiétude sincère peinte sur ses traits. C'est à ça que ressemble une mère, réalisa-t-il soudain. Quelqu'un qui se préoccupe de vous. Le regret l'étreignit de n'avoir jamais rien vu de tel chez sa propre mère.
Ginny dû percevoir quelque chose, car elle lui ouvrit ses bras.
Et c'est ainsi, sans trop savoir pourquoi ni comment, que Drago se retrouva à poursuivre son histoire, niché dans les bras d'une Weasley comme un gamin pleurnichant dans l'étreinte rassurante de sa mère.
Il avoua que la seule personne qu'il ne méprisait pas était Blaise Zabini. Ginny se souvint de ce grand Serpentard noir aux surprenants yeux verts. Malheureusement pour Drago, si Blaise l'estimait également, il ne partageait pas les mêmes intérêts que lui. Il avait dû chercher ailleurs, hors de l'école, puis chez les moldus. Il devait reconnaître qu'ils étaient plus ouverts et créatifs dans ce domaine que les sorciers. Pendant la septième année, il avait passé la majorité de ses vacances scolaires hors du manoir, qui servait de quartier général à Voldemort. Quelle cruelle ironie, lui, un Malfoy, aller chercher du réconfort dans des bras moldus en pleine guerre… Se souvenir de cette période lui laissait toujours un goût de bile dans la bouche. Celui qu'il était à l'époque, les choses qu'on l'avait forcé à faire, tout cela l'emplissait d'une honte effroyable et paralysante.
-Après la guerre, poursuivit-il, la bouche tout contre le cou de Ginny, mes parents ont persisté dans leur idée de me marier à Pansy. Mais j'ai refusé. Mon père était furieux, il m'a dit des choses terribles. Il m'a juré que si je ne me pliais pas à sa volonté, il trouverait un moyen de m'y forcer. J'ai commencé à lui envoyer à la figure tout ce qu'il avait fait de méprisable, que je ne voulais pas être aussi méprisable que lui, et j'étais tellement en colère que je lui ai dit que j'étais homo, juste pour le mettre encre plus en rogne. Ça a bien marché, puisque c'est là qu'il m'a renié, et déshérité. Il a jeté des maléfices partout pour que je ne puisse plus jamais revenir au manoir, et je me suis retrouvé seul dans le monde moldu, avec seulement ma baguette magique et les vêtements que je portais sur le dos. J'avais trop de fierté pour demander de l'aide à qui que se soit, alors je me suis débrouillé, j'ai rencontré un vieux type qui m'a donné de l'argent pour que je reste avec lui. Et ça m'a permis de suivre une formation moldue avec un jardinier. J'ai trouvé un boulot, j'ai quitté le vieux et j'ai loué cet appartement. Voilà ce que je fais là.
Ginny ne répondit rien, elle se contenta juste de lui passer une main rassurante dans les cheveux. Drago réalisa qu'il n'avait pas parlé autant depuis très longtemps. Il y avait quelque chose de surprenant à entendre le son de sa voix débiter à haute voix des choses aussi intimes, qu'il s'était juré de garder pour lui. Mais là, dans les bras de Ginny, il jugea que cela n'avait plus beaucoup d'importance.
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-Tu sais que ton fromage est périmé ?, demanda Ginny, la tête dans le frigo, en brandissant l'objet du délit pour qu'il soit visible du salon.
-Ouais ouais, répondit Drago sans même regarder, penché sur ses plantes et les vaporisant avec un soin scrupuleux.
La benjamine des Weasley s'était mise en tête de préparer le dîner, mais accéder aux casseroles nécessitant de faire la vaisselle, et faire la vaisselle impliquant de vider l'espace autour de l'évier, elle s'était retrouvée à ranger intégralement la minuscule cuisine. En moins d'une heure, les surfaces ne disparaissaient plus sous les strates de couverts et d'assiettes sales, et le rangement des placards avait mis à jour des denrées inespérées.
-'vraiment un appart' de mecs, entendit Drago grommeler depuis l'intérieur du frigo. Mais quel bordel…
Il y eu un silence studieux pendant quelques instants, Ginny nettoyant le frigo et Drago lustrant soigneusement les grandes feuilles de son laurier.
-Dis, je sais pas encore combien de temps je vais m'incruster, poursuivi Ginny, avec l'intonation désespérée de celle qui a compris que le temps imparti était trop court. Mais histoire de me rendre utile, je m'engage à nettoyer de fond en comble l'appartement. Ça te va ? Parce que là si on ne fait rien, vous allez avoir la brigade de l'hygiène moldue sur le dos.
Une pensée salace fit sourire Drago, mais il la refoula et se contenta de déclarer avec son plus grand sérieux :
-Et bien te voici officiellement promue au rang de boniche. Toutes mes félicitations.
Le bruit caractéristique de la serrure leur fit interrompre leurs activités respectives, et Charlie apparut dans le salon.
-Ah Ginny, tu es là !, s'écria-t-il en l'enlaçant. Je suis allé à la maison, et j'ai vu Georges, il m'a dit que tu avais pris des vacances…
-Salut frérot, répondit-elle en lui rendant son étreinte. Comment va maman ?
-Elle est très contente de voir Georges, même si ça lui fait mal. Mais au moins elle ne peut plus passer toute la journée dans leur chambre maintenant… Eh, tu ranges la cuisine ?! Mais t'es invitée, arrêtes ça tout de suite !
Il essaya, hilare, de lui retirer le chiffon qu'elle avait à la main. Drago décida de manifester sa présence, bien que voir Charlie aussi joyeux était si inhabituel qu'il ne voulait pas effacer ce sourire de son visage.
-C'est aussi ce que je lui ai dit, mais elle tenait absolument à nous éviter la brigade d'hygiène.
Charlie regarda dans sa direction comme s'il n'avait pas encore remarqué sa présence, son sourire s'effaça un instant. La tension entre eux depuis la veille était encore bien là, mais la présence de Ginny changeait la donne, et d'une façon que ce grand roux n'avait sans doute pas prévu. Il fit bonne figure, et lui souri, d'un beau sourire presque sincère.
-Et comment vont tes plantes ?, demanda-t-il, dans une tentative louable pour lui montrer qu'il était prêt à laisser sa gêne de côté.
-Très bien, regarde cette bonne mine verte, déclara Drago avec le plus grand sérieux, en lissant une fougère.
-J'espère qu'il ne t'a pas embêté ?, s'enquit Charlie. Sa sœur éclata de rire.
-C'était horrible ! Il a fait que me parler de ses plantes et a essayer de me saouler à la Bièraubeurre pour me faire dire des dossiers sur toi…
Elle retourna à la cuisine, pendant que son frère jetait un coup d'œil assez inquiet vers Drago.
Ce dernier lui envoya un baiser en soufflant dans sa main, dans une pose mélodramatique. Charlie resta un instant interdit, ne sachant trop comment réagir, mais il comprit qu'en jouant l'offensé il ne serait que plus ridicule. Il sourit, fit semblant d'attraper le baiser et se le plaqua sur la joue. Un bref instant, ils retrouvèrent leur discrète complicité, puis Charlie lui tourna le dos pour suivre sa sœur dans la cuisine.
-Bon ! Je meurs de faim, on mange quoi ?
-Goinfre, laisse moi au moins finir de nettoyer ça, après je prépare à manger. Tiens, et puis rends toi utile, fais chauffer l'eau pour le riz.
-On dit s'il te plaît !
-Grand gosse ! Il te faut un bonbon aussi ?
Leurs exclamations et leurs rires remplissaient l'appartement d'une chaleureuse ambiance. Drago ressentit la légère pointe de la jalousie. Il était envieux de cette complicité joyeuse dans leurs rapports fraternels, quelque chose qu'il n'avait jamais connu. Mais il ne put s'empêcher de sourire à nouveau.
Il fallait qu'il fasse attention, il en avait si peu l'habitude qu'il pourrait se choper une crampe…
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Voilà, ce sera tout pour aujourd'hui ! J'espère que ce chapitre vous a plu. Pour ma part, c'est celui que j'ai eu le plus de mal à écrire. C'est toujours difficile de faire sortir Drago de son rôle glacial et froid, de le dégeler et exposer ses blessures. Ça m'a pris beaucoup de temps, de réflexion, et j'ai du relire en diagonale le tome 7 (ce que je n'avais pas fait depuis sa sortie) pour me souvenir de ce que Drago y faisait. Même si je fais n'importe quoi avec ses personnages, j'essaie tout de même d'être fidèle au récit de base de JKR et de garder un minimum de cohérence ! A ce propos, je tiens à préciser, malgré tout le mal que j'ai pu dire sur ce dernier tome, que le chapitre La bataille de Poudlard est un véritable petit chef d'œuvre, une apothéose d'action millimétrée qui débouche sur la scène bouleversante de la mort de Fred. La brutalité de la chute me bouleverse à chaque fois.
Voilà, sinon n'oubliez pas les reviews ! A la prochaine !
